POUR QUE LES ECRITURES S’ACCOMPLISSENT

Ce dossier nous invite à un travail un  peu différent de celui auquel nous sommes habitués. Au lieu d’étudier un passage de l’Écriture, nous proposons chaque fois deux textes : un tiré de l’Ancien Testament et un autre du Nouveau Testament. Par cette démarche, nous voudrions mettre en lumière l’unité de la révélation biblique et montrer comment l’Ancien Testament prépare la révélation du Nouveau et comment le Nouveau Testament prolonge et « accomplit » ce que Dieu disait et faisait dans l’Ancien.

Voici sur ce point ce que nous dit le document de la Commission Biblique Pontificale  (2001) intitulé : Le peuple juif et les Saintes Écritures dans la Bible chrétienne.

Les rapports entre l’Ancien et le Nouveau Testament

« En les nommant « Ancien Testament », l’Église chrétienne n’a aucunement voulu suggérer que les Écritures du peuple juif étaient périmées et qu’on pouvait désormais s’en passer. Elle a toujours affirmé, au contraire, qu’Ancien et Nouveau Testament sont inséparables. […] C’est à la lumière de l’Ancien Testament que le Nouveau comprend la vie, la mort et la résurrection de Jésus (cf. 1 Co 15, 3-4).

Mais le rapport est réciproque : d’une part, le Nouveau Testament demande à être lu à la lumière de l’Ancien, mais il invite aussi, d’autre part, à « relire » l’Ancien Testament à la lumière du Christ (cf. Lc 24, 45). » (op. cit.  n° 19)

L’unité du dessein de Dieu et la notion d’accomplissement

« Le présupposé théologique de base (d’une lecture chrétienne et christologique de l’AT) est que le dessein salvifique de Dieu, qui culmine dans le Christ (cf. Ep 1,3-14), est unitaire, mais s’est réalisé progressivement à travers le temps.[…] Dès le début, l’agir de Dieu dans ses rapports avec les hommes est tendu vers sa plénitude finale et en conséquence, certains aspects qui seront constants commencent à se manifester: Dieu se révèle, appelle, confie des missions, promet, libère, fait alliance. Les premières réalisations, si provisoires et imparfaites qu’elles soient, laissent déjà entrevoir quelque chose de la plénitude définitive. […] 

En procédant à une continuelle relecture des événements et des textes, l’Ancien Testament lui-même s’ouvre progressivement à une perspective d’accomplissement ultime et définitif. […] 

La notion d’accomplissement est une notion extrêmement complexe, qui peut facilement être faussée, si on insiste unilatéralement soit sur la continuité, soit sur la discontinuité. La foi chrétienne reconnaît l’accomplissement, dans le Christ, des Écritures et des attentes d’Israël, mais elle ne comprend pas l’accomplissement comme la simple réalisation de ce qui était écrit. Une telle conception serait réductrice. En réalité, dans le mystère du Christ crucifié et ressuscité, l’accomplissement s’effectue d’une manière imprévisible. Il comporte un dépassement. Jésus ne se limite pas à jouer un rôle déjà fixé — le rôle de Messie — mais il confère aux notions de Messie et de salut une plénitude qu’on ne pouvait pas imaginer à l’avance; il les remplit d’une réalité nouvelle; on peut même parler, à ce sujet, d’une « nouvelle création ». On aurait tort, en effet, de considérer les prophéties de l’Ancien Testament comme des sortes de photographies anticipées d’événements futurs. Tous les textes, y compris ceux qui, par la suite, ont été lus comme des prophéties messianiques, ont eu une valeur et une signification immédiates pour les contemporains, avant d’avoir une signification plus pleine pour les auditeurs futurs. Le messianisme de Jésus a un sens nouveau et inédit. […]

Mais la constatation d’une discontinuité entre l’un et l’autre Testament et d’un dépassement des perspectives anciennes ne doit pas porter à une spiritualisation unilatérale. Ce qui est déjà accompli dans le Christ doit encore s’accomplir en nous et dans le monde. L’accomplissement définitif sera celui de la fin, avec la résurrection des morts, les cieux nouveaux et la terre nouvelle. L’attente juive messianique n’est pas vaine. Elle peut devenir pour nous chrétiens un puissant stimulant à maintenir vivante la dimension eschatologique de notre foi. Nous comme eux, nous vivons dans l’attente. La différence est que pour nous Celui qui viendra aura les traits de ce Jésus qui est déjà venu et est déjà présent et agissant parmi nous. (op. cit. n° 21)

 Le Christ, « révélateur » de l’Ancien Testament

« Les lecteurs chrétiens sont convaincus que leur herméneutique de l’Ancien Testament, fort différente, assurément, de celle du judaïsme, correspond cependant à une potentialité de sens effectivement présente dans ces textes. A la manière d’un « révélateur » au cours du développement d’une pellicule photographique, la personne de Jésus et les événements qui le concernent ont fait apparaitre dans les Écritures une plénitude de sens qui, auparavant, ne pouvait pas être perçue. » (op. cit. n° 64)

La nécessité de l’Ancien Testament pour les chrétiens

« Au terme de cet exposé, forcément sommaire, la première conclusion qui s’impose est que le peuple juif et ses Saintes Écritures occupent dans la Bible chrétienne une place d’extrême importance, En effet, les Saintes Écritures du peuple juif constituent une part essentielle de la Bible chrétienne et sont présentes, de multiples façons, dans l’autre partie. Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher. » (op. cit. n° 84)

Malgré les difficultés de l’Ancien Testament

On comprend mieux ainsi pourquoi l’Église chrétienne n’a jamais voulu renoncer à l’Ancien Testament. Même aujourd’hui, pour beaucoup de lecteurs chrétiens, l’Ancien Testament fait (encore) difficulté : il est moins connu ; il est (trop) lié à l’histoire d’Israël ; il contient des passages qui s’opposent au message du Nouveau Testament… Comme l’écrit Benoit XVI, dans  Verbum Domini, on y trouve des pages « qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois », mais il ajoute que cet aspect de l’Ancien Testament se comprend mieux si on tient compte que la révélation est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu n’apparait que lentement, progressivement. En effet « la Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages,  par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de population, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements « obscurs » que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. » (n° 42)

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Les limites de  notre approche

En choisissant d’étudier deux textes à la fois, on doit accepter de limiter la lecture de ces textes à ce qui parait le plus important et le plus en lien avec leur relation.

D’autre part, il faut reconnaitre que sur chaque sujet étudié, il y aurait souvent plus d’un texte de l’Ancien et du Nouveau Testament qu’il faudrait lire pour voir toute la richesse du thème abordé.

Ainsi dans l’Ancien Testament, il n’est pas rare que plusieurs passages préparent la révélation d’un même aspect du mystère du Christ : comme en témoignent les relectures à l’intérieur même des Écritures, mais aussi la traduction grecque (LXX au 3-2èmes.) ou encore les interprétations juives conservées dans les Targums et dans la littérature  intertestamentaire.

De même, le Nouveau Testament nous montre comment les premiers croyants n’ont pris que peu à peu conscience de l’accomplissement des Écritures dans le Christ : dans les textes du kérygme, dans les développements plus élaborés dus à la pensée de Paul, puis dans les Évangiles ou d’autres auteurs encore.

La démarche proposée ici est donc (bien) incomplète, mais elle voudrait nous rendre davantage attentifs à l’unité du dessein de Dieu et à l’importance de ce regard global pour découvrir toute la richesse de la Révélation.

 

1)     2 S 7, 1-17 et Rm 5, 1-7 : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. »

« Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » : telle est la promesse que Dieu fait à David par l’intermédiaire du prophète Natan. Une promesse qui ne révélera tout son contenu que dans le Christ.

1)     Lire 2 S 7, 1-17 et situer ce texte dans l’histoire de David. Que veut faire David pour Dieu ? Quelle est la réponse de Dieu ? Qui est le fils dont parle l’oracle de Natan ?

2)     Lire Rm 1, 1-4 : comment Paul parle-t-il de ce qu’il a vocation d’annoncer ?

3)     Quels liens voyez-vous entre ces deux textes bibliques ? Que signifie « fils de Dieu » en 2 S 7 ?  Quelle signification prend cette expression en Rm 1 ?

Question 1.

  • Lire la note de BJ sur  2 S 7, 1 et spécialement la fin de cette note qui nous renvoie à 1 S 16 (le début de l’ascension de David) et à 2 S 9 (l’histoire de la succession).
  • David a été reconnu comme roi par les gens de sa tribu (2 S 2, 4) et par les tribus du Nord (2 S 5, 1-3) ; il a conquis Jérusalem (2 S 5, 6-12) ; il en a fait sa ville ; il a introduit l’arche du Seigneur (2 S6, 1 et note BJ). Il a fait bâtir sa maison (2 S 5, 11-12) et il voudrait bâtir une maison pour le Seigneur (2 S 7).
  • Comment comprendre les deux réponses de Natan : 2 S 7, 2-3 et  2 S 7, 5ss. ?
  • Sur la promesse de Dieu, comparer 2 S 7, 5 et 2 S 7, 11b ; cf. aussi la note sur 2 S 7, 1(titre).
  • Pour les v. 13-14 : voir les notes de BJ et TOB.
  • Comparer 2 S 7, 14 avec la citation de 1 Ch 17, 13 : que pouvez-vous noter ?

Question 2

  • Sa vocation est d’annoncer l’Évangile de Dieu (cf. note BJ sur Mc 1, 1)
  • Cet Évangile a été promis d’avance par les prophètes ; il est dans les Écritures (v. 2).
  • Cette Bonne Nouvelle concerne le Fils de Dieu ; selon la « chair », il est de la lignée de David (v. 3).
  • Par sa Résurrection (cf. note BJ sur v. 4 ; en TOB sur v. 3), il est établi Fils de Dieu.

Question 3

  • Les deux textes parlent d’un « fils de David » que Dieu reconnait comme son fils.
  • Sur l’expression « fils de Dieu », voir la note BJ sur Mt 4, 3.
  • Dans 2 S 7 : Dieu promet au roi (Salomon et ses successeurs) un lien particulier avec lui.
  • Dans 1 Ch 17 : ce don de Dieu concerne plus spécialement le Messie attendu.
  • En Rm 1 : Paul présente le Christ Jésus comme Fils de Dieu, issu de la lignée de David, par son incarnation (selon la chair) et manifesté dans toute sa gloire et sa mission par la Résurrection (v. 4).

2)     Is 7, 10-17 et Mt 1, 18-25 : La naissance de l’EMMANU-EL.

Dans la liturgie, nous entendons souvent cette expression « le Seigneur est avec vous ». Mais que signifie-t-elle pour nous ?  Quelle signification a-t-elle pour Mt ?

1)     Situer ce passage d’Isaïe dans son contexte. Pourquoi Isaïe s’adresse-t-il ici à Achaz ? Que lui demande-t-il ? Comment comprendre le v. 14 ? Quelle garantie est offerte à Achaz ?

2)     Lire Mt 1, 18-25 et proposer une division de ce texte. Comment Mt présente-t-il l’intervention de Dieu ? Que dit-il de Marie ? et de Joseph ?

3)     Comment ce récit de Mt accomplit-il la promesse faite autrefois à Achaz ?

Question 1.

  • Le début du v. 10 (Le Seigneur parla encore à Achaz) nous invite à lire ce qui précède : cf. la note BJ sur Is 7, 1 (fin du verset).
  • Achaz est menacé par les royaumes de Samarie (Éphraïm) et de Damas (Aram) qui voudraient entrainer Jérusalem dans la coalition anti-assyrienne. Isaïe demande au roi de se confier entièrement dans le Seigneur (cf. Is 7, 7-9).
  • Il offre au roi la possibilité de demander à Dieu un signe (v. 10-11) de sa fidélité pour la « maison de David » (cf. 2 S 7), mais Achaz refuse (v. 12-13).
  • Sur la signification du v. 14 pour Achaz, cf. les notes BJ et TOB : en annonçant la naissance d’un fils  et en donnant ce nom symbolique, le prophète invite le roi à croire que le Seigneur-est-avec la « maison de David, dans cette situation difficile.
  • Sur le v. 14 la BJ donne en marge Mt 1, 23 (avec une flèche !).

Question 2.

  • Sur le lien avec ce qui précède : la généalogie qui présente Jésus : lire particulièrement le v. 1 et le v. 16. Notre texte est une « explication » de ce v. 16.
  • Les v. 18-19 décrivent la situation : Joseph et Marie sont mariés mais ne cohabitent pas encore ; devant la grossesse de Marie, Joseph – qui est juste –  veut la répudier sans bruit.
  • Dans les v. 20-21 : intervention de Dieu qui éclaire Joseph, fils de David et lui révèle sa vocation : donner le nom à cet enfant que Marie va enfanter (elle enfantera un fils … tu l’appelleras du nom).
  • Les v. 22-23 font le lien avec l’AT ; les v. 24-25 disent comment Joseph réalise ce qui lui a été demandé par l’Ange du Seigneur. Comparer avec Gn 12, 1 et 4.

Question 3

  • Accomplissement = continuité, rupture et plénitude. Sur le v. 22, lire note BJ.
  • Continuité : un enfant va naître ; par Joseph, il sera un (lointain) descendant de David (cf. v.20 et la généalogie (v. 1-16) ; son nom : Emmanu-El.
  • Rupture : la naissance virginale (v. 20) de Jésus qui, par la foi de Joseph à sa vocation, peut entrer dans la lignée de David.
  • Dépassement : Emmanu-El prend ici une signification inouïe ; cf. aussi Mt 28, 20.

3)     Is 52, 13 – 53, 12 et Ac 8, 26-40 : « Comprends-tu ce que tu lis ? »

Cette question que pose Philippe à l’eunuque nous est parfois venue à la lecture de certains passages des Écritures. Seule une vraie familiarité avec la Bible peut nous révéler la richesse de cette Parole.

1)     De quoi, de qui, parle ce texte d’Isaïe ?

2)     Comment l’auteur des Actes nous présente-t-il l’eunuque ? Pourquoi Philippe peut-il l’aider à comprendre ce qu’il lit.

3)     Quelles conclusions peut-on tirer de la lecture de ces deux textes bibliques ?

 

Question 1.

  • Sur ce texte, voir les notes BJ  et TOB (sur le titre) qui proposent une division en 4 parties : 52, 13-15 : Dieu parle ; 53, 1-6 : les foules (nous) ; 53, 7-10 : le prophète ; 53, 11-12 : Dieu.
  • Ce texte parle d’un homme humilié, rejeté, souffrant, alors qu’il est innocent, mis à mort (cf. v. 4.6).
  • Mais Dieu le nomme : mon serviteur (52, 13 ; 53, 11) et il annonce son exaltation (52, 13 ; 53, 11-12)
  • Pourquoi la souffrance d’un juste ?  Quelle peut être sa signification ?

Question 2.

  • Cet eunuque, haut dignitaire de la reine d’Éthiopie, est un craignant-Dieu (v. 27 et note TOB) ; voir aussi note BJ sur Ac 10, 2.
  • Il lit – à haute voix – un passage du rouleau d’Isaïe (v. 32- 33 et note TOB), mais ce texte lui reste fermé.
  • Philippe va lui en donner la clé, en lui annonçant la Bonne Nouvelle de Jésus : voir Ac 3, 18 et note TOB sur la fin de ce verset ; en BJ, voir Ac 5, 42 et la note.
  • Baptisé, l’eunuque continue sa route dans la joie (v. 39 et note TOB). Cf. aussi Lc 24, 31-32.

Question 3.

  • Ce texte AT  reste « fermé » pour l’eunuque sans la lumière du mystère pascal que lui apporte Philippe.
  • Jésus dans son mystère pascal est la clé de l’AT ; mais d’autre part, l’AT est nécessaire pour reconnaitre le don que Dieu nous a fait dans le Christ.
  • On peut comparer notre récit avec celui de Lc 24, 13-35 : une démarche inverse, mais fondamentalement identique.
  • D’où l’unité de la Bible : Ancien et Nouveau Testament pour entrer dans le mystère chrétien et comprendre le dessein salvifique de Dieu.

4)     Si 24, 1-34 et Jn 1, 1-18 : La Sagesse et le Verbe

Comment  Dieu, Créateur de tout, peut-il être présent à sa création ? Les Sages de l’AT se sont posé cette question. L’Évangéliste apporte une réponse qui dépasse de beaucoup l’attente des hommes.

1)     Lire Si 24, 1-2 et 19-23 : qu’est-ce que ce texte nous dit de la Sagesse ? D’où provient-elle ? Comment est-elle venue en Israël ?

2)     Lire Jn 1, 1-18 : qui est le Verbe ? Relever tout ce que l’Évangéliste nous dit de lui, de son rôle dans notre histoire ?

3)     Comment l’Évangéliste s’inspire-t-il du texte du Siracide ? Qu’apporte-t-il de nouveau ? Qu’est-ce qui est tout à fait inouï ?

Question 1

 

  • Lire la note en BJ sur Si 24 (titre) ; lire (éventuellement) Pr 8, 22-31 et note BJ sur 8, 22 (titre).
  • Relever ce que la Sagesse dit d’elle-même en Si 24, 1-7 (noter les verbes).
  • Sur sa présence en Israël : v. 7-8 ; v. 10-11 et note BJ sur v. 10.
  • Comment comprendre le v. 23 ? Cf. la référence à Ex 19, 1 + (la fin de cette note).

Question 2

 

  • Il est le Verbe (= la Parole), sur ce mot, voir la note de BJ ; cf. aussi les notes de TOB sur les v. 1 et 3.
  • Il est tourné vers Dieu : voir la note TOB sur cette expression (v. 1) et  le renvoi à Jn 5, 17-30.
  • Il est la Vie : cf. Jn 3, 35 + (cité en marge par BJ), la Lumière (Jn 8, 12 +) ; cf. aussi les notes de TOB.
  • Il était au commencement, antérieur à toute création (v. 2) ; son activité dans la création (v.3 et note TOB) est déjà manifestation de Dieu (note TOB sur v. 5), pour tout homme (notes TOB sur v. 9-10).
  • Révélation reçue ni par le monde (v. 10), ni par les siens (Israël ?  note TOB sur v. 11). Mais ceux qui l’accueillent (v. 12) deviennent enfants de Dieu (note TOB sur v. 12).
  • Devenu chair, il a planté sa tente parmi les hommes (v. 14 et notes BJ-TOB) ; il est le lieu de la Présence de Dieu, la révélation du Père (v. 14 et 17-18).

Question 3

  • Remarquer comment ce que le Siracide disait de la Sagesse, l’Évangéliste le dit ici du Verbe, de la Parole de Dieu (au commencement avec Dieu, rôle dans la création, venue dans le monde …)
  • Sur l’accomplissement : il s’est fait Chair (v. 14 et notes) ; il est le Fils, Unique-Engendré (monogénès) : v. 14 et 18 et note de BJ sur v. 18 ; le seul qui a vu Dieu et qui peut nous le révéler.
  • Ce n’est plus la Loi (de Moïse comme en Si 24, 23) mais le Fils Unique de Dieu devenu chair ; il est réellement entré dans notre histoire.

5)     Gn 18, 9-15 et Lc 1, 26-38 : « Rien n’est impossible à Dieu »

Pour l’homme biblique, c’est Dieu qui « ouvre le sein d’une femme ou le ferme », c’est Lui qui donne la vie. Cela apparait encore davantage lorsque des couples sont marqués par l’âge ou/et la stérilité. D’où la place que prennent les récits d’annonce de naissances  miraculeuses.

1)     Comment est présentée en Gn 18, 9-15 l’annonce de la naissance d’un fils ?

2)     Lire Lc 1, 26-38 : comment Luc présente-t-il l’annonce de la naissance de Jésus ?

3)     Comment le récit de Luc « accomplit-il » ce texte de Genèse ?

Question 1

  • Situer les v. 9-15 dans leur contexte : l’histoire d’Abraham est marquée par le problème de la descendance (Gn 12, 2 ; ainsi que 15, 2-5 ; 17, 16-19, cités en marge de Gn 18, 9).
  • Dans notre texte, le lien avec l’hospitalité d’Abraham (18, 1-8), mais à partir du v. 9, il est surtout question de Sara (9 fois).
  • Le texte insiste sur l’âge de Sara et d’Abraham (v. 11-12) ; sur le rire de Sara, comparer avec celui d’Abraham en Gn 17, 17 (et note BJ). La connaissance de son rire et de sa réflexion par le visiteur (v. 13) révèle à Sara quelque chose de son identité, d’où sa crainte (v. 15)
  • Sur le v. 14 : lire Jr 32, 17. 27.

Question 2

  • Luc présente l’annonce à Marie en parallèle avec celle faite à Zacharie (Lc 1, 5ss).
  • Comparer les deux passages et relever ce qui est semblable et ce qui est différent : Zacharie (cf. Dn 8, 16 et 9, 21 cités en marge de Lc 1, 19) annonce dans les deux cas la naissance d’un fils, inattendue : cf. Lc 1, 18, d’une part, et Lc 1, 34, d’autre  part.
  • Sur l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste, Luc souligne le cadre (Jérusalem, le Temple, en pleine action liturgique : cf. Lc 1, 5 et note TOB) et la fidélité de Zacharie et Élisabeth (1, 6 et note TOB).
  • Dans l’annonce à Marie, la scène est à Nazareth (jamais mentionné dans la Bible jusque-là !) ; Marie est une jeune fille, mariée selon la loi mais qui ne cohabite pas encore (Lc 1, 26-27 et notes TOB) ; Luc ne dit rien des mérites de Marie.
  • Noter la salutation de l’ange (v. 28 et notes TOB) et le message délivré (v. 31-33 et v. 35) ; ce message est coupé par la question de Marie (v. 34 et note TOB).

Question 3

 

  • Dans le texte de Gn 18 – comme dans Lc 1, 5-25 – il s’agit d’une naissance miraculeuse ; en Lc 1,26-38  il est question d’une  naissance virginale.
  • L’enfant qui va naitre de Marie sera le Messie attendu (1, 32-33 et notes), mais il sera encore bien davantage (1, 35 et notes).
  • La parole de Gabriel en 1, 37 s’applique à la conception d’Élisabeth, mais prend toute sa signification dans celle de Marie.

6)     Is 5, 1-7 et Jn 15, 1-8 : Le bien-aimé et sa vigne

 

Ce titre que la TOB a choisi pour le texte d’Isaïe que nous étudions prend toute sa dimension à la lecture de Jn 15, 1-8. Sous l’image de la vigne, c’est bien l’amour de Dieu pour son peuple qui nous est ici révélé.

1)     Lire Is 5, 1-7 : Dans ce texte, qui parle ? à qui ?  de quoi ? Quelle est la signification de ce passage d’Isaïe ?

2)     Dans Jn 15, 1-8 qu’est-ce que Jésus nous dit de lui ? de Dieu ? et de nous ?

3)     Comment les paroles de Jésus en Jn 15 « accomplissent-elles » ce que l’AT avait commencé à nous révéler ?

 

Question 1

  • Lire les notes de BJ et TOB sur  Is 5, 1.
  • Dans les v. 1b-2 relever les termes qui expriment l’amour du bien-aimé pour sa vigne.
  • En Is 5, 3-6, Dieu interpelle les auditeurs et les invite à juger (v. 3-4), puis il exprime ce qu’il va faire de cette vigne (v.5-6). Sur le v. 6b, lire les références que la TOB nous donne en marge : Dt 11, 14 ; Am 4, 7. Enfin le v. 7 fait l’application de la parabole : les ‘juges’ se retrouvent dans le box des accusés !
  • Sur l’image de la vigne pour désigner Israël, voir les références données en note et en marge ; cf. aussi Jg 9, 12-13 : avec l’olivier et le figuier, la vigne est un des arbres appréciés en Israël.

