LA PERIODE PARTIARCALE : Gn 12 – 50


Le livre de la Genèse comprend deux parties bien différentes : Gn 1-11 est consacré aux origines du monde et de l’humanité, alors que les chapitres 12-50 nous parlent des ancêtres de l’histoire d’Israël.

Qui dit ancêtres d’Israël pense aussitôt à la formule, souvent reprise dans le Deutéronome, « Abraham, Isaac et Jacob ». Mais les chapitres 12-50 de la Genèse ne font qu’une petite place à Isaac (en Gn 26). En effet, après avoir parlé d’Abraham (Gn 12-25), la Bible nous parle de Jacob, l’ancêtre des douze tribus (Gn 27-36), puis de Joseph, un des fils de Jacob (Gn 37-50). Comme nous le dit l’introduction à la Genèse : « Si l’on fait abstraction d’Isaac, on constate que la Genèse met en place trois types d’ancêtres : Abraham, l’ancêtre commun par excellence, puisque sa descendance consiste également en de nombreuses tribus arabes ; Jacob, l’ancêtre d’Israël, le père des douze tribus ; Joseph enfin, l’ancêtre de la diaspora, c’est-à-dire du judaïsme de la dispersion. » (Le Pentateuque. Traduction œcuménique de la Bible, Cerf – SBF 2003, p. 26)

Les traditions liées à la figure d’Abraham sont localisées dans le sud du pays (Hébron, Mamré) ; celles où intervient Jacob nous conduisent dans le centre du pays (Béthel, Sichem) et jusque vers Aram ; enfin les chapitres consacrés à Joseph nous emmènent en Egypte.
En dehors du Pentateuque, les traditions sur Jacob sont celles qui semblent les mieux attestées dans la Bible : un passage du prophète Osée (au 8ème siècle) les suppose connues de ses auditeurs (cf. Os 12, 4-9.13-14).

Le première référence à Abraham, en dehors du Pentateuque, se trouve en Ez 33, 24. De plus dans l’AT, en dehors de la Genèse, le nom d’Abraham seul, ne se lit que 14 fois, alors que celui de Jacob seul, se rencontre 141 fois ; dans le NT, au contraire, Abraham est cité 72 fois et Jacob 23 fois : voir D. NOEL, dans CE 99, Les origines d’Israël, p. 60-65.

Quant à l’histoire de Joseph, en dehors de la Genèse, elle ne se retrouve que dans le Ps 105, 16-23. C’est pourquoi, on pense pouvoir situer « l’origine du roman de Joseph dans la communauté juive d’Egypte à l’époque perse. Joseph devient un exemple pour montrer aux lecteurs comment on peut être vraiment juif tout en vivant parmi les païens. » (Le Pentateuque, op. ci. p. 27)

Comme on le voit, les derniers rédacteurs du Pentateuque ont réunis dans les chapitres 12-50 de la Genèse des traditions d’origines et d’époques bien différentes. Il est donc difficile de tirer de ces textes des données sûres pour un historien : Israël parle ici de ses ancêtres comme les autres nations. Mais en plaçant les patriarches entre les récits racontant la création du monde et celle de l’humanité et ceux qui sont rattachés à la tradition de Moïse et de l’Exode, la Bible fait le lien entre l’histoire d’Israël et celle de toute l’humanité. Et par là, elle donne à ces textes, sur les ancêtres d’Israël, une dimension universelle : ils racontent aussi notre histoire et nous préparent à mieux comprendre l’histoire du salut. Il vaut donc la peine de prendre le temps de les lire et les (re)découvrir.

Pour les textes appartenant au cycle d’Abraham :voir ceux présentés dans le dossier Les Ancêtres de Jésus I. Pour ceux qui nous parlent de Jacob et de Joseph, voici une proposition :

1) Gn 25, 19 – 34 : Jacob et Esaü

1) Que contient ce passage de Gn ?
2) Qu’est-ce qui est dit de ces deux enfants dans les v. 19 – 28 ?
3) Comment l’auteur nous présente-t-il Jacob et Esaü dans les v. 29-34 ? Quelle leçon en tire-t-il ?

Question 1 Sur tout ce texte, lire la note de BJ sur le titre.
• La BJ divise ce passage en deux : la naissance des enfants (v. 19-28) et l’histoire du droit d’aînesse (v. 29-34). La TOB donne un seul titre : Esaü et Jacob.
• Noter la mention de la stérilité de Rébecca (comme Sara, en Gn 16, 1, ou Rachel, en Gn 29, 31).
• La naissance de ces deux enfants nous apparaît ainsi encore davantage comme un don de Dieu.

Question 2
• Ils sont jumeaux (v. 22), mais ils sont très différents. Ils se heurtent (déjà) dans le sein de leur mère (cf. la note BJ sur v. 23).
• Esaü est le premier à voir le jour (v. 25), mais Jacob lui tient le talon (v. 26).
• Sur les noms donnés aux deux enfants, lire les notes de BJ et TOB ; ce sont des étymologies populaires (voir la note sur le v. 26). Pour une autre explication du nom d’Esaü, voir le v. 30.
• Noter encore les différences entre ces deux enfants et les préférences des parents : v. 27-28.

Question 3
• Jacob nous est présenté comme un pasteur au campement, un Bédouin habile à tirer profit de toute situation rencontrée.
• Esaü est un homme qui court le désert ; affamé, il est prêt à tout sacrifier pour avoir à manger ; remarquer les 5 verbes dont Esaü est le sujet, au v. 34.
• Sur le droit d’aînesse, voir Dt 21, 17 (cité en marge dans BJ).

Que retenir de ce texte ?

• Dans ce texte, le peuple d’Israël veut nous donner une présentation de son histoire passée. L’auteur ne cache pas le caractère rusé de l’ancêtre du peuple (Jacob-Israël) ; il s’en glorifie plutôt. Ce qu’il raconte veut expliquer les tensions qui en résultent avec les peuples voisins, au cours de l’histoire, ici plus particulièrement avec les Edomites (Esaü = Edom).
• L’histoire présente cette situation comme voulue par Dieu (v. 23) qui, librement, donne sa préférence au cadet (cf. la note BJ sur Gn 4, 5).

2) Gn 26, 16 – 33 : Autour des puits

1) Situer notre texte ? A quel cycle appartient-il ?
2) Sur quoi le récit veut-il insister dans les v. 15-25 ?
3) De quoi s’agit-il dans les v. 26-33 ? Quelle était la situation au début du récit ? A quoi est-on parvenu à la fin ?

Question 1
• Pour ce texte, lire la note de BJ sur Gn 26 (titre).
• Après le cycle consacré à Abraham (Gn 12, 1 – 25, 18) commence un cycle consacré à Isaac et Jacob (Gn 25, 19 – 37, 1). En fait, ce cycle parle surtout de Jacob, le grand patriarche père des douze tribus. Gn 26 est un des seuls récits où Isaac est le personnage principal.
• Gn 26 commence par un autre récit concernant Isaac (parallèle à Gn 12, 10 et Gn 20, avec Abraham) ; notre passage forme la suite de cet épisode.
• Le texte comprend deux parties selon la BJ (v. 15-25 et 26-33), mais elles sont toutes les deux en rapport avec les droits sur les puits. La TOB place tous ces versets sous un seul titre. Il s’agit des relations d’Isaac avec ses voisins, ici Abimélek et les gens de Gérar.

Question 2
• Dans les v. 15-25, noter la répétition du mot « puits » : les droits d’eau dans le désert sont une question vitale pour les nomades éleveurs de petit bétail ; d’où les fréquentes contestations entre les différents groupes (cf. Gn 21, 25-31, cité en marge dans BJ). Isaac a hérité des puits d’Abraham, mais il rencontre des oppositions. Remarquer le caractère pacifique d’Isaac (v. 17s ; v. 20s).
• Dans les v. 23-24, nous retrouvons les promesses faites jadis à Abraham : cf. la note BJ sur le v. 23 ; dans le Pentateuque de la TOB 2003, on pourrait lire la note sur le v. 24.

Question 3
• Dans cette situation conflictuelle, Abimélek vient demander une alliance / un serment à Isaac, qu’il reconnaît comme un homme béni par le Seigneur (v. 28).
• Le rite de l’alliance sera un repas partagé (v. 30 – comparer avec Ex 24, 11 et la note TOB) et par un engagement solennel entre les partenaires (v. 31).
• Ce qui est recherché par une telle démarche, c’est la paix entre les deux groupes humain, entre Abimélek et ses gens et Isaac et les siens. Pour la signification biblique du mot « paix », lire la note de BJ en Jr 6, 15 ; dans la TOB, voir la note donnée sur 1 R 5, 26.

Que retenir de ce texte ?
• Nous avons ici un exemple de ces alliances qui permettaient à des groupes humains différents de dépasser leurs conflits d’une manière pacifique. Grâce à un rite d’alliance, ils se considéraient comme des « frères » et s’engageaient à se traiter en conséquence.
• Ce texte nous rappelle aussi l’importance de l’eau dans la Bible et, par là, la signification de l’eau dans des textes comme Jn 4 !

3) Gn 27, 1 – 45 : La bénédiction volée.
1) Qui sont les personnages de ce récit ? Que font-ils ? Que disent-ils ?
2) Relever dans ce texte les expressions qui reviennent plusieurs fois. Quelle est pour vous
la signification de ce récit ?
3) Que pouvons-nous en retenir ?

Question 1
• Isaac : il est vieux, se sent proche de la mort (v. 1-2. 4. 7. 10) ; il est presque aveugle ; il veut bénir son fils aîné avant de mourir. Il découvre trop tard la ruse de Jacob (v. 33) et il reconnaît alors qu’il ne peut changer la bénédiction qu’il lui a accordée (v. 37-38).
• Rebecca : elle surprend la conversation entre Isaac et Esaü (v. 5) ; à cause de sa préférence pour Jacob (cf. Gn 25, 28, cité en marge dans BJ), elle veut que la bénédiction soit donnée à celui-ci et elle en prend les moyens (v. 11-17) ; de même, un peu plus tard, elle apprend le projet d’Esaü (v. 42-45) et elle envoie Jacob chez son frère Laban.
• Jacob : invité à prendre le rôle de son frère, il craint la malédiction (v. 12), mais rassuré par sa mère (v. 13), il fait ce qu’elle lui demande (v. 14-17). Face à son père, il ment (v. 18-21. 24) et reçoit ainsi la bénédiction réservée à l’aîné (v. 27-29). Il doit fuir la colère de son frère (v. 43-44).
• Esaü : il reçoit l’ordre de son père (v. 1-4) et il part pour l’accomplir (v. 5b). Revenu de sa chasse, il prépare le repas pour son père, mais c’est trop tard (v. 30-33) ; il a perdu la bénédiction, comme autrefois son droit d’aînesse (v. 36). Sur la signification des paroles que son père prononce sur lui (v. 39-40), lire la note BJ. Il décide alors de tuer son frère après la mort de son père (v. 41).

Question 2
• Lire les notes de BJ et TOB sur le titre de ce chapitre.
• Noter les répétitions du verbe « bénir » (15 fois) ; cf. aussi « bénédiction » (5 fois).
• Pour la signification de ces termes, lire en BJ les notes sur les v. 27 et 33 ; en TOB, voir les notes sur le v. 29 et 33 ; on peut encore consulter en BJ les notes sur Gn 9, 25 et 14, 19.
• Selon la Bible, Jacob est l’ancêtre des douze tribus qui formeront le peuple d’Israël, alors qu’Esaü est l’ancêtre des Edomites (Esaü = Edom), un peuple voisin et souvent ennemi d’Israël.
• Sur les relations entre ces deux peuples, cf. les paroles d’Isaac dans les v. 22- 29 et 39-40. Pour l’auteur du texte, la bénédiction du patriarche avant sa mort, annonce le destin futur des deux nations : cf. les notes de BJ sur les v. 27 et 40.

Question 3
• Ce récit biblique rappelle l’importance de la bénédiction. Etre béni (de Dieu) est source de vie, de prospérité.
• Le récit marque aussi la liberté de Dieu, qui peut passer même à travers le péché des hommes (cf. la fin de la note BJ sur le titre de Gn 27 ; lire aussi les références que vous trouvez à cet endroit).

4) Gn 28, 10 -22 : Le songe de Jacob

1) Replacer notre texte dans son contexte.
2) Ce texte porte les marques d’une longue histoire, mais quel est le contenu du
texte tel que nous le lisons aujourd’hui ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce récit sur Dieu ? et sur Jacob ?

Question 1
• Ce texte peut être la suite de Gn 27, 45 (une tradition sacerdotale), mais dans le contexte actuel, il fait également suite à Gn 27, 46 – 28, 5.
• Ce texte marque le début du récit du voyage de Jacob qui s’étend jusqu’en Gn 35.

Question 2
• On remarque facilement dans ce texte des « aspérités » : ainsi la vision des anges (v. 12) et celle de Dieu (v. 13a) ; la promesse magnifique de Dieu (v. 13b-15) à comparer avec ce que dit Jacob dans les v. 16-17 et 20.
• Dans le texte tel que nous le lisons aujourd’hui, on peut distinguer 3 parties : le songe de Jacob (v. 11-12), la promesse de Dieu (v. 13-15) et la réaction de Jacob à son réveil (v. 16-22).
• Sur les v. 11-12 : noter la triple répétition du mot « lieu » au v. 11 ; ce même terme reviendra 3 fois dans les v. 16.17 et 19.
• La vision de « l’escalier » (cf. la note TOB sur v. 12) : il s’agit de la rampe d’accès à une tour à étage comme on en voyait en Mésopotamie ; les anges qui montent et descendent symbolisent le lien entre le ciel et la terre.
• Pour les v. 13b-15, lire les textes indiqués dans la marge de BJ. Comparer aussi avec la bénédiction paternelle de Gn 27, 27-29 : quelles remarques pouvez-vous faire ?
• Dans la réaction de Jacob (v. 16-22) : étonnement et peur ; cf. Ex 19, 12 + (cité en marge dans BJ) ; sur le rite que Jacob accomplit, cf. la note BJ et TOB sur v. 18 ainsi que le renvoi à Ex 23, 24 +.
• Les v. 20-22 contiennent une double promesse : construire un temple et payer la dîme (cf. note TOB sur v. 22) ; voir encore Am 4, 4 et la note de BJ sur ce verset.

Question 3
• Le Dieu des patriarches est le Dieu du clan (v. 13) ; il protège ses fidèles dans leurs migrations.
• Il est au ciel (au sommet de « l’escalier »), mais il s’intéresse à ce qui se passe sur la terre. Dieu se manifeste en un lieu (ici à Béthel), mais il n’est pas lié à un lieu.
• Ce récit attribue à Jacob la fondation du sanctuaire (cf. Gn 12, 8-9) qui deviendra le sanctuaire le plus important du Royaume du Nord (cf. 1 R 12, 29 et note BJ).

5) Gn 32, 23 – 33 : Le combat de Jacob

1) Situer ce texte dans le cycle de Jacob : quelle place tient ce récit ?
2) Que contient notre texte ? Comment est-il construit ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce récit biblique ?

Question 1
• Après l’histoire de la naissance des deux enfants (Gn 25, 19ss), après le vol de la bénédiction paternelle (27, 1ss), qui l’oblige à partir chez Laban (28, 1ss), Jacob s’est marié (29, 15ss), il est devenu chef de famille et s’est enrichi. Maintenant il veut retourner dans son pays (30, 25ss).
• Devant l’attitude de Laban, Jacob prend la fuite avec ses femmes, ses enfants et tout ce qui lui appartient (31, 17ss).
• Rattrapé par Laban, il conclut avec lui un traité (31, 43ss) et continue son chemin vers son pays (32, 1ss) où il craint la rencontre avec son frère Esaü (32, 4ss).
• Jacob se trouve maintenant au bord du Yabboq qu’il doit franchir pour entrer dans la terre ; il va passer le gué et affronter son frère Esaü (33, 1ss).

Question 2
• Ce récit contient également des éléments anciens (cf. la note BJ sur 32, 23 – titre-) qui ont été retravaillés au cours des siècles de tradition (peut-être une vieille légende liée au danger que représente le passage du Yabboq).
• Notre texte comprend trois parties : une introduction (v. 23-24), le combat nocturne (v. 25-30) et les conséquences de cette lutte pour Jacob (v. 31-32).
• Jacob est resté seul sur la rive nord du Yabboq (v. 23-25)
• Le récit nous dévoile progressivement l’identité de l’inconnu que Jacob doit affronter : c’est tout d’abord un homme (v. 25b), mais qui a des pouvoirs mystérieux (v. 26). Jacob refuse de le lâcher avant qu’il ne l’ait béni (v. 27)
• L’inconnu change le nom de Jacob (sur la signification de ce fait, lire note TOB sur v. 28 ; en BJ voir Gn 17, 5 et la note) ; il lui accorde la bénédiction, mais il refuse de lui dévoiler son nom (cf. note TOB sur v. 30 ; en BJ voir le renvoi indiqué en marge à Jg 13, 17 +).
• Le v. 31 souligne le caractère exceptionnel de cette rencontre : cf. la note BJ sur ce verset et le renvoi (en marge) à Ex 33, 20 +.
• Sur le v. 33, lire la note BJ : c’est sans doute un tabou dont on ne connaît plus l’origine.

Question 3
• Ce combat de Jacob est déjà connu du prophète Osée : Os 12, 4 – 6 (vers 750) ; ce récit aura un grand retentissement dans la tradition (spirituelle et artistique) ; cf. la note TOB sur le titre.
• Ici Jacob lutte pour obtenir la bénédiction : une longue lutte jusqu’au lever de l’aurore (v. 25 ; cf. note sur v. 30). Le patriarche reste marqué par cette rencontre avec Dieu (v. 32 et note TOB).
• Sur le changement de nom (Jacob-Israël), cf. la fin de la note de BJ sur v. 29).

6) Gn 35, 1 – 15 : Jacob à Béthel

1) Situer ce passage dans son contexte.
2) De quoi parlent les v. 1-15 de ce chapitre ?
3) Que pouvons-nous retenir ?

Question 1
• Ce récit est en lien avec Gn 28, 10-22 et le voeu que Jacob avait fait quand il fuyait son frère Esaü.
• Mais il est également – et encore plus directement – relié à Gn 34 : après la vengeance de Siméon et Lévi, suite au viol de Dina (Gn 34, 25-28), Jacob doit prendre la fuite (Gn 34, 30 ; cf. 35, 5).
• Après les versets que nous étudions, le chapitre de Gn 35 contient encore quelques éléments de l’histoire de Jacob : la naissance de Benjamin et la mort de Rachel (v. 16-20), la liste des douze fils, qui deviendront les douze tribus (v. 22b-26) et enfin l’arrivée à Mambré et la mort d’Isaac, enseveli par Jacob et Esaü (réconciliés ?).

Question 2
• Sur ce passage, voir la note de TOB sur Gn 35, 1.
• Il y a d’abord un ordre de Dieu à Jacob : il doit monter de Sichem à Béthel et accomplir le voeu qu’il avait fait (en Gn 28, 22).
• Pour les v. 2-5 : lire la note de BJ sur v. 2 ; on peut comparer ce que Jacob demande ici à sa famille avec ce que Josué demandera au peuple entré dans la terre (cf. les références données ici en marge par la TOB) ; voir spécialement Jos 24).
• Sur la purification demandée (v.2), lire la note BJ ; mais il est surtout question d’abandonner tous les dieux étrangers (v. 4 et note TOB), ce qui leur vaut la protection divine (v. 5 et note TOB).
• Les v. 6-7 racontent l’exécution de l’ordre de Dieu reçu au v. 1.
• Le v. 8 mentionne la mort de Débora, la nourrice de Rebecca (cf. Gn 24, 59) et explique ainsi le nom d’un lieu.
• Les v. 9-10 forment un doublet avec Gn 32, 29.
• De même dans les v. 11-13 nous retrouvons une bénédiction concernant la postérité et le don de la terre. Cf. encore la note TOB sur le v. 13 et le renvoi à Gn 17, 22.
• Pour les v. 14-15 : comparer avec Gn 28, 18-19 ; cf. la note TOB sur Gn 35, 14.

Question 3

• Ce chapitre montre, une fois de plus, l’importance accordée à Béthel et à son sanctuaire par son rattachement à Jacob.
• La tradition de Sichem comme le lieu du choix exclusif de Dieu et le rejet de toutes les idoles.
• Sur la signification du nom El-Shaddaï, lire la note signalée en BJ sur Gn 17, 1 +

7) Gn 37, 2 – 36 : Joseph et ses frères

1) De quoi parle ce chapitre ? Comment peut-on diviser ces versets ? Qui intervient dans ce récit ? Où se passe cette scène ?
2) Qu’est-ce que récit nous apprend sur Joseph ? et sur ses frères ?
3) Que nous apporte ce texte biblique ?

Question 1

• Il est question de Joseph et de ses frères, de leurs relations et des conséquences. Sur ce récit, voir les notes BJ sur le titre et sur 37, 12). Voir aussi la note TOB sur Gn 37 (titre).
• On peut y voir trois parties : les causes du drame (v. 2-11) ; Joseph vendu par ses frères (v. 12 – 29) ; la nouvelle rapportée au père (v. 31 – 35).
• Le personnage principal est évidemment Joseph : en face de lui, nous trouvons ses frères (ce terme revient presque 20 fois dans ces versets) et leur père, appelé Israël (v. 3 et 13) et Jacob (v. 34).
• Les Madianites / Ismaélites (v. 25. 28 et 36) ont un rôle très secondaire.
• Parmi les frères, deux ont une place particulière : Ruben, l’aîné dans les v. 21-22 et 2 (cf. Gn 35, 23) et Juda dans le v. 26.
• La scène commence et se termine « à la maison » où se trouvent réunis Israël et ses fils (v. 2-11 ; v. 32-35) ; mais elle se déroule surtout dans la campagne où paissent les troupeaux : deux noms sont cités : Sichem (v. 12.13.14) et Dotân (v. 17 et note TOB).

Question 2

• Joseph est le préféré de son père (v. 3) ; celui-ci lui a fait faire une tunique ornée (v. 3. 23. 32) ; à cause de cette préférence, il est haï par ses frères (v. 4).
• Joseph a des songes (v. 5 ; cf. note BJ ; v. 9) dont le récit et l’interprétation aggravent encore l’inimitié que lui vouent ses frères (v. 8 et 11 ; cf. v. 19-20).
• Envoyé vers ses frères pour prendre de leurs nouvelles, il obéit (v. 13). Mais il sera mal accueilli par ses frères (v. 18-19), dépouillé de sa tunique et jeté dans une citerne asséchée (v. 23-24), puis finalement vendu pour vingt sicles d’argent et emmené en Egypte ( v. 28).
• Les frères sont jaloux de Joseph (v. 3 – 7) ; leur haine grandit encore à cause des songes (v. 8. 10-11) ; ils sont prêts à le tuer (v. 20), mais décident finalement de le vendre (v. 27-28 ; ils donnent enfin un rapport mensonger à leur père (v. 31-32).
• Noter plus particulièrement le v. 25a (après ce qui vient d’être raconté !) ainsi que la fin du v. 32 : « regarde si ce ne serait pas la tunique de ton fils ».

Question 3
• Relire les premières phrases de la note BJ donnée sur le titre (Histoire de Joseph).
• Remarquer la tension entre la haine que les frères ont pour Joseph et la force des liens du sang (v. 21. 26-27 ; cf. la note TOB sur v. 26).

8) Gn 42, 1 38 : La première rencontre de Joseph avec ses frères

1) Situer ce texte dans l’histoire de Joseph.
2) Que contient ce passage ? Suivre le fil du récit.
3) Que penser du comportement de Joseph ? et de celui des frères ?

Question 1• Après Gn 37, l’histoire de Joseph continue en Gn 39 (cf. la note de BJ sur le titre).
• Emmené en Egypte, Joseph est vendu à Potiphar ; mais « il est assisté par le Seigneur » ; il devient ainsi majordome de Potiphar (39, 4) et il lui apporte la bénédiction de Dieu. Faussement accusé par la femme de Potiphar (39, 7-18), il est jeté en prison (39, 19-20).
• Mais Dieu l’assiste toujours (39, 21) ; il gagne la confiance du geôlier chef (39, 22-23).
• Gn 40 nous raconte les songes de deux officiers de Pharaon et l’interprétation qu’en donne Joseph et qui se réalise. En Gn 41, c’est le Pharaon qui a des songes qui le troublent ; devant l’incapacité des magiciens à donner une interprétation, l’officier – à qui Joseph avait indiqué la signification de son rêve – se souvient de cet « Hébreu » (41, 9-13).
• Joseph interprète alors les songes (41, 25-32) et invite Pharaon à choisir « un homme sage et intelligent » pour faire face à la situation (41, 33-36). Pharaon choisit alors Joseph, qui devient le second sur tout le pays d’Egypte (41, 37-45). Il prend des mesures adéquates pour affronter les années de disette annoncées par les songes (41, 46-49). La famine concerne également les pays voisins (41, 56-57), ce qui va provoquer la rencontre de Joseph avec ses frères (Gn 42).