Question 2

  • Relever les deux affirmations de Jésus en JE SUIS (v. 1 et v. 5) ; expliquer ces affirmations.
  • Sur JE SUIS, voir en BJ et TOB la note sur Jn 6, 35. Lire aussi la note de TOB sur Jn 15, 1.
  • Au v. 1, Jésus exprime sa relation à Dieu, au Père. ; au v. 5 les disciples sont invités à entrer dans cette intimité (être les sarments de cette vigne), cf. note TOB sur v. 2.  Voir aussi 1 Co 12, 12. 27 (cités en marge en TOB). Noter le rôle de l’écoute de la parole (v. 3 et note TOB).
  • Relever les termes qui reviennent plusieurs fois dans les v. 2-7.
  • Quel est, selon vous, le sommet de l’affirmation de Jésus dans ce texte?

Question 3

  • En Is 5 Israël est présenté comme la vigne choisie et choyée par Dieu, mais qui n’a jamais pu répondre vraiment à cet amour (cf. aussi Jr 2, 21).
  • Au contraire, Jésus est la Vigne VERITABLE, celle qui répond totalement à l’amour du Père. Jésus, à lui  seul comble le désir du Père. Voir une affirmation équivalente en Jn 10, 11 (le BON Berger).
  • Mais Jésus veut nous associer à ce qu’il est (v. 5), pour la gloire du Père (v. 8) : pour cela il faut demeurer en lui comme le sarment sur le cep. (cf. encore les notes de TOB).

7)     Ez 37, 1-14 et Mt 27, 51-54 : Les tombeaux s’ouvrent…

La vision des ossements desséchés (Ez 37) est bien connue ; les versets que Matthieu ajoute au récit de Marc dans le récit de la mort de Jésus le sont moins. Pourtant le rapprochement de ces deux textes donne un éclairage au récit évangélique.

1)     Que contient ce passage d’Ézéchiel ? Que voit le prophète ? Qu’entend-il ? Que doit-il faire ? Quelle est la signification de cette vision ?

2)      Comparer ces versets de Mt 27, 51-54 avec le parallèle de Mc 15, 37-40 et relever ce qui est particulier à Mt. Que veut dire l’Évangéliste ?

3)     Quels liens voyez-vous entre ces deux textes ? Comment le texte d’Ézéchiel éclaire-t-il le récit de Mt ?

Question 1

  • Ce texte d’Ez contient deux parties : la vision (v.1-10) et son explication (v. 11-14) ; le v. 11 forme  le pivot. Noter aussi le v. 3 (la question de Dieu et la réponse du prophète).
  • Ez voit une vallée de la mort (v. 2-6 ; cf. v. 11) ; humainement, il n’y a plus d’espoir (cf. v. 3). Mais il est invité à prophétiser (v. 4 et 9) et la parole transmise par le prophète va redonner la vie à ces ossements. Cela se fait en 2 temps : les corps se reforment (v. 7-8), puis ils reprennent vie (v. 9-10). Cf.  la création en Gn 2, 7 !
  • Sur la signification de cette vision, cf. la note BJ sur v. 10. Par cette vision, Ez doit annoncer au peuple en exil le pardon du Seigneur et le retour sur leur terre. C’est aussi la révélation de Dieu : « vous saurez que je suis le Seigneur… » (v. 13 et 14).

Question 2

  • Notre passage est à la fin du récit de la mort de Jésus. Dans le texte de Mc on trouve les mêmes éléments (le cri de Jésus – la boisson vinaigrée – le grand cri et la mort – la parole du centurion – la présence des femmes.)
  • Mais après la déchirure du voile du temple (v. 51), Mt ajoute le séisme, l’ouverture des tombeaux et la résurrection de nombreux morts (v. 52), qui sortent de leurs tombeaux et se font voir dans la Ville sainte (v. 53).
  • De plus Mt fait le lien entre ces événements et la confession du centurion ; une confession qui est ici partagée par « ceux qui avec lui gardaient Jésus » (v. 54).
  • Sur le tremblement de terre, cf. les notes de BJ ou TOB ; voir aussi Mt 28, 2 !
  • En BJ voir encore la note sur v. 53.

Question 3

  • Ézéchiel parlait de la « résurrection » du peuple à la suite de la destruction de Jérusalem et de l’exil. La foi en la résurrection des morts n’apparait qu’au 2ème  s. (voir 2 M 7 et Dn 12, 3). A l’époque du NT, elle était partagée par beaucoup de Juifs (à l’exception des Sadducéens : cf. Mt 22, 23 et note BJ).
  • Mais dans la foi juive, la résurrection marquera le début du « monde à venir ». Par l’ajout de ces versets (Mt 27, 51b-53) et par le lien qu’il fait avec la confession du centurion. L’Évangéliste nous montre la mort de Jésus comme inaugurant ce monde nouveau (cf. les notes de BJ et TOB sur v. 53). Voir aussi 1 P 3, 19 (cité en marge).

8)     Ex 24, 1-11  et Mt 26, 26-29 : Le sang de l’alliance

Dans la Bible, comme dans beaucoup de religions anciennes, le sang a un caractère sacré ; il est le symbole de la vie. C’est ce qui explique l’interdit alimentaire (cf. Lv 17, 10-12), mais aussi la place que tient le rite du sang dans la célébration de l’alliance au Sinaï.

1)     Situer ce texte dans le livre de l’Exode. Que contient ce passage ?  Comment l’alliance est-elle conclue dans les v. 3-8 ? Quel est ici le rôle de Moïse ?

2)     Replacer Mt 26, 26-28 dans son contexte. Que fait ici Jésus ? Qu’est-ce qui est habituel ? Qu’est-ce qui est nouveau ?

3)     Quel est le rapport entre ce texte d’Ex 24 et celui de Mt ? Comment Mt montre-t-il que Jésus « accomplit» ce passage de l’Écriture ?

Question 1

  • A partir d’Ex 19 commence le 2ème grand thème de l’Exode : l’alliance du Sinaï (cf. note sur Ex 19, 1 et introd. à Exode).
  • Voir plus spécialement les ch. 19 à 24 : en Ex 19, 3-8 Dieu propose une alliance que le peuple accepte (19, 8) ; alors a lieu une rencontre entre Dieu et le  peuple (19, 9ss) ; Dieu donne les clauses de l’alliance (Ex 20 – les Dix Parole – cf. aussi le Code de l’alliance : 20, 23ss). Ex 24 raconte la conclusion, la célébration de l’alliance.
  • Deux traditions de cette célébration (voir notes) : Ex 24, 1-2 et 9-11 et Ex 24, 3-8.
  • En Ex 24, 3-8 : relever tout ce que fait Moïse ; mais noter aussi l’importance donnée au peuple (v. 3 et 7) ; cf. aussi la place des jeunes Israélites.
  • Dans ce récit, le rite du sang est souligné (v. 6 et v. 8 – avec la note BJ). Sur ce texte, voir aussi les notes de BJ et TOB sur 24, 1.

Question 2

  • Relever les indications de temps données dans Mt 26 : v. 2 ; v. 17-18 ; v. 20 ; v. 26 ; cf. v. 30 et 36 : ces indications placent ce dernier repas dans le cadre de la Pâque.
  • Remarquer que le repas lui-même est juste évoqué (v. 26) : c’est déjà un « texte liturgique ». Ce qui est mis en lumière est le double geste de Jésus et les paroles qui les accompagnent. Dire la bénédiction et rompre le pain est le geste que fait celui qui préside un repas juif ; mais les paroles qui suivent (fin du v. 26) sont inhabituelles.
  • Rendre grâces pour la coupe, dans les banquets festifs, comme la Pâque ; mais Jésus ajoute une parole qui renvoie à Ex 24, 8.
  • Sur le v. 29 : voir la note TOB ; la BJ nous renvoie à Mt 8, 11 + (cité en marge).
  • Sur ce texte, voir les notes BJ/TOB ; comparer aussi avec Mc ;  Lc et 1 Co 11, 23-27.

Question 3

 

  • Comparer la parole de Moïse en Ex 24, 8 avec celle dite ici par Jésus.  Moïse a partagé le sang (Ex 24, 6) des sacrifices : c’est ainsi un même sang qui lie désormais Dieu (autel) et le peuple. En Mt, Jésus dit mon sang versé pour beaucoup/pour la multitude (cf. Mt 20, 28 et note BJ) ; c’est un renvoi à Is 53, 11-12). Dimension universelle !
  • Le sang de Jésus est versé « en rémission des péchés », ce qui est aussi la réalisation de la promesse faite par Dieu en Jr 31, 34 (cf. note sur Jr 31, 31 +).
  • Jésus est médiateur de l’alliance, mais il est aussi celui qui donne son sang / sa vie.

9)     Jr 31, 31-34 et 1 Co 11, 23-27 : La nouvelle alliance

Alors que tout semblait définitivement perdu à cause du péché du peuple, Jérémie annonce de la part du Seigneur une alliance nouvelle. Un jour, Dieu fera cette alliance et l’offrira à tous les hommes.

1)     Situer cette promesse de Jérémie dans son contexte. Montrer quelle est la nouveauté annoncée ici par le prophète.

2)     Lire 1 Co 11, 17-34 : quel est le problème de la communauté de Corinthe ? Comment Paul répond-il ? Quelle est l’importance de ce texte ?

3)     Quels liens voyez-vous entre le texte de Jérémie et les paroles de l’institution eucharistique dans ce texte de 1 Co ? Relever ce qui vous parait le plus significatif.

 

Question1

 

  • Situer Jérémie ; rappeler les événements les plus marquants de son temps (réforme de Josias, cf. 2 R 22-23, destruction de Jérusalem et du Temple, déportation à Babylone).
  • Pour Jérémie, comme pour les autres prophètes, ces événements sont la conséquence du péché du peuple, de sa rupture d’alliance. De  la part du peuple, la situation est sans issue.
  • Dans cette promesse, Jérémie exprime sa foi en Dieu ; il a fait alliance avec Israël ; il mènera à bien son projet. Jérémie est le seul, dans l’AT, à parler d’alliance nouvelle.
  • Sur la nouveauté de cette alliance, voir note BJ et TOB sur le titre : pardon des péchés, responsabilité personnelle, intériorisation de la religion.

Question 2

  • Sur les problèmes des Corinthiens, voir 1 Co 7 – 14 ; parmi ces problèmes, celui du « Repas du Seigneur » nous vaut le plus ancien témoignage sur l’Eucharistie.
  • Dans notre texte, Paul présente d’abord le problème (v. 17—22), puis il rappelle « ce qu’il a reçu et transmis » (sur ces mots, cf. 15, 3 + cité en marge) dans les v. 23-27, avant de tirer des applications pour la communauté.
  • Étudier particulièrement les v. 23 et 25-26. Célébrer le Repas du Seigneur, c’est faire mémoire  de l’amour infini de Dieu pour nous (la nuit où il était livré – par le Père ; cf. Rm 8, 32) ; c’est aussi accueillir la réalisation de la promesse de Jr 31, 31-34 (v. 25 : la nouvelle alliance) ; c’est vivre dans l’attente de la venue du Seigneur (v. 26 ; cf. 1 Co 16, 22).

Question 3

  • Ce texte de Paul est le premier texte du NT qui reprend l’expression de Jérémie : la nouvelle alliance : ainsi il déclare réalisée l’alliance que Dieu promettait en Jr 31.
  • Célébrer l’Eucharistie, c’est faire mémoire (rendre présent pour nous / nous rendre présents à) ce don de Dieu.
  • L’Eucharistie est le sacrement du pardon des péchés : en Jésus, le pardon de nos péchés est déjà donné par Dieu, si nous l’accueillons.
  • Mais le don de Dieu est aussi encore à venir (v. 26) ; nous avons toute la dimension sacramentaire : un acte de Dieu en Jésus – rendu présent pour nous dans un signe – dont nous attendons la réalisation plénière.

10)  Ez 34, 1-31 et Jn 10, 1-18 : Le bon berger

L’image du roi berger appartenait au patrimoine de l’Ancien Orient. Jérémie l’applique aux rois et aux responsables du peuple ; elle sera reprise par Ézéchiel et d’autres prophètes avant d’être appliquée à Jésus.

1)     Pourquoi Ézéchiel a-t-il recours à cette image ? Qui veut-il dénoncer ? Que veut-il annoncer ?

2)     Situer Jn 10 dans le ministère de Jésus selon Jn. Comment Jésus se présente-t-il dans les v. 1-10 ? et dans les v. 11-18 ?

3)     Comment Jn 10 accomplit-il ce que Dieu  promettait en Ez 34 ?

Question 1

  • Lire la note de BJ sur Ez, 34 (titre) qui nous résume l’importance de ce titre.
  • Comme Jr, Ez voit dans les rois et les chefs du peuple les responsables de la situation présente du peuple (malheur, destruction, dispersion, exil).
  • Relever dans les v. 2-6 les verbes qui expriment le comportement des mauvais bergers ; puis dans les v. 11-16 l’annonce de ce que le Seigneur fera pour son troupeau (mon troupeau : plus de 10 fois).
  • Les v. 17-22 parlent des malheurs dus au comportement égoïste des plus forts.
  • L’intervention du Seigneur va mettre fin à ces situations (v. 11-16 ; v. v. 22).
  • En Ez 34, 11 le Seigneur prend lui-même soin de son troupeau ; en Ez 34, 23ss, il promet de susciter un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David.

 

Question 2

  • Jn 1- 12 présente le ministère de Jésus, sa révélation de plus en plus claire : Jn 5 ; puis Jn 7-8 ; et ici Jn 10.
  • Jn 10, 1-10 : l’image de la porte – Jésus parle de sa manière d’entrer en relation avec les brebis comparée à celle de ceux qui ne passent pas par la porte ; sur les affirmations : Je suis la porte (v. 7 et 9), voir les notes TOB.
  • A partir du v. 11, Jésus se présente comme le bon (= celui qui mérite ce nom) berger : voir note TOB sur v. 11. Cf. aussi les JE  SUIS  +  en Jn : voir Jn 6, 35 et note TOB.  Le bon berger est opposé au voleur (v. 8 et 10) puis au mercenaire (v. 11. 12.13).
  • Noter ce qui caractérise le bon berger (v. 11 et notes TOB et BJ) : la connaissance réciproque (v. 14 et note BJ et TOB) et surtout l’engagement total : donner sa vie (v. 15. 17. 18).

Question 3

  • En Ez 34, Dieu faisait deux  promesses : l’une au v. 11 : C’est moi qui prendrai soin  11) ; cf. Ps 23 ; l’autre au. v. 23-24, Dieu promet un pasteur comparable à David (cf. note TOB sur v. 23). En Jésus, ces deux promesses s’unissent : Le Verbe s’est fait chair (Jn 1, 1-3. 14. 17-18).
  • Jésus peut dire JE SUIS LE BON BERGER, à la fois présence de Dieu et accomplissant totalement la promesse de Dieu.
  • Sur ce thème du berger, cf. encore Mt 18 et Lc 15 ; voir aussi Mt 25, 32-34 pour Ez 34, 17-22.

11)  Ps 16, 1-11 et Ac 13, 16-43 : Dieu n’abandonne pas celui qui l’a choisi

La confiance qui s’exprimait dans la prière du Ps 16 a trouvé son « accomplissement » dans la Résurrection de Jésus : telle est la Bonne Nouvelle que Paul veut annoncer aux Juifs et à tous les hommes.

1)     Lire le Ps 16 : qui est  le Dieu à qui s’adresse ici le psalmiste ? Qu’a-t-il déjà fait pour lui ? Qu’attend-il encore de lui ? Étudier spécialement les v. 9-11.

2)     Lire Ac 16-43 : que contient ce discours de Paul ? De quoi parle-t-il dans les v. 17-25 ? Et dans les v. 26-37 ?

3)     Comment ce que Paul annonce au sujet de Jésus « accomplit » ce que dit Ps 16, 10 ?

Question 1

  • C’est le Seigneur, YHWH (4 x) ; c’est le NOM  révélé à Moïse (cf. Ex 3, 14) et dans l’histoire du peuple. Le Psalmiste l’a choisi (v. 2-4) à l’exclusion de toutes les autres divinités.
  • Pour le psalmiste, il est son refuge (v. 1), sa part d’héritage (v. 5-6 et note BJ), celui qui le  conseille (v. 7), celui sur qui il compte maintenant et pour l’avenir (v. 8-11). Cf. aussi Ps 121, 5 (cité en marge dans BJ).
  • Sur les v. 9-11, voir note BJ : celui qui prie exprime la certitude d’être préservé d’une mort prématurée, d’échapper à la mort dans une circonstance précise.
  • Sa foi et son expérience de Dieu lui font désirer une intimité indissoluble avec Dieu.

Question 2

  • Lire les notes de BJ et TOB sur Ac 13, 16.
  • Deux parties : v.16-25 (aboutissement de l’histoire d’Israël) et 26-37 (les Écritures)
  • Dans Ac 13, 17-25 : relever tous les verbes dont Dieu est le sujet. Noter spécialement ce qui est dit de David (v. 22-23 et les notes TOB) ; sur le lien qui unit Jésus à David (v. 23). La prédication de Paul suit la lecture de la Loi et des Prophètes (Ac 13, 15).
  • Noter ce que Paul dit de Jésus dans les v. 27-31 (cf. aussi la note TOB sur v. 27 qui explique les v. 27-29); remarquer l’opposition (fréquente dans le kérygme) entre ce que lui ont fait les habitants de Jérusalem et ce que Dieu a fait (il l’a ressuscité ; il l’a fait voir – apparitions pascales).

Question 3

  • En Jésus, Dieu accomplit les promesses faites aux pères (v. 32-33).
  • Il accomplit ce qui était écrit dans les Psaumes (traditionnellement attribués à David).
  • Paul donne 3 citations de l’AT : 2 tirées des Ps et Is 55, 3 (qui parle de David).
  • Sur Is 55, 3 (v. 34), voir les notes de BJ et TOB.
  • Pour le Ps 2, 7, voir la note TOB sur v. 33 ; pour Ps 16, 10, lire note TOB sur v. 35.
  • Voir encore en BJ la note sur Ac 2, 36 + (cité en marge) ; sur le parallèle fait entre David et Jésus (13, 36-37), comparer avec le discours de Pierre en Ac 2, 26-36).
  • Les deux discours se terminent par un appel à accueillir le salut offert par Dieu en Jésus (cf. Ac 2, 37-41 et Ac 13, 38-43 – et  notes TOB sur v. 38 et 42).

12)  Nb 21, 4-9 et Jn 3, 9-18 : Du « serpent d’airain » à la Croix de Jésus

Pour Jn, le « serpent d’airain » que Moïse éleva autrefois au désert était déjà une lointaine préfiguration du salut que Dieu nous a offert dans la mort et la résurrection de Jésus.

1)     Nb 21, 4-9 : situer ce récit dans son contexte. Qu’est-ce que ce texte nous apprend sur le peuple d’Israël ? sur Dieu ? sur Moïse ?

2)     Lire Jn 3, 9-18 : quelle place l’Évangéliste donne-t-il à ce texte ? Sur quoi veut-il insister ? Travailler plus particulièrement les v. 13-17.

3)     Comment ce texte de Jn « accomplit-il » celui que nous lisons en Nb 21 ?

Question 1

  • Nb 21, 4-9 est un des épisodes de l’histoire du peuple au désert. Depuis Nb 10, 35 Israël a quitté la montagne du Seigneur et est en marche vers la Terre promise, mais toutes les étapes sont marquées par les murmures du peuple, le refus de faire confiance au Seigneur : voir Ex 14, 11 + (cité en marge) où la BJ donne en marge d’autres passages de ces refus.
  • Ici le peuple rejette la manne, la nourriture que Dieu lui donne chaque jour (v. 5).
  • Comme lors des récriminations précédentes, Dieu punit le peuple (ici par les serpents : v. 6), puis suite à la prière de Moïse, il accorde son pardon (v. 7-8).
  • Pour cela, Moïse doit faire un serpent d’airain, vers lequel on doit se tourner pour être guéri (v. 8). Sur ce serpent d’airain, voir encore 2 R 18, 4 + (cité en marge).

Question 2

  • Jn 3 nous montre en Nicodème la difficulté que représente la révélation chrétienne, même pour un Juif ouvert : cf. les notes de TOB sur Jn 3, 1 et 3, 10.
  • Les déclarations de Jésus commencent 3 fois par « en vérité, en vérité, je vous le dis – Amen, amen, je vous le dis »: aux v. 3. 5. 11, une expression qui introduit chez Jn une révélation solennelle. A partir du v. 10, Nicodème disparait du récit ; noter aussi le « nous » qui introduit les v. 11-21 (voir note TOB sur v. 11).
  • Pour les v. 14-17, voir l’introduction : les v. 12-13 et note TOB sur v. 12.
  • Noter le parallélisme fait entre Nb 21 et ce texte de Jn : comme Moïse éleva le serpent au désert / il faut que le Fils de l’homme soit élevé (passif théologique ?), cf. v. 16.
  • L’insistance sur « croire » (v. 15.16.17) pour avoir « la vie éternelle » (v. 15.16).

Question 3

  • En Nb 21, le serpent élevé est la réponse de Dieu à la prière de Moïse pour le peuple pécheur ; en Jn 3, la croix du Christ est la révélation de l’amour total et gratuit de Dieu pour tous ceux qui (quiconque) croiraient (v. 15-16).
  • La croix du Christ n’est pas un « dérapage » de l’histoire, mais révèle le dessein de Dieu : ainsi faut-il … (v. 14 et note BJ) ; cf. aussi Rm 8, 32 (cité en marge).
  • Son Fils unique (v. 16)  nous renvoie aussi à Gn 22 : ce que Dieu n’a pas demandé à Abraham, il l’a fait pour nous.
  • Noter le parallélisme entre ce qui est dit de Moïse et ce que Jn dit ici de Jésus ; sur ce parallélisme, voir encore Jn 1, 17.
  • Lire encore Sg 16, 5-14 et spécialement les v. 6-7 et note BJ sur v. 7.

13)  Dt 18, 13 – 20 et Ac 3, 13 – 24 : Un prophète semblable à Moïse

Dans l’Ancien Testament, Moïse était le prophète par excellence, celui à qui Dieu a parlé face à face (cf. Nb 12, 8) et par qui il a donné la Loi à son peuple. Mais le don de Dieu ne s’arrête pas à lui.

1)     Présenter le Dt et situer notre passage. Quel est le rôle du prophète dont parle ce texte ?

2)     Lire le discours de Pierre (spécialement les v. 17-24) et relever les principales affirmations de Pierre.

3)     Réfléchir sur la place que tenait Moïse dans la foi juive et expliquer l’affirmation de Pierre concernant Jésus.

Questions 1

 

  • Le Dt se présente comme les dernières paroles de Moïse  au peuple qui va entrer dans la Terre : Dt 1, 1.5 ; 4, 44 ; 28, 69.
  • Ce(s) discours de Moïse entoure(nt) le Code deutéronomique : Dt 12 – 26 (cf. note BJ sur Dt 12, 1). Dans le contexte proche, Moïse parle des juges (17, 8), des rois (17, 14), du sacerdoce (18) et des prophètes (18, 9).
  • Sur ce qui est dit des prophètes, voir particulièrement Dt 18, 15-18 et la note BJ sur v. 18.
  • Lire aussi Dt 5, 23-29 : le prophète est un don du Seigneur pour que le peuple puisse écouter la Parole ; le prophétisme prolonge dans l’histoire du peuple la mission de Moïse.

Question 2

  • Tous les prophètes parlaient des souffrances du Messie (v. 18), mais ils n’ont pas été entendu (v. 19).
  • Il faut donc se convertir (v. 19 et note BJ) ; cf. aussi Mt 3, 2 +  et Ac 2, 38 + (cités en marge).
  • Moïse avait annoncé la venue d’un prophète tel que lui (v. 22) et souligné l’importance de son accueil (v. 23).
  • Cf. aussi la note BJ sur v. 24.

Question 3

  • Pour la place donnée à Moïse dans le monde juif, lire Nb 12, 6  et la note de BJ ; ce texte est cité en marge de Dt 18, 15.
  • Relire aussi la note sur Dt 18, 18, spécialement la fin de cette note (le parallélisme qui est fait entre Jésus et Moïse en Jn 1, 17-18 ! Moïse était le révélateur de l’Ancien Testament ; Jésus nous introduit dans le mystère même de Dieu (cf. notes TOB sur Jn 1, 16-18).
  • Voir encore note TOB sur Ac 3, 22 qui nous renvoie à Ac 7, 25. 37 et é Jn 1, 21. L’ « accomplissement » de la parole de Moïse s’est réalisée en Jésus Ressuscité (Ac 326 et note TOB), dont le Nom (Ac 3, 16 et note TOB) vient de guérir cet homme.

14)  Is 40. 1 – 11 et Lc 1, 1 – 6. 15 – 18 : « Préparez le chemin du Seigneur… »

 

Cette parole du prophète de l’Exil annonçant le salut que Dieu va donner à son peuple est reprise par les quatre Évangélistes pour introduire le récit du ministère de Jésus.

1)     Situer et présenter ce texte du livre d’Isaïe. Comment le prophète parle-t-il ici du salut que Dieu va donner à son peuple ?

2)     Comment Luc  présente-t-il le ministère de Jean-Baptiste ?  Comparez sa présentation avec celle des autres Évangélistes.

3)     Comment ce passage de l’AT « s’accomplit-il » en Jésus ?

Question 1

 

  • Les chapitres d’Is 40 – 55 nous donnent le message d’un prophète anonyme  qui s’adresse au   peuple en exil (entre 550 et 539) et annonce le retour.
  • Sur notre texte, voir les notes BJ sur Is 40, 1 (sur les titres) ; voir aussi la note  de TOB (sur v. 40, 1) qui présente une division possible de ce passage.
  • Le salut est annoncé comme un nouvel Exode (40, 3 et note BJ). Se rappeler la place que tenait la sortie d’Égypte, dans la foi d’Israël : le Seigneur est Celui-qui-a-fait-sortir-d’Egypte.
  • Pour le prophète, ce que Dieu a fait autrefois, il va le refaire maintenant pour son peuple. Dieu va ouvrir une route dans le désert (40, 3-4; Is 43, 16-21) et il conduira son peuple, comme un berger, vers Jérusalem (40, 9-11)
  • Sur la compréhension de ce texte dans la tradition (dans AT, à Qumrân, dans NT), lire la note TOB sur 40, 3.

Question 2

  • Sur l’importance que Lc donne aux v. 1-2 : cf. les notes TOB et BJ sur v. 1.
  • Sur le v. 3 : lire les notes de TOB qui éclairent plusieurs termes utilisés pas Luc (Jourdain ; conversion ; pardon des péchés).
  • Pour la citation d’Isaïe, voir la note TOB en Mt 3, 3 ; noter comment la tradition chrétienne (dans les Évangiles) adapte le v. 4 d’Isaïe.
  • Mais seul Luc prolonge la citation du prophète (cf. note TOB et BJ sur v. 6).

Question 3

  • Pour la continuité : il faut préparer dans le désert une route pour le Seigneur. Pour Isaïe, c’est une voix (la Parole du Seigneur) qui va ouvrir cette voie de salut dans le désert (Is 40, 6-8).
  • Dans la LXX, reprise par les Évangélistes, la voix crie dans le désert, (surtout en Mc et Mt), ce qui s’applique à Jean-Baptiste (cf. aussi l’interprétation de Qumrân), qui appelle le peuple à accueillir la venue du Seigneur.
  • Isaïe parlait du chemin du Seigneur / de notre Dieu : pour les Évangélistes, le Seigneur qui vient, c’est Jésus, situé dans notre histoire (cf. Lc 3, 1-2 en notes BJ et TOB). Jean-Baptiste proclame un baptême de conversion et prépare la voie pour Jésus (Lc 3, 16-17). A noter également la dimension universelle de ce salut (Lc 3, 6 et note TOB).
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L’ACCOMPLISSEMENT DES ECRITURES

Pourquoi les chrétiens lisent-ils encore l’Ancien Testament ? Puisque Jésus est l’accomplissement de l’Ancien Testament, puisque l’Évangile nous apporte la révélation totale et plénière dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, pourquoi nous préoccuper encore de ces traditions anciennes et liées à l’histoire du peuple juif ?

Comme vous le savez, sans doute, cette question s’est posée dès les premiers siècles et elle rejaillit avec plus ou moins d’acuité tout au long de l’histoire de l’Eglise.

La Bible des premiers chrétiens

Dans les tout premiers jours de l’Eglise, la réponse était évidente pour les Juifs convertis au message de Jésus : l’Ancien Testament était leur Bible. Pour eux, comme pour Jésus, les Ecritures et, en particulier, la Loi et les Prophètes, représentaient le don le plus précieux que Dieu avait fait à son peuple : Sa Parole, la Lumière qui avait autrefois guidé leurs ancêtres et qui continuait aujourd’hui à les guider. C’est donc tout naturellement que Jésus d’abord, et les premières communautés chrétiennes ensuite, ont fait appel aux Ecritures. Pour ne donner qu’un seul exemple, je rappellerai le plus ancien « credo » que nous lisons en 1 Co 15, 3-5. Voici ce que Paul écrivait aux Corinthiens dans les années 55-56 :
« Je vous ai transmis en premier lieu ce qu’avais moi-même reçu : Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures. Il a été enseveli. Il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas, puis aux Douze. »Comme on le voit par ce texte, Paul ne s’est pas contenté d’annoncer que le Christ est mort et qu’il est ressuscité ; il souligne avec insistance que le Christ est mort selon les Ecritures et qu’il est ressuscité selon les Ecritures. Pour Paul, comme pour les autres Apôtres (cf. 1 Co 15, 11), l’annonce de la mort et de la Résurrection de Jésus ne prend sa véritable dimension que si ces événements sont replacés dans l’ensemble du dessein de Dieu.

Mais la situation devait se compliquer dès que la foi chrétienne allait sortir du monde juif – ce qui arriva très rapidement – et dans la mesure où des chrétiens prenaient de plus en conscience de la dimension de l’accomplissement du dessein de Dieu qui s’offrait à nous en Jésus. Il n’est pas question de refaire ici l’histoire des premiers siècles du christianisme, mais simplement de rappeler quelques points de repère sur cette question.

Le Dieu de l’Ancien Testament ou celui de Jésus Christ ?

Le débat s’ouvre vraiment au 2ème siècle quand Marcion propose une rupture radicale avec l’Ancien Testament : « pour lui, le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas le Dieu de Jésus Christ ; c’est un démiurge imparfait qui a présidé à l’organisation de la création, sans trop bien réussir ; en ce Dieu croyaient Abraham et les prophètes. Jésus manifeste un autre Dieu » : c’est ainsi que P.-M. BEAUDE résume brièvement la position de Marcion (dans Cahiers Evangile 12, p. 54).

Selon Marcion, le Dieu que Jésus vient révéler s’oppose à la dureté de la Loi imposée dans l’Ancien Testament (cf. l’opposition entre la loi de la crainte (AT) et la loi de l’amour (NT) qui reste encore dans la mémoire de beaucoup de chrétiens !) Si cela est vrai, on comprend que l’Ancien Testament doive être rejeté comme définitivement périmé. Marcion pensait trouver une justification de sa position dans les paroles mêmes de Jésus : « On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, ni une pièce de drap neuf sur un vieux vêtement » (cf. Mc 2, 21-22). Mais l’Eglise refusa de suivre Marcion et, finalement, elle l’excommunia.

Cependant le problème soulevé n’était pas résolu et on peut le retrouver, avec plus moins d’acuité, au long des siècles et jusqu’en notre temps. C’est ce que montrait bien P. GRELOT dans son ouvrage intitulé Sens Chrétien de l’Ancien Testament, où il cite deux exemples tirés d’auteurs du 20ème siècle.
Voici ce qu’écrivait E. FAVET, un critique étranger à la foi chrétienne :
« La faute irréparable, à mon avis, des chrétiens a été de ne pas couper le câble, de ne pas rompre et donner comme rompue toute tradition des Juifs à eux, et de se réclamer, au contraire, de l’Ancien Testament comme de leur fondement et comme de leur titre. Ce fut une aberration. Ils étaient purement et simplement, ce dont on les félicite, des révoltés contre l’ancienne loi. Ils apportaient une loi d’amour au lieu d’une loi de crainte ; ils apportaient un Dieu de pardon et de sacrifice au lieu d’un Dieu de colère, de cruauté et de vengeance. […] Ils voulurent établir une suite et un enchaînement continus des premiers prophètes ou législateurs du peuple hébreu jusqu’à eux et à leurs plus lointains successeurs. […] Etre moitié juifs, moitié chrétiens ; associer Moïse et Jésus ; et quand on fait l’Evangile, déclarer saint et vénérable et divin un livre plein de génie poétique, mais dans son ensemble aussi peu moral et aussi peu moralisateur que possible, et qui donne de Dieu une idée propre à vous rendre athée : c’est là qu’est l’erreur énorme et c’est là qu’est le danger. » (dans La politique comparée de Montesquieu, Rousseau et Voltaire, Paris 1902, p. 217-220 ; cité par P. GRELOT, Sens chrétien de l’Ancien Testament, Desclée & Co. 1962, p. 75-76).
Le second auteur cité par P. Grelot est A. von Harnack, qui écrivait dans une étude sur Marcion :
« Rejeter l’Ancien Testament, c’eût été au IIème siècle une faute que la grande Eglise a eu raison de repousser ; le conserver, c’était au XVIème une fatalité à laquelle la Réforme ne pouvait que difficilement se soustraire ; mais depuis le XIXème siècle, le garder comme un document essentiel du protestantisme, c’est la marque d’une véritable paralysie religieuse et ecclésiastique. » (dans Marcion : Das Evangelium vom fremden Gott ; cité par P. GRELOT, op. cit. p. 76)

Un vrai problème

Ces deux citations nous montrent que le problème est coriace. Et en plus, complexe. Car il faut reconnaitre que l’excès inverse (de celui de Marcion) n’a pas toujours été évité : une tendance à judaïser la religion chrétienne au point d’oublier la nouveauté apportée par Jésus :
« Il arrive (au cours de l’histoire) que le souci de ne laisser perdre aucun des détails qui se rencontrent dans les textes de l’Ancien Testament alourdissent étrangement la théologie du Nouveau. Si tous les détails des sacrifices, des rites, des observances juives doivent obligatoirement avoir leur contrepartie dans l’économie chrétienne, ne risque-t-on de mouler artificiellement celle-ci sur des préfigurations, comme si ces dernières étaient des modèles et non des ombres imparfaites ? » (P. GRELOT, op. cit. p. 56-57)
Pourtant au cours des siècles, l’Eglise a toujours refusé de se séparer de l’Ancien Testament, même si elle n’a pas pu ou su toujours éviter certaines positions qui dévaluaient ou, au contraire, surestimaient cet héritage.

Trois prises de position récentes de l’Eglise

Aussi dans la Constitution dogmatique sur la Parole de Dieu, le Concile de Vatican II a tenu à redire clairement la position de l’Eglise sur de point :
« Dieu projetant et préparant en la sollicitude de son amour extrême le salut de tout le genre humain, se choisit selon une disposition particulière, un peuple auquel confier les promesses.[…] Dieu se révéla en paroles et en actes, au peuple de son choix, comme l’unique Dieu véritable et vivant ; de ce fait Israël fit l’expérience des « voies » de Dieu vers les hommes, et, Dieu lui-même parlant par les prophètes, il en acquit une intelligence de jour en jour plus profonde et plus claire et en porta un témoignage grandissant parmi les nations. L’économie du salut […] apparaît donc dans les livres de l’Ancien Testament comme la vraie parole de Dieu ; c’est pourquoi ces livres divinement inspirés conservent une valeur impérissable. (D.V. no. 14) »
« L’économie de l’Ancien Testament avait pour raison majeure de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde et de son royaume messianique, d’annoncer prophétiquement cet avènement et de le signifier par diverses figures. […] Les livres de l’Ancien Testament permettent à tous de connaitre qui est Dieu et qui est l’homme, non moins que la manière dont Dieu dans sa justice et sa miséricorde agit avec les hommes. Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine. C’est pourquoi, les chrétiens doivent les accepter avec vénération : en eux s’exprime un vif sens de Dieu ; en eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prières ; en eux enfin se tient caché le mystère de notre salut. » (D.V. no. 15)

Dans un document plus récent de la Commission biblique pontificale, intitulé Le peuple juif et les Saintes Ecritures dans la Bible chrétienne (2001), cette question est de nouveau abordée. On peut y lire :
« Aux Ecritures du peuple juif, qu’elle a reçu comme authentique Parole de Dieu, l’Eglise chrétienne a joint d’autres Ecritures qui expriment sa foi en Jésus, le Christ. Il s’ensuit que la Bible chrétienne ne comprend pas un « Testament » unique, mais « deux Testaments », l’Ancien et le Nouveau, qui entretiennent l’un avec l’autre des rapports complexes, dialectiques.[…] En les nommant « Ancien Testament », l’Eglise chrétienne n’a aucunement voulu suggérer que les Ecritures du peuple juif étaient périmées et qu’on pouvait désormais s’en passer. Elle a toujours affirmé, au contraire, qu’Ancien et Nouveau Testament sont inséparables. […] Le nouveau Testament demande à être lu à la lumière de l’Ancien, mais il invite aussi, d’autre part, à « relire » l’Ancien à la lumière du Christ Jésus. » (no. 19)
Et, résumant leur position dans la Conclusion générale, les auteurs de ce document affirment :
« Au terme de cet exposé, forcément sommaire, la première conclusion qui s’impose est que le peuple juif et ses Saintes Écritures occupent dans la Bible chrétienne une place d’extrême importance. En effet, les Saintes Écritures du peuple juif constituent une partie essentielle de la Bible chrétienne et sont présentes, de multiple façon, dans l’autre partie. Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher. » (no. 84)

Le Synode des Evêques de 2008 sur La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise est revenu sur ce problème. Aussi dans l’Exhortation apostolique post synodale, Verbum Domini, le Pape Grégoire XVI consacre à ce sujet plusieurs paragraphes intitulés : l’unité intrinsèque de la Bible (§ 39) et le rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament (§ 40-41)

Comment comprendre l’accomplissement des prophéties ?

Un aspect particulièrement important du rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament concerne la notion d’ « accomplissement ». Que veulent dire les auteurs du Nouveau Testament lorsqu’ils font référence à un texte de l’Ancien Testament et écrivent que ce texte a trouvé en Jésus son « accomplissement » ? Ainsi, par exemple, dans les Actes des Apôtres, Pierre s’adresse au peuple :
« Je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, ainsi d’ailleurs que vos chefs. Dieu, lui, a accompli ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait. » (Ac 3, 17-18).
De même Paul, dans sa prédication à Antioche de Pisidie, affirme :
« les habitants de Jérusalem et leurs chefs ont accompli sans le savoir les paroles des prophètes que l’on lit chaque sabbat. » (Ac 13, 27).
Mais alors, les prophètes de l’Ancien Testament nous auraient-ils donné, à l’avance, une description de la vie de Jésus ?

Les Prophètes

Il n’est peut-être pas inutile d’apporter ici quelques précisions de vocabulaire. Pour les Juifs – encore aujourd’hui – comme pour Jésus et pour les auteurs du Nouveau Testament, parler des « Prophètes », c’est évoquer une partie plus vaste de la Bible que celle que nous classons habituellement sous ce mot. Dans la Bible juive, il y a d’abord la Loi (les cinq premiers livres) ; puis viennent les Prophètes antérieurs : (Jos – 2 R) et postérieurs (Is-Jr-Ez et les Douze) ; enfin, il y a les autres livres, les Ecrits, et parmi ceux-ci, principalement, les Psaumes. Ainsi pour les Juifs, parler de la Loi de Moïse et des Prophètes, c’est évoquer pratiquement tout l’Ancien Testament : la Loi, étant l’essentiel, le « cœur » de la révélation, alors que les Prophètes représentent des actualisations. Les auteurs du Nouveau Testament partagent ce point de vue (cf. Lc 24, 27. 44), mais ils donnent une place plus importante aux Prophètes

Dans notre usage, nous restreignons habituellement le terme de « Prophètes » aux livres que les Juifs nomment les « Prophètes postérieurs », auxquels nous avons ajouté le livre de Daniel. Mais pour nous, les Prophètes ne forment plus un deuxième cercle concentrique, après la Loi ; ils sont placés à égalité avec la Loi ; ils jouissent même d’une certaine préférence.

Cela se traduit même dans la présentation des livres de l’Ancien Testament dans une édition : dans une Bible juive, nous trouvons l’ordre (d’importance reconnue) : la Loi, puis les Prophètes et enfin les Ecrits ; dans une Bible chrétienne, nous avons habituellement : la Loi, puis les livres « historiques », les livres poétiques et sapientiaux et enfin les livres prophétiques (Is-Jr-Ez-Dn et les 12) qui nous conduisent, comme naturellement, vers le Nouveau Testament (cf. Ml 3, 1. 23-24). On pourrait dire, en simplifiant, que la Bible juive regarde « en arrière » vers la Loi, alors que la Bible chrétienne, (l’Ancien Testament) est toute entière orientée vers le Nouveau Testament et la venue du Christ.

Mais pour bien comprendre l’importance de ces textes prophétiques pour le mystère chrétien, il faut également nous rappeler que pour la Bible, la mission des prophètes n’est pas de prédire ce qui va arriver (comme on pourrait le déduire de la signification que l’on donne souvent au mot « prophète » : cf. les définitions du LAROUSSE ou du ROBERT). Pour la Bible, le prophète, c’est celui qui parle au nom de Dieu, du Dieu de l’alliance. Comme l’écrivait J. PONTHOT :
« Le prophète est celui qui, sous la lumière de l’Esprit, discerne dans les apparences terrestres de l’histoire l’accomplissement permanent du dessein de Dieu. Il a mission de proclamer l’actualité de cette intervention de Dieu et d’en suggérer l’orientation finale. Les événements heureux et malheureux que connaît le peuple ne sont pas les fruits du hasard ou des politiques humaines : ils sont le lieu de maturation du projet divin, les signes – et à la fois – l’exercice de son déploiement. L’oracle interpelle le peuple pour qu’il prenne conscience de la présence agissante de son Dieu et qu’il se conforme à son état de consacré. Le rappel du passé et l’évocation de l’avenir sont principalement destinés à inculquer la compréhension religieuse du présent. » (dans Assemblée du Seigneur 2, p. 42-43)
Ce qu’un autre auteur résume bien :
« L’essentiel du prophétisme n’est pas la prédiction de l’avenir, mais le dévoilement progressif du dessein de Dieu sur le monde » (L.-J. RONDELEUX, Isaïe et le prophétisme (coll. Maîtres Spirituels), p. 175)
Ce dessein commencé depuis des siècles culmine en Jésus, comme l’exprime la Lettre aux Hébreux :
« Après avoir à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces temps qui sont les derniers, nous parlé par le Fils qu’il a établi héritier de toutes choses… » (He 1, 1-2)
Telle est bien la conviction qui habite les auteurs du Nouveau Testament et qui les amène à relire sans cesse leur Bible. La mort et la Résurrection de Jésus deviennent pour eux la clé des Ecritures et, en même temps, les Ecriture deviennent les filtres qui permettent à notre œil de s’habituer progressivement à la révélation, comme le dit P.-M. BEAUDE :
« Devant la lumière aveuglante de la croix qui fait détourner la tête, nous avons besoin de filtres, qui chaque fois nous permettent de fixer notre regard sans repartir les yeux brûlés. » (dans Cahiers Evangile 12, p. 26).
Mais il faut bien comprendre ce rapport entre les textes de l’Ancien Testament et la vie de Jésus. On aurait tort si on prenait les prophéties de l’Ancien Testament comme des sortes de photographies anticipées d’événements futurs. Comme le dit un document de la Commission Biblique Pontificale :
« La notion d’accomplissement est une notion extrêmement complexe, qui peut facilement être faussée, si on insiste unilatéralement soit sur la continuité, soit sur la discontinuité. La foi chrétienne reconnaît l’accomplissement, dans le Christ, des Écritures et des attentes d’Israël, mais elle ne comprend pas l’accomplissement comme la simple réalisation de ce qui était écrit. Une telle conception serait réductrice. En réalité, dans le mystère du Christ crucifié et ressuscité, l’accomplissement s’effectue d’une manière imprévisible. Il comporte un dépassement. Jésus ne se limite pas à jouer un rôle déjà fixé — le rôle de Messie — mais il confère aux notions de Messie et de salut une plénitude qu’on ne pouvait pas imaginer à l’avance; il les remplit d’une réalité nouvelle; on peut même parler, à ce sujet, d’une « nouvelle création. » (Le peuple juif et les Saintes Ecritures dans la Bible chrétienne, 2001, no. 21.)

Déjà et pas encore

Cette relecture du message révélé est déjà bien attestée dans l’Ancien Testament. C’est ainsi par exemple, que l’Exode, l’expérience à l’origine du peuple et de la foi d’Israël, sert de modèle pour la libération de l’Exil à Babylone (voir spécialement Is 40-55). Et dans les derniers siècles avant J.C., ce même thème exprimera encore d’autres attentes de salut, avant d’être repris dans l’Apocalypse pour dire l’espérance définitive de la foi chrétienne. Bien plus, l’interprétation chrétienne continue cette relecture, comme nous le rappelle le document de la Commission Biblique Pontificale que je viens de mentionner :

« L’interprétation chrétienne se situe dans la même ligne, mais avec la différence que, pour elle, l’accomplissement est déjà réalisé substantiellement dans le mystère du Christ. » […] « Ce qui est déjà accompli dans le Christ doit encore s’accomplir en nous et dans le monde. L’accomplissement définitif sera celui de la fin, avec la résurrection des morts, les cieux nouveaux et la terre nouvelle. L’attente juive messianique n’est pas vaine. Elle peut devenir pour nous chrétiens un puissant stimulant à maintenir vivante la dimension eschatologique de notre foi. Nous comme eux, nous vivons dans l’attente. La différence est que pour nous Celui qui viendra aura les traits de ce Jésus qui est déjà venu et est déjà présent et agissant parmi nous. » (doc. cité, no. 21)

UNE PRESENTATION DE LA LETTRE AUX ROMAINS (1-11)

La Lettre aux Romains est la première et la dernière lettre de Paul : la première dans toutes nos éditions du NT, parce qu’elle est la plus longue ; la dernière, car elle est l’ultime lettre parmi les lettres authentiques écrites par l’apôtre.

Les circonstances
Paul écrit cette Lettre à Corinthe, probablement au printemps 57 ou 58, alors qu’il est sur le point de partir pour Jérusalem où il veut apporter le fruit de la collecte qu’il a organisée dans les Eglises de Macédoine et de Grèce, au profit des chrétiens de Judée (Rm 15, 25-26).
Paul estime avoir terminé son travail missionnaire dans cette partie du monde méditerranéen : « depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyrie, j’ai pleinement assuré l’annonce de l’Evangile du Christ » écrit-il (Rm 15, 19 ; cf. 15, 23). Une mission qui l’a amené d’Antioche de Syrie jusqu’en Grèce, en passant par la Turquie actuelle ; il désire maintenant porter son effort plus à l’ouest. C’est pourquoi, il veut aller à Rome et il espère trouver dans cette communauté – qu’il n’a pas fondée – l’aide nécessaire pour continuer sa mission vers l’Espagne (15, 24 et note TOB). Paul n’a pas l’habitude de bâtir « sur des fondations qu’un autre a posées » (15, 20), mais il est conscient que la mission qu’il a reçue du Ressuscité concerne tous les peuples païens (15, 14-16) ; c’est pourquoi, il désire aller à Rome (Rm 1,5 ; cf. Ga 2, 7-9).
Paul se trouve alors à un carrefour de sa vie missionnaire. D’une part, il a proclamé « son Evangile » dans une partie importante du monde méditerranéen, et il veut porter ce message encore plus loin. Sa vocation est de répandre la Bonne Nouvelle. Comme il le dit aux Corinthiens, il plante, d’autres peuvent arroser, mais c’est Dieu qui donne la croissance (cf. 1 Co 3, 6-9). Mais d’autre part, Paul sent aussi les tensions dans les communautés chrétiennes issues du judaïsme et celles qu’il a lui-même fondées dans le monde païen (cf. en particulier la crise galate). Que peut-il faire pour maintenir l’unité de tous les croyants en Jésus Christ et en même temps sauvegarder la liberté des païens convertis, face à la Loi juive ? Par la collecte qu’il a organisé dans ses communautés, une œuvre à laquelle il attache une grande importance (1 Co 16, 1 ; 2 Co 8-9 ; Ga 2, 10 ; Rm 15, 25-26), Paul veut marquer l’unité profonde des Eglises, malgré leurs traditions différentes. Une unité, une communion qui n’est pas acquise d’avance : c’est pourquoi, il demande aux Romains de prier « pour que j’échappe aux incrédules de Judée et que le secours que j’apporte à Jérusalem soit bien accueilli par les saints » (Rm 15, 31 et note TOB).
Ces préoccupations de l’apôtre expliquent, au moins en partie, la Lettre aux Romains, où il présente le dessein de Dieu par rapport aux Juifs et aux païens, tel qu’il le conçoit.