Question 2• Deux parties : le voyage des frères en Egypte (v. 1-24) et leur retour en Canaan (v. 25-38).
• Jacob envoie les dix frères pour acheter du grain (v. 1-4) ; ils sont reconnus par Joseph (v. 5-7) et accusés d’être des espions (v. 8-12). Ils parlent alors de leur famille, ce qui permet à Joseph de les mettre à l’épreuve (v. 13-17 ; cf. encore note TOB sur v. 16 et le v. 18.
• Il les renvoie, retenant Siméon et exigeant qu’ils lui amènent le plus jeune frère (v. 18-20).
• Dans leur situation difficile, ils se souviennent de leur crime d’autrefois (v. 21-22).
• Au retour, à la première halte, ils découvrent l’argent remis dans un sac et prennent peur (v. 25-28 et notes BJ et TOB sur v. 28). Revenus chez leur père, ils racontent leur rencontre avec « l’homme qui est seigneur du pays » (v. 29-34) ; ouvrant alors leurs sacs, ils trouvent chacun leur bourse d’argent, ce qui provoque encore leur peur et celle de leur père (v. 35-36), qui cependant refuse de laisser partir Benjamin, malgré les paroles de Ruben (v. 37-38 et note TOB sur v. 38).

Question 3
• Joseph les reconnaît mais il feint de leur être étranger ; il les traite durement (v. 7. 9-12).
• Il exige la présence de Benjamin pour vérifier leurs paroles (v. 16) et les met en prison pour trois jours (v. 17). Parce qu’il « craint Dieu » (v. 18), il leur permet de rentrer chez eux, mais garde un d’eux en otage (v. 18-19). Devant leur début de repentir, il s’écarte et pleure (v. 24). En remettant l’argent dans leurs sacs, Joseph les met à l’épreuve (cf. v. 28).
• Les frères se prosternent devant Joseph (v. 6 ; cf. le renvoi à Gn 37, 5-11 en marge du v. 8).
• Dans les v. 21-22, les frères parlent de leur faute passée et y reconnaissent la cause de leur malheur actuel.

9) Gn 43, 1 à 45, 15 : La seconde rencontre et la reconnaissance

1) Lire ce (long) texte) et repérer les étapes du récit,
2) Qui sont les personnages mis en valeur dans ce texte ? Qu’apprenons-nous d’eux ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce texte, en particulier, sur Dieu ?

Question 1• Sur tout ce récit, lire la note de TOB sur Gn 43, 1 (titre). Les provisions du premier voyage sont épuisées, il faut retourner en Egypte (43, 1-2), mais il ne peut être question d’y aller sans emmener Benjamin (43, 3-10) ; le père finit par céder (43, 11-14).
• A leur arrivée, les onze frères sont conduits à la maison de Joseph (43, 15-17) ; ils ont peur mais sont rassurés (43, 18-23) ; ils sont invités à un repas en présence de Joseph et Benjamin est particulièrement honoré (43, 24-34 ; cf. note TOB sur v. 34).
• Avant leur départ, Joseph fait placer sa coupe dans le sac de Benjamin ; rattrapés et accusés de vol, ils protestent de leur innocence mais la coupe est retrouvée dans le sac de Benjamin qui doit ainsi devenir l’esclave de Joseph (44, 1-17). Juda – qui s’était porté garant de son jeune frère, cf. 43, 8-9, – demande de pouvoir rester à sa place (44, 18-34)
• Joseph se fait alors reconnaître (45, 1-4), les rassurent (45, 5-8) et les envoient porter la bonne nouvelle à leur père en l’invitant à descendre en Egypte (45, 9-15).

Question 2• Dans ce récit, c’est Juda qui tient un rôle particulier (et non Ruben) : 43, 3. 8 ; 44, 14. 18. C’est lui qui intervient auprès du père pour qu’il laisse partir Benjamin (43, 1-10) ; c’est lui qui plaide auprès de Joseph et s’offre pour prendre la place de Benjamin (44, 18ss).
• Les frères – mentionnés en groupe – obéissent à leur père (43, 15) ; ils se présentent devant Joseph (43, 16) ; ils ont peur (43, 18) et veulent se justifier (43, 19-22) ; ils offrent à Joseph le présent qu’ils ont apporté (43, 26) et se prosternent devant lui (v. 26 et 28), puis ils participent au festin (43, 34).
• Dans le ch. 44, ils se montrent coopératifs (v. 7-11), puis solidaires dans leur malheur (v. 13 ; cf. v. 16). Au ch. 45, ils sont bouleversés quand Joseph se fait reconnaître (v. 3 et note BJ).
• Joseph fait préparer pour ses frères un grand repas (cf. la note TOB sur 43, 15 – titre-) ; il les salue amicalement et s’informe de la santé de leur vieux père (43, 27) ; il marque sa préférence pour Benjamin (43, 3. 29-30. 34 ; cf. encore 45, 14). En Gn 44, Joseph met ses frères à l’épreuve : vont-ils se montrer solidaires de Benjamin ? A la suite de cette épreuve, il se fait reconnaître (54, 3-4 et 14-15). Noter tout particulièrement Gn 45, 4-8 (cf. note BJ sur v. 5 et le renvoi à Gn 50, 20).
• Sur le père – appelé ici Israël : Gn 43, 6. 8. 11 ; cf. 45, 21) – le texte souligne l’attachement particulier pour Benjamin : 43, 6 ; cf. 44, 20-31).

Question 3• L’humble soumission du vieux père en Gn 43, 13-14.
• Ce que dit Juda en Gn 44, 16 ; cf. les notes BJ et TOB sur v. 16.
• Noter tout particulièrement la place de Dieu dans ce qui est arrivé à Joseph : Gn 45, 5-8 (trois fois, Joseph reconnaît : Dieu m’a envoyé …).Lire la note BJ sur Gn 45, 5.

SERMON SUR LA MONTAGNE

chemin4Des cinq grands discours qui structurent l’Évangile selon saint Matthieu, le premier est de beaucoup le plus connu : au début de son ministère, Jésus gravit la montagne et là, comme un maître, il donne son enseignement à tous ceux qui veulent l’écouter.
La solennité du cadre et du ton souligne l’importance que l’Évangéliste reconnaît à ces paroles de Jésus.
Comme l’a bien exprimé J. JEREMIAS (dans une petite étude très riche “Paroles de Jésus”, coll. Foi Vivante no 7), le Sermon sur la Montagne est un catéchisme, “il entend montrer aux néophyte (…) comment doit désormais se présenter leur vie.”

C’est pourquoi, bien que placées au début de l’Évangile selon saint Matthieu, ces paroles de Jésus sont un enseignement donné aux disciples et non une première annonce du salut. Interprète authentique de la volonté d’un Dieu qu’il nous révèle comme Père, Jésus invite ceux qui le suivent à faire l’expérience de la vie nouvelle dont il nous a ouvert l’accès par sa mort et sa résurrection.

La comparaison entre le Sermon sur la Montagne (Mt 5-7) et le Discours dans la Plaine (Lc 6, 20-49) nous montre que cet enseignement de Jésus avait déjà été rassemblé et organisé par la tradition apostolique antérieure aux Évangiles.
Mais cette comparaison nous permet également de prendre conscience de tout le travail de Matthieu et de Luc pour présenter ce message de Jésus d’une manière qui réponde aux besoins des communautés auxquelles ils s’adressaient.

*
* *

Le travail proposé ici suit d’abord le texte de Matthieu (études 1 à 10); puis 4 études (11 à 14) seront consacrées au texte de Luc. Les divisions tentent de respecter le plus possible la construction des deux textes. Mais il est évident que sur ce point, aucune présentation ne peut prétendre à l’exclusivité.

Il reste à espérer et à souhaiter que ce parcours, tel qu’il se présente, puisse aider quelques groupes à relire et à approfondir cet enseignement de Jésus, lui qui est le “seul Maître” (cf. Mt 23, 10).

La démarche proposée dans ces fiches

Ce dossier est conçu avant tout pour un travail en groupe. Il comprend deux sortes de fiches :
celles pour les participants donnant la référence des textes à étudier et quelques réflexions pour guider la lecture.

celles pour l’animateur qui indiquent quelques pistes possibles, mais nullement limitatives. Elles voudraient aider les animateurs à tirer profit des explications données dans les notes de leur Bible (BJ et/ou TOB).
Il est peut-être bon de rappeler ici que le travail biblique est plus large que la démarche proposée dans ces fiches. Il comprend normalement trois temps successifs :

1) l’approche subjective du texte : même si ce n’est pas la première fois que l’on lit ce texte, il faudrait l’aborder avec un regard neuf, se laisser surprendre par le texte. Crayon en main, on pourrait noter ce qui me frappe, ce qui me heurte, ce qui me plaît dans ce passage de la Bible. Relever également ce qui fait difficulté (ce que je ne comprends pas) et ce que je découvre.

Il est bon de fixer par écrit ces premières réactions pour pouvoir y revenir éventuellement après avoir écouté le texte.

2) l’étude du texte : se mettre vraiment en situation de dialogue avec le texte, c’est-à-dire rechercher ce que ce texte dit, le message que l’auteur a voulu exprimer et qu’il a dit dans le langage de son époque.

Les questions proposées ne voudraient que conduire au texte et faire découvrir au lecteur (et au groupe) le message de ce passage biblique. Il est bien évident que la richesse d’un texte n’est pas épuisée par les quelques questions données et par les pistes suggérées ici à l’animateur. Mais peut-être permettront-elles d’amorcer la réflexion. Tel est en tout cas leur objectif.

3) L’appropriation : le texte qui a été écouté, étudié est la Parole de Dieu. Aussi après avoir cherché à comprendre ce que le texte dit, faut-il se demander ce que ce texte me (nous) dit ou, en d’autres mots, s’interroger sur le message que Dieu veut m’adresser aujourd’hui à travers ce texte.

Pour ce faire, il peut être utile de chercher à formuler avec nos mots, dans notre situation d’aujourd’hui, personnelle ou ecclésiale, la Parole que cette lecture et le partage avec le groupe nous a fait découvrir.
L’appropriation devrait conduire naturellement à la prière et à l’action.

1. – Mt 4, 12-25 : Une lumière en Galilée

Comme l’ensemble de la tradition évangélique (cf. Ac 10. 37ss), Matthieu situe le ministère de Jésus par rapport à celui de Jean-Baptiste. Jésus reprend le message du Baptiste (cf. Mt 3, 2), mais désormais, avec lui, cette parole s’accomplit.

1) Mt consacre plusieurs versets pour situer le ministère de Jésus : pourquoi cette insistance ?
2) Comment nous parle-t-il du ministère de Jésus dans les v. 17-25 ? Comment comprendre
la proclamation de Jésus ? Et les versets 23-25 ?
3) Qu’est-ce qui vous paraît important dans les versets 18-22 ?

Question 1

• Remarquer la formulation de Mt dans les v. 12-13 : cf. les notes de TOB.
• Pour l’Évangéliste, ce choix de Jésus accomplit la parole d’Isaïe : rechercher de quoi parlait le prophète huit siècles plus tôt et comment Jésus réalise l’espérance du prophète.
• Sur la signification de la Galilée pour Mt, voir la note TOB sur le v. 14; remarquer encore les mentions de la Galilée dans les v. 12. 15. 18. 23. 25.

Question 2

• Sur la formule d’introduction (v. 17), voir la note TOB; en Mt 16, 21, la même formule introduira la révélation du Messie souffrant.
• Noter dans ce texte l’initiative de Jésus, son autorité, son pouvoir.
• Selon Mt, la proclamation de Jésus est la même que celle de Jean-Baptiste en 3, 2 ; pour la signification des mots, se reporter à Mt 3, 2 et aux notes BJ et TOB sur ce verset.
• Dans les v. 23-25 l’annonce de la Bonne Nouvelle est confirmée par des actes de Jésus (cf les notes BJ et TOB); remarquer l’insistance de Mt : toutes… tous… (cf la note TOB sur le v. 23).

Question 3

• Il y a deux récits de vocation avec le même schéma, qui met en lumière l’autorité de la parole de Jésus : comparer avec 1 R 19, 19ss.
• Dès le départ, Jésus veut avoir des collaborateurs : v. 19 et note TOB; nous avons ainsi les 4 premiers apôtres (4 est le symbole de l’universalité); Simon reçoit déjà ici le nom de Pierre (cf. Mt 16, 17-18).
• Sur la signification du verbe “suivre” : voir la note de TOB sur le v. 20.

Pour continuer la réflexion

Où est la “Galilée” aujourd’hui ?
Comment vivre l’appel à la conversion pour le Royaume ?

2. – Mt 5, 1-10 : La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres

“Heureux les pauvres… heureux ceux qui pleurent, ceux qui ont faim…”
Ressentons-nous encore le ton provocateur de ces paroles de Jésus ? Comment pouvons-nous les redire aujourd’hui ?

1) Comment Mt introduit-il le discours de Jésus ? Quelle image nous donne-t-il ainsi de
Jésus ? A qui Jésus s’adresse-t-il ?
2) Que signifie “Heureux ceux qui…” ? En quoi Jésus renouvelle-t-il cette formule tradition-
nelle ? Comment Mt a-t-il regroupé les Béatitudes ?
3) Expliquer “pauvres de coeur” ? Choisir 2 ou 3 Béatitudes et les rapprocher d’autres passa-
ges bibliques : par ex. les v. 4. 7. 8.

Question 1

• Noter la solennité des v. 1-2 : le Fils de Dieu (cf. Mt 1-2) va maintenant donner son Évangile à Israël; c’est le début du discours inaugural (cf. Mt 5, 1 et la note BJ qui propose une division de tout le Sermon sur la Montagne).
• Comme Moïse (Ex 19, 3. 12; 24, 15. 18…) Jésus monte sur la montagne : rappel des événements qui ont marqué la naissance du peuple. Maintenant , par Jésus Dieu parle et nous offre la charte de l’alliance nouvelle.
• Il y a deux cercles d’auditeurs : les foules et les disciples. Mais Jésus s’adresse à tous (cf. 7, 28-29); l’enseignement du Sermon sur la Montagne est donc valable pour tous ceux qui veulent le suivre.

Question 2

• Sur la signification de la formule, voir les notes de BJ et TOB sur le v. 3.
• Habituellement dans la tradition biblique, il y a un lien de cause à effet entre les deux parties de la formule (cf. par ex. Jr 17, 7-8). Pour Jésus, c’est la venue du Règne de Dieu qui rend heureux les hommes que l’on considère d’ordinaire comme malheureux.
• Sur la notion du Règne de Dieu, cf. Mt 4, 17 + (en TOB, la note sur Mt 3, 2).
• Remarquer l’inclusion entre 5, 3 et 5, 10 (le Royaume des cieux est à eux ) : pour Mt, les 8 premières Béatitudes forment un tout, réparti en 2 strophes (cf. le mot “justice” dans les v. 6 et 10); il s’agit de la justice (cf. la note TOB sur le v. 6) qui ouvre au Royaume.
• La 9ème Béatitude (v. 11) reprend la 8ème, mais en faisant l’application aux disciples : heureux êtes-vous…

Question 3

• Travailler sur le mot “pauvre” en utilisant la note BJ sur 5, 3, qui nous renvoie à So 2, 3 +; voyez-vous un lien entre cette notion de pauvreté et la plupart des Béatitudes ?
• Sur Mt 5, 4 : lire Mt 11, 29 et 21, 5; cf. aussi la note TOB sur le v. 4; pour Mt 5, 7, lire Mt 18, 21-35; cf. 6, 14-15; sur Mt 8 : voir la note TOB

Pour continuer la réflexion

Les Béatitudes sont pour Mt un rappel des dispositions intérieures qui doivent animer les disciples de Jésus. Prier sur ce texte.

3. – Mt 5, 11-20 : Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde

Après les Béatitudes qui nous donnent la charte du Royaume et avant les “antithèses” (v. 21-48), l’Évangéliste redit la mission des disciples : témoigner d’une fidélité plus grande que celle des scribes et des Pharisiens.

1) Pourquoi une seconde Béatitude des persécutés en 5, 11-12 ? Comparer ces versets avec
1 P 2, 12. 15: 3, 16; 4, 15 et avec 1 Co 10, 32.
2) Expliquer les images utilisées dans les v. 13-16.
3) Les v. 17-20 introduisent les antithèses des v. 21-48 : relever ce qui vous paraît le plus
significatif dans cette introduction et expliquer pourquoi.

Question 1

• Au point de vue littéraire, le dédoublement de cette Béatitude permet le passage de l’affirmation (plus générale) de “heureux ceux qui…” à “heureux vous… ( = les disciples) : cf. note TOB sur 5, 12.
• Par là est introduite la suite du Discours en “vous”.
• La comparaison avec la 1 P et 1 Co nous montre l’importance de ce thème dans le NT – il y a encore d’autres textes ! – ; la persécution est source de béatitude si elle est subie en tant que disciple de Jésus (à cause de moi ) et à cause de leur comportement chrétien.

Question 2

• Sur l’image du sel, voir la note TOB sur le v. 13.
• Pour la lumière, voir Jn 8, 12 + (spécialement la première partie de cette note de BJ); cf. aussi Mt 4, 16.
• Les deux images disent la mission des disciples pour la terre / le monde / les hommes : d’une manière négative (v. 11-12 : vous êtes le sel… ne perdez pas votre saveur ) puis positive (v. 14ss : vous êtes la lumière… brillez comme la ville sur la montagne, comme la lampe…)
• C’est par leurs bonnes oeuvres (v. 16) , c-à-d. par leur vie, que les disciples sont appelés à rendre témoignage pour que les hommes glorifient le Père; cf. 1 P 2, 15; 3, 1ss. 13-16.

Question 3

• Mt a réuni différentes paroles qui redisent sous des formes variées la même idée : le disciple de Jésus doit suivre la révélation de Dieu telle qu’elle s’est manifestée dans la Loi et les Prophètes.
• Leur fidélité doit être plus grande que celle des scribes et des Pharisiens (v. 20), comme nous le dira Jésus dans les v. 21ss.
• Les mots importants sont : accomplir : cf. les notes BJ et TOB sur 5, 17; mettre en pratique (faire) : v. 19 ; c’est un point sur lequel Mt insiste beaucoup : cf. la note TOB sur Mt 7, 24
• Sur la signification du mot justice : voir la note TOB sur le v. 20.

Pour continuer la réflexion

Comment être aujourd’hui “sel de la terre”, “lumière du monde” ?

4. – Mt 5, 21-32 : “Moi, je vous dis… “

Les “antithèses” forment un bloc important dans le Sermon sur la Montagne. On les divise ici en deux parties, comprenant chacune trois paroles de Jésus.

1) Quelle est la structure des deux premières “antithèses” ? Relever les formules qui revien-
nent dans ces versets ? Comment les comprendre ?
2) Que demandait la Loi ancienne au v. 21 ? Que demande Jésus ? En quoi veut-il accomplir
la Loi ?
3) Quel est l’enseignement des v. 27. 31-32 ? Et celui des v. 29-30 ?

Question 1

• Chaque antithèse est composée d’une référence à la Loi (Décalogue ou un autre Code de l’AT : cf. v. 21. 27), suivie d’une parole de Jésus (cf. v. 22. 28), puis viennent des exemples (cf. v. 23-25 et 29-30).
• La réponse énonce d’abord une donnée générale (“vous”, “quiconque”), suivie d’un passage en “tu” donnant des exemples de l’esprit dans lequel il faut pratiquer l’enseignement de Jésus (pas nécessairement à la lettre).
• Les formules :“vous avez appris… (note TOB sur v. 21), moi je vous dis… .“
• Il a été dit = Dieu a dit : l’usage du passif pour éviter le nom divin; cf. par ex, Rm 9, 12. 25; pour un juif, cette Parole était entendue lors de sa lecture solennelle à la synagogue : cf. 5, 21 +.
• Moi je vous dis : Jésus se présente comme l’interprète authentique de la volonté divine; cf. aussi 5, 17-20.

Question 2

• Ex 20, 13 (Décalogue) et Ex 21, 12 (Code de l’alliance) interdisent le meurtre délibéré (cf. note TOB sur v. 21) et le punissent de mort.
• Pour Jésus, la colère contre le frère est à l’origine de cette violence et elle relève du jugement de Dieu (au tribunal : voir note TOB).
• Il n’y a donc pas de progression de pensée dans le v. 22 (tribunal / Sanhédrin / Géhenne) : c’est le jugement de Dieu sous des formes différentes.
• Les v. 24-25 donnent deux exemples de la nouveauté apportée par Jésus : la réconciliation avec le frère passe avant le culte (cf Mt 9, 13) et elle est urgente (cf note TOB sur v. 25).

Question 3

• Dans le Décalogue et la Loi l’adultère était considéré comme une violation du droit de propriété (selon le droit juif, la femme appartient à son mari) : Ex 20, 14. 17. Pour Jésus, le désir (dans le coeur) a la même gravité; sur ce passage voir aussi la note TOB sur v. 28.
• Pour la parole concernant la répudiation (v. 31-32), voir les notes de TOB.
• Les v. 29-30 sont des exemples en “tu” qui invitent dans un style paradoxal à une rupture radicale à l’égard de toute occasion de péché.

Pour continuer la réflexion

Par ces antithèses Jésus nous appelle à une obéissance renouvelée à la Loi de Dieu : comment allons-nous répondre ?

5. – Mt 5, 33-48 : “Et moi je vous dis…” (suite)

Trois autres paroles de Jésus où il nous dit comment il vient accomplir la volonté de Dieu révélée dans l’Ancien Testament.

1) Que visait la Loi ancienne au sujet du serment ? Que demande Jésus ? Pourquoi ?
2) Qu’évoque pour nous la loi du talion ? Quel était le sens de cette loi dans l’AT ?
Comment Jésus veut-il l’accomplir ?
3) Comment comprendre Mt 5, 43 ? Une telle attitude est-elle possible ? Comparer
Mt 5, 45-48 avec Mt 5, 20 : que remarquez-vous ?

Question 1

• Le passage de la Loi cité par Jésus visait le parjure (cf. Ex 20, 7; Lv 19, 12) et l’obligation d’acquitter les serments (Nb 30, 3; Dt 23, 22)
• Dans l’AT, jurer par le nom du Seigneur était considéré comme un acte de piété (cf. Dt 6, 13; 10, 20); c’était une profession de foi. Mais on en était venu à multiplier les serments inutilement.
• Sur l’abus du serment et la casuistique pharisienne, voir Mt 23, 16-22 : on comprend mieux ainsi la réaction de Jésus.
• Sur la pensée de Jésus, voir la note TOB sur le v. 37; pour lui, la franchise dans le langage doit être telle que le recours au serment devient inutile : toute parole est prononcée devant Dieu.

Question 2

• “oeil pour oeil” est souvent cité comme un exemple de dureté; pourtant la loi du talion est une limitation de la vengeance : cf. Ex 21, 24 + et la note BJ qui nous renvoie à Gn 4, 23-24 +.
• Jésus demande de dépasser cette loi en renonçant à toute volonté de vengeance : cf. 5, 39 et les notes BJ et TOB.
• Les trois exemples veulent illustrer l’esprit qui anime le disciple : cf. aussi Rm 12, 19. 21 (en marge dans BJ).

Question 3

• Sur l’amour du prochain, voir Lv 19, 11-18. Pour Lv, le prochain est le compatriote, celui qui a le même pays, la même religion.
• La haine de l’ennemi n’est pas demandée dans la Loi, mais elle se rencontrait dans certains groupes juifs; voir les notes BJ et TOB sur 5, 43.
• La BJ nous indique en marge Lc 23, 34 et Ac 7, 60 : l’exemple de Jésus et d’ Etienne.
• La comparaison de 5, 20 avec 5, 45-48 nous montre que Mt a encadré les 6 antithèses par deux paroles : la “justice” du disciple doit surpasser celle des Pharisiens et elle doit chercher à imiter celle du Père (cf. v. 45. 48; 1 P 1, 16). Elle doit devenir celle d’un fils, comme celle de Jésus.

Pour continuer la réflexion

Devenir fils du Père qui est dans les cieux (v. 45) : c’est là tout un programme ! Laquelle parmi ces “antithèses” m’apparaît davantage comme un défi ?

6. – Mt 6, 1-6 et 16-18 : Ton Père voit dans le secret

La “justice” dont parle Jésus dépasse celle des scribes et des Pharisiens. Jésus nous en donne ici une nouvelle illustration.

1) Pourquoi l’Évangéliste a-t-il ainsi regroupé ces paroles ? Sur quoi insiste Jésus (relever des
formules qui reviennent) ?
2) L’aumône est souvent recommandée dans les derniers livres de l’AT (cf. Tb 4, 7-11;
Si 3, 30-4,10; 12, 1-7) : Jésus apporte-t-il du nouveau ?
3) Comparer la parole sur le jeûne avec Is 58, 3 : que demande Jésus ?

Question 1

• Sur le groupement de Mt, voir Mt 6, 1 et les notes BJ et TOB; cf aussi la note sur l’introduction au Sermon en BJ (Mt 5, 1 +).
• Pratiquer la justice se traduit dans des actes (cf. note TOB sur 6, 1) : Jésus ne demande pas de faire plus, mais de faire autrement dans ces trois pratiques fondamentales du judaïsme. Mais son choix n’est pas limitatif.
• Après l’énoncé général (6, 1), nous lisons 3 formules semblables (négatives puis positives) : ne pas faire pour être vu des hommes, mais se placer sous le regard du Père.
• Sur le mot “hypocrite”, voir note TOB; comparer avec Lc 18, 9-14, où l’on retrouve la prière, le jeûne et l’aumône.

Question 2

• Ces textes – et d’autres de l’AT- témoignent de l’importance reconnue à l’aumône dans le judaïsme; noter aussi les limites : par ex. en Si 12, 1-7.
• Jésus reprend donc l’enseignement AT, mais invite à une attitude dégagée de toute recherche de soi (v. 3).
• Surtout il demande au disciple de se situer en vérité devant Dieu, le Père (votre/ton Père). Noter la fréquence de ce titre donné à Dieu dans le Sermon et particulièrement dans cette section (6, 1-18).

Question 3

• Voir note BJ sur Is 58, 3; sur la multiplication des jeûnes, cf. Mc 3, 18 et parallèles; Lc 18, 12. Voir aussi la note TOB sur 6, 16.
• Sur l’enseignement des Prophètes concernant le jeûne, voir la note BJ sur Is 58, 1 (titre) et 58, 5-7.
• Jésus vise toujours une attitude juste devant le Père et dans le coeur de l’homme: telle est la justice qui ouvre au Royaume.

Pour continuer la réflexion

Ces paroles de Jésus nous appellent à une pureté d’intention toujours plus grande dans notre comportement de disciple. Comment pourrions-nous les traduire dans notre vie aujourd’hui ?

7. – Mt 6, 7-15 : Vous donc priez ainsi…

L’Évangéliste a voulu compléter l’enseignement sur la prière en nous donnant ici le texte de la prière chrétienne par excellence.

1) Quels enseignements sur la prière Mt a-t-il groupés autour du Notre Père ? Sur quoi
insiste-t-il ?
2) Qu’est-ce qui est caractéristique dans la prière enseignée par Jésus ? Comment est cons-
truite cette prière ?
3) Expliquer certains mots du Notre Père en vous servant des notes de la BJ et surtout celle
de la TOB.

Question 1

• Voir les notes de BJ et TOB sur Mt 6, 5.
• Les v. 5-6 insistent sur l’intention qui doit guider la prière : pas d’ostentation comme les “hypocrites”, mais la recherche du Père.
• Dans les v. 7-8 : ne pas prier comme les païens qui pensent “fatiguer les dieux” par le rabâchage (cf. notes TOB sur v. 7); le disciple sait qu’il s’adresse à un Dieu qui est Père.
• Les v. 14-15 rappellent l’exigence du pardon; c’est le seul point du Pater qui est ici commenté; cf. encore Mt 18, 21-35). Voir en BJ les références sur v. 15.

Question 2

• Voir les notes de BJ et TOB sur le v. 9. Proche des prières juives (comme les “18 Bénédictions”, par ex.) le Notre Père devait pourtant frapper par sa simplicité et par sa liberté.
• Il comprend deux parties : une triple demande de la venue du Règne de Dieu (mais sans aucune connotation politique ou nationaliste) : v. 9-10; puis les demandes concernant les besoins essentiels du disciple (v. 11-13).
• Noter l’emploi de la première personne du pluriel dans la seconde partie de la prière ainsi que dans l’invocation (Notre Père) : c’est une prière communautaire.
• Lc 11, 2-4 nous en donne une forme plus courte. Jésus n’a pas voulu nous enseigner une formule de prière, mais un esprit dans lequel il faut prier.

Question 3

• Notre Père qui est aux cieux : affirmation de la grandeur, transcendance de Dieu et de sa proximité révélée en Jésus (note TOB sur v. 9)
• Dans la triple demande du Règne, l’emploi du passif évite de nommer Dieu qui est le sujet : lui seul peut sanctifier son Nom(cf. Ez 20, 41; 36, 23), faire venir son Règne (cf. Is 52, 5-9) : voir les notes TOB sur ces mots.
• Ta volonté soit faite : note TOB; cf aussi Mt 18, 14; Ep 1, 9s.
• Sur le pain quotidien : notes et références en BJ et TOB; sur le pardon : note TOB; sur le v. 13 : voir Jn 17, 11.15.

Pour continuer la réflexion

Comme nous le rappellent les premiers mots, c’est en fils, par l’esprit du Fils (cf. Ga 4, 6) que nous pouvons dire cette prière : prions-nous ainsi ?

8. – Mt 6, 19-34 : Chercher le Royaume et sa justice

Comment un disciple de Jésus doit-il se situer face aux biens ? Quelle doit être sa préoccupation première ? Où est son trésor ?

1) Quel lien voyez-vous entre les paroles de Jésus regroupées ici et ce qui précède ? Y a-t-il
quelque chose qui justifie ce regroupement ?
2) Expliquer les trois premières paroles (19-21; 22-23; 24) en utilisant les références margi-
nales sur ces versets.
3) Dans les v. 25-34 quel est le mot qui revient le plus souvent ? A quoi est-il opposé ? Quel
enseignement Jésus nous donne-t-il par là ?

Question 1

• Toutes ces paroles se lisent aussi chez Lc mais se trouvent dans des contextes différents : cf. les références marginales en BJ et TOB.
• Après les mises en garde de Mt 5, 20 et 6, 1 (les travers des scribes et des Pharisiens), ces versets disent quelle doit être la vie du disciple.
• Comme idée directrice qui rassemble les différentes paroles : il faut amasser un trésor dans le ciel (19-21) perçu seulement par l’oeil sain (22-23), ce qui demande un attachement total à Dieu (24) : c’est cela chercher le Règne (25s).

Question 2

• Remarquer que chacune de ces paroles est construite sur une opposition (trésor sur la terre ou dans le ciel; oeil sain ou malade; Dieu ou l’argent).
• Sur les v. 19-21 lire Jc 5, 2-3 et Col 3, 1-2.
• Sur les v. 22-23, voir les notes de BJ et TOB concernant l’oeil sain; on peut rapprocher cette parole de Mt 5, 8 et note TOB.
• Le v. 24 dénonce le danger de l’argent; il peut devenir une idole (note TOB) et prendre la place due à Dieu. BJ cite en marge Mt 5, 3-4; 19, 21-26.

Question 3

• Le mot inquiéter revient 6 fois; le thème est donné au v. 25 appuyé par la motivation (la vie est plus que la nourriture…); suivent deux illustrations (oiseaux /nourriture; lys / vêtement).
• Au v. 31 : reprise du thème avec une nouvelle motivation : une telle inquiétude trahirait une méconnaissance de Dieu (païens).
• Enfin Jésus oppose à cette inquiétude pour les biens matériels la recherche de Dieu et de sa justice : sur ce thème, voir Am 5, 4 +.
• Sur l’enseignement donné par Jésus, voir note TOB sur v. 25 : la révélation de Dieu comme notre Père doit libérer nos forces pour la recherche de la “justice” (cf. note TOB sur Mt 5, 20).

Pour continuer la réflexion

Où est notre trésor ? Croyons-nous assez à l’amour du Père pour nous, ou bien sommes-nous des “gens de peu de foi” (v. 30) ?

9. – Mt 7, 1-12 : Voilà la Loi et les Prophètes

Avant d’arriver à la conclusion du Discours, l’Évangéliste nous donne encore quelques paroles de Jésus qui ont trait principalement au comportement à l’égard des autres.

1) Quel est le sens de la parole sur le jugement (v. 1-5) ? Voyez-vous un lien avec Mt 5, 7 et
et 6, 12 ? Comment comprendre le v. 6 ?
2) Comment est construit le passage sur la prière (v. 7-11) ? Relever ce qui semble intéressant.
Sur quoi se fonde cette prière du disciple ?
3) Comparer Tb 4, 15 avec Mt 7, 12 : qu’est-ce qui est nouveau dans la parole de Jésus ?
Quelle importance Mt donne-t-il à cette parole ?

Question 1

• Ne jugez pas = ne condamnez pas : voir la note TOB; c. aussi 1 Co 5, 3. 12; pour ne pas être jugé ( = par Dieu : passif “théologique”).
• Lire la note BJ sur 7, 1; cette mise en garde est illustrée par les v. 3-5.
• Voir les références marginales de BJ et TOB : elles témoignent de l’importance de cette parole de Jésus dans l’enseignement apostolique.
• On peut rapprocher cette parole de la Béatitude des miséricordieux, comme en Mt 6, 19-21 et Mt 5, 3-4.
• Sur le v. 6, voir note TOB : les disciples ne doivent pas juger (les autres), mais ils ne doivent pas non plus manquer de discernement en proposant sans préparation la révélation apportée par Jésus. L’Eglise a appliqué parfois cette recommandation à l’Eucharistie et au Notre Père.

Question 2

• Le thème est énoncé en deux formules parallèles (v. 7-8); suivent deux illustrations (9-10), puis la conclusion (raisonnement a fortiori).
• On donnera / ouvrira : litt. sera donné / ouvert (par Dieu); ainsi dès le début, il s’agit bien de prière. Le pain et le poisson forment la base de l’alimentation en Palestine (cf. les autres mentions dans les Évangiles).
• Le rapport père / fils, dans les deux illustrations, prépare la conclusion (v. 11) : la révélation de Dieu comme Père est le fondement de notre prière.
• BJ et TOB donnent en marge plusieurs références : profitez-en.

• Question 3

• Voir les notes de BJ et TOB sur ce verset. Pour Jésus, c’est l’accomplissement de la Loi et des Prophètes ( et donc de la révélation donnée par Dieu) cf. Mt 5, 17 et 22, 40.
• En Mt, “la Loi et les Prophètes” forment une inclusion (Mt 5, 17 et 7, 12) qui encadre toute la partie centrale du Sermon sur la Montagne.

Pour continuer la réflexion

Réfléchir à partir de Mt 7, 12 : qu’attendons-nous des autres ? Sommes-nous disposés à faire le premier pas ? Lire Rm 13, 8.10 (cité en marge par TOB).

10. – Mt 7, 13-28 : Écouter la Parole et la mettre en pratique

Deux chemins, deux arbres, deux maisons : trois paraboles qui redisent chacune à sa manière le choix proposé à l’auditeur / lecteur au terme du Sermon sur la Montagne, s’il veut entrer dans le Royaume.

1) Expliquer l’image des deux voies : qu’évoquait-elle pour les auditeurs ?
2) Quel est l’enseignement des v. 15-20 ? Quelle mise en garde est ici répétée ? Qu’ajoutent
les v. 21-23 ?
3) Les v. 24-27 forment la conclusion de tout le Sermon : sur quoi insiste ici l’Evangéliste ?

Question 1

• Noter les oppositions : porte large, chemin spacieux / porte étroite, chemin resserré; beaucoup / peu; qui mène à la perdition / qui conduit à la vie. Et l’appel de Jésus : “Entrez par la porte étroite !”
• Sur cette image (voie = manière de vivre) voir les notes de BJ et TOB; lire aussi Dt 30, 15-20 et le Ps 1.
• Ce qui importe pour un chemin, c’est de savoir où il conduit; cf. aussi Jn 10, 9-10.
• Au v. 14, Jésus ne dit rien sur le nombre des élus; comparer avec le parallèle de Lc 13, 23-24.

Question 2

• Noter la répétition des v. 16 et 20; sur l’image du fruit, voir la note TOB sur le v. 16.
• Les “faux prophètes” sont ceux qui annoncent un Évangile autre que celui de Jésus : cf. Ga 1, 6ss; Ac 20, 29 et la note TOB sur Mt 7, 15.
• Les disciples doivent savoir choisir, en se laissant guider, non par l’apparence mais par les fruits (v. 16 et 20).
• Les v. 21-23 disent qui sera reconnu comme vrai disciple : non pas celui qui dit, mais celui qui fait (v. 21 et note TOB). Au jour du jugement (ce jour-là : cf note TOB), le tri se fait, non sur la base d’oeuvres extraordinaires, mais sur celles de la fidélité quotidienne à la volonté du Père.

Question 3

• Noter l’opposition entre entendre les paroles et les faire (cf. note TOB sur v. 24) = sagesse ; entendre et ne pas faire = folie. Comparer Mt 25, 1-12 et la note TOB sur Mt 25, 1. Lire aussi Jc 1, 22ss (cité en marge de TOB) et Rm 3, 13.
• Mais ici, c’est l’accueil et la mise en pratique de la parole de Jésus qui est accomplissement de la volonté de Dieu, cf. Mt 17, 5. Le Sermon sur la Montagne est pour Mt le discours inaugural de Jésus, son discours-programme.

Pour continuer la réflexion

Au terme de cette lecture du sermon sur la Montagne, échanger sur ce qui nous a le plus frappé dans cette étude. Prier le Ps 1.

11. – Lc 6, 12-19 : Le Discours dans la Plaine

Chez Lc, le premier discours de Jésus a lieu à Nazareth (Lc 4, 16-21). Mais ensuite, après le choix des Douze, Lc nous donne un autre discours important de Jésus, qu’il est intéressant de comparer avec le texte parallèle de Mt.

1) Comparer ce passage de Lc avec Mt 4, 23 – 5, 2 : que remarquez-vous ? Qu’est-ce que
cela signifie ?
2) Expliquer Lc 6, 12-16 : qu’est-ce qui est particulier à Lc ?
3) Comparer Mt 4, 23 – 5, 2 avec Lc 6, 17-19 et relever les différences de Lc par rapport au
texte de Mt.

Question 1

• En Mt le ministère de Jésus en Galilée fait immédiatement suite à l’appel des 4 premiers disciples; chez Lc, le début du ministère en Galilée (Lc 4, 14) précède cet appel (Lc 5, 1-11).
• En Mt, Jésus monte sur la montagne pour enseigner (Mt 5, 1-2); chez Lc, il y monte pour prier, pour choisir les Douze, puis il descend pour donner son enseignement (6, 17).
• Nous voyons ainsi le travail des Évangélistes, leur liberté pour organiser les matériaux transmis par la tradition; ce n’est pas une biographie de Jésus.

Question 2

• Jésus va sur la montagne pour prier; sur l’importance que Lc accorde à la prière de Jésus, voir Lc 3, 21 et les notes de BJ et TOB; cf. aussi la note TOB sur Lc 6, 12.
• Après cette nuit de prière, Jésus appelle les disciples et choisit 12 parmi eux et les nomme apôtres : voir les notes de BJ et TOB sur 6, 13 et Mt 10, 2.
• Sur l’importance d’un changement de nom, voir la note TOB sur 6, 14. Noter que Lc utilise la même formule au v. 13 et au v. 14; Lc distingue donc 3 catégories parmi ceux qui suivent Jésus : les disciples / les apôtres / Pierre.
• Sur le nom de Pierre, voir Mt 16, 18 et les notes de BJ et TOB.

Question 3

• Jésus descend de la montagne avec les Douze : il va à la rencontre des foules. Il est également entouré par une grande foule de disciples.
• Les foules qui viennent vers Jésus sont des Juifs (Judée et Jérusalem) et des païens (Tyr et Sidon) : universalisme de Lc.
• Ces foules viennent pour entendre et se faire guérir (v. 18-19); cf. Ac 10, 38. Lc aime lier enseignement et guérison : cf. Ac 1, 1 : ce que Jésus a fait et enseigné…

Pour continuer la réflexion

Avant cette décision importante (choix des Douze), Jésus passe une nuit en prière : quelle place tient la prière dans nos décisions ?

12. – Lc 6 20-26 : Heureux les pauvres… malheureux les riches…

La version que Lc nous donne des Béatitudes peut nous surprendre au premier abord. Pourquoi, Luc, “le scribe de la mansuétude du Christ” (Dante) tient-il ce langage ?

1) Comparer le texte de Lc avec le parallèle de Mt : que remarquez-vous ? Quelles questions
cela vous pose-t-il ?
2) A qui s’adresse Jésus en Lc 6, 20-23 ? Pourquoi ces gens sont-ils appelés heureux ?
3) L’auditoire a-t-il changé en Lc 6, 24-26 ? Quel enseignement Lc veut-il nous donner ?

Question 1

• Nous sommes davantage habitués à la forme des Béatitudes de Mt; chez Lc, nous n’avons que 4 “heureux” (au lieu des 9 de Mt) et les béatitudes sont suivies de 4 “malheureux” (v. 24-26).
• Les béatitudes de Lc correspondent à la première, à la quatrième et à la neuvième de Mt; on pourrait aussi rapprocher la troisième de Lc avec Mt 5, 5.
• Les trois premières béatitudes de Lc envisagent des situations concrètes (et non un esprit, comme celles de Mt); la dernière béatitude chez Lc, comme chez Mt, a une forme différente des autres : heureux… lorsque…
• Cf. aussi les notes de BJ et TOB sur Lc 6, 20.

Question 2

• Selon Lc 6, 17, l’auditoire est formé des Douze, d’une foule nombreuse de disciples et d’une multitude d’autres personnes.
• Mais Jésus s’adresse surtout aux disciples (v. 20) : c’est à eux qu’il dit “vous” en 6, 20-23.
• Jésus s’adresse à des gens qui sont pauvres, qui ont faim maintenant, qui pleurent maintenant; il envisage aussi le moment (en ce jour-là) où ils seront objet de rejet et de persécutions à cause de lui.
• Mais pour Jésus, ils sont heureux parce que le Royaume apparaît comme le renversement des situations présentes : cf. Lc 1, 51-53; 16, 19-26; voir aussi Is 65, 13-14 (cité en marge dans BJ).
• Lc pense certainement aux chrétiens de son temps, souvent de condition modeste (cf. 1 Co 1, 26-29) et méprisés à cause de leur foi (cf. 1 P 4, 12-16).

Question 3

• Sur la signification de “malheureux”, voir la note TOB sur 6, 24
• Le “vous” des v. 24-26 ne concernent plus les disciples : cf. le début du v. 27 et la note TOB sur ce verset. Par l’opposition entre les béatitudes et les plaintes, Lc souligne la préférence accordée par Jésus aux pauvres et aux petits : 6, 20 et note TOB. Le danger des richesses par rapport au Royaume est un thème de Lc : voir la note de BJ sur Lc 12, 33 +.

Pour continuer la réflexion

Quelles formes des Béatitudes préférez-vous : celles de Mt ou de Lc ? Voyez-vous un danger à choisir l’une des deux ? Se complètent-elles ?
13. – Lc 6, 27-38 : Alors vous serez les fils du Très-Haut

Après les Béatitudes qui introduisent le Discours dans la Plaine et en donnent le ton, Jésus nous enseigne les commandements nouveaux.

1) Comparer ce passage avec le parallèle de Mt : qu’est-ce que Lc a omis par rapport à Mt ?
Qu’a-t-il ajouté ?
2) travailler plus particulièrement sur les v. 27-35 : quel est le message central de ce passage ?
Que notez-vous dans les différences entre Lc et Mt ?
3) Expliquer le v. 36 : ce verset se rattache-t-il à ce qui précède ou à ce qui suit ? Voyez-vous
un rapport avec Mt 5, 7 ?

Question 1

• Les versets parallèles de Mt appartiennent aux deux dernières “antithèses” (Mt 5, 38-48) et à Mt 7, 1-2 et 12.
• Le discours de Lc est beaucoup plus court que celui de Mt : cf. les notes sur Lc 6, 20 et Mt 5, 1 +.
• Lc a laissé de côté ce qui pourrait être trop “judaïque” pour ses lecteurs, par ex. dans les “antithèses”, les références à la Loi ancienne.
• L’ordre des matériaux est également différent : ce qui permet de voir le travail des Évangélistes; ils ne donnent pas un compte rendu de l’événement, mais ils font oeuvre d’écrivains et de théologiens.

Question 2

• Noter l’introduction du v. 27 : Jésus s’adresse de nouveau à ses disciples, comme il le faisait en 6, 20-23; cf. la note TOB sur le v. 27.
• Ce que Jésus demande, c’est l’amour même envers les ennemis : cf. les v. 27 et 35, encadrant tout le passage. Le mot “aimer” revient 6 fois et cet amour se traduit par des actes : faire du bien, bénir, prier pour.
• Les v. 29-30 contiennent 4 paroles en “tu” illustrant la disposition d’esprit qui doit animer le disciple de Jésus.
• Sur les différences entre Mt et Lc, voir les notes TOB sur les v. 29-33. Lc adapte ainsi le message traditionnel à son milieu pagano-chrétien.
• Lire Lc 12, 33 + et 14, 12-14 : ces passages éclairent-ils notre texte ?

Question 3

• Sur la signification des miséricordieux, voir la note TOB sur v. 36.
• Ce verset conclut les v. 27-35 et introduit les suivants (37-38).
• Imiter la miséricorde du Père, c’est aimer même les ennemis (cf. Col 3, 12-13 et Ep 4, 32 – 5, 1), mais c’est aussi refuser de juger ( = condamner) les autres; cf. Rm 14, 10. Sur les v. 37-38, voir les notes TOB.
• Lc n’a pas de béatitudes des miséricordieux, mais il est ici tout proche de Mt 5, 7 et 18, 35.

Pour continuer la réflexion

Comment traduire aujourd’hui dans notre vie ce que Jésus nous dit dans ce passage de Lc ?

14. – Lc 6, 39-49 : Une maison avec des fondations solides

Comment devenir un vrai disciple de Jésus ? En regroupant ici quelques paroles du Maître, Lc nous donne une réponse : c’est une question d’”oeil”, de “coeur”, de mise en pratique de la Parole.

1) Comparer Lc 6, 39-49 avec le parallèle de Mt : que constatez-vous ? Quel enseignement
pouvez-vous en tirer ?
2) Lc a-t-il voulu regroupé des paroles de Jésus autour des mots « œil » (v.39-42) et le
« cœur » (v. 43-46) ? Essayer de suivre cette piste.
3) Comme chez Mt, le discours se termine par la parabole des deux maisons : comparer ici
Mt et Lc. Quels changements Lc a-t-il apportés ?

Question 1

• Certains passages de Lc se lisent dans le Sermon sur la Montagne : Lc 6, 41-42 = Mt 7, 3-5; Lc 6, 44-45 = Mt 7, 16-18; L 7, 12. 15 (cf. Lc 6, 31.36) = Mt 7, 21. 24. 27.
• D’autres passages se lisent en Mt, mais en dehors du Sermon : Lc 6, 39 en Mt 15, 14; Lc 6, 40 en Mt 10, 24-25; Lc 6, 43 en Mt 12, 33-35; ils ont alors une signification différente.
• D’autres passages du Sermon sur la Montagne se retrouvent en Lc, mais en dehors du Discours dans la Plaine : ainsi Mt 7, 7-11 en Lc 11, 9-13; Mt 7, 13-14 en Lc 13, 23-24; cf. Mt 7, 19 en Lc 3, 9.
• Nous pouvons donc constater le travail des Évangélistes, fait à la fois de respect pour les traditions qu’ils reçoivent et de liberté dans la manière de les présenter.

Question 2

• Puisqu’ils doivent guider les autres, il serait désastreux que les disciples soient eux-mêmes aveugles (cf. v. 39 et la note TOB); d’où les v. 41-42; sur le mot “hypocrite”, voir la note TOB.
• D’est du dedans, du “coeur” que vient le fruit : un arbre malade ne peut donc produire un bon fruit (v. 43). Épines et ronces sont dans la Bible le symbole pour les mauvaises herbes (cf. par ex. Is 5, 6); ils ne donneront jamais des figues ou des raisins (les fruits de la terre promise : cf. Za 3, 10). Les deux exemples sont appliqués ici à l’homme et à son “coeur” (v. 45).

Question 3

• Pour Mt, la maison est bâtie sur le roc ou sur le sable; Lc parle d’une maison avec ou sans fondations.
• Chez Mt, le danger et éventuellement la ruine proviennent de la pluie formant des torrents; pour Lc, il s’agit de la crue des rivières (voir note TOB sur le v. 48).
• Lc adapte donc l’image palestinienne au monde grec de ses lecteurs.
• Mais c’est la même mise en garde : l’écoute et la pratique des paroles de Jésus donnent solidité à une vie chrétienne.

Pour continuer la réflexion

Au terme de ce petit parcours sur le Discours dans la plaine, quelles sont les paroles de Jésus que je retiens ? Pourquoi ?

PARABOLES

paraboles“Celui qui étudie les paraboles de Jésus, telles qu’elles ont été transmises par les trois premiers évangélistes, peut être assuré de travailler sur un fondement historique particulièrement solide; elles sont un fragment du roc sur lequel s’est édifiée la tradition”.
Cette parole de Joachim JEREMIAS, un spécialiste de l’étude des paraboles, est un encouragement pour le travail que nous entreprenons.