La communauté chrétienne de Rome
Nous ne savons pas qui a apporté la foi chrétienne à Rome, mais il est certain que dès les années 40, on trouve des disciples du Christ dans la capitale de l’Empire (cf. la mention de Suétone parlant de l’expulsion des Juifs de Rome à la suite de troubles dus à un certain « Chrestus » ; une expulsion dont nous trouvons confirmation en Ac 18, 2 (voir la note sur ce verset). Si nous suivons l’indication de Suétone, on pourrait penser à une communauté née parmi les Juifs, nombreux à Rome à cette époque, mais qui, par la suite, devait comprendre également de nombreux païens convertis (cf. des difficultés entre judéo-chrétiens et helléno-chrétiens, judaïsants ou pauliniens, évoquées en Rm 15, 1-13).

Le plan de la Lettre aux Romains
Il est toujours hasardeux de vouloir présenter le plan d’un écrit alors qu’il n’est pas clairement indiqué par l’auteur du texte. Pourtant il est évident que la Lettre aux Romains est un texte très bien construit et on peut, au moins, tenter de donner certaines indications.
D’abord, tout en suivant le modèle épistolaire des lettres de Paul (adresse, action de grâce, contenu dogmatique puis parénétique, salutations), la Lettre aux Romains se présente comme un texte fortement charpenté sur le salut chrétien, une réflexion plus élaborée qu’aucune autre Lettre de l’apôtre.
Tous les commentateurs s’accordent sur une division en deux parties : la première doctrinale (1 – 11) et la seconde exhortative (12 – 16). Pour une division un peu plus développée, voici celle proposée par Ch. PERROT dans CE 65.

Après l’adresse (1, 1-7) et l’action de grâce (1, 8-17)
– 1) De la condamnation de tous au salut des croyants : 1, 18 – 4, 25
– 2) De la mort à la vie. De la Loi à l’Esprit : 5, 1 – 8, 39
– 3) Le mystère d’Israël : 9, 1 – 11, 36
– 4) L’exhortation sur les rapports avec autrui : 12, 1 – 15, 13
Suit la conclusion de la lettre : 15, 14-33 avec peut-être (dans certains manuscrits) la doxologie de 16, 25-27.
Vient enfin le chapitre 16, 1-23, avec les nombreuses salutations ; un chapitre que certains regardent comme une (autre) lettre (de recommandation pour Phoebé ?).

Le message de la Lettre aux Romains

La Lettre aux Romains est une réflexion profonde sur le salut chrétien, ce que Paul appelle « son Evangile » (Rm 1, 1.2.9.15.16) et qui est la proclamation de ce que Dieu a accompli dans le Christ pour tous les croyants (Rm 5, 6-11 ; cf. 2 Co 5, 14-21).
Je ne parlerai ici que des chapitres 1 – 11. Pour bien suivre la pensée de Paul, il peut être utile de préciser la signification de certains termes que l’apôtre utilise dans sa Lettre.
Tout d’abord, dans les chapitres 1-5, les mots colère et justice. Paul parle de la « colère de Dieu » (Rm 1, 18 ; 2, 5. 8 ; 3, 5 ; 4, 15 ; 5, 9) pour exprimer l’incompatibilité radicale entre la sainteté et le péché. « ‘La colère de Dieu en action consiste à laisser la nature humaine pécheresse macérer dans son propre jus, (C.H. Dodd) quand l’homme choisit délibérément d’ignorer Dieu. Elle exprime le tragique de l’amour de Dieu, quand l’homme refuse sa miséricorde. Au cours de l’histoire d’Israël, la colère de Dieu et les châtiments qui la suivent sont fréquemment invoqués, […] ils expriment comme en creux la sainteté à laquelle l’homme est appelé et la confiance que Dieu lui fait ; ils constituent aussi un appel à la conversion. » (J.- P. LEMONON , Les Epitres de Paul II, p. 28)
A la colère de Dieu Paul oppose sa justice ; mais la « justice de Dieu» a dans la Bible une signification beaucoup plus large que dans notre usage : quand Dieu justifie (15 fois en Rm), il déclare quelqu’un juste et le mot justice appelle souvent l’idée de salut. « La justice de Dieu est éminemment une justice de salut. Au point qu’on pourrait presque conseiller au lecteur qui aborde Rm pour la première fois de substituer le plus souvent le mot salut à la mention de cette justice divine. » (Ch. PERROT, CE 65, p. 20)

Deux autres termes reviennent fréquemment dans le chapitre 8 : la chair et l’esprit.
Pour Paul, le mot « chair » désigne l’homme dans sa fragilité, son caractère provisoire, son humanité. « Toute chair » désigne la condition humaine à laquelle personne n’échappe. Mais souvent par ce mot « chair », Paul veut exprimer « l’homme dominé, asservi par le péché qui, par ses passions s’est installé en lui (Rm 7, 5). La chair n’est pas le péché mais la voie par laquelle le péché s’introduit dans l’homme. » (cf. J. –P. LEMONON, op. cit. p. 219)
Et concernant le mot « esprit » : « Le terme grec pneuma peut signifier souffle ou esprit ; le sens concret ne doit jamais être perdu de vue. Dans les lettres pauliniennes, et en particulier dans Rm 8, il est souvent difficile de distinguer entre l’Esprit de Dieu et l’esprit de l’homme, d’où parfois dans les traductions un emploi désordonné de la majuscule et de la minuscule (cf. 8, 4-5). Cette difficulté d’orthographe n’est pas sans intérêt, car Paul distingue avec soin l’Esprit de Dieu et l’esprit de l’homme (8, 16), mais en même temps ces deux réalités ne font pas nombre ; l’Esprit de Dieu dirige et anime l’esprit de l’homme, il prend possession du chrétien dans son ensemble, car il habite en lui (8, 9). » (J.-P. LEMONON, op. cit. p. 91)

De la Lettre aux Galates à la Lettre aux Romains
Dans la Lettre aux Romains, Paul reprend d’une manière plus ample ce qu’il avait exprimé en Ga : le salut est un don totalement gratuit de Dieu et il est offert à tout homme, Grec ou Juif, qui croit en Jésus Christ, c’est-à-dire qui s’ouvre à la révélation de l’amour de Dieu manifestée pour nous dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Dans la Lettre aux Romains, Paul commence par montrer comment tous les hommes sont sous la « colère » de Dieu, parce que tous sont pécheurs : les païens, parce qu’ils n’obéissent pas à la loi de Dieu qui est inscrite en tout homme ; les Juifs, qui ont reçu une révélation particulière, la Loi de Moïse, mais qui sont incapables de l’observer entièrement. (Rm 1-3)

La justification ne peut donc venir que comme un acte gratuit de Dieu. Paul trouve l’annonce d’une telle justification dans ce que la Bible nous dit d’Abraham. (Rm 4)
« Abraham, notre père », disaient les Juifs et ils mettaient surtout en lumière les œuvres du patriarche (cf. la note BJ sur Rm 4, 2). Paul relit les textes concernant Abraham (spécialement Gn 15, 6 et 17, 9-14) en soulignant deux points :
– tout d’abord, Abraham est déclaré juste par Dieu, à cause de sa foi (Gn 15, 6), indépendamment de la circoncision et de la Loi : il était encore incirconcis (Rm 4, 10-11) et il a reçu les promesses de Dieu bien des siècles avant que vienne la Loi de Moïse (Rm 4, 13-16).
– ainsi Abraham peut être le père des incirconcis aussi bien que des circoncis (Rm 4, 10-12) et les promesses qui lui ont été faites sont valables pour toute sa descendance, c’est-à-dire pour tous ceux qui, comme lui, croient : « pour nous qui croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification. » (Rm 4, 24-25)

Dans les chapitres 5-11, Paul va maintenant parler du salut. Ce salut exprimé en Rm 5, 6-11 qui nous est acquis par la foi, grâce à la solidarité du Christ, bien plus forte que celle que nous avons, par nature, avec Adam (Rm 5, 12-21). C’est par le baptême que le croyant participe à la mort et à la Résurrection du Christ et est ainsi appelé à une vie nouvelle (Rm 6, 4).

Libéré alors de la Loi (Rm 7), le croyant peut vivre dans l’Esprit ; dès maintenant, il peut dire « Abba, Père » (8, 15), mais il est encore dans l’attente – comme d’ailleurs toute la création – de l’accomplissement de ce salut dont il a reçu les prémices (Rm 8, 19-25). Mais il est sûr de ce salut : « Nous savons que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Ceux que d’avance, il a connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né d’une multitude de frères ; ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » (Rm 8, 28-30)

Rm 9 – 11 : Le mystère d’Israël
Quand on arrive à la fin de Rm 8, on pourrait assez facilement passer à Rm 12 (la partie parénétique de la lettre). Pourtant les chapitres 9-11 ne sont pas une insertion postérieure. Le problème que Paul aborde ici est bien dans la ligne de tout son développement (cf. la note TOB sur Rm 9, 2).
« S’il est vrai que le salut par la foi en Jésus Christ est conforme aux oracles de l’Ancien Testament et qu’il en réalise les promesses (cf. 1, 2 ; 3, 21.30), le peuple juif, qui est le peuple des promesses, aurait dû croire en Jésus et ainsi se trouver dans l’assurance du salut. Or ce peuple, dans son ensemble, n’a pas cru en Jésus. Il semble donc que le salut par la foi en Jésus, c’est-à-dire toute la thèse de Paul, ne cadre pas avec les promesses de l’Ancien Testament, car Dieu ne peut pas manquer d’être véridique (cf. 3,3). » (J. CANTINAT, Les Epitres de saint Paul expliquées, p. 140)
Pourquoi ce peuple préparé, par Dieu depuis des siècles, n’a-t-il pas reconnu Jésus comme son Messie ? C’est à cette question que Paul veut répondre ici. Il va procéder en trois étapes, où il passe de la désolation à l’espoir, puis de l’espoir à la certitude du salut : d’où trois parties
– le constat et les questions : Rm 9, 1-33
– de l’espoir à la possibilité du salut : Rm 10, 1 – 11, 24
– le mystère du salut d’Israël : Rm 11, 25-36
Son argumentation, est serrée et fait appel à de nombreux passages bibliques, parmi lesquels on peut relever l’histoire de Jacob-Esaü (le thème des deux frères ou du cadet préféré à l’aîné) que l’on trouve en Gn 25, 19ss et surtout dans l’interprétation qu’en donne Ml 1, 2-3 : « Esaü n’était-il pas le frère de Jacob ? – oracle du Seigneur. Pourtant j’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü », soulignant ainsi la totale liberté des choix de Dieu.

Dans ces chapitres, Paul réfléchit à la situation éclatée qu’il connaît : les Juifs qui ont cru au Christ et ceux qui le refusent ; les communautés helléno-chrétiennes qui s’écartent du judaïsme et même de certains judéo-chrétiens. Il y a donc une double, même une triple, rupture. Et la mission de Paul, sa vocation auprès des païens, est pour une bonne part à l’origine de cette situation.
C’est aussi, semble-t-il, la situation de l’Eglise de Rome que l’apôtre a en vue. A la fin des années 50, il y a à Rome une montée de l’hostilité des païens contre les Juifs (à cause des troubles en Palestine qui conduiront à la Guerre juive en 66-70) ; d’autre part, à la suite de l’expulsion des Juifs de Rome (édit de Claude en 49), dans la communauté chrétienne, les judéo-chrétiens sont minoritaires et les rapports entre les croyants venus du monde juif et ceux issus du monde païen suscitent des tensions (cf. Rm 14, 1-15, 13).

« Dans un contexte communautaire et religieux profondément « éclaté », à Rome comme dans la Diaspora d’alors, Rm 9-11 est d’une grande importance, tant il est le juste reflet d’une pratique communautaire que l’Apôtre veut mettre en place. […] Le texte de Paul est prophétique, non point d’abord parce qu’il découvrirait un pan nouveau du scénario de l’avenir, mais parce qu’il déclare notre situation d’aujourd’hui à l’endroit d’Israël, et réciproquement. » (Ch. PERROT, CE 65, p. 52)

Dans ce texte, Paul dit son espérance dans le dessein de Dieu concernant Israël. Il reconnaît que seul un « reste » d’Israël a cru à l’Evangile (11, 1-5), mais ce « reste » représente les « prémices » (11, 16 et note TOB sur ce verset) qui annoncent la réalisation plénière du dessein de Dieu, « et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le libérateur ; il écartera de Jacob les impiétés. Et voilà quelle sera mon alliance avec eux, quand j’enlèverai leurs péchés. » (11, 26-27). Un dessein où Dieu est totalement libre, mais aussi où il reste fidèle aux promesses faites aux pères (11, 28).
Paul met donc en garde les helléno-chrétiens contre une certaine autosuffisance : si Dieu a retranché des branches de l’olivier franc et a greffé sur le tronc des branches d’oliviers sauvages, ne pourrait-il pas également retrancher de telles branches, si elles étaient infidèles, comme il peut, à nouveau, greffer les branches qu’il avait coupées (11, 17-24).

Comme on le voit, Paul « ne donne pas de solution théologique visant à réduire la rupture entre la Synagogue et l’Eglise. Paul n’en appelle pas à une conversion finale pour dire son mépris d’un Israël qui n’a pas encore reçu son Seigneur. Il invite plutôt à reconnaître des situations respectives, non seulement sans réduire l’autre, mais en lui ouvrant aussi un avenir de salut, dans un salut qui pour l’Eglise ne peut pas ne pas engager de quelque manière le Christ d’Israël. Au fait n’est-ce pas là le véritable œcuménisme ? En lisant ces textes, le chrétien d’aujourd’hui est invité à reconnaître son exacte situation communautaire à l’endroit d’Israël et à crier sa joie dans le salut de Dieu. Quant au reste, tout est grâce ! » (Ch. PERROT , CE 65, p. 53)

LA BIBLE ET LA VIOLENCE

Durant le Synode des Evêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise (octobre 2008), plusieurs participants avaient soulevé la difficulté que représentent pour beaucoup de croyants certains passages de l’Ancien Testament. Aussi n’est-on pas surpris de lire dans l’Exhortation apostolique post-synodale, Verbum Domini, publiée le 30 septembre 2010, un paragraphe intitulé : Les pages « obscures » de la Bible. Benoit XVI parle des « pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois » et il exhorte «les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ. » (Verbum Domini § 42)

Il y a quelques années, un groupe m’avait demandé d’aborder le thème de la violence dans la Bible. Peut-être ces quelques pages pourront être utiles à des lecteurs, au-delà des auditeurs pour lesquels elles ont été d’abord composées. C’est au moins ce que je souhaite.

En recherchant de la documentation sur ce thème, je me suis aperçu que ce sujet était très à la mode – ce qui ne veut pas dire facile – et qu’il avait été abordé plusieurs fois dans différents milieux ces dernières années.
Pour ne citer que quelques exemples :
– en 2002 les Semaines Sociales de France consacraient un Atelier à la « Violence dans la Bible »
– en 2004, la Semaine de la Bible avait choisi comme thème : « Comment la Bible interpelle notre violence ? »
– et enfin la dernière rencontre de l’Association Biblique Italienne (IBA), du 11 au 15 septembre 2006, abordait elle aussi le thème « La violence dans la Bible »

Pourquoi un tel intérêt actuellement pour ce sujet ? Sans doute, parce que nous nous sentons tous dans un monde violent : il suffit de penser à ce qui nous est, jour après jour, présenté dans les mass média – de la violence sous toutes ses formes et même en direct ; et une violence que les moyens modernes rendent aujourd’hui capables de destructions toujours plus effroyables.
On peut ajouter à cela qu’aujourd’hui la violence est souvent mise en relation avec la/ les religion(s), alors qu’on s’attendrait trouver dans la/les religion(s) un havre de paix, sinon dans leurs réalisations, au moins dans leurs livres de référence. Et c’est aussi ce qui frappe dès qu’on ouvre la Bible : on rencontre presque à chaque page la violence sous toutes ses formes – physique, sociale, morale – aussi bien dans les livres du NT que dans ceux de l’AT (même si dans le NT ceci est moins marqué). Il y est question de la violence entre les hommes – cf. Gn 4 : le crime de Caïn – mais également de la violence faite au nom de Dieu ; bien plus, certains passages bibliques nous donnent l’image d’un Dieu violent.
Comme l’écrit J. Trublet, dans le Dictionnaire de Spiritualité : « On pourrait dire sans exagérer que la violence constitue un des axes majeurs de la Bible.[…] L’Ancien Testament ne contient pas moins de 600 passages où l’on voit se détruire et s’exterminer des peuples, des rois et des individus. Pire encore, le Dieu des Hébreux ordonne lui-même près de cent fois les massacres, encourage à la guerre, et près de mille fois sa colère engendre la ruine ou la vengeance. Une enquête menée au plan du vocabulaire révèle plus de cent mots connotant la violence. » (J. TRUBLET, dans DSp., art. violence, col. 901)
Comment expliquer cette violence que nous trouvons dans la Bible, et en particulier celle qui est attribuée à Dieu ? Je suis bien conscient qu’il n’est guère possible dans le cadre d’une causerie de répondre à toutes les questions qui sont ainsi soulevées. Il faudrait pouvoir aborder, sinon tous les textes concernés, au moins un certain nombre d’entre eux, pour espérer clarifier ce débat.
Voici cependant quelques éléments qui pourront, je l’espère, nous aider dans notre réflexion.

1) Le monde de la Bible est un monde violent parce que c’est notre monde.

« La violence est omniprésente dans la Bible, il n’y a rien de choquant à cela », – disait J. Vermeylen, dans son intervention aux Semaines Sociales de France. Et il ajoutait : « La Bible est un livre saint, qui parle à des hommes, tels qu’ils sont, avec leurs passions, leurs contradictions. C’est plutôt rassurant, car c’est à travers ce miroir de nous-mêmes, non truqué, qu’un message est transmis ». (Cf. www. ssf-fr. sorg.)

En effet, la violence fait partie de l’expérience historique de l’humanité. « Il n’existe pas de société sans violence. Et la question qui se pose n’est pas savoir comment s’en débarrasser, mais comment les sociétés composent diversement avec une dimension qui les constitue » écrit P. Baudry. (Dans DSp., art. violence, col. 881.)

De son côté, le P. X. Léon-Dufour, commençait son article sur la violence dans le VTB en soulignant les équivoques ou ambiguïtés de ce mot :
« Dans la violence, où l’on ne voit d’abord que destruction brutale, viol, violation, il faut aussi reconnaître la force vitale qui est à son origine et qui, pour se maintenir telle, tend à détruire la vie elle-même. Le terme qui la désigne dérive, tout comme celui de la force vitale, d’une racine indo-européenne désignant la vie (bios-biazomai, vivo, vis). Et la Bible décrit sans illusion l’état violent dans lequel se trouve l’humanité : les forces vitales et les puissances de mort se tiennent en un équilibre provisoire, dont l’ordre apparent est souvent la caricature. » (X. LEON-DUFOUR, art. violence dans VTB, col 1360.)

On comprend alors pourquoi la violence est omniprésente dans les récits bibliques :

– la violence subie par Israël, comme celle qui lui était infligée en Egypte (Ex 1-2) ;
– la violence causée par Israël, telle qu’elle est présentée par exemple lors de la conquête de Canaan (Jos 1-12) ;
– la violence causée par les invasions des grands empires (assyriens, babyloniens, perses, grecs, et romains) qui marqueront l’histoire de ce petit peuple.
– mais aussi violence à l’intérieur d’Israël, comme les luttes entre les tribus, les guerres entre le royaume de Juda et celui d’Israël ;
– les injustices sociales, les violences faites aux pauvres dans la vie de tous les jours et plus spécialement lors de procès ; ces injustices que dénoncent les prophètes (Amos, Osée, Isaïe, Michée et d’autres encore) et que les différents codes législatifs – le Code de l’alliance (Ex 20, 22 – 23, 29); le Code deutéronomique (Dt 12 – 26) ; la Loi de Sainteté (Lv 17 – 26) – cherchent à réguler.

En bref, l’histoire du peuple de la Bible ressemble à l’histoire de tous les peuples du monde, une histoire marquée par des luttes, certaines pour survivre, d’autres pour dominer. Et dans les meilleurs moments, une histoire qui cherche à gérer la violence, à organiser une société plus juste.

Même si ces réflexions ne résolvent pas le problème soulevé par la violence dans la Bible, elles permettent sans doute de mieux le situer.

Mais demeure un aspect plus particulier – plus scandaleux aussi- de la violence biblique : la violence liée directement à Dieu. Je pense ici tout particulièrement à trois catégories de textes : aux ordres donnés par Dieu lors de la conquête et « des guerres de YHWH », ensuite aux oracles contre les nations (païennes) et enfin aux appels à la vengeance que l’on lit dans certains psaumes.
C’est ce point que je voudrais aborder maintenant.

2) Un Dieu violent ou l’image que nous nous en faisons ?

Dieu est-il vraiment violent ou est-ce là l’image que nous nous en faisons ? Un élément qui peut éclairer ce problème est, me semble-t-il, une plus juste compréhension de ce qu’est la Parole de Dieu. La Constitution sur la Parole de Dieu nous rappelle que, dans la Bible, Dieu a parlé par des hommes, à la manière des hommes :
« Puisque Dieu dans la Sainte Ecriture a parlé aux hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Ecriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leur paroles. » (Constitution sur la Parole de Dieu « Dei Verbum
», no. 12)

Et le texte conciliaire continue en insistant sur la nécessaire prise en compte des genres littéraires qui sont insérés dans une culture et dans un temps : « En effet, pour vraiment découvrir ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, on doit tenir un compte exact soit des manières natives de sentir, de parler ou de raconter courantes au temps de l’hagiographe, soit de celles qu’on utilisait à cette époque dans les rapports humains. » (ibid)

Un exégète américain, W. Harrington, commente ainsi ce texte : « Pour nous parler, Dieu s’est servi d’auteurs qui étaient des hommes. […] Aussi ne serons-nous certains de bien entendre ce que Dieu veut nous dire que si nous arrivons à saisir exactement ce que les auteurs eux-mêmes ont voulu dire.
Mais il y a plus. Dieu adapte son message aux dons particuliers de l’instrument qu’il s’est choisi et à la culture de ceux à qui son message s’adresse en premier lieu. Concrètement il nous a parlé, et il continue de le faire, non par la bouche d’Européens ou d’Américains, mais par celle d’anciens Sémites. » (W. HARRINGTON, Nouvelle Introduction à la Bible, Seuil 1971, p. 38.

Essayons d’appliquer ces principes aux trois catégories de textes que je mentionnais tout à l’heure.

– D’abord les guerres saintes ou plutôt les « guerres de YHWH » : ce qui frappe souvent les lecteurs de la Bible, ce sont les ordres donnés par Dieu à son peuple, par exemple lors de la conquête, de détruire totalement les habitants du pays dans lequel il va entrer et tout ce qui leur appartient : c’est faire le hérem – l’anathème – cf. Jos 1, 17.21.

La note de TOB sur Jos 6, 17 nous renseigne sur la signification de ce rite : « Dans le cadre de la guerre sacrale, dont la conduite et l’issue victorieuse appartiennent à Dieu, l’homme se doit de ne rien garder pour lui et de tout consacrer par une destruction radicale au véritable vainqueur. Ce rite a été pratiqué par d’autres peuples que celui d’Israël, en particulier par les Moabites selon l’inscription de leur roi Mésha (9ème s.)