Un fondement solide

Même chez les chrétiens qui connaissent mal le Nouveau Testament, les paraboles de Jésus éveillent quelques souvenirs : la brebis perdue… le bon samaritain… le grain qui pousse…etc. Pourquoi cela ? Parce que les images s’impriment plus facilement et plus profondément dans la mémoire que les discours abstraits. Les paraboles de Jésus ont donc beaucoup de chance de nous rapporter, sinon les paroles mêmes de Jésus, du moins les points principaux de son message et de son enseignement

Une grande richesse doctrinale

Comme le notait encore le même auteur, “les paraboles reflètent fidèlement et avec une particulière netteté la bonne nouvelle qu’il annonce, le caractère eschatologique de sa prédication, le sérieux de ses appels à la repentance et ses conflits avec le pharisaïsme.”

Fraîcheur et simplicité

Mais ce qui frappe le plus, du moins au premier abord, c’est la fraîcheur, la simplicité des paraboles évangéliques. Tout paraît si clair, si évident qu’un enfant le comprendrait. Et pourtant ceux qui ont essayé de se pencher sur une parabole, se sont aperçus qu’en dépit – et peut-être à cause – de leur simplicité, les paraboles ne nous sont pas aussi perméables qu’on pourrait le croire. Peut-être sommes-nous trop compliqués ? Mais peut-être aussi – et je dirais même sûrement – la distance de temps et de culture qui nous sépare de Jésus et du premier siècle, reste pour nous un espace que nous ne pouvons pas franchir sans un certain effort.

Un genre littéraire

Pour comprendre un texte, il est nécessaire de prendre en compte son genre littéraire. Pour comprendre une parabole, il est donc important de bien nous situer. Voici la définition qu’en donne un spécialiste :
“A son niveau le plus simple, la parabole est une comparaison tirée de la nature ou de la vie courante qui retient l’auditeur par sa vivacité ou sa singularité et laisse l’esprit suffisamment intrigué pour l’engager à une réflexion active.” (C. H. DODD)

Cette comparaison peut être brève ou développée, mais ce qui est typique de la parabole, c’est qu’elle présente habituellement un seul point de comparaison, au contraire de l’allégorie où chaque détail du récit peut prendre une signification symbolique.
Mais il faudra appliquer avec souplesse cette définition de la parabole, car il est sûr que certains mots ou certaines images évoquaient tout naturellement pour les auditeurs de Jésus et pour les premiers lecteurs des Évangiles des significations qui ne sont plus immédiatement évidentes pour un lecteur moderne.

De Jésus aux Évangiles

Dans les études qui suivent, il nous arrive quelquefois de distinguer entre la parabole telle que Jésus a pu la raconter et la forme qu’elle a dans le texte qui nous est parvenu dans les différents Évangiles.
Pourquoi une telle distinction ? N’est-ce pas la même chose ? Ne suffit-il pas d’ouvrir l’Evangile pour entendre la voix de Jésus ? Et d’ailleurs les évangélistes ne nous disent-ils pas clairement quand c’est Jésus qui parle et quand c’est quelqu’un d’autre ?
Bien sûr, les évangélistes nous rapportent le message de Jésus, mais ils ne nous transmettent pas toujours les paroles mêmes que Jésus a pu prononcer. Les Évangiles ne sont pas un enregistrement de sa prédication; ils sont bien plutôt l’écho diversifié de cette prédication et de l’action de Jésus, telle qu’il s’est formé dans les premières communautés chrétiennes de Palestine, puis dans celles du monde méditerranéen.

Ceci n’est pas une affirmation gratuite. Dès que l’on lit ces textes d’Evangile avec un peu de sérieux, on peut remarquer les différences entre les évangélistes et constater à la fois la solidité de la tradition et la liberté des auteurs pour transmettre le message de Jésus.

Par l’instruction de la Commission biblique pontificale “Sancta Mater Ecclesia” d’avril 1964, nous sommes invités à faire ce travail :

« Pour établir comme il faut la solidité de ce que rapportent les Évangiles, l’exégète (c-à-d. celui qui lit et interprète) doit prêter toute son attention aux trois étapes de la transmission par lesquelles l’enseignement et la vie de Jésus sont parvenus jusqu’à nous. »

Les trois étapes, auquel ce texte de l’Instruction de la Commission biblique fait allusion, sont 1) la vie de Jésus et des premiers témoins ; ensuite 2) la tradition apostolique de ce message – tradition orale et commencement de la mise par écrit – après et à la lumière des événements de Pâques ; et enfin 3), dans le dernier tiers du 1er siècle, la rédaction des Evangiles que l’Eglise a reçus et qu’elle nous donne. Dans cette 3éme étape, comme le dit expressément l’Instruction de la Commission biblique,
« les auteurs sacrés la consignèrent dans les quatre Evangiles pour le bien des Eglises, selon une méthode adaptée au but particulier que chacun d’eux se proposaient. Ils choisirent certains éléments parmi ceux qui avaient été transmis, ils en résumèrent quelques uns, ils en développèrent d’autres, eu égard à l’état des Eglises. (…) Les auteurs sacrés choisirent de préférence parmi tout ce qu’ils avaient reçu ce qui était le plus utile à leur propos et aux différentes conditions des fidèles et ils le racontèrent de la façon qui correspondait à ces conditions comme aussi au but qu’ils s’étaient fixé. »

La démarche proposée dans ces fiches

Ce dossier est conçu avant tout pour un travail en groupe. Il comprend deux sortes de fiches :
celles pour les participants donnant la référence des textes à étudier et quelques réflexions pour guider la lecture.

celles pour l’animateur qui indiquent quelques pistes possibles, mais nullement limitatives. Elles voudraient aider les animateurs à tirer profit des explications données dans les notes de leur Bible (BJ et/ou TOB).
Il est peut-être bon de rappeler ici que le travail biblique est plus large que la démarche proposée dans ces fiches. Il comprend normalement trois temps successifs :

1) l’approche subjective du texte : même si ce n’est pas la première fois que l’on lit ce texte, il faudrait l’aborder avec un regard neuf, se laisser surprendre par le texte. Crayon en main, on pourrait noter ce qui me frappe, ce qui me heurte, ce qui me plaît dans ce passage de la Bible. Relever également ce qui fait difficulté (ce que je ne comprends pas) et ce que je découvre.

Il est bon de fixer par écrit ces premières réactions pour pouvoir y revenir éventuellement après avoir écouté le texte.

2) l’étude du texte : se mettre vraiment en situation de dialogue avec le texte, c’est-à-dire rechercher ce que ce texte dit, le message que l’auteur a voulu exprimer et qu’il a dit dans le langage de son époque.

Les questions proposées ne voudraient que conduire au texte et faire découvrir au lecteur (et au groupe) le message de ce passage biblique. Il est bien évident que la richesse d’un texte n’est pas épuisée par les quelques questions données et par les pistes suggérées ici à l’animateur. Mais peut-être permettront-elles d’amorcer la réflexion. Tel est en tout cas leur objectif.

3) L’appropriation : le texte qui a été écouté, étudié est la Parole de Dieu. Aussi après avoir cherché à comprendre ce que le texte dit, faut-il se demander ce que ce texte me (nous) dit ou, en d’autres mots, s’interroger sur le message que Dieu veut m’adresser aujourd’hui à travers ce texte.

Pour ce faire, il peut être utile de chercher à formuler avec nos mots, dans notre situation d’aujourd’hui, personnelle ou ecclésiale, la Parole que cette lecture et le partage avec le groupe nous a fait découvrir.
L’appropriation devrait conduire naturellement à la prière et à l’action.

Notre dossier

Ce parcours comprend 14 pistes de travail tirées des trois premiers Évangiles (3 de Mc; 5 de Mt et 6 de Lc). Il voudrait selon les cas aider à mieux comprendre la parabole de Jésus ou/et la forme que cet enseignement a reçu dans la tradition qui a conduit à la rédaction des Évangiles.

Certaines paraboles sont propres à un Évangéliste; d’autres se lisent dans deux ou même dans les trois Évangiles. L’approche sera donc différente. Parfois une étude comparative est proposée, pour essayer de saisir le travail des Évangélistes et les points qu’ils ont voulu mettre en lumière.

Mais toujours, ce qui est d’abord visé, c’est un contact direct avec le texte biblique pour une meilleure connaissance de la Parole de Dieu. Seul ce contact conduit à une vraie familiarité avec la Bible et peut faire que ces textes deviennent pour nous nourriture de vie.

1. – Mc 4, 1-9 : La parabole du semeur

Déconcertant pour nous, cet homme qui jette le grain sur le chemin, dans des endroits pierreux, au milieu des épines et… dans la bonne terre ! Les auditeurs de Jésus reconnaissaient là le travail du semeur dans les terres pauvres de Palestine. Mais où Jésus voulait-il en venir ?

1) Comment Mc nous présente-t-il Jésus ? Sur quoi insiste-t-il ? Que demande Jésus ?
2) Comment cette parabole est-elle construite ? Où se situe sa “pointe” ? Quel est son
enseignement ?
3) Que signifiait cette parabole dans la bouche de Jésus ? Quelle signification a-t-elle pour
Mc ? Et pour nous aujourd’hui ?

Question 1

• Sur Jésus enseignant, voir Mc 1, 21-22 et les notes de la TOB.
• Le bord de la mer est pour Mc le lieu où Jésus rencontre la foule, cf. TOB note sur Mc 3, 13.
• Voir encore Mc 3, 7-9 (en marge dans la TOB) et les notes.
• Remarquer l’invitation à écouter placée au début (v. 3) et à la fin (v. 9); cf. Dt 6, 4.
• Sur la parabole, voir encore la note TOB sur Mt 13, 4; en Palestine, on semait avant de labourer.

Question 2

• La parabole énumère quatre sortes de terrains (v. 4. 5. 7. 8); pour des raisons différentes, les trois premiers ne produisent rien. Le quatrième, au contraire, donne du fruit en abondance; cf. TOB note sur le v. 8.
• Les trois rendements de la bonne terre (v. 8) compensent largement les pertes des autres terrains (v. 4-7).
• L’image de la moisson (surabondante) évoque dans la Bible et le judaïsme le bonheur des temps messianiques : cf. Ps 72, 16.
• La “pointe” de la parabole est le contraste entre la série des échecs (v. 4-7) et le résultat qui comble le semeur. Ce renversement doit nous apprendre quelque chose sur Jésus et sur le Royaume dont il annonce la venue.

Question 3

• Dans la bouche de Jésus, cette parabole pourrait être une réponse à ceux que sa manière d’agir surprend (cf. Mt 11, 3ss) ou même déçoit (cf. Mt 13, 3 et la note sur le mot “semeur”).
• Quand le Royaume arrivera, on verra les fruits de la Parole.
• Une deuxième leçon : une mise en garde, un appel à recevoir le message (v. 3 et 9); cf. TOB note sur le v. 9.
• Cette deuxième leçon sera exploitée dans l’explication de la parabole (Mc 4, 13-20 et la note TOB sur Mc 4, 14).

Aujourd’hui…

Croyons-nous assez à la puissance de germination de tout ce qui est fait dans l’esprit du Royaume ?

2. – Mc 4, 26-34 : Deux paraboles sur les semences

La semence qui pousse d’elle-même et la graine de moutarde : deux petites paraboles qui parlent du Royaume et témoignent de la confiance de Jésus en sa mission. La première est propre à Mc; la seconde se lit aussi en Mt et Lc.

1) Expliquer Mc 4, 24-29 : de quoi s’agit-il ? Quelle est la “pointe” de cette parabole ?
2) Lire Mc 4, 30-32 : sur quoi insiste ce récit ? Que nous apportent les références à Ez et à
Dn (en TOB note sur le v. 32) ?
3) A qui Jésus répond-il par ces paraboles ? Qu’ajoutent les v. 33-34 ?

Question 1

• Pour situer ces textes, voir TOB note sur Mc 4, 2 et 4, 26.
• La formule “il en est … comme… “ est une expression de type rabbinique; le Royaume n’est pas comparé à un homme qui sème, mais c’est tout le récit – et spécialement sa fin – qui illustre une vérité relative au Royaume de Dieu.
• Noter comment l’attention du lecteur est attirée sur la croissance du blé; deux versets : elle ne dépend en rien de celui qui a semé (v. 27), elle pousse d’elle-même (v. 28 et note TOB sur le v. 26).
• Sur le v. 29, voir la note de TOB et le texte de Jl 4, 13.

Question 2

• L’accent est ici sur le contraste entre la graine semée (minuscule) et le résultat : TOB note sur le v. 31.
• “petit comme une graine de sénevé “ est une expression proverbiale connue : voir la note TOB sur Mt 13, 32.
• Lire Dn 4, 9-18 (en BJ voir la note sur Dn 4, 8 +) et Ez 17, 23 et 31, 6 : dans ces textes, un royaume est comparé à un grand arbre, qui offre largement sa protection.
• Le Royaume dont Jésus annonce la venue peut paraître minuscule (comme le sénevé) mais le résultat dépassera toutes les attentes.

Question 3

• Une parabole est une interpellation, une invitation à réfléchir; il faut donc se demander ce que les auditeurs de Jésus pouvaient comprendre durant le ministère de Jésus.
• Sur la parabole du blé qui pousse tout seul, voir Mt 11, 2-6 et la note de BJ sur 11, 3; c’est la réponse de Jésus à ceux qui s’étonnent et s’impatientent.
• Le sénevé : malgré sa petitesse actuelle, la mission de Jésus n’en est pas moins décisive; elle inaugure la venue du Royaume.
• Sur les v. 33-34 : voir TOB note sur le v. 34; le ministère de Jésus a échoué face à la majorité du peuple juif (cf. TOB sur Mc 4, 11-12); c’est la responsabilité des disciples de continuer l’oeuvre de Jésus : cf. Mc 4, 21-22 et notes TOB.

Aujourd’hui…

Savons-nous découvrir autour de nous les signes minuscules du Royaume et garder confiance dans l’action et le dessein de Dieu ?

3. – Mc 12, 1-12 : Les vignerons homicides

Comme les paraboles du semeur et du grain de sénevé, celle-ci est commune à Mc-Mt-Lc. Chez les trois Évangélistes, elle est située à la fin du ministère de Jésus : le peuple élu est à un tournant de son histoire par l’attitude qu’il prend en face de Jésus.

1) A qui cette parabole est-elle adressée ? Comment est-elle construite ? Comment pour-
rait-on la résumer ?
2) Comparer Mc 12, 1 avec Is 5, 2 : que remarquez-vous ? Quelle signification la citation
d’Isaïe donne-t-elle à la parabole ?
3) Mc 12, 6 parle du “fils bien-aimé” : à quoi fait-il allusion ? Qu’ajoute à la parabole la
citation du Ps 118, dans les v. 10-11 ?

Question 1

• Sur les auditeurs de Jésus, voir 11, 27 : Jésus s’adresse aux autorités religieuses de son peuple; cf. aussi 12, 1 et 12, 12.
• Après l’introduction (v. 1) viennent les éléments du drame: l’envoi répété d’un serviteur (v. 2. 4. 5) et le rejet par les vignerons (noter le crescendo : roué de coups / frappé à la tête / tué); vient alors l’envoi du fils et sa mort (v. 6-8); enfin la conclusion (v. 9-11).
• Remarquer le changement de temps au v. 9 (futur) pour la punition et le transfert de la vigne à d’autres.

Question 2

• Voir en BJ la note sur Is 5, 1 + : le thème de la vigne est souvent utilisé pour Israël, le plant de Dieu, pour lequel il a pris tant de soins; les auditeurs de Jésus comprenaient certainement l’allusion.
• Alors qu’en Is 5 la vigne ne porte pas de bons fruits, ici ce sont les vignerons qui refusent de donner au maître la part qui lui revient; cf. note TOB sur Mc 12, 1.
• Sur cette citation d’Isaïe, voir encore la note TOB sur Mt 21, 33.

Question 3

• Voir la note TOB sur le v. 6 et le renvoi au baptême de Jésus et à la Transfiguration; comparer aussi avec Jn 3, 16-17 (cité en marge du texte parallèle de Mt) ainsi que les références BJ sur Jn 3, 16-17.
• Pour le Ps 118, voir en TOB la note sur Mt 21, 33 (spécialement la première partie de cette note)
• Ce Ps est cité plusieurs fois dans le NT : cf. les références en marge de TOB et BJ sur Mt 21, 42.
• Sur la signification, voir la note de TOB sur Mt 21, 42 : les chrétiens ont relu la parabole de Jésus à la lumière de Pâques.

Aujourd’hui…

Quelles interpellations pour nous dans cette parabole ? Que nous révèle-t-elle de Dieu ? Et de Jésus ?

4. – Mt 13, 24-30 et 36-43 : La parabole de l’ivraie et son explication

la parabole de l’ivraie mêlée au bon grain est propre à Mt. Comme celle du semeur, elle est suivie d’une explication réservée aux disciples (v. 36ss): Mais quel était le sens de cette parabole pour les auditeurs de Jésus ?

1) Comment est composée cette parabole ? Sur quoi le texte insiste-t-il ? Quel enseigne-
ment Jésus donne-t-il ici ?
2) Qu’est-ce qui est nouveau dans les v. 36-43 ? Est-ce vraiment l’explication de la para-
bole ?
3) Comparer les v. 29-30 de cette parabole avec Mt 3, 10-12 : quelles constations faites-
vous ? Que peut-on en déduire ?

Question 1

• V. 24-26 : un petit drame paysan; v. 27-30 : un dialogue entre le maître et les serviteurs.
• Dans le dialogue, les serviteurs posent deux questions : sur l’origine de l’ivraie dans le champ (v. 27) et sur la volonté du maître (v. 28b).
• Noter que la réponse du maître pourrait s’arrêter au v. 29; d’où l’importance donnée au verset 30 : le tri aura lieu lors de la moisson (voir la note de TOB) et le sort respectif de l’ivraie et du blé.

Question 2

• Jésus est à la maison; il s’adresse uniquement aux disciples (v. 36; cf 13, 16ss).
• Les v. 37-39 donnent un petit lexique des correspondances : voir les références marginales données en BJ sur ces versets.
• Les v. 40-43 ne donnent pas une explication de toute la parabole (le délai du tri jusqu’à la moisson), mais seulement de la fin du v. 30 (le sort de l’ivraie et du bon grain).
• Comparer ces versets avec Mc 13, 47-50 et les notes de TOB.
• Ce rappel du jugement est une invitation pour les chrétiens à demeurer fidèles à la justice du Royaume; voir aussi la finale du v. 43 et l’allusion à Dn 12, 3.

Question 3

• Jean-Baptiste annonçait la venue imminente du jugement qui détruirait tout ce qui ne produit pas de fruit (voir la note TOB sur Mt 3, 7).
• Remarquer le même vocabulaire : recueillir le blé dans le grenier / brûler la bale ou l’ivraie.
• Voir encore les notes de TOB sur Mt 3, 12 et 13, 24.
• La parabole de l’ivraie est la réponse de Jésus à tous ceux qui attendent de lui (du Messie) qu’il fasse un tri immédiat; pour Jésus, le tri aura lieu quand Dieu le voudra (la moisson); jusque-là l’ivraie et le bon grain se côtoient.

Aujourd’hui…

Nous reconnaissons-nous dans les serviteurs des v. 27-28 et leur impatience ? Quel enseignement pouvons-nous tirer de cette parabole ?

5. – Mt 18, 23-35 : Le débiteur impitoyable

cette parabole propre à Matthieu conclut le “Discours ecclésiastique ”, appelé aussi “la règle de vie communautaire ”. Pas de vis communautaire possible sans la volonté de pardonner à son frère du fond du coeur !

1) Cette parabole peut être découpée en plusieurs scènes : proposer une division du texte ;
relever les données qui sont parallèles et celles qui s’opposent.
2) Quelle est la faute du premier débiteur ? Quelle est la leçon ?
3) Pour Mt l’enseignement de cette parabole est important : à quoi le voyez-vous ?

Question 1

• Le texte peut se diviser en trois : v. 23-27; v. 28-30; v. 31-34.
• Les deux premières scènes sont parallèles avec la même supplication (v. 26 et 29) mais avec une opposition dans la réponse (v. 27 et v. 30).
• Noter aussi l’opposition entre la dette, immense, du premier débiteur et celle de son compagnon; cf. les notes TOB sur les v. 24 et 28.
• Remarquer encore le changement d’attitude du maître entre les v. 27 (saisi de compassion) et v. 34 (colère).

Question 2

• Noter qu’il s’agit de pitié / miséricorde; en stricte justice le premier débiteur n’est pas tenu de remettre la dette de son compagnon.
• L’enseignement se lit dans les v. 32-33; remarquer la qualification du serviteur (mauvais / méchant). Il s’agit d’un comportement qui dépasse la norme juridique pour se placer sur le plan du pardon.
• Cette parabole répond à la question posée par Pierre (Mt 18, 21). Le roi de la parabole ne juge pas selon la stricte justice mais selon la miséricorde (v. 32-33) et il attend le même comportement de ses serviteurs ( v. 33).

Question 3

• La place de cette parabole au terme du “Discours ecclésiastique”.
• Liée à la question de Pierre (v. 21-22), elle complète la réponse de Jésus sur le pardon : il faut pardonner à son frère sans mesure (v. 22) et du fond du coeur (v. 35).
• Remarquer encore les allusions au “Notre Père” (Mt 6, 12; cf. la note TOB sur Mt 18, 32) et au commentaire que Mt ajoutait en 6, 14-15.

Aujourd’hui…

Lire Ep 4, 32 et Col 3, 13 : ces textes de saint Paul nous invitent à tirer toutes les conséquences du pardon que nous avons nous-mêmes reçu du Seigneur.

6. – Mt 20, 1-16 : Les ouvriers de la onzième heure

Une parabole qui a fait grincer des dents à plus d’un lecteur ou auditeur ! Quelle leçon Jésus entend-il donner par ce récit ? La comparaison avec une parabole rabbinique (voir annexe) nous aidera à mieux saisir le message de la parabole évangélique.

1) Comment peut-on diviser ce récit ? Combien y a-t-il de catégories d’ouvriers dans la
première partie de la parabole ? Et dans la deuxième ?
2) Pourquoi les premiers ouvriers sont-ils mécontents ? Que reprochent-ils au maître ?
Quelle est sa réponse ?
3) Comparer la parabole de Jésus avec la parabole rabbinique (cf. annexe 3). Quelle
différence voyez-vous ? Comment cette comparaison nous aide-t-elle à mieux saisir
le message de Jésus ?

Question 1

• D’abord l’embauche (v. 1-7) depuis le point du jour jusqu’à la onzième heure; noter la répétition du verbe “sortir” (v. 1. 3. 5. 6) et l’envoi à la vigne (v. 2. 4. 7).
• Ensuite la remise du salaire (v. 8-15; cf. Lv 19, 13; Dt 24, 15, cités en marge dans TOB) et les murmures des premiers (v. 11).
• Dans la première partie, il y a cinq catégories d’ouvriers (ceux de la 1ère / 3ème / 6ème / 9ème / 11ème heure); dans la deuxième partie, on ne retrouve que les derniers (v. 9) et les premiers (v. 10-13).

Question 2

• Il ne s’agit pas d’injustice : comparer les v. 2 et 13; une pièce d’argent était le salaire normal pour une journée de travail; cf. Tb 5, 15 (marge de TOB).
• De plus, c’était le salaire convenu avec les premiers (v. 2 et 13).
• Le reproche est formulé au v. 12 : “tu traites ces derniers comme nous “.
• La réponse se lit dans les v. 13-15, mais le sommet est donné au v. 15 ; voir la note TOB.

Question 3

• Noter ce qui est parallèle et ce qui est différent entre la parabole rabbinique et celle de Jésus.
• Le jeune rabbin reçoit une récompense égale parce qu’il a travaillé davantage en deux heures que les autres en une journée : on reste dans l’ordre du mérite.
• Pour Jésus la leçon est toute autre : elle est exprimée à la fin du v. 15. Comparer ce texte avec Lc 15, 1-2 et 11-32. On voit combien l’enseignement de Jésus s’écarte ici du judaïsme palestinien.

Aujourd’hui…

Quel enseignement cette parabole nous donne-t-elle sur Dieu et sur sa justice ? Sommes-nous prêts à l’accueillir ?

7. – Mt 22, 1-14 : La parabole du festin

Des invités qui refusent de participer à un bon repas : histoire banale pour des gens qui mangent chaque jour à leur faim. Mais les auditeurs de Jésus étaient sans doute surpris et se demandaient où il voulait en venir.

1) Cette parabole se lit en Mt et en Lc (synopse en annexe 1) : comparer les deux textes.
Relever ce qui est commun aux deux évangélistes et ce qui et particulier au texte de Mt.
2) Expliquer Mt 22, 1-10 et spécialement ce qui est propre au texte de Mt.
3) Qu’ajoutent les v. 11-14 ? Pourquoi le vêtement de noce ?

Question 1

• Chez Mt et Lc il est question d’une invitation à un (grand) banquet) et du refus de tous les invités alors que “tout est prêt”.
• Les deux insistent sur la volonté du maître de remplir sa maison; d’où les invitations successives (trois fois).
• Mais le récit de Lc n’offre pas de parallèle aux v. 11-14 de Mt; de même rien ne correspond en Lc aux v. 6-7 de Mt (voir la note de TOB sur Mt 22, 1).
• Chez Mt l’homme est roi; il fait les noces de son fils : voir les différentes notes de TOB sur le texte de Mt.

Question 2

• Noter tout d’abord le contexte de cette parabole en Mt : un groupement de trois paraboles (Mt 21, 28 à 22, 14); comparer plus particulièrement Mt 22, 1-10 avec Mt 21, 33.41 : cf. BJ note sur Mt 21, 33 +.
• Sur le sens du repas, voir Mt 8, 11 + (en marge dans BJ); voir aussi Pr 9, 1-6.
• Noter l’insistance sur le refus des invités : ils ne voulaient pas venir (v. 3; cf. v. 5. 6).
• Remarquer que l’on pourrait omettre les v. 6-7 sans nuire au récit; voir sur ce point la note TOB.
• Chez Mt les serviteurs sont d’abord envoyés deux fois aux invités (= le peuple juif); le troisième envoi est destiné aux païens (cf. note TOB sur v. 9).

Question 3

• Sur le sens du vêtement de noce, voir la note TOB sur le v. 11 ou Ap 19, 8 (en marge dans BJ).
• Les v. 11-13 forment une autre parabole ajoutée ici par l’évangéliste pour rappeler aux chrétiens (les auditeurs actuels de la parabole de Jésus) que l’invitation de Dieu est gratuite mais exigeante, cf. TOB note sur v. 11.
• Sur les images utilisées au v. 13 : cf. Mt 8, 12 +.
• Le v. 14 est une autre parole de Jésus qui veut encore renforcer l’exhortation à la fidélité.

Aujourd’hui…

Sommes-nous sensibles à la volonté du roi de remplir sa maison ? A quoi cela nous engage-t-il ?

8. – Mt 25, 1-13 : Les dix vierges

Une noce qui tourne au drame ! Cette parabole reprend l’appel de Mt 24, 44 : il faut faire en sorte d’être toujours prêt pour la venue du Seigneur.

1) Qu’est-ce qui est dit de toutes les jeunes filles ? Qu’est-ce qui est dit seulement des
des insensées ? Et seulement des avisées ?
2) Quelle est la faute des insensées ? Quel est l’enseignement de cette parabole ?
3) Comparer cette parabole avec Mt 7, 24-27 : que constatez-vous ? Est-ce le même ensei-
gnement ?

Question 1

• Toutes les jeunes filles ont pris leur lampe et sont sorties à la rencontre de l’époux (v. 1); toutes s’assoupissent et s’endorment (v. 5); toutes se réveillent et apprêtent leur lampe (v. 7).
• Les insensées n’ont pas emporté d’huile (v. 3); elles constatent ce manque (v. 8) et veulent le réparer (v. 10); elles manquent ainsi l’arrivée de l’époux (v. 11s).
• Les avisées ont pris avec leur lampe de l’huile dans des fioles (v. 3); ainsi elles sont prêtes quand l’époux arrive et entrent avec lui dans la salle des noces (v. 10).

Question 2

• Parce qu’elles n’ont pas emporté d’huile (v. 3), elles ne peuvent tenir leur lampe allumée quand l’époux arrive : elles ne sont pas prêtes au bon moment, cf.aussi la note TOB sur Mt 25, 1.
• Il fallait préparer avant la venue de l’époux; quand le cri a retenti, il est trop tard.
• Sur la signification du v. 13, voir la note TOB.
• Cette parabole fait partie du cinquième Discours de Mt (Mt 24-25; voir la note de BJ sur Mt 24, 1 +; spécialement le 3ème point : des paraboles sur la vigilance : Mt 24, 42 à 25, 30).

Question 3

• On retrouve la même opposition entre avisé / insensé.
• Bâtir sur le roc = entendre les paroles de Jésus et les mettre en pratique (7, 24 et note TOB); bâtir sur le sable = entendre les paroles mais sans les mettre en pratique.
• Lire encore Mt 7, 21-23 et la note TOB sur 7, 21.
• On pourrait rapprocher encore Mt 25, 11-12 de Lc 13, 25-27.

Aujourd’hui…

Que faut-il faire aujourd’hui pour être prêt quand le Seigneur viendra ?

9. – Lc 10, 25-37 : Le Samaritain

la parabole est propre à l’Evangile de Lc, mais elle est combinée avec une parole de Jésus (v. 25-27) que nous retrouvons chez Mc et Mt. La parabole est bien connue, mais il vaut la peine de la relire et de la découvrir !

1) Que recherche le légiste au début de son entretien avec Jésus ? Quelle est la réponse de
Jésus ?
2) Étudier plus spécialement les v. 30-37 : qui intervient dans ce récit ? Quel est l’ensei-
gnement ? Comment Jésus répond-il à la question du légiste (v. 29) ?
3) Quelle importance Lc donne-t-il à cette parabole ? Où l’a-t-il placée ? Comparer Lc
10, 33 avec 7, 13 et 15, 20 : que remarquez-vous ?

Question 1

• Sur le légiste, voir la note TOB sur Lc 7, 30; ici l’homme veut mettre Jésus à l’épreuve (cf. la note TOB sur le v. 25).
• Sur le sens de la question, comparer avec le passage parallèle de Mc et Mt; pour Lc, il ne s’agit pas seulement de connaissance, cf. note TOB sur la fin du v. 25.
• Chez Lc, Jésus invite le légiste à répondre lui-même (note TOB sur v. 26); ce qu’il fait en citant Dt 6, 5 (qui appartient à la prière quotidienne des Juifs) et Lv 19, 18. Sur cette réponse, voir note TOB sur le v. 27.
• Noter encore l’insistance sur le “faire” (v. 28; cf. v. 37).

Question 2

• Sur cette parabole, voir la note TOB sur le v. 30.
• Les personnages : l’homme blessé (v. 30) sans aucune précision de nationalité; le prêtre et le lévite ont la même attitude (il vit et passa outre : v. 31-32) qui s’oppose à celle du Samaritain (cf. les notes BJ et TOB) : il vit, fut pris de pitié et s’approcha… (v. 33-35).
• Comparer la question de Jésus (au v. 36) avec celle posée par le légiste (v. 29) : noter l’inversion; cf. TOB note sur le v. 37.

Question 3

• Comparer la place de Lc 10, 25-27 avec Mt et Mc (voir TOB sur le titre, v. 25): Lc place cette parabole au début de la “montée vers Jérusalem” (cf. Lc 9, 51 et notes BJ et TOB) où Jésus entreprend la formation de ses disciples.
• Le Samaritain est pris de pitié (litt. pris aux entrailles ) comme Jésus devant la douleur de la mère en Lc 7, 13 ou comme le père du fils retrouvé en Lc 15, 20.
• Remarquer l’insistance sur le “faire” : v. 37 : celui qui a fait… va et fais de même… (cf. TOB note sur le v. 37).

Aujourd’hui…

Lire Col 3, 9-15, spécialement les v. 11-12 : des entrailles de miséricorde : comment vivre cela aujourd’hui ?

10. – Lc 12, 16-21 : Le riche insensé

Une belle récolte est souvent présentée dans la Bible comme un signe de la bénédiction de Dieu. Et l’esprit d’initiative n’est pas un péché ! Alors pourquoi cet homme est-il appelé insensé ?

1) Comment est construite cette parabole ? Quels sont les personnages ? Quelle en est
la leçon ?
2) Cette parabole a-t-elle un lien avec les versets précédents (v. 13-15) et avec les suivants
(v. 22-24) ?
3) Quel enseignement Jésus veut-il donner dans cette parabole et dans ce passage de Lc ?

Question 1

• Au v. 16 nous trouvons l’homme riche et “son problème”; le v. 17 nous donne son monologue (cf. note TOB) : je vais faire… je vais démolir… je bâtirai (v. 17-19).
• Dieu intervient au v. 20 : il rappelle la fragilité de tout ce projet centré sur lui-même, devant la mort (cf. TOB note sur le v. 20).
• Sans la vie – que l’homme ne peut assurer – tous les biens qu’il a pu amasser ne sont d’aucune utilité pour lui; cf. Si 11, 19 et la note BJ.
• L“insensé” dans la Bible, c’est l’homme qui pratiquement ignore Dieu; cf. Ps 14, 1.

Question 2

• Voir la note TOB sur le v. 13 (titre).
• Jésus vient de refuser le rôle d’arbitre (cf. notes TOB sur les v. 13-14) et il profite de cette occasion pour donner à tous un enseignement (et il leur dit… ) que la parabole illustrera; cf. les notes TOB sur les v. 15 et 16 (titre). pour le lien avec ce qui suit, comparer les v. 18-20 avec les v. 21-23 (spécialement le v. 23).
• Comparer encore le v. 21 avec les v. 33-34.

Question 3

• Lc a groupé ici plusieurs paroles de Jésus concernant la richesse : voir la note TOB sur le v. 13.
• L’Evangile de Lc insiste beaucoup sur le danger que représentent les richesses : voir en BJ Lc 12, 33 +.
• Si les richesses ne sont pas mauvaises en elle-mêmes, ce qui est dangereux, c’est la cupidité (v. 15) et la fausse sécurité qu’elles donnent ainsi que la place qu’elles peuvent prendre dans le coeur de l’homme (v. 34).
• Il faut savoir s’en défaire par l’aumône et le partage : cf. Lc 11, 41; 12, 33; 14, 13; 16, 9…

Aujourd’hui…

On s’assure beaucoup aujourd’hui contre ceci ou cela… Mais savons-nous chercher notre sécurité la où elle est vraiment ?

11. – Lc 14, 15-24 : Les invités au grand repas

Pour apprécier un bon repas, il faut avoir faim. Jésus a fait l’expérience pendant son ministère : les pécheurs et les publicains ont souvent mieux répondu que les Pharisiens à la Bonne Nouvelle qu’il annonçait.

1) Reprendre la synopse (annexe 1) : comparer le texte de Lc avec celui de Mt et recher-
cher ce qui est particulier à Lc.
2) Expliquer le passage concernant les excuses (v. 18-20) : quelle signification ce passage
a-t-il pour Lc ?
3) Quelle est la leçon de la parabole ? Quel est ce grand repas ? Qui peut y prendre part ?

Question 1

• Noter le lien avec ce qui précède (v. 15 et note TOB).
• Chez Lc, il s’agit d’un grand repas avec beaucoup d’invités (v. 16) qui tous s’excusent (v. 18-20); le maître décide alors de remplir sa maison avec d’autres convives (v. 21 et 23): la deuxième invitation a lieu dans la ville (v. 21 et notes BJ et TOB); sur la troisième invitation : cf. v. 23 et notes BJ et TOB.

Question 2

• La comparaison avec le passage parallèle de Mt montre l’insistance de Lc sur ce point; voir les notes de TOB sur les v. 18 et 20.
• Ce qui empêche les invités de répondre à l’invitation n’est pas répréhensible en soi, mais ces biens leur font manquer l’invitation; comparer Lc 14, 20 avec 14, 26 et la note de TOB; cf. aussi Lc 14, 33 et la note de TOB.
• Noter la colère du maître (v. 21) et sa décision de remplacer les premiers invités (cf. les notes de BJ et TOB sur le v. 21).

Question 3

• Lc a regroupé ici plusieurs enseignements sur le thème du repas : Lc 14, 1-24 et la note TOB sur 14, 1.
• Sur la signification symbolique du repas, voir Mt 8, 11 et la note BJ; voir également en TOB la note sur Lc 14, 15.
• Sur les invités des v. 21 et 23 : voir les notes de TOB sur ces versets ou la note de BJ sur Lc 14, 23.
• Il ne suffit pas d’être convié pour être convive : il faut encore savoir préférer l’invitation de Dieu à tous les autres biens.

Aujourd’hui…

Savons-nous apprécier à sa juste valeur l’appel que Dieu nous a adressé ? Qu’est-ce qui nous empêche parfois de répondre à notre vocation ?

12. – Lc 15, 1-32 : Retrouver ce qui était perdu

Le chapitre 15 de Lc nous offre trois paraboles sur le même thème – dont deux sont propres au troisième évangéliste. C’est dire l’importance que Lc attache à cet enseignement de Jésus.

1) La première parabole de Lc 15 est parallèle à celle de Mt 18, 12-14 : comparer ces deux
textes et relever ce qui est particulier à Lc. Peut-on retrouver ces éléments particuliers
en Lc 15, 8-10 ? (voir synopse en annexe 2).
2) Expliquer les v. 11-24 : qu’est-ce qui est dit du fils cadet et du père ?
3) La parabole pourrait-elle s’arrêter au v. 24 ? Que nous apportent en plus les v. 25-32 ?
Quelle est la leçon de Lc 15 ?

Question 1

• Sur la première parabole de Lc, voir la note de la TOB (sur le titre) et en BJ la référence marginale à Ez 34, 1 +.
• En Lc, c’est le berger qui a perdu une brebis; il la recherche jusqu’à ce qu’il la trouve (v. 4); il se réjouit (v. 5) et veut partager sa joie (v. 6): cf. aussi le v. 7 “la joie au ciel “ : voir la note TOB.
• Remarquer comment ces mêmes expressions de Lc se retrouvent dans les v. 8-10 : c’est la même parabole “au féminin”.

Question 2

• Sur le fils cadet : v. 12-19 et 21 et les notes TOB.
• Le récit insiste surtout sur sa déchéance : indigence (v. 14), garder les porcs (v. 15) et envier leur nourriture (v. 16) tellement il a faim (v. 19). noter les motifs de son retour à la maison (v. 17 et note TOB). l’attitude du père : v. 20-23; il l’aperçoit alors qu’il est encore loin, il est pris de pitié (litt. pris aux entrailles), il court à sa rencontre, l’embrasse, et cela avant la “confession “ du fils (v. 21).
• Sur le v. 22, voir les notes de TOB ainsi que Za 3, 4 (en marge de BJ).

Question 3

• Sur les liens entre les v. 11-24 et 25-32 : comparer les v. 24 et 32; voir aussi la note TOB sur 15, 11 (titre).
• Si la parabole s’arrêtait au v. 24, elle dirait la joie du père qui retrouve son fils perdu (v. 23-24; cf. v. 6 et 9), mais il n’y aurait pas l’équivalent du “réjouissez-vous avec moi “ des v. 6 et 9.
• Comparer les reproches de l’aîné (v. 29-30) avec Lc 18, 11-12.
• Pour la signification de l’ensemble du ch. 15, voir Lc 15, 1-2 et la note TOB. Comparer les murmures du v. 2 avec la colère du fils aîné (v. 28-30); d’où l’importance de la parole du père aux v. 31-32.

Aujourd’hui…

En qui nous reconnaissons-nous : dans le fils aîné ou dans le cadet ? Sommes-nous prêts à partager la joie de Dieu pour les pécheurs ?

13. – Lc 16, 19-31 : Lazare et le riche

Une parabole bien connue, mais quelle en est la leçon ? Ce petit récit en deux tableaux (v. 19-26 et v. 27-31) est pourtant très riche d’enseignements.

1) Quelle est la situation du riche et de Lazare au début du récit ? Et aux v. 22-24 ? Quelle
leçon Abraham en tire-t-il ?
2) Quelle est la signification des v. 27-31 ? Que voulait le riche ? Comment comprendre
la réponse d’Abraham ?
3) A qui, selon Lc, Jésus adresse-t-il cette parabole ? Quels enseignements veut-il nous
donner ?

Question 1

• Lc parle d’un riche (et non d’un mauvais riche) qui vit dans le luxe (habillement, festin : v. 19 et note TOB); à sa mort, il est dans le malheur (v. 22-23 et note TOB).
• Lazare est pauvre (maladie, faim, les chiens : v. 20-21 et notes TOB); à sa mort, il est emporté dans le “sein d’Abraham “ (voir note BJ et TOB sur le v. 22).
• La première parole d’Abraham (v. 25 et note TOB) marque le renversement des situations survenu à la mort; comparer avec Lc 6, 24-25 (cité en marge dans BJ).

Question 2

• Le riche voudrait éviter le malheur de ses frères (v. 27-28); il croit qu’un signe exceptionnel pourrait les sauver en les amenant à la conversion (v. 30).
• La réponse d’Abraham est catégorique : par deux fois, il renvoie à l’Ecriture (Moïse et les Prophètes) : v. 29 et 31.
• Ecouter (= obéir) à la Parole, voilà ce qui peut sauver ses frères; voir la note de TOB sur le v. 31.
• Comparer encore avec Is 58, 7-11.

Question 3

• Jésus s’adresse ici aux Pharisiens : v. 14 et note TOB.
• Le leçon de la parabole se lit dans les v. 27-31 (cf. la note TOB sur le titre : Lc 16, 19)
• Comparer avec Lc 11, 16-29 : pour celui qui n’écoute pas “Moïse et les Prophètes”, même les signes les plus extraordinaires ne serviraient à rien. Cf .Jn 5, 46-47.
• La première partie de la parabole (v. 19-26) nous rappelle l’urgence de la conversion : à la mort, l’homme ne peut plus rien sur son sort.
• lire aussi Lc 16, 9 et les enseignements de Lc sur l’usage des biens : voir encore en BJ la note sur Lc 12, 33 +.

Aujourd’hui…

Sommes-nous conscients de l’urgence de la conversion ? Qu’attendons nous : un signe extraordinaire ou la Parole que Dieu nous a déjà donnée ?

14. – Lc 18, 9-14 : Le pharisien et le publicain

Deux hommes en prière dans le Temple. Pourquoi la prière de l’un est-elle exaucée et celle de l’autre ne l’est-elle pas ? Que veut nous enseigner Jésus en racontant cette parabole ?

1) Comment le pharisien nous est-il présenté ? Que dit-il ? Est-ce vrai ? Que représente t-il
pour l’auditeur de la parabole ?
2) Qu’est-ce qui est dit du publicain ? Que représente-t-il ?
3) Quelle est la leçon de la parabole (v. 10-14a) ? Qu’apportent en plus les v. 9 et 14b ?

Question 1

• Le pharisien monte au temple pour prier; il prie debout, à la manière juive; il rend grâce; les prières juives commencent souvent par une louange à la gloire de Dieu, mais ici le pharisien rend grâce pour ce qu’il est lui-même.
• Il se présente comme un fidèle observant de la Loi (v. 11); il fait même plus que ce qui est demandé (v. 12 et note TOB); voir aussi Lc 5, 33 et 11, 42.
• Il se compare au reste des hommes et à ce publicain (v. 11).
• Dans le judaïsme, le pharisien est le type même du juste : voir en BJ la note sur Mt 3, 7 +.

Question 2

• Le publicain prie lui aussi, mais de loin; il n’ose pas lever les yeux au ciel (cf. Jn 17, 1 et la note TOB).
• Il se frappe la poitrine; il reconnaît son péché (v. 13 et note TOB) et il implore son pardon.
• Pour les auditeurs de Jésus, le publicain représente le type même du pécheur public; cf encore Lc 3, 12 et la note TOB; en BJ, voir la note sur Mt 18, 17 +.

Question 3

• La leçon est mise dans la bouche de Jésus au v. 14a; son importance est soulignée par le “je vous le dis “.
• Parce qu’il s’est tourné humblement vers Dieu, le pécheur est justifié (= rendu juste) par le jugement de Dieu : voir la note de TOB sur le v. 14.
• Comparer les v. 9 et 14a : noter l’opposition entre “juste” et “justifié” : cf. la note TOB sur le v. 9.
• Le v. 14b est une conclusion généralisante (cf. aussi Lc 14, 11; Mt 23, 12); voir la note TOB sur le v. 14.
• Comparer l’attitude du pharisien avec celle du fils aîné de Lc 15, 29-30.

Aujourd’hui…

Jésus nous annonce la totale gratuité du pardon de Dieu : en sommes-nous persuadés ? Quelles conclusions en tirons-nous ?

Le grand festin annexe 1

Mt 22, 1-14 Lc 14, 15-24

(1) Et prenant la parole, Jésus leur parla
de nouveau en paraboles, disant : (15) Or ayant entendu cela, l’un des convives lui
dit : “Heureux celui qui mangera du pain
(2) Le royaume des cieux est semblable dans le royaume de Dieu !”
(16) Mais il lui dit :
à un homme roi “Un homme
qui fit des noces pour son fils faisait un grand dîner
et il invita beaucoup (de gens).
(3) Et il envoya ses serviteurs (17) et il envoya son serviteur à l’heure du dîner
appeler les invités aux noces, et il ne vou-
laient pas venir.
(4) de nouveau il envoya d’autres serviteurs
disant : Dites aux invités dire aux invités :
“Voici que j’ai apprêté mon banquet, mes
taureaux et mes bêtes grasses (ont été) égorgés,
et tout (est) prêt, venez aux noces” “Venez, puisque maintenant c’est prêt”.
(5) Mais eux, n’en ayant cure, s’en allèrent
qui à son champs, qui à son commerce;
(6) les autres, s’étant emparés de ses serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent. (18) Et tous, unanimement, se mirent à s’excuser.
Le premier lui dit : “J’ai acheté un champ et j’ai
nécessité d’aller le voir; tiens-moi pour excusé.”
(19) Et un autre dit :”J’ai acheté cinq paires de
boeufs et je pars les essayer; tiens-moi pour excusé”
(20) Et un autre dit : “J’ai pris femme et pour cela,
je ne puis venir.”
(21) Et, étant rentré, le serviteur rap-
porta cela à son maître.
(7) Or le roi fut en colère Alors, en colère, le maître de maison
et, ayant envoyé ses troupes, il fit périr
ces meurtriers et incendia leur ville.
(8) Alors, il dit à ses serviteurs : dit à son serviteur :
“Sors vite sur les places et les rues de la ville,
et les pauvres et les estropiés et les aveugles
et les boiteux, amène-les ici.”
(22) Et le serviteur dit :”Maître ce que tu as com-
mandé a été fait et il y a encore de la place.”
(23) Et le maître dit à son serviteur :
“La noce était prête, mais les invités
n’étaient pas dignes,
(9) Allez donc au départ des chemins “Sors par les chemins et les clôtures
et appelez aux noces tous ceux que vous et force (les gens) à entrer,
trouverez.”
(10) Et les serviteurs, étant sortis par les
chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils
trouvèrent, mauvais et bons, et la salle
de noce fut remplie de convives afin que ma maison soit comble.”
(24) Car je vous le dis qu’aucun de ces hommes
qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.”

+ les v. 11-14

La brebis perdue/égarée annexe 2

Lc 15

(1) Or tous les publicains et les
pécheurs s’approchaient de lui
pour l’écouter.
(2) Et les Pharisiens et les scribes
murmuraient, disant : “Celui-ci
accueille les pécheurs et mange
Mt 18 avec eux.”
(3) Or il leur dit cette parabole :

(12)” Que vous (en) semble ?
S’il y a un homme (4) Quel homme d’entre vous 15, 8 “Ou quelle femme
cent brebis ayant cent brebis ayant dix drachmes
et que s’égare l’une d’elles et ayant perdu l’une d’elles si elle perdait une drachme,
ne laissera-t-il pas n’abandonne-t-il pas n’allume-t-elle pas une lampe
sur les montagnes dans le désert et balaie la maison
et étant parti, et part
il cherche et cherche soigneusement
la (brebis) égarée vers la (brebis) perdue
jusqu’à ce qu’il la trouve. jusqu’à ce qu’elle la trouve.
(13) Et s’il (lui) arrive de
la trouver (5) Et, ayant trouvé, (9) Et, ayant trouvé,
il (la) place sur ses épaules,
tout joyeux,
(6) et venant à la maison
il convoque les amis et les elle convoque les amies et les
voisins, leur disant : voisines, disant :
“Réjouissez-vous avec moi “Réjouissez-vous avec moi
car j’ai retrouvé ma brebis, car j’ai retrouvé ma drachme
la perdue” que j’avais perdue”
en vérité, je (vous) le dis (7) Je vous dis que, de même (10) De même, je vous (le) dis
qu’il se réjouit il y aura dans le ciel il y a joie devant les anges de Dieu
pour elle pour un seul pécheur pour un seul pécheur
se repentant se repentant.”
plus que pour 99 (plus) que pour 99
qui ne se sont pas égarées justes qui n’ont pas besoin de
repentir. “
(14) De même, il n’y a pas de
vouloir, chez votre Père qui est
dans les cieux, que soit perdu
un de ces petits. “ Annexe 3

Voici une parabole de Rabbi Zéera (vers 325) aux funérailles de Rabbi Bun :

“A quoi Rabbi Bun est-il semblable ? A un roi qui avait engagé beaucoup d’ouvriers. L’un de ces ouvriers était plus intelligent que nécessaire dans son travail. Que fit le roi ? Il le prit comme compagnon pour se promener ça et là. Le soir venu, les ouvriers vinrent recevoir leur salaire et il le paya autant qu’eux. Les ouvriers se plaignirent et dirent : “Nous avons travaillé toute la journée et il a reçu le même salaire que nous.” Le roi répondit : “Cet homme a fait plus en deux heures que vous durant toute la journée.”. Ainsi Rabbi Bun a fait plus dans la Loi en vingt-huit ans qu’un maître réputé n’est capable d’en faire en cent ans. “ (cité par J. DUPONT dans Ass. Seign. 56, p. 21)

EVANGILES DE L’ENFANCE

enfanceDès la première lecture, les chapitres 1-2 de Mt et de Lc nous apparaissent comme quelque chose de différent dans les Évangiles : on y baigne dans une atmosphère de merveilleux (songes, apparitions d’anges, étoile qui guide les Mages). C’est pourquoi, ces récits, à la fois attirent et déconcertent. Avant de les aborder, faisons quelques remarques préliminaires :

1) ces récits ne sont pas la partie la plus importante des Évangiles; ce qui est essentiel pour les Évangiles, c’est l’annonce de la Résurrection de Jésus, sa divinité.
2) ces récits de l’enfance représentent la couche la plus récente des Évangiles, cf Ac 10,37ss ou Mc : la première annonce chrétienne commence avec le baptême de Jésus par Jean-Baptiste Les récits de Mt 1-2 et Lc 1-2 ont été composés, pour les Évangiles auxquels ils appartiennent, vers 80. Et ils sont censés parler d’événements qui se sont passés au début de l’ère chrétienne. Comme l’a écrit A. GEORGE : “on n’écrit l’histoire d’un personnage, surtout celle de son enfance, que longtemps après avoir constaté son importance. “

3) les divergences entre Mt et Lc : bien que tous les deux veulent nous parler de l’enfance de Jésus, leurs récits ne peuvent pas être mis en synopse. Il y a, bien sûr, des accords importants entre eux :

– les données sur les personnages (Marie, Joseph)
sur les lieux (Bethléem, Nazareth)
sur les temps (Hérode)
– les éléments théologiques : conception virginale en relation avec Is 7,14;
naissance à Bethléem du “fils de David ”.