Sur cette inscription découverte en 1868 et qui se trouve actuellement au musée du Louvre, voir Supp. CE 69, p 57. Voici le passage qui nous intéresse directement : « Les gens de Gad avaient habité dans le pays de Atarot depuis toujours et le roi d’Israël avait pris Atarot pour lui. Je combattis contre la cité et je la pris. Je tuai tout le peuple… ; la ville fut en offrande pour Kamosh et pour Moab. »

Ce rite (le hérem), qui se retrouve également dans les documents assyriens de l’époque, veut donc signifier d’abord le renoncement à tout butin, puisque la victoire appartient à Dieu.
En Israël, cette destruction recevra dans les textes plus récents (dans les prescriptions du Deutéronome) une signification plus « acceptable » : éviter ainsi à Israël toute contamination avec les pratiques idolâtriques.
De plus, concernant le hérem, il faut ajouter, – les historiens s’accordent là-dessus, – que ce rite fut souvent « une prescription théorique rarement pratiquée, même lors de la conquête. » (cf. note TOB sur Jos 6, 17).
Reste que ces textes nous renvoient une image de Dieu que nous n’attendrions pas dans la Bible : dans ces récits, le Dieu d’Israël n’est pas plus pacifique que celui des Cananéens.

– Que dire des oracles contre les nations ? Les paroles des prophètes sont très souvent dures à l’égard d’Israël et de Juda, mais elles restent ouvertes ; elles se veulent un appel à la conversion et à l’espérance, dans un avenir possible au moins pour un « Reste ». C’est pourquoi, après les oracles contre Israël et contre Juda, il y a – dans les livres prophétiques – des oracles d’espérance. Pour les (autres) nations, par contre, il n’est habituellement question que de châtiments.

Que Dieu châtie son peuple pourrait se comprendre, en référence à l’alliance conclue. Mais pourquoi Dieu châtierait-il les nations païennes ?
On peut donner quelques raisons. Parfois ces nations ont attaqué, maltraité le peuple d’Israël ; aussi le Seigneur prend-il sa défense. D’autre part, les nations païennes se sont mises sous la protection des idoles et elles font ainsi l’expérience de la « nullité » de leurs protecteurs.
Mais l’image que le lecteur de la Bible, non prévenu, retiendra n’est-elle pas celle d’un Dieu injuste et violent ?
Sans nier ce qui vient d’être dit, il faut cependant relever que dans le message des prophètes, on rencontre également, et d’une manière de plus en plus nette à partir de l’Exil, une ouverture universaliste qui donne autre visage de Dieu à l’égard des peuples païens : je ne mentionnerai ici que le merveilleux petit livre de Jonas.

C’est dire que pour parler équitablement de ce que la Bible nous dit sur l’attitude de Dieu à l’égard des autres peuples, il faut prendre en compte le développement du message biblique, un développement consécutif à la découverte du monothéisme, spécialement à partir du Deutéro-Isaïe. Israël découvre alors que si YHWH est le seul et unique Dieu, il est aussi le Dieu des nations païennes. Cette révélation ne s’est pas faite en un jour. Le texte de Vatican II, que je citai ci-dessus (D. V. no. 12) ajoutait avec raison : « pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, il ne faut pas porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Ecriture. » On voit ainsi combien est dangereuse une lecture fondamentaliste qui isole un passage de l’Ecriture et veut lui donner une valeur absolue, sans tenir compte des développements ultérieurs.

– Parlons enfin des Psaumes imprécatoires et des appels à la vengeance : qui est ce Dieu à qui s’adressent ces psalmistes demandant vengeance et destruction des leurs ennemis ? Comme le notait J. Trublet : « Le psautier accorde une telle place à la violence qu’on ose à peine s’approprier de telles paroles dans la liturgie, qui omet certains passages » (J. TRUBLET, DSp. art. Psaumes, col. 2525). Cf. le Ps. 137, 9 ; mais aussi Ps 18, 38-39 ; 55, 16-24 ; 58, 7-12 ; 59 ; 69, 23-25 ; 109.

Mais d’abord cette image de Dieu que se font les psalmistes est-elle si différente de celle que nous nous faisons souvent nous-mêmes quand nous voudrions que Dieu résolve nos problèmes, qu’il punisse les méchants, qu’il extermine ceux que nous trouvons malfaisants, et qui parfois le sont réellement ?
La violence des Psalmistes est, par ailleurs, en partie excusable : ces hommes vivaient à une époque où l’espérance en une vie au-delà de la vie terrestre était encore inconnue. Dans la Bible, cette espérance ne surgira qu’au temps de la révolte des Maccabées (au 2ème siècle avant J.-C.). Aussi les cris des psalmistes sont des appels à la justice de Dieu. Ce sont les cris des faibles, des opprimés, des sans droits, qui appellent Dieu à leur secours. Certes, ils ne se situent pas encore au niveau du Sermon sur la montagne, mais leur prière est vraie. Comme le dit J. Trublet :
« l’homme de la Bible correspond à un moment où il était possible de haïr son ennemi et de parler à Dieu de façon abrupte. […] – et il ajoute – : paradoxalement je suis l’homme des deux Testaments : j’ai le cœur plein de haine et je suis sauvé en Jésus Christ. Quiconque n’a pas reconnu la violence qui l’habite n’a pas besoin de Jésus sauveur. » (art.cit.)

Si la Bible témoigne de la violence, elle nous révèle aussi autre chose. Ce sera le 3ème point de cette causerie.

3) Du chant de Lamek au Sermon sur la montagne et à la Croix de Jésus

La Bible est l’histoire d’une rencontre entre Dieu et l’homme, mais l’homme bien réel que nous sommes. Comme je le disais, un peu plus haut, en rappelant le texte de la Constitution sur la Révélation (D. V. no. 12), lorsque nous lisons la Bible, il faut replacer chaque parole dans son contexte, la situer à son époque ; il faut aussi voir la place que cette parole tient dans la lente pédagogie de Dieu qui nous conduit jusqu’à Jésus.

Pour rester sur le point qui nous intéresse, celui de la violence, on peut tout d’abord trouver dans la Bible une condamnation progressive de la violence. Cela commence par la loi du talion qui représente, faut-il le rappeler, un progrès considérable par rapport au « Chant de Lamek » que nous lisons en Gn 4, 23-24 : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek septante-sept fois. »

Lus en dehors de ce contexte, les mots du talion « œil pour œil, dent pour dent » sont souvent interprétés comme l’expression de la violence aveugle. En fait, cette loi du talion est un principe juridique selon lequel la peine doit rester proportionnelle à l’offense. Bien évidemment, cela n’est pas encore l’idéal que proposera Jésus dans le Sermon sur la montagne (Mt 5, 38-42) et dans sa réponse à Pierre que nous lisons aussi dans le premier Evangile (Mt 18,21-22).

Sans aller encore jusque-là, l’AT proposait déjà certains dépassements de la loi du talion (cf. Lv 19, 17-18) en demandant de ne pas garder de rancune à l’égard du « frère », c’est-à-dire de celui qui appartenait au même groupe humain ; ici encore Jésus ira beaucoup plus loin dans la réponse au légiste que nous lisons dans la parabole du Samaritain (Lc 10, 29-37).

Une autre ligne de la pédagogie divine pour canaliser la violence nous est donnée dans les représentations de Dieu que nous rencontrons au cours de la révélation biblique. Si dans les textes les plus anciens, l’insistance est mise sur la puissance de Dieu – Dieu se manifeste dans le cadre de l’orage ou/et du tremblement de terre, – d’autres passages bibliques rejettent une telle présentation : ainsi la fameuse scène d’Elie à l’Horeb (1 R 19, 11-13) : Dieu n’est ni dans l’ouragan, ni le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans le bruit d’une brise légère. Comme le souligne une note TOB sur le v. 12 : « le silence qui entoure la venue du Seigneur est peut-être une note anti-baaliste, Baal étant le dieu de l’orage. » Il ne faut donc pas confondre le Dieu biblique avec les dieux de Canaan !

Cette ‘purification’ de l’image de Dieu aura des répercussions sur les représentations du Messie attendu. Ce Messie, d’abord conçu comme un roi guerrier qui détruit tous ceux s’opposent à lui (cf. Ps 110, 5s) deviendra par la suite « un roi humble et pacifique monté sur un âne » comme le présente Zacharie (9, 9), un texte auquel Jésus donnera son « accomplissement » lors de son entrée à Jérusalem.

Mais ce sont surtout les textes du « Serviteur de YHWH » qu’il faut mentionner. Des textes bien mystérieux qui nous présentent un personnage au destin assez singulier. Alors qu’il est présenté comme le « Serviteur de YHWH », chargé d’une mission prophétique (Is 42, 1-4 ; 49, 4 ; 50, 4-9) auprès d’Israël et des nations, cet homme est maltraité et cette violence provient aussi bien de la part des hommes (Is 50, 6) que de Dieu « qui a fait retomber sur lui la faute de tous » (Is 53, 1-11a). La nouveauté consiste dans le fait que l’innocent tient la place des pécheurs et prend sur lui le châtiment qui pesait sur eux : « il a porté le péché des multitudes, il a intercédé pour les criminels » (53, 12). Ce faisant, le Serviteur obtient le pardon des coupables et il sera lui-même glorifié (Is 53, 10).

Mais avant que Jésus donne à ces textes d’Isaïe toute leur dimension, quelques passages de l’AT nous montrent déjà le Dieu de la Bible « de plus en plus affecté par ce qui affecte l’homme. C’est à A. Heschel que revient le mérite d’avoir montré comment les prophètes élaborèrent une « théologie du pathos divin ». La souffrance de Dieu ainsi décrite est une marque de son amour, parce qu’il a voulu se lier, pour le meilleur et pour le pire, à un peuple inconstant : il est tour à tour, le mari bafoué, le père abusé ou l’ami trompé. (Cf. J. TRUBLET, DSp. art. violence, col. 906. La référence au livre de A. HESCHEL, The Prophets, Cracovie 1936 (trad. anglaise, New-York, 1962), vient du ch. 12 : The Theology of Pathos, p. 221ss.)

Parmi beaucoup d’autres, voici deux textes qui témoignent de cette violence subie par Dieu :

Is 43, 24-25 : Avec tes fautes, c’est toi qui m’as réduit en servitude ;
avec tes perversités, c’est toi qui m’as fatigué ;
moi, cependant, moi je suis tel que j’efface par égard pour moi tes révoltes,
que je ne garde pas tes fautes en mémoire.
(trad. TOB)

Za 12, 10 : Ils regarderont vers moi qu’ils ont transpercé.

ce verset que J. Trubet commente ainsi : « en leur (aux hommes) offrant ainsi avec le pardon un esprit de supplication, (Dieu) peut leur révéler un amour qui n’a rien à voir avec les notions de justice, de faiblesse, d’impassibilité. Au-delà de cette présentation de Dieu qui se révèle en termes humains, les discussions théologiques sont nécessaires ; mais toute réflexion qui ne tiendrait pas compte de cette image d’un Dieu qui subit la violence des hommes et pardonne serait incomplète et insatisfaisante. » (art. cit. col 906-907.)

Devant la Croix du Fils …

Il faut conclure, et pour cela mettre en lumière ce qui, pour nous chrétiens, est le sommet de la révélation biblique : Jésus dans ses paroles et dans sa vie.

Un Dieu qui subit la violence des hommes et qui pardonne, tel est le coeur du message chrétien, le cœur du NT. Il ne suffit pas de « gérer » la violence, il faut la déraciner, déraciner tout ce qui peut, de près ou de loin, susciter la violence. Dépassant la loi du talion, Jésus demande de renoncer non seulement au meurtre mais à toute parole violente, à toute injure (Mt 5, 22). Il faut pardonner non seulement 7 fois mais 70 fois 7 fois (Mt 18, 22). Voilà ce que propose Jésus à qui veut le suivre sur son chemin.

Et il a donné lui-même l’exemple : au lieu de résister aux violents et de les exterminer, il s’est soumis à leurs mauvais traitements. Par là, il a révélé un amour qui s’abaisse et qui pardonne.
Et à travers lui, nous est révélé le Père avec qui il est uni dans sa passion : « Dieu se révèle non plus dans la violence qu’on lui attribuait autrefois, mais dans la soumission de son Fils crucifié ». (art.cit. col. 908).

Le Christ n’a pas supprimé la violence, mais en passant par elle, il en a triomphé. Et devant la croix du Christ, nous savons qu’en Dieu, il n’y a pas de violence, qu’il la condamne sans restriction. Cette violence qui pourtant demeure dans le monde et en nous.

LA PERIODE PARTIARCALE : Gn 12 – 50


Le livre de la Genèse comprend deux parties bien différentes : Gn 1-11 est consacré aux origines du monde et de l’humanité, alors que les chapitres 12-50 nous parlent des ancêtres de l’histoire d’Israël.

Qui dit ancêtres d’Israël pense aussitôt à la formule, souvent reprise dans le Deutéronome, « Abraham, Isaac et Jacob ». Mais les chapitres 12-50 de la Genèse ne font qu’une petite place à Isaac (en Gn 26). En effet, après avoir parlé d’Abraham (Gn 12-25), la Bible nous parle de Jacob, l’ancêtre des douze tribus (Gn 27-36), puis de Joseph, un des fils de Jacob (Gn 37-50). Comme nous le dit l’introduction à la Genèse : « Si l’on fait abstraction d’Isaac, on constate que la Genèse met en place trois types d’ancêtres : Abraham, l’ancêtre commun par excellence, puisque sa descendance consiste également en de nombreuses tribus arabes ; Jacob, l’ancêtre d’Israël, le père des douze tribus ; Joseph enfin, l’ancêtre de la diaspora, c’est-à-dire du judaïsme de la dispersion. » (Le Pentateuque. Traduction œcuménique de la Bible, Cerf – SBF 2003, p. 26)

Les traditions liées à la figure d’Abraham sont localisées dans le sud du pays (Hébron, Mamré) ; celles où intervient Jacob nous conduisent dans le centre du pays (Béthel, Sichem) et jusque vers Aram ; enfin les chapitres consacrés à Joseph nous emmènent en Egypte.
En dehors du Pentateuque, les traditions sur Jacob sont celles qui semblent les mieux attestées dans la Bible : un passage du prophète Osée (au 8ème siècle) les suppose connues de ses auditeurs (cf. Os 12, 4-9.13-14).

Le première référence à Abraham, en dehors du Pentateuque, se trouve en Ez 33, 24. De plus dans l’AT, en dehors de la Genèse, le nom d’Abraham seul, ne se lit que 14 fois, alors que celui de Jacob seul, se rencontre 141 fois ; dans le NT, au contraire, Abraham est cité 72 fois et Jacob 23 fois : voir D. NOEL, dans CE 99, Les origines d’Israël, p. 60-65.

Quant à l’histoire de Joseph, en dehors de la Genèse, elle ne se retrouve que dans le Ps 105, 16-23. C’est pourquoi, on pense pouvoir situer « l’origine du roman de Joseph dans la communauté juive d’Egypte à l’époque perse. Joseph devient un exemple pour montrer aux lecteurs comment on peut être vraiment juif tout en vivant parmi les païens. » (Le Pentateuque, op. ci. p. 27)

Comme on le voit, les derniers rédacteurs du Pentateuque ont réunis dans les chapitres 12-50 de la Genèse des traditions d’origines et d’époques bien différentes. Il est donc difficile de tirer de ces textes des données sûres pour un historien : Israël parle ici de ses ancêtres comme les autres nations. Mais en plaçant les patriarches entre les récits racontant la création du monde et celle de l’humanité et ceux qui sont rattachés à la tradition de Moïse et de l’Exode, la Bible fait le lien entre l’histoire d’Israël et celle de toute l’humanité. Et par là, elle donne à ces textes, sur les ancêtres d’Israël, une dimension universelle : ils racontent aussi notre histoire et nous préparent à mieux comprendre l’histoire du salut. Il vaut donc la peine de prendre le temps de les lire et les (re)découvrir.

Pour les textes appartenant au cycle d’Abraham :voir ceux présentés dans le dossier Les Ancêtres de Jésus I. Pour ceux qui nous parlent de Jacob et de Joseph, voici une proposition :

1) Gn 25, 19 – 34 : Jacob et Esaü

1) Que contient ce passage de Gn ?
2) Qu’est-ce qui est dit de ces deux enfants dans les v. 19 – 28 ?
3) Comment l’auteur nous présente-t-il Jacob et Esaü dans les v. 29-34 ? Quelle leçon en tire-t-il ?

Question 1 Sur tout ce texte, lire la note de BJ sur le titre.
• La BJ divise ce passage en deux : la naissance des enfants (v. 19-28) et l’histoire du droit d’aînesse (v. 29-34). La TOB donne un seul titre : Esaü et Jacob.
• Noter la mention de la stérilité de Rébecca (comme Sara, en Gn 16, 1, ou Rachel, en Gn 29, 31).
• La naissance de ces deux enfants nous apparaît ainsi encore davantage comme un don de Dieu.

Question 2
• Ils sont jumeaux (v. 22), mais ils sont très différents. Ils se heurtent (déjà) dans le sein de leur mère (cf. la note BJ sur v. 23).
• Esaü est le premier à voir le jour (v. 25), mais Jacob lui tient le talon (v. 26).
• Sur les noms donnés aux deux enfants, lire les notes de BJ et TOB ; ce sont des étymologies populaires (voir la note sur le v. 26). Pour une autre explication du nom d’Esaü, voir le v. 30.
• Noter encore les différences entre ces deux enfants et les préférences des parents : v. 27-28.

Question 3
• Jacob nous est présenté comme un pasteur au campement, un Bédouin habile à tirer profit de toute situation rencontrée.
• Esaü est un homme qui court le désert ; affamé, il est prêt à tout sacrifier pour avoir à manger ; remarquer les 5 verbes dont Esaü est le sujet, au v. 34.
• Sur le droit d’aînesse, voir Dt 21, 17 (cité en marge dans BJ).

Que retenir de ce texte ?

• Dans ce texte, le peuple d’Israël veut nous donner une présentation de son histoire passée. L’auteur ne cache pas le caractère rusé de l’ancêtre du peuple (Jacob-Israël) ; il s’en glorifie plutôt. Ce qu’il raconte veut expliquer les tensions qui en résultent avec les peuples voisins, au cours de l’histoire, ici plus particulièrement avec les Edomites (Esaü = Edom).
• L’histoire présente cette situation comme voulue par Dieu (v. 23) qui, librement, donne sa préférence au cadet (cf. la note BJ sur Gn 4, 5).

2) Gn 26, 16 – 33 : Autour des puits

1) Situer notre texte ? A quel cycle appartient-il ?
2) Sur quoi le récit veut-il insister dans les v. 15-25 ?
3) De quoi s’agit-il dans les v. 26-33 ? Quelle était la situation au début du récit ? A quoi est-on parvenu à la fin ?

Question 1
• Pour ce texte, lire la note de BJ sur Gn 26 (titre).
• Après le cycle consacré à Abraham (Gn 12, 1 – 25, 18) commence un cycle consacré à Isaac et Jacob (Gn 25, 19 – 37, 1). En fait, ce cycle parle surtout de Jacob, le grand patriarche père des douze tribus. Gn 26 est un des seuls récits où Isaac est le personnage principal.
• Gn 26 commence par un autre récit concernant Isaac (parallèle à Gn 12, 10 et Gn 20, avec Abraham) ; notre passage forme la suite de cet épisode.
• Le texte comprend deux parties selon la BJ (v. 15-25 et 26-33), mais elles sont toutes les deux en rapport avec les droits sur les puits. La TOB place tous ces versets sous un seul titre. Il s’agit des relations d’Isaac avec ses voisins, ici Abimélek et les gens de Gérar.

Question 2
• Dans les v. 15-25, noter la répétition du mot « puits » : les droits d’eau dans le désert sont une question vitale pour les nomades éleveurs de petit bétail ; d’où les fréquentes contestations entre les différents groupes (cf. Gn 21, 25-31, cité en marge dans BJ). Isaac a hérité des puits d’Abraham, mais il rencontre des oppositions. Remarquer le caractère pacifique d’Isaac (v. 17s ; v. 20s).
• Dans les v. 23-24, nous retrouvons les promesses faites jadis à Abraham : cf. la note BJ sur le v. 23 ; dans le Pentateuque de la TOB 2003, on pourrait lire la note sur le v. 24.

Question 3
• Dans cette situation conflictuelle, Abimélek vient demander une alliance / un serment à Isaac, qu’il reconnaît comme un homme béni par le Seigneur (v. 28).
• Le rite de l’alliance sera un repas partagé (v. 30 – comparer avec Ex 24, 11 et la note TOB) et par un engagement solennel entre les partenaires (v. 31).
• Ce qui est recherché par une telle démarche, c’est la paix entre les deux groupes humain, entre Abimélek et ses gens et Isaac et les siens. Pour la signification biblique du mot « paix », lire la note de BJ en Jr 6, 15 ; dans la TOB, voir la note donnée sur 1 R 5, 26.

Que retenir de ce texte ?
• Nous avons ici un exemple de ces alliances qui permettaient à des groupes humains différents de dépasser leurs conflits d’une manière pacifique. Grâce à un rite d’alliance, ils se considéraient comme des « frères » et s’engageaient à se traiter en conséquence.
• Ce texte nous rappelle aussi l’importance de l’eau dans la Bible et, par là, la signification de l’eau dans des textes comme Jn 4 !

3) Gn 27, 1 – 45 : La bénédiction volée.
1) Qui sont les personnages de ce récit ? Que font-ils ? Que disent-ils ?
2) Relever dans ce texte les expressions qui reviennent plusieurs fois. Quelle est pour vous
la signification de ce récit ?
3) Que pouvons-nous en retenir ?

Question 1
• Isaac : il est vieux, se sent proche de la mort (v. 1-2. 4. 7. 10) ; il est presque aveugle ; il veut bénir son fils aîné avant de mourir. Il découvre trop tard la ruse de Jacob (v. 33) et il reconnaît alors qu’il ne peut changer la bénédiction qu’il lui a accordée (v. 37-38).
• Rebecca : elle surprend la conversation entre Isaac et Esaü (v. 5) ; à cause de sa préférence pour Jacob (cf. Gn 25, 28, cité en marge dans BJ), elle veut que la bénédiction soit donnée à celui-ci et elle en prend les moyens (v. 11-17) ; de même, un peu plus tard, elle apprend le projet d’Esaü (v. 42-45) et elle envoie Jacob chez son frère Laban.
• Jacob : invité à prendre le rôle de son frère, il craint la malédiction (v. 12), mais rassuré par sa mère (v. 13), il fait ce qu’elle lui demande (v. 14-17). Face à son père, il ment (v. 18-21. 24) et reçoit ainsi la bénédiction réservée à l’aîné (v. 27-29). Il doit fuir la colère de son frère (v. 43-44).
• Esaü : il reçoit l’ordre de son père (v. 1-4) et il part pour l’accomplir (v. 5b). Revenu de sa chasse, il prépare le repas pour son père, mais c’est trop tard (v. 30-33) ; il a perdu la bénédiction, comme autrefois son droit d’aînesse (v. 36). Sur la signification des paroles que son père prononce sur lui (v. 39-40), lire la note BJ. Il décide alors de tuer son frère après la mort de son père (v. 41).

Question 2
• Lire les notes de BJ et TOB sur le titre de ce chapitre.
• Noter les répétitions du verbe « bénir » (15 fois) ; cf. aussi « bénédiction » (5 fois).
• Pour la signification de ces termes, lire en BJ les notes sur les v. 27 et 33 ; en TOB, voir les notes sur le v. 29 et 33 ; on peut encore consulter en BJ les notes sur Gn 9, 25 et 14, 19.
• Selon la Bible, Jacob est l’ancêtre des douze tribus qui formeront le peuple d’Israël, alors qu’Esaü est l’ancêtre des Edomites (Esaü = Edom), un peuple voisin et souvent ennemi d’Israël.
• Sur les relations entre ces deux peuples, cf. les paroles d’Isaac dans les v. 22- 29 et 39-40. Pour l’auteur du texte, la bénédiction du patriarche avant sa mort, annonce le destin futur des deux nations : cf. les notes de BJ sur les v. 27 et 40.

Question 3
• Ce récit biblique rappelle l’importance de la bénédiction. Etre béni (de Dieu) est source de vie, de prospérité.
• Le récit marque aussi la liberté de Dieu, qui peut passer même à travers le péché des hommes (cf. la fin de la note BJ sur le titre de Gn 27 ; lire aussi les références que vous trouvez à cet endroit).

4) Gn 28, 10 -22 : Le songe de Jacob

1) Replacer notre texte dans son contexte.
2) Ce texte porte les marques d’une longue histoire, mais quel est le contenu du
texte tel que nous le lisons aujourd’hui ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce récit sur Dieu ? et sur Jacob ?

Question 1
• Ce texte peut être la suite de Gn 27, 45 (une tradition sacerdotale), mais dans le contexte actuel, il fait également suite à Gn 27, 46 – 28, 5.
• Ce texte marque le début du récit du voyage de Jacob qui s’étend jusqu’en Gn 35.

Question 2
• On remarque facilement dans ce texte des « aspérités » : ainsi la vision des anges (v. 12) et celle de Dieu (v. 13a) ; la promesse magnifique de Dieu (v. 13b-15) à comparer avec ce que dit Jacob dans les v. 16-17 et 20.
• Dans le texte tel que nous le lisons aujourd’hui, on peut distinguer 3 parties : le songe de Jacob (v. 11-12), la promesse de Dieu (v. 13-15) et la réaction de Jacob à son réveil (v. 16-22).
• Sur les v. 11-12 : noter la triple répétition du mot « lieu » au v. 11 ; ce même terme reviendra 3 fois dans les v. 16.17 et 19.
• La vision de « l’escalier » (cf. la note TOB sur v. 12) : il s’agit de la rampe d’accès à une tour à étage comme on en voyait en Mésopotamie ; les anges qui montent et descendent symbolisent le lien entre le ciel et la terre.
• Pour les v. 13b-15, lire les textes indiqués dans la marge de BJ. Comparer aussi avec la bénédiction paternelle de Gn 27, 27-29 : quelles remarques pouvez-vous faire ?
• Dans la réaction de Jacob (v. 16-22) : étonnement et peur ; cf. Ex 19, 12 + (cité en marge dans BJ) ; sur le rite que Jacob accomplit, cf. la note BJ et TOB sur v. 18 ainsi que le renvoi à Ex 23, 24 +.
• Les v. 20-22 contiennent une double promesse : construire un temple et payer la dîme (cf. note TOB sur v. 22) ; voir encore Am 4, 4 et la note de BJ sur ce verset.

Question 3
• Le Dieu des patriarches est le Dieu du clan (v. 13) ; il protège ses fidèles dans leurs migrations.
• Il est au ciel (au sommet de « l’escalier »), mais il s’intéresse à ce qui se passe sur la terre. Dieu se manifeste en un lieu (ici à Béthel), mais il n’est pas lié à un lieu.
• Ce récit attribue à Jacob la fondation du sanctuaire (cf. Gn 12, 8-9) qui deviendra le sanctuaire le plus important du Royaume du Nord (cf. 1 R 12, 29 et note BJ).

5) Gn 32, 23 – 33 : Le combat de Jacob

1) Situer ce texte dans le cycle de Jacob : quelle place tient ce récit ?
2) Que contient notre texte ? Comment est-il construit ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce récit biblique ?

Question 1
• Après l’histoire de la naissance des deux enfants (Gn 25, 19ss), après le vol de la bénédiction paternelle (27, 1ss), qui l’oblige à partir chez Laban (28, 1ss), Jacob s’est marié (29, 15ss), il est devenu chef de famille et s’est enrichi. Maintenant il veut retourner dans son pays (30, 25ss).
• Devant l’attitude de Laban, Jacob prend la fuite avec ses femmes, ses enfants et tout ce qui lui appartient (31, 17ss).
• Rattrapé par Laban, il conclut avec lui un traité (31, 43ss) et continue son chemin vers son pays (32, 1ss) où il craint la rencontre avec son frère Esaü (32, 4ss).
• Jacob se trouve maintenant au bord du Yabboq qu’il doit franchir pour entrer dans la terre ; il va passer le gué et affronter son frère Esaü (33, 1ss).

Question 2
• Ce récit contient également des éléments anciens (cf. la note BJ sur 32, 23 – titre-) qui ont été retravaillés au cours des siècles de tradition (peut-être une vieille légende liée au danger que représente le passage du Yabboq).
• Notre texte comprend trois parties : une introduction (v. 23-24), le combat nocturne (v. 25-30) et les conséquences de cette lutte pour Jacob (v. 31-32).
• Jacob est resté seul sur la rive nord du Yabboq (v. 23-25)
• Le récit nous dévoile progressivement l’identité de l’inconnu que Jacob doit affronter : c’est tout d’abord un homme (v. 25b), mais qui a des pouvoirs mystérieux (v. 26). Jacob refuse de le lâcher avant qu’il ne l’ait béni (v. 27)
• L’inconnu change le nom de Jacob (sur la signification de ce fait, lire note TOB sur v. 28 ; en BJ voir Gn 17, 5 et la note) ; il lui accorde la bénédiction, mais il refuse de lui dévoiler son nom (cf. note TOB sur v. 30 ; en BJ voir le renvoi indiqué en marge à Jg 13, 17 +).
• Le v. 31 souligne le caractère exceptionnel de cette rencontre : cf. la note BJ sur ce verset et le renvoi (en marge) à Ex 33, 20 +.
• Sur le v. 33, lire la note BJ : c’est sans doute un tabou dont on ne connaît plus l’origine.

Question 3
• Ce combat de Jacob est déjà connu du prophète Osée : Os 12, 4 – 6 (vers 750) ; ce récit aura un grand retentissement dans la tradition (spirituelle et artistique) ; cf. la note TOB sur le titre.
• Ici Jacob lutte pour obtenir la bénédiction : une longue lutte jusqu’au lever de l’aurore (v. 25 ; cf. note sur v. 30). Le patriarche reste marqué par cette rencontre avec Dieu (v. 32 et note TOB).
• Sur le changement de nom (Jacob-Israël), cf. la fin de la note de BJ sur v. 29).

6) Gn 35, 1 – 15 : Jacob à Béthel

1) Situer ce passage dans son contexte.
2) De quoi parlent les v. 1-15 de ce chapitre ?
3) Que pouvons-nous retenir ?

Question 1
• Ce récit est en lien avec Gn 28, 10-22 et le voeu que Jacob avait fait quand il fuyait son frère Esaü.
• Mais il est également – et encore plus directement – relié à Gn 34 : après la vengeance de Siméon et Lévi, suite au viol de Dina (Gn 34, 25-28), Jacob doit prendre la fuite (Gn 34, 30 ; cf. 35, 5).
• Après les versets que nous étudions, le chapitre de Gn 35 contient encore quelques éléments de l’histoire de Jacob : la naissance de Benjamin et la mort de Rachel (v. 16-20), la liste des douze fils, qui deviendront les douze tribus (v. 22b-26) et enfin l’arrivée à Mambré et la mort d’Isaac, enseveli par Jacob et Esaü (réconciliés ?).

Question 2
• Sur ce passage, voir la note de TOB sur Gn 35, 1.
• Il y a d’abord un ordre de Dieu à Jacob : il doit monter de Sichem à Béthel et accomplir le voeu qu’il avait fait (en Gn 28, 22).
• Pour les v. 2-5 : lire la note de BJ sur v. 2 ; on peut comparer ce que Jacob demande ici à sa famille avec ce que Josué demandera au peuple entré dans la terre (cf. les références données ici en marge par la TOB) ; voir spécialement Jos 24).
• Sur la purification demandée (v.2), lire la note BJ ; mais il est surtout question d’abandonner tous les dieux étrangers (v. 4 et note TOB), ce qui leur vaut la protection divine (v. 5 et note TOB).
• Les v. 6-7 racontent l’exécution de l’ordre de Dieu reçu au v. 1.
• Le v. 8 mentionne la mort de Débora, la nourrice de Rebecca (cf. Gn 24, 59) et explique ainsi le nom d’un lieu.
• Les v. 9-10 forment un doublet avec Gn 32, 29.
• De même dans les v. 11-13 nous retrouvons une bénédiction concernant la postérité et le don de la terre. Cf. encore la note TOB sur le v. 13 et le renvoi à Gn 17, 22.
• Pour les v. 14-15 : comparer avec Gn 28, 18-19 ; cf. la note TOB sur Gn 35, 14.

Question 3

• Ce chapitre montre, une fois de plus, l’importance accordée à Béthel et à son sanctuaire par son rattachement à Jacob.
• La tradition de Sichem comme le lieu du choix exclusif de Dieu et le rejet de toutes les idoles.
• Sur la signification du nom El-Shaddaï, lire la note signalée en BJ sur Gn 17, 1 +

7) Gn 37, 2 – 36 : Joseph et ses frères

1) De quoi parle ce chapitre ? Comment peut-on diviser ces versets ? Qui intervient dans ce récit ? Où se passe cette scène ?
2) Qu’est-ce que récit nous apprend sur Joseph ? et sur ses frères ?
3) Que nous apporte ce texte biblique ?

Question 1

• Il est question de Joseph et de ses frères, de leurs relations et des conséquences. Sur ce récit, voir les notes BJ sur le titre et sur 37, 12). Voir aussi la note TOB sur Gn 37 (titre).
• On peut y voir trois parties : les causes du drame (v. 2-11) ; Joseph vendu par ses frères (v. 12 – 29) ; la nouvelle rapportée au père (v. 31 – 35).
• Le personnage principal est évidemment Joseph : en face de lui, nous trouvons ses frères (ce terme revient presque 20 fois dans ces versets) et leur père, appelé Israël (v. 3 et 13) et Jacob (v. 34).
• Les Madianites / Ismaélites (v. 25. 28 et 36) ont un rôle très secondaire.
• Parmi les frères, deux ont une place particulière : Ruben, l’aîné dans les v. 21-22 et 2 (cf. Gn 35, 23) et Juda dans le v. 26.
• La scène commence et se termine « à la maison » où se trouvent réunis Israël et ses fils (v. 2-11 ; v. 32-35) ; mais elle se déroule surtout dans la campagne où paissent les troupeaux : deux noms sont cités : Sichem (v. 12.13.14) et Dotân (v. 17 et note TOB).

Question 2

• Joseph est le préféré de son père (v. 3) ; celui-ci lui a fait faire une tunique ornée (v. 3. 23. 32) ; à cause de cette préférence, il est haï par ses frères (v. 4).
• Joseph a des songes (v. 5 ; cf. note BJ ; v. 9) dont le récit et l’interprétation aggravent encore l’inimitié que lui vouent ses frères (v. 8 et 11 ; cf. v. 19-20).
• Envoyé vers ses frères pour prendre de leurs nouvelles, il obéit (v. 13). Mais il sera mal accueilli par ses frères (v. 18-19), dépouillé de sa tunique et jeté dans une citerne asséchée (v. 23-24), puis finalement vendu pour vingt sicles d’argent et emmené en Egypte ( v. 28).
• Les frères sont jaloux de Joseph (v. 3 – 7) ; leur haine grandit encore à cause des songes (v. 8. 10-11) ; ils sont prêts à le tuer (v. 20), mais décident finalement de le vendre (v. 27-28 ; ils donnent enfin un rapport mensonger à leur père (v. 31-32).
• Noter plus particulièrement le v. 25a (après ce qui vient d’être raconté !) ainsi que la fin du v. 32 : « regarde si ce ne serait pas la tunique de ton fils ».

Question 3
• Relire les premières phrases de la note BJ donnée sur le titre (Histoire de Joseph).
• Remarquer la tension entre la haine que les frères ont pour Joseph et la force des liens du sang (v. 21. 26-27 ; cf. la note TOB sur v. 26).

8) Gn 42, 1 38 : La première rencontre de Joseph avec ses frères

1) Situer ce texte dans l’histoire de Joseph.
2) Que contient ce passage ? Suivre le fil du récit.
3) Que penser du comportement de Joseph ? et de celui des frères ?

Question 1• Après Gn 37, l’histoire de Joseph continue en Gn 39 (cf. la note de BJ sur le titre).
• Emmené en Egypte, Joseph est vendu à Potiphar ; mais « il est assisté par le Seigneur » ; il devient ainsi majordome de Potiphar (39, 4) et il lui apporte la bénédiction de Dieu. Faussement accusé par la femme de Potiphar (39, 7-18), il est jeté en prison (39, 19-20).
• Mais Dieu l’assiste toujours (39, 21) ; il gagne la confiance du geôlier chef (39, 22-23).
• Gn 40 nous raconte les songes de deux officiers de Pharaon et l’interprétation qu’en donne Joseph et qui se réalise. En Gn 41, c’est le Pharaon qui a des songes qui le troublent ; devant l’incapacité des magiciens à donner une interprétation, l’officier – à qui Joseph avait indiqué la signification de son rêve – se souvient de cet « Hébreu » (41, 9-13).
• Joseph interprète alors les songes (41, 25-32) et invite Pharaon à choisir « un homme sage et intelligent » pour faire face à la situation (41, 33-36). Pharaon choisit alors Joseph, qui devient le second sur tout le pays d’Egypte (41, 37-45). Il prend des mesures adéquates pour affronter les années de disette annoncées par les songes (41, 46-49). La famine concerne également les pays voisins (41, 56-57), ce qui va provoquer la rencontre de Joseph avec ses frères (Gn 42).

Question 2• Deux parties : le voyage des frères en Egypte (v. 1-24) et leur retour en Canaan (v. 25-38).
• Jacob envoie les dix frères pour acheter du grain (v. 1-4) ; ils sont reconnus par Joseph (v. 5-7) et accusés d’être des espions (v. 8-12). Ils parlent alors de leur famille, ce qui permet à Joseph de les mettre à l’épreuve (v. 13-17 ; cf. encore note TOB sur v. 16 et le v. 18.
• Il les renvoie, retenant Siméon et exigeant qu’ils lui amènent le plus jeune frère (v. 18-20).
• Dans leur situation difficile, ils se souviennent de leur crime d’autrefois (v. 21-22).
• Au retour, à la première halte, ils découvrent l’argent remis dans un sac et prennent peur (v. 25-28 et notes BJ et TOB sur v. 28). Revenus chez leur père, ils racontent leur rencontre avec « l’homme qui est seigneur du pays » (v. 29-34) ; ouvrant alors leurs sacs, ils trouvent chacun leur bourse d’argent, ce qui provoque encore leur peur et celle de leur père (v. 35-36), qui cependant refuse de laisser partir Benjamin, malgré les paroles de Ruben (v. 37-38 et note TOB sur v. 38).

Question 3
• Joseph les reconnaît mais il feint de leur être étranger ; il les traite durement (v. 7. 9-12).
• Il exige la présence de Benjamin pour vérifier leurs paroles (v. 16) et les met en prison pour trois jours (v. 17). Parce qu’il « craint Dieu » (v. 18), il leur permet de rentrer chez eux, mais garde un d’eux en otage (v. 18-19). Devant leur début de repentir, il s’écarte et pleure (v. 24). En remettant l’argent dans leurs sacs, Joseph les met à l’épreuve (cf. v. 28).
• Les frères se prosternent devant Joseph (v. 6 ; cf. le renvoi à Gn 37, 5-11 en marge du v. 8).
• Dans les v. 21-22, les frères parlent de leur faute passée et y reconnaissent la cause de leur malheur actuel.

9) Gn 43, 1 à 45, 15 : La seconde rencontre et la reconnaissance

1) Lire ce (long) texte) et repérer les étapes du récit,
2) Qui sont les personnages mis en valeur dans ce texte ? Qu’apprenons-nous d’eux ?
3) Que pouvons-nous retenir de ce texte, en particulier, sur Dieu ?

Question 1• Sur tout ce récit, lire la note de TOB sur Gn 43, 1 (titre). Les provisions du premier voyage sont épuisées, il faut retourner en Egypte (43, 1-2), mais il ne peut être question d’y aller sans emmener Benjamin (43, 3-10) ; le père finit par céder (43, 11-14).
• A leur arrivée, les onze frères sont conduits à la maison de Joseph (43, 15-17) ; ils ont peur mais sont rassurés (43, 18-23) ; ils sont invités à un repas en présence de Joseph et Benjamin est particulièrement honoré (43, 24-34 ; cf. note TOB sur v. 34).
• Avant leur départ, Joseph fait placer sa coupe dans le sac de Benjamin ; rattrapés et accusés de vol, ils protestent de leur innocence mais la coupe est retrouvée dans le sac de Benjamin qui doit ainsi devenir l’esclave de Joseph (44, 1-17). Juda – qui s’était porté garant de son jeune frère, cf. 43, 8-9, – demande de pouvoir rester à sa place (44, 18-34)
• Joseph se fait alors reconnaître (45, 1-4), les rassurent (45, 5-8) et les envoient porter la bonne nouvelle à leur père en l’invitant à descendre en Egypte (45, 9-15).

Question 2• Dans ce récit, c’est Juda qui tient un rôle particulier (et non Ruben) : 43, 3. 8 ; 44, 14. 18. C’est lui qui intervient auprès du père pour qu’il laisse partir Benjamin (43, 1-10) ; c’est lui qui plaide auprès de Joseph et s’offre pour prendre la place de Benjamin (44, 18ss).
• Les frères – mentionnés en groupe – obéissent à leur père (43, 15) ; ils se présentent devant Joseph (43, 16) ; ils ont peur (43, 18) et veulent se justifier (43, 19-22) ; ils offrent à Joseph le présent qu’ils ont apporté (43, 26) et se prosternent devant lui (v. 26 et 28), puis ils participent au festin (43, 34).
• Dans le ch. 44, ils se montrent coopératifs (v. 7-11), puis solidaires dans leur malheur (v. 13 ; cf. v. 16). Au ch. 45, ils sont bouleversés quand Joseph se fait reconnaître (v. 3 et note BJ).
• Joseph fait préparer pour ses frères un grand repas (cf. la note TOB sur 43, 15 – titre-) ; il les salue amicalement et s’informe de la santé de leur vieux père (43, 27) ; il marque sa préférence pour Benjamin (43, 3. 29-30. 34 ; cf. encore 45, 14). En Gn 44, Joseph met ses frères à l’épreuve : vont-ils se montrer solidaires de Benjamin ? A la suite de cette épreuve, il se fait reconnaître (54, 3-4 et 14-15). Noter tout particulièrement Gn 45, 4-8 (cf. note BJ sur v. 5 et le renvoi à Gn 50, 20).
• Sur le père – appelé ici Israël : Gn 43, 6. 8. 11 ; cf. 45, 21) – le texte souligne l’attachement particulier pour Benjamin : 43, 6 ; cf. 44, 20-31).

Question 3• L’humble soumission du vieux père en Gn 43, 13-14.
• Ce que dit Juda en Gn 44, 16 ; cf. les notes BJ et TOB sur v. 16.
• Noter tout particulièrement la place de Dieu dans ce qui est arrivé à Joseph : Gn 45, 5-8 (trois fois, Joseph reconnaît : Dieu m’a envoyé …).Lire la note BJ sur Gn 45, 5.

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA CREATION ET LE DELUGE

Lorsque nous voulons lire un livre, surtout s’il s’agit d’un ouvrage ancien ou étranger à notre culture, nous sommes habitués à y trouver quelques mots d’introduction qui doivent nous permettre d’aborder le texte avec plus de facilité et surtout avec plus de fruit.

Cette situation se vérifie pour la lecture de la Bible. En effet, les textes que nous lisons, quand nous ouvrons une Bible, nous parviennent d’un monde bien différent du nôtre, par le temps et par la culture. La Bible se présente comme la tradition religieuse du peuple d’Israël, c’est-à-dire d’un groupe de tribus du Proche-Orient, vivant dans le carrefour des mouvements de peuples et de pensées, entre l’Egypte et la Mésopotamie. Un monde que nous avons parfois de la peine à comprendre, même lorsqu’il nous est contemporain !

Or, et c’est là, une deuxième difficulté de la Bible, le milieu par lequel et pour lequel, la Bible a été tout d’abord écrite, ne nous est pas seulement étranger par la culture, mais il est également très éloigné de nous dans le temps. Les traditions d’Israël qui ont trouvé leur place dans la Bible, peuvent remonter jusqu’au 2ème millénaire avant notre ère. L’histoire patriarcale avec Abraham est habituellement située vers 1850, la sortie d’Egypte au cours du 13ème siècle et la grandeur du royaume sous David et Salomon, autour de l’an 1000 avant notre ère.

Ainsi quand nous lisons la Bible, et plus précisément la première partie de ce livre, – ce que les Juifs appellent la TORA, la LOI et que nous nommons le Pentateuque – nous nous trouvons en face de textes qui peuvent remonter à plus de 2500 ans et dont certains nous relatent des traditions orales qui peuvent aller encore bien au-delà.

Ces quelques remarques préliminaires peuvent suffire, au moins momentanément, pour évoquer la difficulté qu’éprouvent des chrétiens d’aujourd’hui devant la Bible. Elles nous rappellent aussi qu’il faut être prêt à un certain effort si nous voulons lire ces textes que nous regardons comme la Parole de Dieu pour tous les hommes. La Constitution sur la Parole de Dieu de Vatican II précise notre travail et souligne bien les motifs qui justifient cet effort : « Puisque Dieu, dans la Sainte Ecriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Ecriture, pour voir clairement ce que Dieu a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les auteurs sacrés ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. » (D. V. no. 12)

Gn 1 – 11

L’étude biblique que nous présentons ici sera consacrée à quelques passages des 11 premiers chapitres de la Genèse, qui sont aussi les premiers récits que nous rencontrons lorsque nous ouvrons une Bible.

Pourquoi avoir choisi ces chapitres ? D’une manière négative, je dirai que ce n’est pas parce qu’ils sont les premiers chapitres du livre et qu’ils seraient ainsi les plus anciens, ceux qui permettraient de mieux comprendre la suite, comme c’est le cas dans un livre ordinaire. En effet, la Bible n’a pas été composée de cette manière, ni selon un ordre logique et chronologique ; la Bible se présente davantage à nous comme une bibliothèque que comme un livre.

D’une manière positive, j’ajouterai que ce choix peut se justifier par le fait que ces chapitres sont, pour beaucoup de chrétiens, parmi les plus connus de l’AT. Mais cette connaissance est également très souvent marquée par un climat de tensions, de luttes apologétiques ; c’est un des lieux type de l’affrontement foi – science ou, si vous préférez, entre la Parole de Dieu et les recherches humaines.

Une autre raison d’aborder ces textes est le fait qu’aujourd’hui on rencontre un large consensus concernant les difficultés soulevées par la lecture de ces pages. Même si toutes les solutions ne sont pas entièrement éclairantes, le sens global de ces textes nous est désormais ouvert, grâce aux études sur la Bible et aux découvertes archéologiques qui nous aident à mieux replacer ces textes dans leurs milieux de pensée.

Je pourrai ajouter une troisième raison : ces 11 premiers chapitres, où nous trouvons deux traditions différentes entrelacées, sont aussi une excellente illustration d’un des problèmes qui se posent au lecteur de la Bible. Ces chapitres permettent de mettre en lumières les divergences entre les traditions bibliques ainsi que leur convergence profonde. Ces 11 premiers chapitres forment actuellement une unité et, en les lisant, nous découvrons comment la révélation s’est faite en empruntant souvent aux cultures du Proche-Orient ancien, mais en imprimant à ces matériaux une marque très personnelle.

Commençons par situer ces textes. Le livre de la Genèse se compose de deux parties très différentes : Gn 1 – 11 racontant les origines de l’humanité et du monde, et Gn 12 – 50, qui s’intéressent aux Patriarches et, par là, aux origines du peuple d’Israël.

Quand on lit le livre de la Genèse on peut avoir d’abord l’impression d’une suite logique, d’un déroulement complet de l’histoire (cf. les titres de la BJ : la création et la chute, le Déluge, du Déluge à Abraham, l’histoire d’Abraham …).