Mais il y a également des divergences irréductibles :

– selon Luc, Marie reçoit l’annonce de l’ange à Nazareth; à cause d’un recensement imposé par l’empereur, Joseph et elle doivent se rendre à Bethléem; c’est là que survient la naissance de l’enfant. Jésus est présenté au Temple 40 jours plus tard, puis la famille revient à Nazareth.

– selon Matthieu, Jésus naît à Bethléem (qui semble être le domicile normal de Joseph – et de Marie). Après la visite des Mages, ils doivent fuir en Égypte avec l’enfant; ils y restent jusqu’à la mort d’Hérode. Puis à leur retour dans la “terre d’Israël”, par crainte d’Archélaüs, la famille ne s’installe pas en Judée mais en Galilée, à Nazareth.

Ces deux présentations ne peuvent pas s’harmoniser sans autre : si l’on suit le schéma de Luc, où faut-il placer la visite des Mages, le massacre des innocents, la fuite en Égypte ? Avant la présentation au Temple ? Impossible. Après cette présentation ? Mais que faire alors de Lc 2,22 et 39 !
Il faut donc renoncer à de telles harmonisations et lire ces deux récits chacun pour lui-même. Il faut également se poser la question du ou des genre(s) littéraire(s) mis en oeuvre par Mt et par Lc et rechercher la signification de ces récits.

Mt 1-2

D’après la forme littéraire, on peut proposer une division en trois parties :

– la généalogie (1,1-17)
– le récit d’annonciation (1,18-25
– le récit sur la persécution d’Hérode (les Mages : 2,1-12) et trois petits récits
avec citations de prophètes (2,13-15; 2,16-18; 2, 19-23)

Mais malgré ce découpage possible, on se trouve placé devant un ensemble bien construit :
– les passages sont reliés les uns aux autres par un même procédé littéraire : un
mot ou une phrase de la fin du récit est repris au début du suivant (1,16 repris
en 1,18; 1,25 en 2,1; 2,12 en 2,13).
– la présence des mêmes expressions tout au long des deux chapitres : l’ange
du Seigneur (1,20; 2,13.19.22); l’enfant et la mère (2,11.13.14.20.21); pour que
s’accomplisse (1, 22; 2, 15 cf 2, 27; 2, 23).
– l’ensemble suit une progression chronologique (de l’annonce de la naissance
jusqu’à l’installation à Nazareth) et topographique (Bethléem-Nazareth)

D’autres proposent de lire ces deux chapitres de Mt comme la réponse à deux questions : – Mt 1 : Qui est Jésus ? (fils de David, fils de Dieu)
– Mt 2 : Où et quand est-il né ? (à Bethléem, au temps d’Hérode; puis à Nazareth).

1) Mt 1, 1-17 : la généalogie

Dans la Bible, une généalogie est un peu ce qu’est pour nous une carte d’identité; c’est une manière de situer socialement un personnage. C’est à partir de l’Exil que les généalogies prirent surtout de l’importance, spécialement pour les prêtres (cf. Esd 2, 61).
Nous trouvons en Lc 3, 23ss une autre généalogie de Jésus (lors du début de son ministère) : voir la note TOB sur Lc 3, 23 qui signale les points de vue différents des deux Évangélistes.

Quelques notes sur Mt 1, 1-17

livre des origines de Jésus Christ : voir la note TOB sur Mt 1, 1; cf. aussi Gn 5, 1. Par là, Mt veut montrer qu’avec Jésus commence une nouvelle étape importante de la révélation; cf. encore Jn 1, 1.
Jésus, fils de David, fils d’Abraham : Mt 1, 18-25 viendra montrer comment Jésus, né virginalement de Marie, peut être vraiment fils de David , et ainsi, le Messie.
La généalogie est découpée en trois groupes de 14 générations selon les trois grandes périodes de l’histoire d’Israël (patriarcale, royale, postexilique). Pourquoi 3 x 14 ? Voir la note TOB sur Mt 1, 17.
Juda et ses frères (v. 2) : c’est l’évocation des douze tribus.
Dans cette généalogie, il faut noter la présence de 5 femmes (v. 3. 5. 6. 16). Pourquoi sont-elles mentionnées ? Sans doute pas, comme on le dit parfois, en tant que pécheresses (pour Tamar, Rahab et Bethsabée), ni comme étrangères, pour donner une note universaliste. Mais Mt “nomme ces 5 femmes parce qu’elles ont été introduites dans la lignée messianique par une geste gratuit de Dieu levant un obstacle apparemment insurmontable”.

Ainsi la généalogie de Mt veut affirmer que Jésus appartient bien au peuple élu, fils d’Abraham, fils de David. Il est l’enfant né de Marie (v. 16) mais qui, par Joseph, peut hériter de la promesse messianique. C’est ce que mettra encore en lumière le passage suivant (Mt 1, 18-25).

2) L’annonce à Joseph : Mt 1, 18-25

Ce passage est fortement relié à ce qui précède et particulièrement au v. 16 (dont il est une explication) : comment Jésus peut-il être dit file de David (continuité avec l’histoire du peuple élu), alors qu’il n’est pas, selon la chair, né de Joseph (discontinuité marquée dans la généalogie par l’absence du terme “engendra” au v. 16b et son remplacement par “fut engendré”).
Ce texte est un récit d’annonce de naissance; il est donc centré sur l’enfant à naître, (comme le sera aussi le texte de Lc 1, 26-38). On peut le diviser en quatre parties :

a) les circonstances de la naissance : la situation de Marie et de Joseph

– Marie est fiancée/mariée : selon la coutume juive de l’époque, la mariage se faisait habituellement en deux temps. C’est d’abord l’engagement juridique des époux, mais l’épouse reste encore sous le toit paternel, pendant une année environ. Cependant l’engagement juridique est déjà un vrai mariage et, pour le rompre, il faudrait un acte de répudiation (cf la note TOB sur le v. 19).
Ainsi Marie est mariée à Joseph, mais elle est enceinte avant d’avoir mené vie commune. Elle est enceinte par le fait de l’Esprit Saint c-à-d. par la puissance de Dieu.
– Joseph … un homme juste : voir les notes de BJ et TOB. Il ne faut se placer au point de vue de la psychologie de Joseph (un juste qui veut appliquer la Loi, cf. Dt 22, 23-24, mais qui voudrait le faire avec modération. Marie lui aurait, pense-t-on, sûrement parlé …) Mais mieux vaut s’en tenir au texte. Mt nous dit que Joseph est juste, c-à-d. qu’il fait ce que l’on est en droit d’attendre de lui et surtout ce que Dieu attend de lui. Et c’est ce que le récit va nous montrer.
Face à cet enfant mystérieux, Joseph ne veut pas revendiquer une paternité à laquelle il n’a pas droit; mais ensuite, à cause de la révélation qui lui est faite par l’Ange du Seigneur, il obéit : il prend chez lui Marie et il donne le nom à l’enfant qui naîtra.

b) l’intervention de l’Ange du Seigneur (v. 20-21)

– L’Ange du Seigneur intervient plusieurs fois dans Mt 1-2 et on le retrouvera en Mt 28, 2ss. Ici il apporte un message à Joseph (v. 20-21) et par cette intervention, il l’éclaire sur ce qu’il doit faire par rapport à Marie et par rapport à l’enfant qui va naître. Par rapport à Marie, Joseph doit la prendre chez lui (= célébrer le mariage : v. 29); pour ce qui concerne l’enfant, il doit lui donner le nom (v. 21).
– Joseph, fils de David : c’est le seul passage où l’Ange mentionne cette qualité de Joseph, parce que c’est précisément en tant que fils de David que Joseph peut introduire dans cette lignée l’enfant que Marie va enfanter et remplir ainsi le rôle que Dieu lui a donné : enraciner Jésus dans la souche davidique.

Les paroles de l’Ange soulignent le rôle de Marie : elle enfantera un fils (cf. v. 23 et 25) et celui de Joseph : tu lui donnera le nom (cf. v. 25).
– Jésus : forme grécisée de Yeshua (le Seigneur sauve); le nom sera expliqué au v. 21. Dans la Bible, Dieu est souvent appelé Sauveur (voir TOB, note sur Lc 2, 11), car sauver des péchés est une prérogative divine; le Messie, lui, ne devait apporter qu’une libération politique.

c) La réflexion de l’Évangéliste (v. 22-23)

– cela arriva pour accomplir … : voir les notes de BJ et TOB.
– voici que la Vierge … : cf. Is 7, 14 (voir la note de BJ sur ce texte). Le texte d’Isaïe était une actualisation de la promesse faite jadis à David (2 S 7). La LXX avait précisé le texte en traduisant l’hébreu ”almah” (= la jeune femme) par le mot “parthenos” (= la vierge). Nous pouvons y voir un témoignage de la lecture que l’on faisait de ce texte à l’époque des traducteurs. On attendait le Messie comme un don de Dieu, mais sans forcément opérer une rupture dans les générations.
– Emmanuel : Dieu-avec-nous (cf. LXX : Is 8, 8-10). À noter que dans le récit, Jésus ne recevra pas ce nom (v. 25); mais tel est bien son nom pour l’Évangéliste, comme il le dira à la fin de l’Évangile : Mt 28, 20.

d) l’exécution par Joseph de la parole de l’Ange du Seigneur

C’est l’obéissance totale à la Parole, au sujet de Marie (v. 24) et au sujet de l’enfant (v. 25) (comparer avec celle d’Abraham en Gn 12, 4). Pour Mt, Joseph représente ici tout l’AT qui accueille en Jésus le Messie de Dieu, même s’il se révèle un Messie bien différent des attentes contemporaines.
– et il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle enfante … : c’est un rappel de la maternité virginale; sur l’expression jusqu’à ce que … (v. 25) voir les notes de BJ et TOB.

Mt rejoint donc Lc sur les points essentiels de la foi chrétienne (conception virginale, titre du Messie, accomplissement des Écritures, cf. Is 7, 14. Mais Mt s’intéresse davantage la place de Joseph, à sa foi en la Parole – comme Lc le fera pour Marie – et son rôle pour faire entrer cet enfant dans la lignée de David.

3) Mt 2, 1-12 : La visite des Mages

Tel qu’il se présente à nous, le chapitre 2 se lit comme un tout bien construit. Mais il y a des indices qui laissent penser à une composition faite à partir de deux traditions différentes : la visite des Mages et la mort des enfants de Bethléem (2,1-12 + 16-18) et la fuite en Égypte, le retour et l’installation à Nazareth (2,13-15 +19-23), qui pourrait faire suite à 1, 18-25).

Nous lirons d’abord Mt 2,1-12. Le texte se divise en 6 petites scènes, les trois premières à Jérusalem (v.1-8), les trois suivantes à Bethléem (v.9-12).

. v.1-2 : les Mages à Jérusalem et leur question
. v.3-6 : le trouble d’Hérode; sa question —> Mi 5
. v.7-8 : Hérode et les Mages : leur mission.

. v.9-10 : les Mages en route vers Bethléem
. v.11 : la découverte de l’enfant
. v.12 : le songe et le retour par un autre chemin.

Noter que le texte ne s’intéresse pas à la naissance de Jésus, mais à sa naissance à Bethléem, au temps d’Hérode : cf. 2,1-2 (où ) ; 2,4 (le lieu où ); 2,5.6.8.9. (l’endroit ). Le texte est organisé autour de la citation donnée en Mt 2,6.

Quelques notes :

– Jésus étant né : cf. 1,16 et 1, 25 : il n’y a pas de récit de la naissance
– à Bethléem de Juda : voir BJ, note sur Mi 5, 1 +
– au temps du roi Hérode : voir note TOB; Hérode n’est appelé roi qu’en 2,1.3.9 (comparer 2,12.13.15.16.22) et il est opposé au “roi des Juifs qui vient de naître “ (v.2). Ce titre de“roi des Juifs “ sera redonné à Jésus lors de la Passion (Mt 27,11.29.37.42).
– des Mages : qui ? combien ? Pour Mt, ce sont des hommes qui viennent de l’orient, c-à-d. d’au-delà du Jourdain, et ils viennent pour rendre hommage (proskunein ) au “roi des Juifs “.
– une étoile à son lever : dans le monde hellénistique, on connaît le thème de l’étoile apparaissant à la naissance d’un grand homme (Alexandre, César); dans le monde juif également. Mais Mt pense sans doute à Nb 22-24, tel que ce texte était compris dans les traditions de l’époque.
– Hérode et tout Jérusalem avec lui : historiquement, Hérode et les autorités juives ont rarement été d’accord; mais ici, ils représentent l’opposition à Jésus.
– les grands-prêtres et les scribes du peuple : cf. note TOB qui nous renvoie à Mt 21,15. Ils savent par l’Écriture où le Messie doit naître, mais ils ne le recherchent pas.
– et toi Bethléem … citation de Mi 5,1, combinée avec 2 S 5,2 : c’est une composition de Mt ou de la tradition qu’il suit ? À remarquer la transformation du texte de Mi 5 (lu comme messianique) et qui attire 2 S 5,2; noter aussi la lecture chrétienne : Bethléem n’est nullement petite !

– Hérode manda secrètement les Mages : son projet sera dévoilé au v 16.
– avec grande joie : à l’opposé du trouble d’Hérode et de Jérusalem (v.3); en Mt 28, 8 on retrouvera cette “grande joie” pour les femmes venues au tombeau.
– l’enfant avec Marie, sa mère : v.11 cf. 13.14.20.21. Noter que Joseph n’est pas nommé; peut-être pour souligner la naissance virginale, déjà affirmée en 1,16.20.25.
– ils se prosternent : ce verbe est utilisé 13 x en Mt (en Mc-Lc : 2 x).
– l’or, l’encens, la myrrhe : cf notes BJ et TOB et les références AT.

L’éclairage de l’AT

Nous avons déjà parlé de Mi 5, 1ss et de 2 S 5,2. Mais d’autres textes de l’AT sont encore discernables à l’arrière-plan du récit de Mt.
Et tout d’abord, Nb 22-24 : lors de la sortie d’Israël d’Égypte, Balaaq a peur de ce peuple qui monte vers son pays; il demande à Balaam de venir le maudire. Mais Dieu amènera Balaam à bénir Israël.

Ce texte était interprété dans un sens messianique, comme nous le montrent la traduction des LXX et les Targums de Nb 24,17 :

TM : un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève issu d’Israël.
LXX : Un astre se lèvera de Jacob, un homme surgira d’Israël.
Tg : Un roi se lèvera de la maison de Jacob et un sauveur et souverain de
la maison d’ Israël.

Il y a un parallèle entre Nb 22-24 et Mt 2,1-12 : Balaaq voudrait détruire Israël, mais il en est empêché par Dieu. Balaam, un païen, bénit le peuple et lui annonce un avenir glorieux.
Ici Hérode veut faire disparaître le “roi des Juifs “, mais Jésus est protégé par Dieu et il est reconnu par les Mages.

On trouve encore en Mt 2,1-12 des allusions à plusieurs autres textes AT qui annonçaient une ouverture à tous les peuples :
– Ps 72, 10-11; cf. Ps 72, 1 +
– Is 2, 2-3 ; cf. les références marginales
– Is 45, 14 +
– Is 60, 1-6 et la note en BJ sur le v. 6.
Pour Mt, la venue des Mages vers Jésus accomplit ces textes prophétiques qui déjà parlaient d’une ouverture aux païens dans l’avenir. C’est là un thème qu’il aimera à mettre en valeur dans son Évangile (8, 10s; 15,24 et note TOB; 24,14; 28,19).

La situation de l’Église

Mt 2,1-12 reflète des aspects de la situation de l’Église que connaît Mt :

– la naissance de Jésus (de Nazareth ! ) à Bethléem est un argument important dans la discussion avec les Juifs, en faveur de la messianité de Jésus (v.5; cf. Jn 7,42). Cf. le même problème à la base de Mt 1 et du rôle de Joseph (Mt 1,18-25).
– la réflexion sur l’opposition de la majorité du peuple juif à l’annonce chrétienne (cf. Rm 9-11); le refus manifesté par les autorités politiques et religieuses (cf. A 4,27) de reconnaître la royauté de Jésus : tout cela est déjà préfiguré dans l’attitude d’Hérode et de Jérusalem. Mais cette opposition est finalement vaine !
– l’accueil des païens dans l’Église au temps de Mt est annoncée ici par la venue des Mages vers l’enfant de Bethléem.

Quelques questions à nous poser …

– Mt a-t-il voulu nous transcrire un épisode qui s’est passé dans l’enfance de Jésus, ou bien veut-il nous révéler par avance ce que sera la mission de cet enfant ?
– Est-ce une histoire plus ou moins merveilleuse ou une prophétie ? Que représente ici l’étoile ? et les Mages ?
– Une telle lecture est-elle importante pour notre foi ? Conduit-elle à la destruction de notre foi ou à une lumière sur le mystère du Christ ?
– Quelle est la portée de ce texte pour l’Église d’aujourd’hui ?
– Comment partager notre découverte (avec des adultes, des enfants) sans blesser leur foi ?

4) La fuite en Égypte et le retour : Mt 2, 13-15 et 19-23

Comme on l’a dit plus haut, il semble bien que, derrière Mt 1-2, on puisse retrouver deux traditions différentes :
– la tradition des mages à Bethléem (2, 1-12) suivie du v. 16 (complété par les v. 17-18, au moment où ce texte est entré dans la composition finale);
– une autre tradition qui comprenait le “livre de l’origine de Jésus Christ” (Mt 1, 1-17), suivi de trois révélations à Joseph qui présentent la même structure (1, 18-25; 2, 13-15; 2, 19-23)
Nous nous arrêterons un peu sur les deux péricopes qui parlent de l’Égypte et qui sont reliées par la citation d’Os 11, 1 (au v. 15).

la fuite en Égypte : 2, 13-15

Par sa descente en Égypte et par la sortie, Jésus refait, selon Mt, l’itinéraire de son peuple (cf. Gn 12, 10 et surtout Gn 46, 2-5 où Jacob-Israël, dans une vision nocturne, reçoit cette parole de Dieu :

“N’aie pas peur de descendre en Égypte …
c’est moi qui descendrai avec toi …
c’est moi qui t’en ferai remonter … “

L’Égypte est le lieu traditionnel de refuge (cf. 1 R 11, 40; Jr 26, 21) . Os 11, 1 est un rappel de l’Exode et Mt actualise ce texte pour Jésus (cf. Os 12, 14).
L’expression mon fils peut alors prendre en Mt toute sa dimension chrétienne : voir la note de BJ sur Mt 4, 3 +.

Le retour d’Égypte : 2, 19-23

– Comparer ce texte avec Ex 4, 19-20, en particulier avec “ils sont morts ceux qui en voulaient à ta vie” que Mt reprend presque littéralement, conservant le pluriel, pour bien nous faire comprendre le parallélisme qu’il voit avec Moïse.
De même, (Moïse prit sa femme et son fils et les fit monter sur un âne …) en Ex 4, 20 est sous-jacent à Mt 2, 20, mais ici l’enfant reçoit la première place; à noter également l’expression “sa mère” et non “la femme”.
– il entra dans la terre d’Israël (v. 21) … se retira en Galilée (v. 22) … vint habiter Nazareth (v. 23) : noter la progression. L’expression “entrer dans la terre” est utilisée pour le retour des exilés (cf. Ez 20, 38); faut-il y voir une allusion au nouvel Exode ?
– sur la Galilée : voir Mt 4, 15 et la note TOB; cf aussi Mt 28, 16-20.
– Nazareth : village inconnu jusque-là dans la Bible, mais dont le nom est désormais attaché à celui de Jésus.
La prophétie à laquelle Mt fait ici allusion n’a pas été identifiée. Faut-il la chercher parmi les “Prophètes premiers ? Cf. les notes sur ce passage.
Mais derrière ce passage de Mt, on sent les questions que devaient se poser les premiers croyants : pourquoi Jésus, fils de David, a-t-il vécu à Nazareth ? Les v. 13. 20 et 22 veulent sans doute répondre à ces questions.

Sur tout ce passage, comme sur l’ensemble des Évangiles de l’Enfance, il est très instructif de comparer les récits des Évangiles apocryphes.

Lc 1-2

Commençons cette étude de Lc 1-2 par trois remarques préliminaires :

1) Lc 1-2 est un prologue christologique

Ces deux chapitres font partie de tout l’Évangile et ils doivent toujours être lus dans cette perspective. Luc le souligne parla grande inclusion : l’Évangile commence au Temple (1,5ss) où Zacharie est incapable de bénir le peuple et il se termine au Temple (24,53) après la bénédiction donnée aux apôtres par Jésus (v.51).
Cf aussi la première parole de Jésus au Temple (2,41ss) et la dernière parole de Jésus sur la croix (23,46), les deux faisant référence au “Père”.

C’est un prologue christologique, une confession de foi à la lumière de Pâques, comme le montrent tous les titres donnés à Jésus en Lc 1-2, et en particulier celui de “Fils de Dieu”, qui chez Luc – à la différence de Mc-Mt (Mc 15,39; Mt 16,16) – est toujours prononcé par mode de révélation (voir note TOB sur Lc 1,35).

2) La continuation de l’Histoire sainte

On trouve en Lc 1-2 les caractéristiques de Luc (vocabulaire, tournures, thèmes), mais plus qu’ailleurs, Luc utilise ici la langue de la LXX.

Pour Luc, l’Écriture est devenue nouvelle, christianisée (cf. Lc 24,25-27), transformée par la personne du Ressuscité. C’est donc la Bible lue à la lumière de Pâques, qui est devenue “le dictionnaire et la grammaire de Luc ” 18

Mais Luc ne procède pas comme Mt, qui cite et argumente à partir de l’Écriture. Luc procède par allusions multiples (style allusif ) :
– cf. la composition du Benedictus et du Magnificat
– cf. la présentation des personnages à partir de modèles bibliques, considérés
comme des “types” (Samson, Élie, Sara, la “fille de Sion” )
Il faut pourtant remarquer la sobriété de Lc quand on le compare aux Évangiles apocryphes : cf. CE 18, p. 63. 65.

Comme l’écrit encore C. PERROT, Lc 1-2 est “un récit d’enfance tissé dans la trame de l’Écriture… une histoire sainte par un auteur qui continue d’écrire la Bible avec l’écriture même de la Bible.“
Ou encore comme le dit P. GRELOT :“… la reprise de mots et d’expressions empruntés à la Bible grecque montre que Luc en est nourri et qu’à ses yeux l’histoire sainte se poursuit. Il y a plus : elle ‘s’accomplit’ grâce à l’événement dont Marie reçoit l’annonce.”

3) Un procédé littéraire : le parallélisme

Ce procédé est bien connu dans le monde hellénistique de son temps et il est souvent mis en oeuvre pour la biographie des hommes illustres. On le retrouve aussi dans le monde juif (cf. la présentation des Rabbis célèbres par “paires”, comme Hillel et Shammaï.

Lc nous présente en parallèle Jean-Baptiste et Jésus, ce qui lui permet de souligner à la fois la continuité (les deux appartiennent au mouvement baptiste) et la discontinuité. Et comme l’écrit H. COUSIN :

“Le genre littéraire adopté par Luc nous fait d’emblée rechercher non tant les ressemblances que les dissemblances, qui ont pour but de manifester lequel des deux enfants est supérieur à l’autre.”

Lc utilisera encore le même procédé dans les Actes pour nous présenter Pierre et Paul. Dans Lc 1-2, Jean-Baptiste et Jésus sont systématiquement présentés en parallèle, alors que dans Mt 1-2, on ne trouvait même pas la mention du Baptiste

Ceci entraîne des conséquences au niveau exégétique : on doit lire ces récits de Luc tels qu’ils ont été écrits, c-à-d. en parallèle.
La comparaison des données topographiques et chronologiques est intéressante.

L’itinéraire de Jean-Baptiste commence au Temple (annonce de sa naissance); il grandit dans la montagne de Judée (1, 39. 65), puis il part vivre au désert (1, 80). Au contraire, celui de Jésus commence humblement dans une ville de Galilée (1, 26), passe par la ville de David (2, 4) pour le conduire à deux reprises au Temple (2, 26. 46).
Les notations chronologiques “aux jours d’Hérode” (1, 5), au temps de l’empereur Auguste et du gouverneur Quirinius (2, 1) forment le cadre de la vie des deux enfants. L’annonce à Marie est placée six mois après celle faite à Zacharie; si l’on ajoute les neuf mois de la grossesse et les 40 jours prévus par la Loi pour la présentation au Temple d’un garçon (2, 22), on obtient un total de 490 jours :
“ce sont les soixante-dix semaines qui s’écoulent entre la première annonciation faite par l’ange Gabriel à Zacharie et la première présentation de Jésus au Temple.”

La composition de Lc 1-2

la dédicace du livre (Lc 1,1-4)

I. annonce de la naissance annonce de la naissance
de Jean-Baptiste (1,5-25) de Jésus (1, 26-38)

la visite de Marie à Elisabeth
(1,39-56)

II. naissance et circoncision naissance et circoncision
de Jean-Baptiste (1,57-80) de Jésus (2,1-21)

III. Deux épisodes au Temple :

. présentation de Jésus (2,22-40)
. première manifestation de Jésus (2,41-52)

1) L’annonce de la naissance de Jésus : Lc 1,26 – 38

Le texte de Luc est un récit d’annonce de naissance; il obéit à un schéma et il est tout centré sur l’enfant à naître. “Le centre de l’Annonciation, ce n’est pas l’ange, ni même Marie : c’est Jésus.” (A. GEORGE).
Et puisque ce récit a été écrit en parallèle avec celui de Jean-Baptiste, il nous faudra toujours garder un oeil sur Lc 1, 5-25 si nous voulons bien comprendre ce que Luc entend nous dire ici.
Le passage peut se diviser en 4 parties :
– v. 26-27 : présentation de la scène et des personnages
– v. 28-29 : salutation et réaction
– v. 30-35 : le message : qui est cet enfant ?
– v. 36-38 : le signe donné à Marie et sa réponse.

a) v. 26-27 : la scène et les personnages :

Quand ? : le sixième mois : v.26; cf. 1,5 et ,1,24 et 56 et note TOB sur ce verset.
Jésus est celui qui vient après Jean-Baptiste !
Où ? : Nazareth, une ville de Galilée , un village peu connu, méprisé (cf Jn
1,46), mais existait depuis l’époque royale.
L’annonce de la naissance de Jean-Baptiste a lieu à Jérusalem, dans le Temple,
en pleine action liturgique : voir notes TOB sur Lc 1,8.9.
Qui ? : Gabriel (cf. note TOB sur 1,19), fut envoyé (passif théologique :
1,19.26);
Marie , une jeune fille, mariée , (cf. notes TOB) ;
Joseph, de la maison de David
Pour Jean-Baptiste (cf. 1,5), Zacharie est prêtre, de la classe d’Abia (note TOB);
Élisabeth aussi est de race sacerdotale; les deux sont justes, irréprochables (v.6)
c-à-d. fidèles observateurs de la Loi et des pratiques cultuelles.
Quoi ? : pour Marie, vierge, accordée en mariage : entre le contrat de mariage
et la cohabitation des époux : cf. v. 27 v. 34 et notes TOB;
Dans le cas de Jean-Baptiste, sa mère Élisabeth est stérile (v.7) et, comme son
mari, elle est âgée : cf. les notes TOB sur Lc 1,7.

b) v. 28-29 : salutation et réaction :

– réjouis-toi (chairè) : c’est la forme grecque de salutation; le salut juif est “paix” cf Lc 10,5; 24,36. Mais ici le “réjouis-toi “ doit être compris comme un appel à la joie messianique, comme en LXX : So 3,14; Za 9,9; Jl 2,21
– comblée de grâces (kécharitômenè, cf.charis) : la ‘favorite’, celle qui a la faveur de Dieu, voir la note TOB sur ce mot. Cf. aussi Éph 1, 6.
Comparer avec la justice de Zacharie et Élisabeth en Lc 1,6. Comme le note P. BENOIT, “… les paroles de l’ange n’attirent pas l’attention sur les mérites de Marie, mais… proclament la faveur bienveillante de Dieu et laissent entrevoir sa prochaine visite annoncée jadis par le prophète.”
– “Comblée de grâce“ est comme un nom donnée ici à Marie” ; le même mot sera utilisé en Ép 1,6 pour désigner les chrétiens.
– la réaction de Marie est parallèle à celle de Zacharie, mais pour une cause différente :
Marie est troublée “à cause de cette parole de salutation “(cf. note TOB), alors que Zacharie l’était “à la vue de l’ange “ (v.12)
– soit sans crainte : toujours dans les oracles de salut, mais ici encore le motif pour Marie est “tu as trouvé grâce auprès de Dieu “ (v.30); alors que pour Zacharie, le motif était : “ta prière a été exaucée “ ( v.13 et note TOB).

c) v. 30-35 : le message : qui est cet enfant ?

Le message de l’ange à Marie est présenté en deux temps, coupé par la question de Marie à l’ange au v. 34.

– L’annonce de la naissance du Messie (v.31-33)
– voici que tu concevras dans ton sein et tu enfanteras un fils … : ces paroles l’ange renvoient à Is 7,14 et à So , 3,14; voir les notes TOB.

Pour Jean-Baptiste, il s’agit d’une naissance “normale”, sinon par l’âge des parents et la stérilité d’Élisabeth.
– tu lui donneras le nom de Jésus : la signification en sera donnée en 2,11;
Jean (v. 13 et la note TOB) signifie : Le Seigneur fait grâce.
– il sera grand (v.32); comparer avec 1,15 et la note TOB.
– il sera appelé Fils du Très-Haut = le roi,le fils de David (voir la note TOB),
comme aussi le précisent les v.32-33 qui font référence à 2 S 7,12ss; Is 9,5-6. Jésus est donc présenté comme le Messie, fils de David.

Jean-Baptiste était présenté comme un ascète et comme le précurseur (1,14-17)

La question de Marie (v.34)

Comparer avec celle de Zacharie (1,18 et note TOB). La question posée au messager céleste fait habituellement partie du schéma, mais cette question peut traduire des sentiments différents. Sur le rôle de question de Marie, voir note TOB.
– comment cela se fera-t-il … : Marie cherche à comprendre. Que doit-elle faire pour donner naissance au Messie. Elle est fiancée / mariée, mais elle ne “connaît” pas encore d’homme. Il ne s’agit pas d’un voeu de virginité (cf. note TOB).

Pour Lc, il y a clairement opposition entre l’attitude de Zacharie et celle de Marie, comme le montre la comparaison entre Lc 1,20 et 1,45. D’ailleurs ce que l’ange annonce à Zacharie trouve des modèles dans l’AT; au contraire, ce qui est dit à Marie est entièrement nouveau.

Mais surtout, la question de Marie, en coupant en deux le message de l’ange, permet de mettre en valeur la partie la plus mystérieuse de l’identité de l’enfant à naître.

– La révélation de l’enfant comme Fils de Dieu (v.35)

– l’Esprit Saint viendra sur toi (pas le Saint-Esprit, au sens de la foi trinitaire), mais la puissance de Dieu : noter le parallélisme entre 35a et 35b.
Pour Jean-Baptiste (v.17) : … il marchera …avec l’esprit et la puissance d’Élie.” cf.aussi Lc 1,41.
– te couvrira de son ombre : comme la nuée sur le Tabernacle en Ex 40,35, cf. note TOB. Cet enfant vient donc de Dieu; c’est pourquoi, il peut être appelé (le nom = la personne) Fils de Dieu. Voir ici la note TOB ou encore en BJ celle sur Mt 4,3 +
– l’être saint : cf. Lv 17,1 +; c’est un titre de la christologie primitive (cf. noteTOB sur v. 35).
Dans le message de l’ange à Marie, Lc exprime la foi chrétienne sur l’identité de Jésus; c’est la foi pascale (cf. Rm 1,4). Pour lui, le titre de “fils de Dieu “ prend ici sa pleine signification.

d) v. 36-38 : Le signe donné à Marie et sa réponse

La conception merveilleuse d’Élisabeth – qui se place dans la lignée des naissances miraculeuses de l’AT, cf en particulier Gn 18,14 – est donnée ici comme “signe” à Marie. Mais dans le récit, cette annonce prépare également la rencontre des deux mères (Lc 1,39ss)
– je suis la servante du Seigneur : voir note TOB. Dans la Bible, le titre de “serviteur” est donné à Abraham (Gn 26,24), à Jacob (Gn 32,13), à Moïse (Ex 14,31), à David (2 S 7,8), aux prophètes (par ex. Am 3,7) et en particulier au “Serviteur” (Is 42,1ss).
Par ailleurs, l’expression “servante” est utilisée trois fois pour des femmes, et toujours en contexte d’épousailles : Rt 3,9; 1 S 25,41; 1 R 1,13.17; cf. note TOB sur Lc 1,38.. La réponse de Marie est donc d’abord une réponse de foi (cf. v. 45), même si elle ne perçoit pas encore toute la profondeur du mystère (cf. Lc 2,19 et 51); réponse d’amour également : la “fille de Sion” accueille le Seigneur.

Marie, comme tout croyant, est mise en présence de la Parole qui annonce Jésus, Messie et Fils de Dieu; elle est pour nous un modèle de l’accueil de cette Parole dans la foi et l’amour. “Marie est la première croyante, elle vient à la foi avant que s’accomplisse la parole de l’ange. “

L’éclairage de l’AT

Luc, nous l’avons dit, procède par allusions; son lecteur est donc invité à reconnaître dans le récit les allusions aux textes AT, auxquels Lc nous renvoie. En voici quelques unes :

Is 7,14 et 2 S 7 en Lc 1,31-32
Gn 18, 14 en Lc 1,37
So 3,14 en Lc 1,28

Parmi ces textes, celui de Sophonie est particulièrement important pour comprendre le récit de Lc:

So 3,14-17 : Pousse des cris de joie, fille de Sion
Réjouis-toi… fille de Jérusalem…
Le Seigneur, le roi d’Israël, est au milieu de toi…
Sois sans crainte, Sion…
Le Seigneur, ton Dieu, est au milieu de toi

Pour Sophonie, la “fille de Sion / Jérusalem, c’est le “reste” humble et modeste (cf. So 3,12-13) qui cherche refuge dans le Nom du Seigneur, par opposition aux orgueilleux, que le Seigneur rejette. Ce sont donc des “pauvres” (cf. So 2,3 +)

Pour Luc, Marie récapitule en elle tous les “pauvres” qui n’attendent leur salut que de Dieu et qui accueillent dans la foi et l’amour la présence du Seigneur : c’est là, la cause de leur joie, la joie du salut (cf. So 3,17).

2) La naissance et la circoncision de Jésus : Lc 2, 1, 21

Comme pour l’annonce de la naissance, Lc construit cette péricope en parallèle avec celle de Jean-Baptiste. La comparaison entre les deux fait apparaître immédiatement l’importance que l’Évangéliste veut donner à la naissance de Jésus.
Alors que pour Jean-Baptiste ce récit compte 9 versets, Lc en consacre 21 pour Jésus. De plus, pour Jean-Baptiste, l’accent est mis sur la circoncision et l’imposition du nom (7 versets) alors que la naissance est relatée en 2 versets. Au contraire, pour Jésus, Lc s’étend longuement sur la naissance (20 versets) et ne consacre qu’un seul verset à la circoncision. Cf. la note TOB sur Lc 2, 1.

Division du texte

v. 1-7 la naissance de Jésus
v. 8-14 le message des anges aux bergers
v. 15-20 le message transmis parles bergers
v. 21 la circoncision de Jésus

a) la naissance de Jésus : v. 1-7

– un édit de César Auguste : Lc 1, 5 situait les événements dans le monde juif; ici la naissance de Jésus prend une dimension universelle. Cf. encore pour le ministère en Lc 3, 1-2. L’empereur est Octavien (empereur depuis – 27 à + 14); il a pris le titre d’Auguste en l’an – 27.
– toute la terre : c-à-d. tout l’empire romain; sur ce recensement et les problèmes historiques qu’il pose, voir les notes de BJ et TOB. Luc veut sans doute souligner le contraste entre la puissance romaine, divinisée en Auguste, et la naissance de cet enfant qui sera proclamé le Christ Seigneur (v. 11).
– la ville de David : habituellement ce titre est réservé à Jérusalem; ici il est utilisé pour Bethléem (voir note TOB). Joseph habitait-il Bethléem ?
– Le récit met en lumière l’obéissance à la loi civile (cf. Lc 20, 25) de Joseph (dont c’est la première mention en Lc ! ) et de Marie (malgré son état). Lc soulignera de la même manière leur fidélité à la Loi juive (cf. Lc 2, 22. 39. 41). De même, il aimera insister sur l’innocence reconnue par les autorités romaines lors de la Passion (Lc 23, 4. 14. 22; cf. également celle de Paul en Ac 25, 25).
– la naissance de Jésus est rapportée en termes bibliques (cf. Gn 25, 24), comme celle de Jean-Baptiste.
– son fils premier-né : Lc pense à la loi d’Ex 13, 2ss et peut-être aussi au titre que la foi chrétienne donnera à Jésus (cf. notes de BJ et TOB). “Premier-né” ne dit rien de la suite; on connaît une inscription tombale pour une femme morte en donnant naissance à son “premier-né”.
– elle l’enveloppa … le coucha dans une crèche … : comparer avec le récit de Jean-Baptiste qui naît dans une maison sacerdotale; Élisabeth est entourée, comme le souligne bien la note de TOB.
– il n’y avait pas de place dans la salle commune : voir les notes de TOB et BJ.

b) le message aux bergers

Alors que pour Jean-Baptiste, les gens s’interrogent sur ce que sera cet enfant (Lc 1, 66); ici c’est l’ange qui dévoile tout aux bergers. Son message révèle la dimension sociale et cosmique de l’événement.

– les bergers : voir la note TOB; à l’époque, les bergers sont plutôt mal vus par les rabbins parce que leur métier les tenait à l’écart des synagogues. Pour Lc, ils représentent les petits et les pauvres que Jésus rencontrera plus tard (cf. Lc 10, 21).
– l’ange du Seigneur (v. 9) : voir les notes de BJ et de TOB sur ce mot.
– la gloire du Seigneur : cf. Ex 24, 16 + ainsi que la note de TOB sur Lc 2, 9 qui nous renvoie à Rm 3, 23.
– ne craignez pas : la crainte est la réaction normale de l’homme mis en présence de Dieu et de son intervention : Lc 1, 13. 30; cf. Gn 15, 1; 21, 17 …
– je vous annonce une bonne nouvelle : litt. je vous évangélise (cf note TOB sur Lc 1, 19). Lc emploie 10 fois ce verbe dans son Évangile et 15 fois dans les Actes. Cette annonce contient déjà le message pascal (cf. 2, 11).
– une grande joie : voir la note BJ sur Lc 1, 14 +.
– pour tout le peuple : cf. l’universalisme de Lc.
– aujourd’hui : le mot revient 12 fois en Lc; voir particulièrement Lc 4, 21; 19, 9 et 23, 43; pour Lc, c’est l’actualité du salut qui est ainsi mis en lumière.
– il vous est né un Sauveur (v. 11 : dans la LXX, ce titre est surtout appliqué à Dieu (35 x); parfois à des hommes (6 x), mais jamais au Messie. Il n’est pas donné à Jésus par les autres Évangélistes (sauf la parole des Samaritains en Jn 4, 42). Mais on le retrouve dans les Actes, chez Paul et dans les Pastorales. C’est un terme utilisé par les chrétiens des communautés hellénistiques, en réponse peut-être aux religions païennes des dieux sauveurs et au culte de l’empereur divinisé (voir note TOB sur Lc 2, 11).
– le Christ Seigneur : l’ange utilise ici le vocabulaire de la prédication apostolique; voir les notes de BJ et de TOB; cf. aussi Ac 2, 36 et la note TOB; Ph 3, 20.
– un signe (v. 12) : comme pour Zacharie et pour Marie, un signe est donné aux bergers. Mais alors qu’habituellement le “signe” est quelque chose d’extraordinaire, ici c’est un fait banal, quotidien : un nouveau-né pauvre. Pourtant ce signe suffit pour convaincre les bergers que le message des anges ne renvoie pas à un rêve. De même, le signe que donnera la prédication chrétienne sera l’annonce d’un Messie crucifié : cf. 1 Co 1, 22-25.
– l’armée céleste (v. 13) : dans son rôle premier, la liturgie (cf. Is 6, 3; Jb 38, 7). Dans le chant, on peut noter la forme en chiasme :

Gloire à Dieu au plus haut des cieux
sur la terre paix aux homme qu’il aime.

– les hommes, objet de la bienveillance (de l’eudokia) de Dieu : voir la note de TOB. La paix (cf. aussi la note) est la paix messianique, qui mieux que la “pax romana” peut donner aux hommes ce qu’ils désirent profondément. Cette paix (cf. Is 11, 6 +) est offerte à tous, Juifs et païens.

c) le message transmis par les bergers : v. 15-20

– Les bergers ne doutent pas; comme Marie, ils se mettent rapidement en route (v. 16); ils constatent la réalité du signe annoncé (litt. ils viennent voir la parole : cf. note TOB) et ils transmettent le message qu’ils ont reçu. Ils deviennent ainsi les premiers missionnaires chrétiens : 2, 17; 18-20.
– l’effet de leur annonce est double (v. 18) : ceux qui les entendaient furent étonnés; Marie, elle, conservait dans son coeur : comparer avec Lc 8, 13-15.
– glorifiant et louant Dieu (v. 20) : voir les notes TOB et BJ.

– “ils [les bergers] ne viennent pas pas adorer, comme le faisaient les mages en Matthieu. Ils viennent voir la parole. […] Et après avoir vu, ils s’en vont faire connaître la parole-événement, le rhèma que constitue cet enfant, à des écoutants surgis on ne sait d’où, auditoire théologique. Autrement dit, les bergers prennent le relais de l’ange (ou des anges) pour proclamer l’Évangile.”

d) la circoncision de Jésus (v. 21)

Lc ne lui consacre qu’un seul verset (comparer avec Lc 1, 59ss); Pour Jésus, c’est le simple rappel de son nom (cf 1, 31) donné par l’ange dès sa conception. La présentation de l’enfant Jésus sera faite au Temple (v. 22-38).

Quelques conclusions sur Mt 1-2 et Lc 1-2

1) A l’origine de ces récits

il y a des traditions ecclésiales ou, au moins, un climat ecclésial, ayant les mêmes préoccupations : problème christologique (Jésus, Christ, Fils de Dieu), les discussions avec les Juifs, le lien entre Jésus et l’AT. Tout ceci suppose à l’origine un contexte juif, et même probablement palestinien.

Ces récits sont marqués par une utilisation savante de l’argumentation scripturaire (cf. les formules d’accomplissement, la haggadah de Moïse chez Mt; la typologie, l’emploi de la LXX et spécialement des récits de “l’enfance de Samuel”, chez Lc. On a parlé parfois de “midrash” et plus particulièrement de “midrash inversé”, parce que prenant son départ, non dans le texte mais dans l’actualité chrétienne (le Christ et l’Église).
C’est un genre où l’Église chrétienne est certainement redevable à l’exégèse juive en milieu araméen ou hellénistique, mais où elle manifeste son originalité propre.

Les deux Évangélistes, Lc et Mt, sont indépendants entre eux; pourtant ils se rencontrent sur un certain nombre de points importants.

2) Le genre littéraire et la fonction de ces récits

Ces récits ne sont pas des “légendes” biographiques mais des révélations (cf les interventions d’anges, de prophètes). Ils utilisent tous deux l’argument scripturaire, mais de manière différente :

– Luc par allusion, typologie, emploi de la langue des LXX;

– Matthieu par les formules d’accomplissement, par la forme “midrashique”,

Toute cette réflexion suppose, bien évidemment, la foi de Pâques. Dans ces chapitres, les auteurs veulent énoncer par avance les grands traits de la mission de Jésus et révéler le mystère qui sera dévoilé au terme de sa vie par sa mort et sa Résurrection.

3) Signification et importance

Peut-on parler ici de langage mythique ? Les récits de Mt et de Lc transposent certes la réalité (la vie de Jésus et celle de l’Église) dans un temps “primordial”, mais il y a ici une différence importante avec les mythes : les récits de Mt et de Lc se rapportent à un personnage historique, dont on peut situer la naissance dans un lieu et un temps donnés.

De plus, alors que les mythes, par leur transposition, cherchent à expliquer le mystère, dans le cas de Mt et Lc, le mystère de Jésus reste entier ; c’est celui de la filiation divine de Jésus de Nazareth et de sa mission de salut.

Pour ce qui est de la portée de ces récits : ils appartiennent au canon des écrits que l’Église reconnaît et donc, ils sont une référence pour notre foi.

Mais ils doivent être compris selon leur situation dans ce canon; ils doivent être replacés dans le mouvement de l’Église revenant sur le mystère à partir de sa foi pascale. Ils sont des prologues pour les Évangiles qu’ils introduisent.

Il faut également dire qu’ils n’appartiennent ni au kérygme apostolique, ni à la catéchèse apostolique : la foi du christianisme primitif (en Jésus, Christ et Fils de Dieu) a pu se passer de ces récits. Ils ne peuvent être considérés comme des éléments centraux : seule une affirmation majeure les lie à la foi paulinienne et apostolique : celle du Fils de Dieu, devenu fils de David (Rm 1,4) et né d’une femme (Ga 4, 4), du Fils “en forme divine” qui s’est abaissé jusqu’à prendre notre condition humaine (cf. Ph 2, 6ss).

EF – 041-102

LE NOTRE PERE

evanile“Seigneur, apprends-nous à prier…

C’est en réponse à cette demande des disciples qu’un jour, selon s. Luc, Jésus a enseigné aux siens la prière que nous récitons encore aujourd’hui, même si le texte conservé par le troisième évangéliste diffère quelque peu de celui de s. Matthieu, qui a passé dans la liturgie et l’usage de l’Eglise.
Par cet enseignement, Jésus nous livre quelque chose de sa propre prière; il n’est donc pas surprenant que le “Notre Père” tienne une si grande place dans la prière des chrétiens.

Prière juive ou prière chrétienne ?

On a remarqué depuis longtemps que la prière enseignée par Jésus contenait bien des formules empruntées aux prières juives traditionnelles. Voici à ce sujet ce qu’écrivait R. ARON :

“Cette prière fondamentale du christianisme est, en maints de ses passages, issue directement de prières juives fondamentales que Jésus prononça ou entendit prononcer au cours des années passées à Nazareth” (Les origines du Pater, dans LMD 85 (l966), p. 38)
Et le savant juif peut citer dans son article plusieurs exemples de prières juives traditionnelles (Kaddish, Alènou, Shemonè-Esrè) qui nous donnent effec-tivement des formules très proches de celles que Jésus enseigna à ses disciples. Cependant, comparée aux prières juives citées par R. ARON, celle de Jésus frappe immédiatement par sa simplicité; en elle, tout est limpide, sans aucune redondance.

Mais la nouveauté du Notre Père tient avant tout à Celui qui l’a enseigné. Même si, prises en elle-mêmes, les formules données par Jésus pourraient être récitées par tout homme, et à plus forte raison par tout Juif, ces mêmes mots prennent dans la bouche de Jésus une profondeur et une densité inconnues jusque-là : elles nous font pénétrer dans le mystère trinitaire, c’est le Fils qui se tient devant le Père.

Or c’est cette prière que Jésus nous a donnée en réponse à la demande des disciples. Par là, il les invite à entrer dans sa prière filiale. Il est bien évident que les disciples n’ont pu comprendre qu’après Pâques cette dimension de la prière qu’ils avaient reçue, comme le fait remarquer s. Paul dans Rm 8,15-17.26-27.

Un enseignement sur le Pater

Jésus a-t-il prononcé cette prière en hébreu ou en araméen ? Les spécialistes ne sont pas unanimes sur ce point; cependant la majorité d’entre eux optent pour l’araméen. Comme le dit J. JEREMIAS, : “Par là, Jésus a voulu faire sortir la prière de l’espace sacral caractérisé par la langue liturgique pour l’installer en plein dans la vie et le quotidienne

Mais la difficulté pour nous vient surtout du fait que le texte grec représente souvent davantage un décalque qu’une traduction du texte donné par Jésus. C’est là, sans doute, le signe d’un profond respect pour cette prière dès les premiers temps de l’Eglise : par crainte de perdre des miettes, on a préféré coller aux mots de la prière originale.