Pourtant nous nous trouvons devant des textes très différents, (différences du point de vue de leur contenu, de leur genre littéraire, de leur date, etc.) et nous ne pouvons pas lire et interpréter ces deux parties du livre (Gn 1-11 et Gn 12-50) sans en tenir compte. C’est pour n’avoir pas pris suffisamment garde à ces différences que bien des problèmes ont surgi dans le passé lors de l’interprétation de ces chapitres.

Mais voyons d’abord en quoi Gn 1 –11 est différent des chapitres qui suivent. L’histoire d’Abraham, de d’Isaac, de Jacob (Gn 12 – 50) nous ramène au début du 2ème millénaire, c’est-à-dire, en gros, à près de 4000 ans en arrière, une période sur laquelle les historiens peuvent encore avoir quelques renseignements sérieux : l’écriture était connue depuis le 3ème millénaire avant l’ère chrétienne dans les pays où nous situons les Patriarches ; les premiers témoignages de l’écriture hébraïque datent du 15ème siècle et les textes les plus anciens de la Bible pourraient remonter, selon certains, jusqu’au 10ème siècle avant notre ère. Il y a donc pour ces récits, au moins, une possibilité de tradition historique.

Il n’en va pas de même pour les événement rapportés en Gn 1 – 11, et tout spécialement ceux racontés en Gn 1 – 3 ; ils échappent complètement aux moyens d’investigation de l’historien.

Selon nos connaissances actuelles, l’origine de l’univers doit être placée à plus de 13 milliards d’années ; l’origine de la vie à 2 milliards et celle de l’homme entre 500. 000 ans et un million d’années. Si l’on voulait représenter ces données sur une échelle d’un kilomètre, l’apparition de la vie représenterai moins de 200 mètres, celle de l’homme moins d’un centimètre et l’histoire depuis Abraham jusqu’à nos jours, à peine 3-4 millimètres de ce kilomètre !

Quand on se place devant une telle échelle, on comprend aisément que si l’on peut encore espérer connaître quelques chose d’historique au sujet des Patriarches et de l’histoire qui a suivi, il n’en va pas de même pour les faits qui se sont déroulés il y a des milliards d’années et qui concernent l’origine de l’univers et celle de l’homme.

En conséquence, il est bien évident que les textes que nous lisons dans ces premiers chapitres de la Bible ne peuvent absolument pas être des textes historiques (au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot) qui voudraient nous raconter ce qui s’est passé et qui exposeraient le quand et le comment de la création du monde ou de l’humanité. Ils représentent bien davantage une grande fresque théologique de l’Histoire du salut. Comme l’ouverture d’un opéra, ils nous donnent par avance certains grands thèmes qui seront exploités plus tard ; ils sont comme la préface, l’introduction à un livre, que l’on écrit généralement après avoir terminé l’ouvrage.

Gn 1, 1 – 2 4a

La Bible de Jérusalem intitule ce passage : Premier récit de la création. Mais est-ce bien un récit ? Je pense que si nous avions présenté, au cours de nos études, un récit rédigé de cette manière, nous aurions reçu une note assez moyenne : remarquez toutes les formules stéréotypées que contient ce « récit » ! Comme le dit la note de la BJ, nous avons plutôt ici un tableau où l’auteur veut donner un classement des êtres dans un ordre, que nous verrons être, pour lui, un ordre de dignité. Il n’y a donc pas à chercher dans ces versets un enseignement de type scientifique (moderne) ; il faut plutôt s’interroger sur l’intention de l’auteur d’une telle composition.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la grande symétrie de ce texte, soulignée par les nombreuses répétitions :

Une introduction Gn 1, 1-2

3 œuvres de séparation : 3, 1-10 + les versets 11 – 13 (après v. 10, on attendrait la formule : il y eut un soir, il y eut un matin…
3 œuvres d’ornementation : 14 – 25 ; + 26 – 31 (même remarque après le v. 25).

Une conclusion : Gn 2, 1 –4a

L’introduction : Gn 1, 1 –2 : deux lectures possibles des premiers mots, mais les deux affirment la préexistence de Dieu par rapport à la création du monde. Pour comprendre la valeur d’une telle affirmation, il faut la comparer avec les textes cosmologiques du Proche Orient ancien, que l’auteur de Gn 1 connaissait sans aucun doute.
Le v. 2 cherche à exprimer d’une manière très concrète l’idée de néant (cf. note BJ). L’auteur ne veut pas dire que Dieu a créé d’abord une matière informe, puis les êtres ; il veut évoquer un état antérieur à l’œuvre créatrice de Dieu : il parle de quelque chose qui est encore sans forme ni consistance (littéralement : un tohu-bohu), dans des ténèbres, et le tout, agité par un vent violent.

L’action créatrice de Dieu est exprimée par un même schéma : un ordre de Dieu : Dieu dit (10 fois dans ce texte) suivi de la mention de son exécution : il en fut ainsi. La création dépend de la libre volonté de Dieu ; elle est manifestée par sa Parole (cf. Is 55, 10-11). Elle va se réaliser en deux temps : d’abord par la séparation (les 3 premiers jours), puis par l’ornementation ou le peuplement des espaces ainsi créés (les 3 derniers suivants).

Par la séparation, le gros œuvre de la création est achevé : v. 3-13.
Par l’ornementation, les différentes parties de l’œuvre reçoivent leur peuplement : v. 14-31

Le mouvement du texte : l’auteur va des êtres les plus bas, les plus loin de Dieu, jusqu’à l’homme qu’il place au sommet de la pyramide, une pyramide qui reste toutefois ouverte sur le sabbat, le septième jour.

Dans la conclusion (Gn 2, 1 – 4a), il est précisément question du sabbat. Comme on le voit, par la concentration de deux œuvres différentes le 3ème (v. 9-13) et le 6ème jour (v. 25-31), un cadre (antérieur ?) de 8 œuvres, a été ramené à 6 pour donner ainsi la place au sabbat. En effet, le sommet de l’œuvre de Dieu pour notre auteur, c’est le sabbat, le jour du repos, image d’une jouissance pleine et sans soir.

Le sens de Gn 1

Ce texte ne veut pas être une description de la création dans un style « reportage ». C’est un tableau de l’œuvre de Dieu écrit pas un croyant, un théologien, qui utilise les schémas scientifiques de son époque pour exprimer ses vues sur le monde et sur Dieu.

Il se sert également des traditions anciennes, mésopotamiennes (vieil héritage de famille ou des contacts au moment de l’exil, ou encore par la diplomatie). Mais ces traditions sont passées au crible de la foi yahviste, la foi au Dieu unique. Ecrit très probablement au temps de l’Exil ou juste après, ce texte est un bel acte de foi et d’optimisme. Il témoigne aussi d’une vision universaliste. A remarquer également la mise en valeur de l’homme, l’être humain, homme et femme, dans leur complémentarité et leur dignité.

Gn 2, 4b – 25

Après avoir parcouru ensemble le ‘premier récit de création’, nous allons maintenant aborder le second. On pourrait d’abord se demander : pourquoi y a-t-il deux récits de création ? Sans doute, ceux qui lisent peu la Bible ignorent même que les premières pages de la Genèse nous conservent deux récits différents sur la création. Ils ont seulement en mémoire un certain nombre d’images, empruntées tantôt au premier, tantôt au second récit, et donc interprétées à la lumière d’éléments qui leur sont peut-être étrangers. (cf. un même problème semblable pour les lecteurs du NT avec les 4 Evangiles !)

Ceux qui ont lu ces textes dans leur Bible savent bien qu’après le tableau un peu sec et savant de Gn 1, on trouve en Gn 2-3 un récit bien mené, plein de finesse. Mais peut-être ne se sont-ils jamais demandé pourquoi ces deux récits se suivent. Trop souvent le lecteur de la Bible manque d’un certain esprit critique : c’est écrit de cette manière et on prend la chose sans discuter, sans trop chercher à comprendre.

Essayons de répondre à la question : pourquoi un second récit de la création ?

Une première réponse : parce que les rédacteurs, qui ont mis la dernière main au livre de la Genèse, se sont trouvés en face de deux traditions différentes, deux traditions religieuses respectables et qu’ils ont choisi de nous les conserver (cf. le problème de la formation du Pentateuque dont Gn fait partie).

Mais nous pouvons ajouter, c’est parce que ce second récit – qui est en fait plus ancien que celui de Gn 1 – ne fait pas vraiment doublet avec le premier. En effet, le premier veut être un tableau, un enseignement sur la création, alors que le second récit nous parle de la création pour nous présenter la scène sur laquelle va se dérouler un drame qui a marqué l’humanité.

En effet le texte de Gn 2, 4b-25 n’est que la première partie d’un ensemble plus large qui comprend Gn 2 – 3 et qu’on pourrait intituler « le drame du jardin d’Eden ». Gn 2, 4b-25 est la présentation de la scène (le jardin merveilleux) et des acteurs du drame qui va s’y dérouler (l’homme, sorti des mains de Dieu et la femme tirée de l’homme). Pour s’exprimer, l’auteur fait appel à certains éléments d’un schéma de création, mais son intérêt est manifestement ailleurs.

Quand nous abordons ce texte, nous remarquons immédiatement un style bien différent de celui de Gn 1. Ici on ne trouve plus ces formules stéréotypées qui revenaient sans cesse en Gn 1. De plus, l’auteur utilise d’autres termes pour désigner l’homme et des animaux. Le texte lui-même ne présente pas une structure aussi marquée que dans le chapitre premier ; on peut cependant proposer une division de Gn 2 :

– une introduction : 2, 4b – 6
la formation de l’homm : v.7
– le jardin : v. 8-14
le précepte: v. 15-17
– la formation des animaux : v. 18-10
la construction de la femme : v. 21 –24
– une conclusion : transition à Gn 3 – : v. 25

Pour les exégètes, ce récit appartient à une tradition différente de Gn 1 : nous avons ici ce que l’on appelait (jadis) la tradition ‘yahviste’ (cf. la note de BJ ou TOB), un récit plus ancien (remontant peut-être au 9ème siècle ?). Et si cette tradition est plus ancienne que celle contenue en Gn1, ce récit devait donc avoir une signification, indépendamment du lien qu’il a actuellement avec Gn 1. On peut donc chercher à le comprendre sans introduire dans notre texte des éléments du récit dont nous avons parlé précédemment. Nous ferons pourtant plusieurs fois des comparaisons avec le texte de Gn 1 pour mieux souligner l’originalité de ce récit par rapport au premier, mais non pas pour expliquer l’un par l’autre.

Le texte

L’introduction (v. 4b-6) : c’est dans cette première partie que nous remarquons surtout des éléments de création. Comme en Gn 1, l’auteur évoque un monde avant l’intervention de Dieu. On pourrait comparer ces versets avec le début d’Enuma Elish (cf. Textes Ancien Orient) où l’on trouve la même manière d’évoquer le néant par la soustraction de ce que Dieu va ensuite appeler à l’existence.

Remarquez la présentation de Dieu : Yahvé Dieu (cf. Ex 6, 2-3) ; d’autre part, il s’agit ici de la terre et du ciel (noter l’ordre des mots !) : l’horizon de notre auteur n’est pas aussi vaste que celui du texte sacerdotal (P) de Gn 1.

Le chaos, ou mieux peut-être, le « vide » s’explique « parce que Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir et parce qu’il n’y avait pas encore d’homme pour cultiver le jardin ». Mais on y trouve déjà tout ce qui est nécessaire (la glaise et l’eau) pour que le potier divin puisse se mettre au travail !

L’image du potier appartenait à la vie de chaque village de Palestine et elle est suffisamment évocatrice. On la rencontre d’ailleurs aussi dans d’autres cultures pour parler de l’origine de l’homme : ainsi le dieu Khnoun, modelant le premier Egyptien sur son tour de potier.

Pour notre auteur – comme pour l’AT – l’homme est composé de deux éléments : un principe inférieur qui appartient au monde matériel (la glaise du sol) et un principe supérieur qui vient de Dieu (le souffle) ; il est donc une matière modelée en forme humaine + un principe de vie ; il devient ainsi une personne vivante. Evidemment ceci ne prétend décrire la manière dont Dieu a formé l’homme. Mais en partant de l’idée que l’on se fait de l’homme en Israël, ce récit nous dit quelque chose de l’homme : l’homme, dans tout son être (matériel et spirituel), vient de Dieu qui l’a modelé et qui lui a donné son souffle.

Le jardin (v. 8-14), on devrait plutôt dire le parc (la LXX traduit paradeisos d’où paradis) est un lieu planté d’arbres. Or dans les pays du Proche Orient ancien, un tel lieu était réservé aux dieux et au roi. Ici ce jardin est planté par Dieu pour l’homme. Inutile de rechercher sur une carte géographique où se trouve ce jardin d’Eden, même si pour notre conteur ce terme est un nom de lieu ; il y a sans doute un jeu de mots (une assonance) : un jardin de délices. D’ailleurs la qualité des arbres qui y sont plantés montre bien que ce n’est pas un jardin ordinaire.

Pourquoi ce jardin – ce paradis – quel rôle joue-t-il dans ce récit ? Il faut noter tout d’abord que l’homme a été formé en dehor du jardin, qu’il y est introduit et, qu’à la fin du récit, il en sera chassé. L’homme en dehors du jardin a tout à fait notre condition ; dans le jardin, nous ne nous reconnaissons plus en lui : là, il vivait dans un état de paix avec lui-même, avec la nature, avec Dieu.

En parlant de modelage + insufflation (les mains de Dieu + son souffle) l’auteur indique la nature de l’homme ; d’une manière analogue en racontant d’abord la formation de l’homme, puis son introduction dans ce jardin merveilleux, l’auteur veut exprimer que Dieu aime l’homme plus que ne le demandait la création et c’est pourquoi il voulait le soustraire aux conséquences de son appartenance à la terre. Après la faute, ce sera le retour à la terre (adamah) – au lieu de pouvoir vivre dans le jardin – et même un retour à la terre, tout court (cf. Gn 3, 19).

Mais ici encore, il ne s’agit aucunement de chronologie, comme si il y avait d’abord un homme naturel, puis ‘surnaturel’. Simplement l’auteur veut exprimer par là les deux aspects de l’homme, tel qu’il le voit, sorti des mains du créateur. C’est pour exprimer cette vérité que l’auteur a besoin de la scène du jardin.

Dans le jardin, deux arbres retiennent son attention : l’arbre de la vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’arbre de la vie : un arbre qui donne la vie, l’immortalité, et qui s’inscrit dans un contexte biblique de la recherche de la vie (cf. Dt 30, 15-20 ; Am 5, 15). Cette pensée biblique de la vie offerte à l’homme par le Seigneur prend encore plus de relief si on compare notre récit avec des textes extrabibliques comme l’épopée de Gilgamesh. (cf. Cahier Evangile no. 4, p. 21) Ici l’arbre qui donne la vie est dans le jardin, à portée de la main de l’homme ; ce n’est qu’après la faute qu’il faudra empêcher l’homme d’y avoir accès et d’en manger.

Sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal, on peut lire les notes de BJ sur le v. 17. Pour la Bible, l’homme ne peut pas faire tout ce que bon lui semble, ni ce qui lui plaît : il n’est pas la norme du bien et du mal ; cette norme se trouve dans un monde supérieur.

La péricope des 4 fleuves : le Tigre et l’Euphrate sont bien connus, ce qui n’est pas le cas des deux premiers. Mais pour l’auteur, il doit s’agir de 4 (cf. totalité) grands fleuves (cf. une carte de l’antiquité) ; par là, l’auteur veut souligner la richesse en eau de ce jardin merveilleux, puisqu’après l’avoir arrosé, ces fleuves pouvaient encore arroser toute la terre.

Le précepte (v. 16-17) : tout est donné à l’homme, mais il ne doit pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance et ceci, sous peine de mort. Pourquoi cette différence ? Serait-ce une bagatelle entraînant une telle peine ? Ce n’est certainement ce que l’auteur veut nous dire. Il a pris soin de placer ces v. 16-17 entre deux paroles qui soulignent la bienveillance toute gratuite de Dieu pour l’homme. Ce précepte n’a donc rien d’une brimade, encore moins d’une jalousie ou d’une peur de Dieu, par rapport à l’homme. Ce précepte est le rappel de la vérité de son état : sa condition de créature.

La formation des animaux (v. 18-20) : le v. 18 montre que l’attention de Dieu pour l’homme et son bonheur est constante. Mais après le v. 18, quelle surprise: Dieu forme les animaux et les amènent vers l’homme (v. 19) ! Par ce petit ‘retard’ dans le récit, notre auteur veut mettre en lumière le cadeau que sera la femme pour l’homme. En retardant la formation de la femme et par la remarque du v. 20b, l’auteur souligne la place irremplaçable de la femme, dont il faut maintenant parler.

La « construction » de la femme : litt. Il construisit (banah) la côte qu’il avait prise à l’homme en femme. Ici encore, il ne s’agit nullement d’une description, mais le récit veut, par ces détails, exprimer un certain enseignement. La nature de la femme ressort de la manière dont elle est faite : la femme, tirée de l’homme, ne lui est donc en rien inférieure. Le profond sommeil (tardémah) que Dieu fait tomber sur l’homme est un sommeil spécial que l’on retrouve ailleurs dans la Bible (Gn 15, 12 ; 1 S 26, 12) ; ici il veut marquer que l’homme ne peut pas comprendre totalement cette œuvre de Dieu qu’est l’amour conjugal. La côte : cf. « mon bras droit »
Dans le petit chant de jubilation (v. 23) (cf. 2 S 5, 1) l’homme se reconnaît dans sa femme ; elle est vraiment son vis-à-vis, son complément, sa partenaire. Par le v 24, le narrateur souligne encore la grandeur et la force de l’amour humain.
En conclusion : comme un « impressionniste », par un petit détail, l’auteur suggère toute une impression d’ensemble ; il résume l’état spirituel privilégié du couple humain voulu par Dieu. Maintenant tout est près pour le 2ème acte.

Quelques réflexions à partir des deux récits de création : Gn 1 –2

Je vous ai dit pourquoi il est invraisemblable qu’on ait pu transmettre ce qui s’était fait au moment de la création du monde et de l’humanité. Mais certains pourraient répondre : Dieu a pu révéler à des auteurs plus tardifs ce qui s’était fait à ce moment-là !

Mais alors, si Dieu avait voulu nous dire quand et comment les choses se sont passées, pourquoi aurions-nous dans la Bible deux récits si différents et parfois même contradictoires ? Il est bien clair que ce n’est pas dans cette direction-là qu’il faut chercher l’enseignement de l’auteur sacré.
Il veut nous parler de Dieu : qui est Dieu pour moi ? Qui suis-je pour Lui ?
Dans les deux récits, Dieu apparaît avant toute création ; il agit librement ; son amour particulier pour l’homme est bien mis en lumière : l’homme vient de lui et il a une place particulière dans la création ; cette création est entièrement bonne (P) ; Dieu veut le bonheur du couple humain, il n’en est aucunement jaloux ; l’homme et la femme sont voulus par Dieu : mariage, procréation.
Une comparaison avec les récits des cosmogonies mésopotamiennes – où l’homme est créé parce que les « petits dieux » ne veulent plus servir les grands dieux : il faut donc leur trouver des remplaçants ! – est très éclairante et elle met bien en relief le message des récits bibliques.

Gn 3 : le drame

Le récit du jardin d’Eden se terminait sur le chant de jubilation de l’homme devant sa compagne. Et la remarque si fine de l’auteur résumait en quelques mots toute l’ambiance de la scène.

Lorsque le rideau se relève, nous trouvons la femme, dernière œuvre de Dieu dans le récit de Gn 2, en compagnie du serpent. Lisons Gn 3.

Il n’est pas aisé de découper ce chapitre 3 ; je propose simplement une division pour faciliter la présentation : v. 1- 7 – la tentation et la faute ; le v. 7 marque un arrêt ; v. 8 – 19 – l’entrée en scène du Seigneur : v. 8-10 recherche de l’homme, interrogatoire (v. 11-13), et jugement (v. 14-19) ; les v. 20-24 forment l’épilogue : l’homme et la femme sont exclus du jardin.

Comme nous l’avons fait jusqu’ici, nous suivrons tout d’abord le texte pour mieux découvrir ce qu’il contient ; nous chercherons ensuite à voir où l’auteur veut en venir.

Le texte

La tentation et la faute : le serpent est « un animal que le Seigneur Dieu avait fait » : ici tout dualisme est immédiatement exclu contrairement à ce que nous rencontrons souvent dans les mythes. C’est là une conséquence de la foi d’Israël en un Dieu unique.

Pour l’auteur biblique, ce serpent n’est pas un animal sacré, mais dans le monde qui entoure Israël – et même parfois jusqu’en Israël – le serpent était considéré comme une divinité capable de blesser et de guérir, de perdre et de sauver, de favoriser la fécondité, la fertilité : c’est une divinité de la vie (le serpent se renouvelle par sa mue).
En choisissant un serpent, comme l’intermédiaire par lequel la mort entre dans le monde, l’auteur yahviste veut ‘découronner’ le serpent. Cf. aussi le récit de Gilgamesh, où le serpent vole la plante de la vie au héros qui avait tant lutté pour la posséder. cf. CE 4. p. 27-28.

« Il dit à la femme … : ici seulement, mais par 4 fois dans ce récit, il est question d’Elohim avec toute l’ambiguïté du terme, surtout dans le quatrième emploi.
« Est-ce que vraiment Elohim a dit ? » (traduction Dhorme). Luther avait bien compris cette ambiguïté du texte : « Je ne réussis pas à rendre ni en allemand, ni en latin le aphki de l’hébreu : c’est comme quelqu’un qui fait la moue et qui se moque. »

« Vous ne pouvez manger aucun des arbres du jardin » serait une meilleure traduction (que celle de BJ), mais en hébreu la phrase est ambiguë. Le serpent veut faire sentir le poids du précepte. La femme remet les choses au point : elle reprend la défense de Gn 2, 17, mais en ajoutant : « vous n’y toucherez pas ». Veut-elle marquer son indépendance ou alors, souligner que toucher serait déjà désobéir : le péché véritable précède souvent l’acte ! Ce qui est certain, c’est que le serpent a atteint son but : il n’avait pas parlé de l’arbre défendu ; c’est la femme qui, à son insu, a glissé vers cet arbre. (cf. Rm 7, 11-12)
Maintenant la femme réalise le poids du précepte et le serpent peut lancer l’attaque de front ; il ne demande pas à la femme de désobéir, mais il lui fait comprendre que cela serait profitable pour eux. Il jette, dans le cœur de la femme, le doute sur les intentions de Dieu, sur sa bienveillance à leur égard.
« Vous serez comme des Elohim » : avec une parfaite maîtrise, l’auteur décrit la tentation, l’action corrosive du doute versé par le serpent : la femme voit (ce n’est pas première fois qu’elle voyait ce fruit), mais maintenant elle le voit avec un autre regard, qui n’est plus celui de la foi, de la confiance totale en Dieu. La foi, c’est voir le monde avec les yeux de Dieu. Notez le dépouillement, la sobriété du récit.

Quelle est la nature de l’arbre et du fruit ? Le texte ne le dit pas ; la « pomme » ne vient que d’une exégèse tardive, à partir du latin malum, qui peut se traduire par « le mal » ou par « la pomme ».