Cette difficulté de traduction et l’importance qu’on attachait à ce texte expliquent aussi pourquoi, dès l’antiquité, on a senti le besoin de commenter et d’expliquer cette prière.

Si la Didachè se contente de nous donner le texte, avec une exhortation dans le sens de Mt 6,7 et une conclusion nous invitant à le réciter trois fois chaque jour, Tertullien, Cyprien de Carthage, Origène, Cyrille de Jérusalem, Au- gustin et bien d’autres nous ont laissé des commentaires du Notre Père. Et la tradition a continué par la suite. On la retrouve au 16ème siècle, aussi bien chez les Réformés (Luther, Calvin), que chez les Catholiques, comme en témoigne le Catéchisme du Concile de Trente qui donne au commentaire du Notre Père une place privilégiée (8 chapitres sur 46 !)

Ce n’est qu’à partir du 18ème siècle que cet enseignement a “fondu”dans les catéchismes, qui cherchent alors à présenter leur matière dans un cadre plus systématique inspiré par les manuels de théologie.

Ce bref survol historique nous rappelle à la fois l’importance du Notre Père et la nécessité d’une véritable explication, si nous voulons le prier dans l’esprit où Jésus nous le demande et non “comme les païens qui rabâchent” (cf. Mt 6,7).

1) Le Notre Père : une prière, deux formules

La prière que Jésus enseigne à ses disciples nous est conservée dans deux Evangiles : en Mt et en Lc (cf. aussi Mc 11,25-26 et Jn 17). La version que nous lisons en Lc est plus courte que celle de Mt mais il est difficile de dire laquelle est la plus originale.

1. En vous servant du texte de la synopse, repérer ce qui est tout à fait semblable en Mt et en Lc, et ce qui est particulier à l’un des deux.
2. Comment cette prière est-elle construite en Mt et en Lc ? Une telle construction peut-elle nous donner un enseignement sur la prière?
3. Pourquoi avons-nous deux formules de la même prière dans les Evangiles ? Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ce fait ?

Question 1.

  • Souligner d’une même couleur tout ce qui est commun à Mt et à Lc.
    -Souligner d’une couleur particulière ce qui est propre à Mt; faire le même travail (autre couleur) sur le texte de Lc.
    -Noter vos questions ainsi que les constatations que vous pouvez faire.

Question 2.

  • La première partie est tournée vers Dieu (Toi, ton, ta) ; la deuxième parle de “nous ”,“nos ”…
    Après l’invocation du début (Notre Père qui es aux cieux/Père) viennent des vœux (3/2) adressés à Dieu, puis les demandes (4/3) qui concernent l’homme.
    A noter le bel équilibre de la prière et son enseignement : “ Le Pater nous apprend à porter d’abord notre regard vers Dieu, son Nom, son Régne, sa Volonté, avant de le porter sur notre communauté terrestre. Notre situation concrète et nos besoins véritables ne peuvent être compris que si nous envisageons d’abord notre Père, ses objectifs, son oeuvre.” (J. DELORME)

Question 3.

  • – Comme d’autres paroles de Jésus, celle de sa prière nous est parvenue sous deux formes différentes, bien que très proches.
    – La différence des contextes est plus importante : le Sermon sur la mon-tagne; chez Mt, avec le groupement aumône-prière-jeûne; la montée vers Jérusalemdans l’Evangile de Lc, avec d’autres enseignements sur la prière.
     En Mt et en Lc, nous trouvons la prière enseignée par Jésus telle qu’elle devait être priée dans leurs communautés respectives.

Jésus a-t-il voulu enseigner à ses disciples une formule de prière ? N’est-ce pas plutôt un “certain esprit” de prière que Jésus veut nous transmettre ?

2) Notre Père qui es aux cieux / Père

Dans notre étude, nous suivrons le texte de Mt, qui est celui que la liturgie a choisi dès les premiers siècles, mais nous serons attentifs aux particularités du texte de Lc qui peuvent enrichir notre lecture.

1) Dieu est rarement appelé “Père”dans l’AT; on trouve ce nom dans des textes postexiliques (voir par ex Is 63,16; 64,7; Tb 13,4) : est-ce alors la même signification que dans notre texte ?
2) Lire Mc 14,36; Ga 4,4-7; Rm 8,15 : ces textes nous apportent-ils quelque chose de neuf pour la compréhension de notre texte ?
3) Que signifie en Mt “qui es aux cieux” ? Pouvez-vous exprimer avec vos mots la tension qui est contenue dans cette première phrase du Pater ?

Question 1.

  • “Père”est un titre assez fréquent pour les dieux en dehors d’Israël; c’est peut-être pour cette raison que la Bible évite de l’employer dans les textes les plus anciens.
    Lire les textes de l’AT indiqués et noter les expressions données en parallèle dans les mêmes versets : il s’agit d’images, de métaphores pour parler de Dieu.
    Dans l’AT, ces expressions peuvent signifier la bonté de Dieu, sa sollicitude pour son peuple.
    C’est encore ce sens-là que devait avoir, avant Pâques, pour les disciples cette invocation dans la bouche de Jésus.

Question 2.

  •  Mc 14,36 est un écho de la prière même de Jésus; sur “abba”, voir les notes de la TOB sur Mc 14,36 et sur Rm 8,15.
    Après Pâques, les disciples découvrent l’identité de Jésus; ils pourront alors donner un sens plus profond à cette expression; voir la note TOB sur Lc 11,2 (Père) . En Ga 4,4-7 et Rm 8,15, Paul tire les conséquences pour nous : grâce au don de l’Esprit, nous pouvons désormais dire avec Jésus “Père”; cf. la note TOB sur Jn 20,17.
    Quand des Juifs disent “ notre Père”, ils pensent d’abord à Abraham, cf. Mt 3,9; Lc 3,8; 16,24.30; Jn 8,56; au contraire la formule de Jésus vise clairement Dieu lui-même.

Question 3.

  • Dans la Bible, le ciel/les cieux signifient le monde de Dieu et évoquent la grandeur, la distance, la transcendance.
    Au contraire, le mot “Père ”souligne la proximité de Dieu qui nous est offerte en Jésus et par lui.
    De plus, par l’expression “notre Père”, Jésus nous invite à nous reconnaître en même temps enfants de Dieu et membres d’une même famille.

La forme de Mt est plus juive, et peut-être plus originale; celle de Lc exprime davantage ce que les disciples ont compris après Pâques.
Combien de fois avons-nous prié cette formule sans y penser ! Disons-la lentement en rendant grâce à Dieu pour le don qui nous ainsi fait

3) Que ton Nom soit sanctifié

Après nous être placés en présence de Dieu, notre Père, nous faisons monter vers lui, dans un esprit filial, nos demandes. Et d’abord, nous demandons la sanctification de son Nom.

1) quelle est la signification du nom dans la Bible ?
2) lire Ez 36,20-28 : dans quelle situation le peuple se trouve-t-il alors ? qu’a-t-il fait du nom de son Dieu ? qu’est-ce que Dieu promet et que fera-t-il pour cela ?
3) que demandons-nous à Dieu dans cette formule du Pater ?

Question 1.

  • Voir la traduction de ce verset proposée par la TOB et lire la note qui l’accompagne
    Dans la Bible, le nom, c’est la personne : comparer Is 29,23 où “mon nom ”est parallèle à “le saint de Jacob ”; cf. aussi Is 52,6.
    Sur le sens du mot “saint”, voir Lv 17,1 +. La sainteté est un des attributs essentiels du Dieu d’Israël; il est l’Autre, le Tout-Autre.

Question 2.

  • Ezéchiel s’adresse au peuple en exil à Babylone, cf. Ez 1,1 et l’introduction au livre.
    Israël est le “peuple de Yahvé” et il “est sorti de son pays”; il est en exil.
    L’opprobre d’Israël retombe sur le Seigneur, il “profane le nom du Seigneur ”
    (v.20.21.22.23) au lieu de manifester “sa sainteté”.
    Le Seigneur va agir en rassemblant son peuple dispersé, en le ramenant sur sa terre (v. 24), mais surtout en convertissant son peuple (v.25-27); noter tous les verbes qui indiquent ce que le Seigneur fera.
    Alors Israël sera vraiment le”peuple de Yahvé” (v.28), témoignant de sa grandeur et de sa sainteté.

Question 3.

  • Noter l’emploi du passif : “que ton nom soit sanctifié”, voir note TOB.
    Dans Ez 20,41; 28,22.25; 36,23; 38,16.23; 39,27…, Dieu se sanctifie/ sanctifie
    son nom “aux yeux des nations”: notre prière doit avoir la même dimension universaliste.
    Que Dieu manifeste sa sainteté et la communique à son peuple (cf. Lv 22,32) : nous demandons à Dieu à Dieu d’assurer sa gloire et, en même temps, la grâce de contribuer nous-mêmes à l’assurer le plus possible.
    Ce que nous demandons à Dieu, il l’a déjà commencé (cf. Ep 1,3-4).

“Lorsque nous disons : “Que ton nom soit sanctifié”, nous demandons qu’il soit sanctifié en nous, qui sommes en lui, mais aussi dans les autres que la grâce Dieu attend encore, afin de nous conformer au précepte qui nous oblige de prier pour tous, même pour nos ennemis.” (Tertullien)

4) Que ton Règne vienne

L’annonce du Règne de Dieu tient une grande place dans le message de Jésus; il proclame sa venue et même sa présence parmi nous si nous savons le voir.

1) l’attente du règne de Dieu est un thème important de l’AT : travailler à partir d’Is 52,7-12 et de la note BJ (sur le titre)
2) Jésus parle souvent du Royaume/Règne de Dieu/des cieux : que veut-il dire par ces mots ? Travailler à partir de Mt 4,17 (BJ) ou de Lc 4,43 (TOB).
3) comment comprenons-nous maintenant la demande du Notre Père ? lire aussi 1 Co 16,23 +; Ph 4,5; Jc 5,8; 1P 4,7; Ap 22,20.

Question 1.

  • Is 52,7 fait partie du Deutéro-Isaïe; le prophète annonce aux exilés de Babylone leur prochain retour à Jérusalem comme le triomphe du Seigneur (Is 52,12 et note BJ).
    L’expérience terrestre de la royauté a échoué; désormais Yahvé lui-même règnera, comme l’annonçaient les prophètes (voir les références données dans la note de BJ sur Is 52,7 +).
    Voir aussi les Psaumes du Règne cités en Is 52,7 +.
    Ce règne signifie la reconnaissance universelle de Dieu mais aussi, et en même
    temps, tous les bienfaits liés au règne de Dieu (abondance, félicité, plénitude
    des biens messianiques.

Question 2.

  • Pour comprendre ce que Jésus veut dire en parlant du Règne de Dieu, voir la note de BJ sur Dn 2,28 +.
    Il réalise cette attente comme “Fils de l’homme” (Mt 8,20 +), comme “Serviteur”
    (Mt 8,17 +; 20,28 +; 26,28 +).
    Jésus annonce donc une intervention imminente de Dieu (Mt 4,17-23), mais il la conçoit différemment de l’attente des foules.
    Son royaume commence humblement : Mt 13,31-33.
    Il est déjà manifesté dans les oeuvres de Jésus, mais il sera pleinement réalisé un jour : Mt 16,27; 25,31.

Question 3.

  • Jésus nous demande de prier pour que vienne ce règne de Dieu : Dieu seul peut le faire advenir, cf. note TOB sur ce passage qui nous renvoie à Mt 3,2 et la note.
    Mais le règne de Dieu, c’est Dieu lui-même, son avènement. Sur le “Maran atha ” des premiers chrétiens, voir 1 Co 16,22 et notes BJ/TOB.
    Cette attente est bien attestée dans les différents “courants “du NT (Paul, Jacques, Pierre, littérature johannique).

“Nous demandons que son nom soit sanctifié en nous; non pas qu’il devienne saint comme s’il ne l’avait pas toujours été, mais qu’il soit sanctifié en nous du fait que nous nous sanctifions et que nous vivons comme les saints de Dieu”. (Cyrille de Jérusalem)

5) Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

“Soyez hardis comme des léopards, rapides comme des aigles, agiles comme des gazelles et forts comme des lions, pour accomplir la volonté de votre Père qui est aux cieux”. Cette sentence rabbinique nous offre un parallèle intéressant pour la parole du Pater que nous étudions.

1) Comment comprendre cette troisième demande du Pater ?
2) Mt parle plus souvent que Mc et Lc de la “volonté du Père” : lire : Mt 6,10; 7,21; 12,50; 18,14; 21,31; 26,42. Quelle signification cette expression prend-elle chez lui ?
3) Mt ajoute “sur la terre comme au ciel” : comment comprenez-vous cette conclusion de la première partie de la prière ?

Question 1.

  • Cette demande est propre à Mt; elle apparaît comme une construction parallèle
    aux deux premières demandes.
    Sur le sens de cette demande, voir note TOB (début); comparer avec la prière de Jésus à Gethsémani : ce n’est pas un cri de résignation, mais un appel au Père pour que se réalise sa volonté.
    Sur la volonté de Dieu, lire Is 44,28; 46,10-11; 48,14 : la volonté de Dieu est le retour l’exil, la reconstruction de Jérusalem.
    Lire aussi Ep 1,3ss (voir spécialement les v. 5.9.11).

Question 2.

  • Lire ces passages où Mt parle de la volonté du Père; Mt 12,50 est parallèle à Mc 3,35; Mt 26,42 et proche de Lc 22,42, mais les autres textes sont propres à Mt.
    Voir encore Mt 7,21 et la note de TOB.
    Cf. la parabole des deux fils (Mt 21,28-32) : pour Mt, faire la volonté du Père, c’est la pratique plus que les paroles.
    Demander à Dieu de faire sa volonté, c’est adhérer à cette volonté et demander
    l’Esprit qui nous permet d’y entrer dès maintenant (cf. Jr 31,33; Ez 36,27-28), même si la pleine réalisation reste eschatologique.

Question 3.

  • “sur la terre comme au ciel” peut s’appliquer aux trois demandes.
    Sur le sens de cette formule, voir note TOB; cf. aussi la traduction latine : “sicut in coelo et in terra”.
    Lire Ps 115,16 : le ciel, c’est le monde de Dieu, où sa volonté est pleinement réalisée (cf. Ps 11,4; 89,3; 103,19); la terre est laissée à l’homme : c’est le lieu où le dessein de Dieu doit encore advenir en plénitude.

“Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre” peut dire Jésus (Jn 4,34). Est-ce aussi ce qui me fait vivre ?

6) Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

Dans toutes les langues sémitiques – et dans plusieurs autres – le pain exprime tout ce qui permet à l’homme de subsister. C’est donc une demande très large que Jésus met ici sur nos lèvres.

1) cette demande du Pater nous rappelle Ex 16 : lire ce chapitre de l’Exode et
relever ce qui peut éclairer notre passage.
2) le qualificatif du pain que Jésus nous invite à demander est traduit de manière différente : pain pour aujourd’hui – pain pour demain ; voir sur ce point la note de la TOB ; compare aussi avec Mc 6, 25-34.
3) devons-nous demander un pain matériel ou spirituel ? Lire Jn 6 et échanger.

Question 1.

  • Lire Ex 16,1-36 et la note BJ sur le titre, spécialement la fin de cette note.
    Relever ce que Dieu promet en Ex 16 : voir v. 4-5; 8; 12; le pain est ici la nourriture que Dieu donne chaque jour à son peuple au désert.
    Noter aussi les particularités de cette nourriture donnée par Dieu, v. 18; 19-20; 21; 23…

Question 2.

  • Comparer la traduction donnée en TOB; le mot grec était déjà une difficulté pour les Pères grecs !
    Demander aujourd’hui le pain de demain ne s’accorde pas bien avec ce que Jésus demande en Mt 6,34, sinon dans la perspective suggérée par la note de la TOB. En traduisant “le pain d’aujourd’hui”, on rejoindrait l’expérience demandée au peuple d’Israël en Ex 16 (dépendance et confiance quotidiennes à l’égard de Dieu).
    Comparer encore cette demande avec celle du sage en Pr 30,7-9.

Question 3.

  • Voir la fin de la note en TOB.
    Le pain signifie la nourriture; Jésus nous invite donc à demander ce qui est nécessaire à notre vie matérielle et spirituelle.
    La comparaison avec Jn 6 (voir Jn 6,27ss; 32-33; 51-58) nous montre Jésus comme notre pain par sa Parole et par l’Eucharistie.
    Noter” donne-nous… notre pain…: un pain reçu ensemble pour être partagé.

“L’Eucharistie est notre pain quotidien. La vertu propre à ce divin ali-ment est une force d’union : elle nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres afin que nous devenions ce que nous recevons (…) Ce pain quotidien est encore dans les lectures que vous entendez chaque jour à l’Eglise, dans les hymnes que l’on chante et que vous chantez. Tout cela est nécessaire à notre pèlerinage.” (S. Augustin)

7) Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons…

Cette demande est la seule du Notre Père pour laquelle nous trouvons un com- mentaire en Mt 6,14-15. Pour l’Eglise, comme pour toute communauté, le pardon est aussi nécessaire que la pain.

1) lire la première partie de la note TOB sur ce verset; d’où vient l’image de la dette pour le péché ? Pourquoi n’est-elle plus utilisable aujourd’hui ?
2) travailler sur Mt 18,23-35 : qu’est-ce que ce texte nous apporte pour la compréhension de la demande du Pater ?
3) expliquer la deuxième partie de la demande (le lien entre le pardon demandé à Dieu et notre pardon).

Question 1.

  • L’image de la dette ( = péché) n’existe pas dans l’AT, mais elle est bien connue du judaïsme, (cf. Lc 13,2.4).
    Dans le monde antique, avoir des dettes pouvait entraîner la perte de la liberté
    (cf. Mt 18,25).
    Aujourd’hui le recours à l’emprunt et au crédit est devenu courant; l’image a
    donc perdu de sa valeur, d’où la nécessité de la traduire, comme le propose la TOB.
    Luc avait déjà senti le besoin d’adapter cette image pour son public : comparer la formule en Lc 11,4 ; cf. la note de TOB.

Question 2.

  • Noter le contexte de cette parabole : Mt 18 est appelé “Discours ecclésiatique”
    ou “Règle de vie communautaire”. Voir encore le contexte immédiat : Mt
    18,21-22 et les notes BJ et TOB sur ces versets.
    Remarquer la répétition des mêmes formules : v. 24 et 28; 26 et 29; ou les oppositions : v. 27 et 30.
    Sur les dettes respectives des deux débiteurs, voir les notes; le premier débiteur est manifestement insolvable (cf. note TOB).
    La leçon est tirée au v. 35; comparer avec Mt 6,14-15.

Question 3.

  • Travailler la fin de la note TOB sur Mt 6,12; lire aussi Si 28,1-5 : quelle est ici la raison invoquée pour le pardon ?
    Lire les autres références données dans la note : Mt 5,7; 6,14-15; 18,23-35; Mc 11,25 et Lc 6,36-38 : qu’en retirez-vous ?
    Sur le “comme aussi nous…”, voir la fin de la note TOB; remarquer la différence entre le texte de Mt et celui de Lc (note TOB sur Lc 11,4).

“Ce n’est pas le pardon de Dieu qui est conditionné par le nôtre, c’est la valeur de notre supplication qui est conditionnée par notre pardon préalable. Dieu ne dépend pas de l’homme, mais notre prière dépend de notre sincérité effective.” (J. CARMIGNAC, in CE 68, p.47)

8) Ne nous soumets pas à la tentation

Demande insolite et surprenante : Dieu voudrait-il nous soumettre à la tentation ? Une part de notre difficulté s’explique, sans doute, par le substrat sémitique de cette demande.

1) dans la Bible, le mot tentation peut avoir un sens large : lire Gn 22,1; Ex
15,25; 16,4; Dt 8,2.16; Sg 3,5. Dans ces textes, qui tente qui ? dans quel but ?
2) dans le NT, le mot tentation a une signification plus négative : laquelle ?
Lire 1 Co 7,5; 1 Th 3,5; 1 P 5,5-7; Ap 2,10.
3) quelle est le sens de la demande du Pater : ne pas être tenté ? éviter une
épreuve trop grande ? être capable d’en triompher ?

Question 1.

  • Lire ces références dans leur contexte. Dans tous ces textes, c’est Dieu qui tente, qui met à l’épreuve (Abraham/son peuple/le juste).
    Sur la signification de la tentation, voir Gn 22,12 et surtout Dt 8,2-3 et 16; cf. aussi Sg 3,5 et note BJ.
    La tentation est l’occasion pour Dieu de tester la fidélité de l’homme, mais c’est aussi l’occasion pour l’homme de découvrir son attachement à Dieu.

Question 2.

  • Voir la note TOB sur Mt 6,13.
    Le NT ne dit jamais que Dieu tente l’homme; il l’exclut même catégoriquement : Jc 1,13; cf. déjà Si 15, 11-12.
    Pour le NT, la tentation vient de Satan, du diable, du Tentateur.

Question 3.

  • Noter les deux traductions possibles de Mt 6,13a (voir la fin de la note TOB).
    Sur la signification de ce passage : la première est difficilement compatible avec Mt 26,4 p; Lc 22,31-32; de même avec Mt 4,1ss et p.; les deux autres s’accordent mieux avec le NT : cf. 1 Co 10,13 et note BJ.
    Noter le singulier, la tentation : il ne s’agit donc pas d’abord des tentations quotidiennes, mais de la grande épreuve (cf. Ap 3,10; 1 P 5,9). On pourrait traduire : garde-nous d’apostasier.
    Comme toute la deuxième partie, cette demande est en “nous”; elle concerne chacun, mais aussi tout le peuple de Dieu.

“Si le Christ nous apprend ainsi à prier, c’est que la tentation la plus redoutable n’est pas celle qui naît de la chair ou du monde, mais celle qui naît d’une situation où l’agir bienveillant de Dieu disparaît de notre champ de perception. Le chrétien peut dire alors : “Où est donc Dieu ?”; il ne rencontre qu’indifférence et silence : Dieu se fait si lointain, qu’il éprouve la déréliction du Christ. (…) La confiance inconditionnelle est la seule voie de salut, mais elle côtoie la révolte contre Dieu.” (C. DUQUOC, in CE 68, p.50)

9) Mais délivre-nous du mal, car c’est à Toi…

Est-ce un simple développement de la demande précédente ou bien une nouvelle, une septième demande ? Les avis divergent; mais cette formulation de Mt rejoint bien la prière de Jésus en Jn 17,15.

1) comment cette dernière demande peut-elle s’articuler avec ce qui précède ?
2) quelle est la signification de cette demande ? Comparer avec la prière
de Jésus en Jn 17,15.
3) pourquoi la doxologie finale ? qu’apporte-t-elle en plus ?

Question 1.

  • Certains voient dans cette formule le parallèle du v. 13a (parallélisme antithétique): ne nous introduis pas dans la tentation – arrache-nous au mal/Mauvais -Voir aussi la traduction de la TOB pour le v.13.
    D’autres regardent cette formule comme la 7ème demande (3 pour la première partie et 4 pour la seconde) : Mt utilise plusieurs fois le nombre 7 dans son Evangile.
    Ainsi dans cette seconde partie, après la demande pour le pain, on aurait trois demandes sur le même thème: pardon des péché (passé), protection face à la tentation (présent), et finalement face au mal/Mauvais (futur).

Question 2.

  • Sur le choix entre la traduction mal ou Mauvais, voir note TOB et les références données.
    “arrache-nous” : le même verbe en Col 1,13, cf. 1 Th 1,10; 2 Tm 4,17s.
    Pour le sens personnel, comparer avec 2 Th 3,3; 1 Jn 2,13-14.
    Pour Jn 17, voir 17,15 et la note TOB; noter les autres rapprochements possibles entre Jn 17 et le Notre Père : Jn 17,1.11.21.24.25 (Père ) ; 17,6 (glorifie ton nom ); 17,15 (garde-les du Mauvais); cf. v. 11-12.

Question 3.

  • La doxologie ne se lit pas dans le texte des meilleurs manuscrits; elle a été ajoutée probablement à cause de l’usage liturgique : une prière juive ou chrétienne ne pouvant se terminer sur la mention du mal ou du Mauvais.
    C’est un cas intéressant de la tradition, qui est plus large que l’Ecriture.
    Après les demandes de la prière, la doxologie dit notre certitude de la victoire de Dieu : dès maintenant le règne, la puissance et la gloire lui appartiennent.

“Il y a là une vision religieuse du monde, et non d’abord morale. L’homme partagé entre le bien et le mal est lui-même situé dans un monde disputé entre Dieu et Satan.(…) Nous sommes en ce monde-ci menacés par les forces hostiles du Mal. Mais la force de Dieu garde les siens de leur atteinte, s’ils sont fidèles, et les arrachera à leur menace pour leur assurer la vie éternelle.” (J. DELORME, cité en CE 68, p.51)