Au v. 7, la femme séduite va devenir la séductrice : « il n’est pas bon que l’homme soit seul … » disait le Seigneur en Gn 2 ; le pécheur entraîne d’autres dans le mal. Puis vient cette petite phrase qui dit toute leur désillusion : « ils connurent qu’ils étaient nus. » Le serpent avait promis : « vous serez comme des Elohim … » ; ils se découvrent nus, de la pauvreté de leur faute. En oubliant leur condition de créature (orgueil), ils se préparent un réveil plutôt dur. On pense à la phrase d’ESCHYLE, dans les Perses :

« Après l’éclat de ses fleurs, l’orgueil donne ses fruits, les épis du malheur ;
on en récolte une abondante moisson de larmes. »

A cause de leur nudité, de la honte qu’ils en ressentent maintenant, certains ont voulu voir dans cette faute un acte sexuel. Comme l’écrivait H. RENCKENS : « la question qui se pose à l’exégète n’est pas de savoir ce que les premiers hommes ont pu faire réellement, mais bien quelle idée Israël s’est fait du premier péché. […] Une chose est sûre, l’auteur sacré présente la chute originelle comme le prototype de l’orgueil qui mène à la chute. Il caractérise en premier lieu l’attitude fondamentale propre au péché comme transgression de la loi de Dieu et comme révolte contre Dieu. »

Si on peut reconnaître, dans notre récit, une interprétation dans la ligne sexuelle, – comme le voudraient certains -, c’est uniquement à cause du serpent et de la pointe que l’auteur lance ainsi contre le culte de la fécondité : la vie vient de Dieu seul ; la chercher ailleurs, voilà la faute. A noter d’ailleurs que le serpent n’est pas la cause du mal, mais il en est l’occasion.

L’entrée en scène du Seigneur : ils entendirent le pas du Seigneur Dieu… : la présence de Dieu se manifeste par un bruit dans le feuillage (cf. 2 S 5, 24 ; 1 R 19, 11ss), mais cette présence de Dieu dans le jardin évoque une familiarité entre Dieu et l’homme ; la réaction de l’homme et de la femme est maintenant le signe d’une disharmonie. Cependant le Seigneur semble ne pas savoir ce qui s’est passé. Notez le v. 11 : c’est une question, ce n’est pas une accusation (mon pauvre ami, mais il faut vite te guérir !) ; mais l’homme refuse de reconnaître sa faute : « c’est la femme que tu m’as donnée … » (à comparer avec la belle attitude de David en 2 S 12, 13 !) Le péché n’a pas seulement éloigné l’homme de Dieu, il l’a aussi séparé de celle qui était son aide, son vis-à-vis. De même la femme rejette la faute sur le serpent (c’est toujours l’autre qui est fautif … !)

La punition est signifiée en ordre inverse de l’interrogation. D’abord le serpent, qui apparaît comme le plus misérable des animaux, se traînant dans la poussière. Au v. 15 : l’amitié entre le serpent et la femme a conduit à la chute ; maintenant le Seigneur établit une inimitié entre eux, et cela pour toujours (son lignage : zéra’ : semence des plantes ; descendance humaine ; ici seulement (hapax) pour une descendance animale). L’auteur biblique a-t-il seulement recherché le parallélisme, ou bien voit-il le serpent comme la personnification d’un être ennemi de Dieu ? La tradition biblique choisira la seconde alternative : Sg 2, 24 ; Jn 8, 44 ; Ap 12, 9. A noter, dans la phrase du v. 15, le jeu de mot entre « la tête et le talon », ce qui laisse déjà entrevoir l’issue de cette lutte. Dans la tradition de l’Eglise, on y verra un « Protévangile », une première annonce du salut !

Pour les interprétations : sa descendance (générique en hébreu) ; sa descendance (personnifiée dans LXX : autos), est devenue ipsa (féminin) dans le latin de la Vulgate (Marie).

V. 16-19 ; les peines atteignent les coupables dans leurs activités essentielles, la femme comme mère et épouse ; l’homme comme le nourricier de la famille. Au lieu de garder et de cultiver le jardin merveilleux, il est renvoyé à la terre (adamah) qui ne produit que difficilement la nourriture voulue, avant de redevenir lui-même « adamah ».

L’épilogue : à partir d’une étymologie populaire (Eve = la Vivante), la condamnation se termine par un espoir ; la bénédiction de Dieu n’est pas annulée ; la vie n’est pas complètement détruite : par sa maternité, la femme fera échec partiellement à la mort. L’homme n’est d’ailleurs pas abandonné par Dieu : cf. v. 21. Mais il ne peut plus vivre dans le jardin, dans cette proximité de Dieu. Et d’autre part, il ne faut pas qu’il se fixe pour toujours dans sa désobéissance, en mangeant de l’arbre de la vie. La dernière image de ce jardin montre bien qu’il s’agissait d’un jardin de Dieu (cf. les chérubins, que l’on représente devant les temples et les palais) ; seule la bonté toute gratuite de Dieu avait pu y introduire l’homme.

Essayons maintenant de récapituler : Que veux dire cet auteur biblique dans ce récit de Gn 2-3 ? Ce paradis a-t-il existé ? Le péché a-t-il changé la nature des hommes et des êtres créés ?

Nous pouvons partir de cette troisième question : en effet, dans la sentence plusieurs éléments sont considérés comme des châtiments alors qu’ils sont conformes à la nature de l’être qui est puni, par exemple, la mort infligée comme un châtiment à un être naturellement mortel ; on en déduit parfois, le privilège de l’immortalité. Mais on ne peut traiter ainsi toute la sentence : on ne peut pas admettre que le serpent a été alors privé de pattes : ce qu’il est par nature lui est infligé comme une peine (ramper sur son ventre, manger la poussière, être dangereux pour l’homme … Etait-il vraiment différent avant la faute ? S. Thomas écrivait : « les animaux ne changent pas à cause du péché de l’homme » (I. 96, 1 ad 2) ; Tortatus (un exégète espagnol + en 1455) disait « le mal réside plus dans l’homme que dans le serpent. »

C’est pour faire voir quelle transformation religieuse s’est opérée dans l’homme que l’écrivain sacré transforme de fond en comble la nature, avec peut-être une arrière-pensée polémique. « Ainsi ce que le récit paraît devoir supposer d’un changement physique du serpent doit s’entendre comme une leçon d’ordre humain et religieux. » (H. RENCKENS).

Il en va de même pour les douleurs de la femme ou l’aspect pénible du travail de l’homme. Ce travail est inscrit dans la nature : le récit place la peine dans la dureté de ce travail mais le sol a-t-il changé à cause du péché ? Ce serait tout à fait déraisonnable de prendre cela à la lettre. Quant à la subordination de la femme à l’homme, Paul la déduit de la création et non de la faute. Ce qui est une suite du péché, c’est la dégénérescence de cette relation dans le monde ancien oriental (et encore dans le monde actuel !). De même, il est très hasardeux de vouloir tirer de ce texte un enseignement sur la maternité sans douleur. Ce que le texte veut enseigner, c’est le projet de Dieu d’appeler l’homme à l’immortalité.
Ce paradis a-t-il existé ? Pour répondre à cette question, il suffit de regarder ce qu’est le paradis de notre auteur : c’est le monde actuel qu’il a devant ses yeux, mais dont il a éliminé, en pensée, tous les aspects déplaisants. On peut ôter le mal de notre univers logiquement, mais on ne peut le faire réellement. Seul Dieu peut faire cela, – et il le fera – dans un monde spiritualisé, transformé. Dans sa forme matérielle, ce paradis n’a donc pas existé ; il est une image contrasté de notre monde réel et il exprime l’espérance du croyant en un Dieu qui, un jour, triomphera totalement du mal.

Pourquoi alors ce récit ?

L’auteur ne veut pas nous dire ce qui s’est passé autrefois, à l’origine. Comme croyant, il dit sa foi en Yahvé, en un Dieu bon, un Dieu juste. Il regarde le monde dans lequel il vit et il remarque que bien des choses sont difficilement conciliables avec sa foi. Son récit est un jugement de valeur sur la réalité actuelle : « en fin de compte, il veut dire simplement ceci : si Yahvé avait pu suivre son plan, le monde et l’homme seraient comme ceci ; s’ils sont autres, ce n’est pas la faute de Yahvé, mais la conséquence du péché, tant du péché d’autrefois que du péché d’aujourd’hui. » (H. RENCKENS)

Les textes de la Bible ne permettent pas de reconstruire une réalité passée mais ils apportent un message très important pour notre foi en Dieu. Car si le monde que nous connaissons ne correspond pas entièrement au plan du créateur, il y a de l’espoir. Le plan de Dieu se réalise toujours, et un jour, cette volonté salvifique de Dieu triomphera de tous les obstacles : ‘le paradis’ sera alors réalité. Ajoutons encore pour terminer que l’auteur de ce texte est un témoin des débuts des traditions bibliques : son apport dans la révélation est à situer à son époque. La suite de la révélation – les prophètes, et surtout le NT – viendront compléter son message. (Cf. Rm 5, 6ss. ou encore s. Augustin : « Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur. »).

Le Déluge : Gn 6 – 9

Nous avons parlé jusqu’ici des trois premiers chapitres de la Genèse. Mais il y a dans l’Histoire primitive (Gn 1 – 11) un autre bloc important qui va nous retenir : les récits du Déluge. La Bible consacre trois chapitres à ce thème, ce qui marque bien l’importance que les auteurs sacrés ont voulu lui donner ; ils ont reconnu à ces traditions une valeur théologique tout à fait spéciale.

Pour nous, ces trois chapitres seront encore une fois l’occasion d’aborder, sous un jour nouveau, la question des différentes traditions du Pentateuque ainsi que les rapports avec les textes extrabibliques et les découvertes archéologiques concernant le Déluge. Nous verrons mieux comment ces traditions ont pu prendre naissance et quel est le caractère spécifique de la tradition biblique.

Avant d’aborder ces textes (Gn 6 – 9), il est peut-être utile de rappeler rapidement le sens des 11 premiers chapitres de la Genèse. Nous venons de lire, rapidement, les trois premiers chapitres et nous y avons rencontré deux traditions différentes : en Gn 1 : la tradition sacerdotale que l’on date habituellement du 6-5ème siècle et, dans les chapitres de Gn 2-3, une tradition plus ancienne (autrefois appelés ‘yahviste’).
Nous comprenons mieux que des auteurs sacrés, écrivant à des siècles de distance, dans des situations historiques différentes, face à des problèmes différents, ne nous donnent pas un message identique dans leur formulation.

En Gn 1 – 3, nous avions les premiers éléments d’une fresque plus vaste qui couvre les 11 premiers chapitres. Essayons de dérouler rapidement ces deux traditions contenues dans les onze premiers chapitres de la Bible (Gn 1 – 11).

Commençons par les récits les plus anciens : L’auteur (le ‘yahviste’) nous offre une suite de tableaux, comme des séquences d’un film.

– Gn 2 – 3 : le plan merveilleux de Dieu (jardin) et la réponse de l’homme et ses conséquences.
– Gn 4 : Caïn et Abel (cf. note BJ) et Lamek : la séparation avec l’autre, poussée jusqu’au bout, conduit au meurtre du frère.
– Gn 6 – 9 : les nephilim ; puis Noé, le juste ; (mais parmi ses fils, le mal continue : Gn 9, 22-25)
– Gn 11 : Babel : un « péché originel collectif », d’où la dispersion des hommes ; puis le choix d’Abraham, l’homme qui écoute la Parole que Dieu lui adresse et qui la met en pratique.

L’Histoire primitive de la tradition sacerdotale forme elle aussi une suite.

– Gn 1 :tout vient de Dieu, tout est bon, très bon.
– Gn 5 : la généalogie des patriarches antédiluviens (durée de vie 969 ans à 600 ans)
– Gn 6-9 : toute la terre est pervertie, d’où le Déluge
– Gn 10 : le peuplement de la terre : 70 (72) peuples ; unité de l’humanité et choix
d’Israël
– Gn 11, 10 – 26 : généalogie (durée de vie de 600 à 200 ans).

Comme nous le voyons, cette histoire primitive nous est présentée selon deux schémas différents, mais qui soulignent tous deux, à leur manière, le même enseignement : sortie des mains de Dieu, la création s’en éloigne ; il faut que Dieu la « reprenne en mains » cf. l’appel d’Abraham, – l’homme qui accueille la Parole et qui obéit – et qui va ainsi inaugurer l’histoire du salut.

Maintenant que ce cadre général est posé, nous pouvons revenir aux chapitres qui parlent du Déluge. J’ai parlé plus haut des récits du Déluge. Pourtant, contrairement à ce que nous lisons en Gn 1 – 3, nous n’avons ici – en apparence – qu’un seul récit du Déluge. Mais si nous regardons de plus près, nous nous rendons vite compte que ce texte est composite, qu’il est composé de deux fils différents, de deux traditions entremêlées, au lieu d’être juxtaposées comme c’était le cas pour les récits de la création. Ici les derniers auteurs de la Bible, les rédacteurs, ont combiné les deux traditions, mais de telle manière qu’il est encore possible aujourd’hui pour nous de les séparer. Ce que nous allons faire. (cf. les indications données dans vos Bibles.)

Je lirai d’abord le texte le plus récent, que l’on pense appartenir à la tradition sacerdotale (P) – cf. la note BJ -, à laquelle le rédacteur final a donné la priorité : sur les 81 versets du récit biblique, 53 versets appartiennent à la tradition sacerdotale et 28 viennent de la tradition plus ancienne.

Le récit sacerdotal devait commencer en Gn 6, 9 : voici l’histoire de Noé (litt. les engendrements – la généalogie : cf. 2, 4 ; 5, 1 ; 10, 1
Noé était un homme juste … : comme l’auteur l’exprime, Noé est celui qui non seulement rend à chacun ce qui lui revient, mais il marche avec Dieu (cf. Gn 5, 22 ; 17, 1)
Gn 6, 11 : indique la cause du Déluge, conforme au monothéisme moral d’Israël, ce qui n’est pas du tout le cas dans le récit mésopotamien du Déluge où le cataclysme est envoyé parce que le bruit que faisaient les hommes, étant devenu excessif et il empêchait les dieux de se reposer !
Gn 6, 12 : comparez avec Gn 1, 31 : sans en donner la cause, cette notation souligne la dégradation de la création sortie bonne des mains du Créateur.
Gn 6, 14 : l’ordre de la construction de l’arche. Le même mot sera utilisé pour la corbeille de Moïse en Ex 2, 3-5. Dhorme traduit : « fais-moi une arche en cyprès, tu la disposeras en niches. » ; les dimensions de l’arche : 150 x 25 x 15 m.
Gn 6, 17 : le déluge, expliqué par la suite.
Gn 6, 18 : j’établirai mon alliance avec toi : initiative gratuite de Dieu ; l’alliance tient une grande place dans la tradition sacerdotale (cf. 9, 9s). Les personnes qui entrent dans l’arche sont Noé et sa famille : ce n’est pas encore la responsabilité personnelle dont parlera Ezéchiel (cf. Ez 14, 12ss. et la note BJ sur Ez 14, 12).
Gn 6, 19 : parle des animaux ; comme pour l’auteur « sacerdotal », il s’agit simplement de les garder en vie, il suffit d’un couple par espèce (comparez avec 7, 2ss : dans le récit plus ancien).
Gn 7, 6 : Noé était fils de 600 ans quand arriva le déluge… : un savant calcul pour que Mathusalem soit mort : cf. Gn 5, 25-29 : Mathusalem engendre Lamek à 187 ans, qui engendre Noé à 182. Ce qui fait 187 + 182 + 600 = 969 (c’est le nombre d’années attribuées à Mathusalem en Gn 5, 27 !). Les dates indiquées sont également le résultat de savants calculs correspondant au calendrier des Jubilés : 7, 11 – 2ème mois 17ème jour : Feria prima ; 8, 4 : l’arche s’arrête : Feria sexta ; cf. encore 8, 5. 13. 17 : Feria quarta. (cf. A. JAUBERT)
Gn 7, 11 : le Déluge nous est présenté comme une anti-création (cf. Gn 1, 7 où Dieu séparait les éléments); les v. 13-16a : racontent l’accomplissement de l’ordre.
Gn 7, 18 : la crue en trois étapes : sur la terre ; sur les hautes montagnes ; 15 coudées plus haut.
Gn 8, 1-2 : la décrue : Dieu se souvint ; un anthropomorphisme, mais chez l’auteur sacerdotal, cette expression veut dire la bonté, la miséricorde de Dieu. L’effet du « souvenir » de Dieu amène la décrue des eaux et la fin du Déluge pour Noé et les siens.
Gn 8, 4 : l’arche s’arrête sur le mont Ararat.
Gn 9, 1 – 17 : après le Déluge commence un nouvel ordre du monde ; le Déluge marque une rupture dans l’histoire du monde ; il faut donc renouveler toute chose, même la bénédiction. L’homme reste le maître de la création, mais il y a un changement : désormais, il est l’effroi des animaux et ceux-ci peuvent lui servir de nourriture.
Au v. 4 : le sang symbolise la vie qui appartient à Dieu seul et qui en demande compte ; d’où aussi les sanctions pour l’homicide (v. 6).
Avec les v. 8ss nous arrivons au sommet du récit : au v. 11, Dieu établit l’alliance promise (en Gn 6, 18) ; et il donne un signe de cette alliance : l’arc-en-ciel, l’arc dans la nuée. La tradition sacerdotale parlera encore d’autres autres « signes » d’alliance, dans la suite : en Gn 17, 11 (circoncision) et en Ex 31, 17 (sabbat). L’arc dans la nuée peut exprimer l’image du Dieu guerrier qui se repose ; cf. aussi comme en Mésopotamie : « quand l’arc-en-ciel est au-dessus d’une ville, le roi et les sujets sont en sécurité ».

Comme on le voit, ce découpage du texte (tradition sacerdotale) nous donne un récit cohérent et complet ; il y manque peut-être certains petits détails que nous connaissons – comme la colombe – mais nous les retrouverons dans l’autre récit de la tradition plus ancienne.

Le récit dit ‘yahviste’.

Comme nous l’avons fait pour la tradition sacerdotale, nous commencerons par lire le texte pour mieux le comprendre. Nous comparerons ensuite les deux traditions bibliques, avant de faire quelques rapprochements avec des textes extrabibliques. Nous terminerons en versant au dossier quelques pièces de l’archéologie.

Comme nous l’avons dit, le rédacteur final de la Bible a donné la priorité au récit de la tradition sacerdotale (53 versets contre 28 à celui-ci) et il semble que certains éléments de notre récit ont été « sacrifiés » au profit de celle-là. Ainsi entre Gn 6, 8 et 7, 1, on attendrait dans notre tradition une parole de Yahvé ordonnant la construction de l’arche. Je rappelle que pour cette tradition, le récit du Déluge vient à la suite d’une série de petits tableaux qui marquent à la fois le péché (qui fait ‘boule de neige’ !) et le jugement de Dieu ; une série qui continuera encore en Gn 11 (avec la construction de la tour de Babel).

Gn 6, 5-8 : noter le pessimisme exprimé par l’auteur ; depuis le drame de Gn 3, l’homme va à sa perte (cf. 8, 21) ; litt. « tout ce que formait-façonnait son cœur ». Pour la Bible, le « cœur » est le centre de l’intelligence et de la volonté, et non pas des sentiments comme il l’est dans notre culture. Notez que le Déluge ne changera rien à cette situation (cf. 8, 4).

Dieu se repentit : la comparaison avec Jr 18, 11-12 nous montre que les prophètes utilisent cette même manière de parler pour montrer que Dieu reste le maître unique et suprême de ce qu’il fait. Mais les auteurs sacrés ne sont pas dupes de leur anthropomorphisme : cf. Nb 23, 19 : 1 S 15, 29. cf. encore note BJ sur notre texte.

Noé avait trouvé grâce (v. 8) : expression biblique pour dire que quelqu’un est l’objet de la bienveillance de Dieu ou d’un grand.
Ici devrait se placer l’ordre de construire l’arche, mais sans mention du Déluge qui sera annoncé en Gn 7, 4. On aurait ainsi la suite : mise à l’épreuve de la foi de Noé (cf. He 11, 7) et de son obéissance. Puis en 7, 1ss, nous lisons l’ordre d’entrer dans l’arche pour échapper au Déluge.

Gn 7, 1 5 : toi et toute ta maison, au lieu de la lourde énumération de l’auteur sacerdotal ; car je t’ai vu seul juste : pas encore la responsabilité personnelle, mais la solidarité, comme ce sera encore le cas dans le « marchandage » d’Abraham pour sauver Sodome en Gn 18.

Notre récit fait la distinction entre les animaux purs et les animaux impurs. Pour l’auteur sacerdotal, cette distinction, entre ce qui peut être mangé ou offert en sacrifice et ce qui doit être évité, ne viendra que plus tard, avec la loi de Moïse. Notre auteur n’a pas de tels scrupules : d’où chez lui l’ordre de prendre 7 animaux purs, alors qu’un seul couple suffit pour les animaux impurs (pour leur reproduction).

Le Déluge est causé ici par une pluie de 40 jours et 40 nuits (cosmogonie sèche) : noter le v 16b, « et le Seigneur ferma la porte sur Noé. », tout à fait typique de notre auteur ; le v. 17ss décrivent l’effet de cette pluie : tous les êtres meurent (v. 22ss) : cf. Gn 2, 7

Gn 8, 2b : « la pluie fut retenue de tomber ciel » ; c’est la fin du Déluge et les eaux se retirent graduellement ; après 40 jours, Noé peut ouvrir la fenêtre. Le lâcher des oiseaux, comme les navigateurs de l’antiquité, met en lumière la grande habileté du patriarche : notez le geste de Noé au premier lâcher de la colombe (v. 9) ; au v. 10, elle revint vers le soir « et voici un rameau d’olivier dans sa bouche » : elle apporte un signe que la vie a repris sur la terre, le rameau, signe de la paix.

Au v. 12, la colombe ne revint plus ; c’est la fin de la décrue, qui a duré 40 jours. Ainsi le Déluge de cette tradition est nettement plus court : 40 + 40 + (7) + 7 + 7 = 101 jours.

Les v. 20ss forment la conclusion de notre récit. Noé construit un autel et offre un holocauste (un sacrifice où tout est brûlé pour Dieu) ; cf. 2 S 24, 25. Notez au v. 21 le trait anthropomorphique : c’est le seul passage biblique qui parle de Dieu respirant l’odeur des sacrifices (mais on trouve souvent dans la Bible l’expression « sacrifices d’agréable odeur », spécialement en Lv et Nb). A l’époque où est écrit le récit sacerdotal, le Temple de Jérusalem est devenu le seul lieu licite pour offrir des sacrifices, mais notre auteur n’a pas de tels scrupules. Pour lui, Noé, comme les patriarches qui le suivront, offre un sacrifice, là où le Seigneur s’est manifesté à lui.

« Il parla à son cœur » : Dieu se promet à lui-même, selon Is 54, 9, par serment, de ne plus faire de Déluge. Par une quadruple opposition des contraires (v. 22), l’auteur veut exprimer la totalité des lois de la nature qui seront désormais stables, grâce à la bienveillance et à la miséricorde du Seigneur ; cf. v. 21b !

Quelques points de comparaison entre les deux récits du Déluge

Dans le récit sacerdotal , Dieu est appelé Elohim; dans le récit ‘yahviste’, il se nomme Yahvé.
Dans le 1er récit la Déluge est causé par la rupture de l’ordre décrit en Gn 1, 6-7; dans le 2ème par une pluie de 40 jours. Ce qui donne aussi une différence dans la durée du Déluge: une année complète selon le récit sacerdotal (cf. les dates indiquées), mais seulement 101 jours selon l’autre récit (40 + 40 + 7 + 7 + 7).
Le nombre des animaux ’embarqués’ est également différent :un couple de chaque espèce (pour les garder en vie) selon la tradition sacerdotale alors que la tradition yahviste parle de 7 (couples ?) pour les animaux purs et d’un couple pour les animaux impurs.
Seul le récit sacerdotal mentionne l’âge de Noé quand arriva le Déluge, ainsi que la conclusion d’une alliance tandis que le récit yahviste raconte le lâcher des oiseaux, puis le sacrifice offert par Noé et suivi de la promesse de Dieu.

Comme on le voit, les deux récits se ressemblent, mais ils ne sont pas identiques. Ils ne veulent nullement être un reportage de ce qui se serait passé, mais en se servant, sans doute indépendamment, d’une tradition plus ancienne, ils entendent transmettre un enseignement.

Nous allons parler des récits extrabibliques, mais auparavant, encore un mot sur la composition de Gn 6 – 9. Ces deux récits doivent se comprendre dans la ligne de l’ensemble Gn 1 – 9. Ils doivent aussi se comprendre et s’évaluer dans la mentalité de l’historiographie ancienne : cf. les remarques de J. CHAINE, La Genèse, p. 493. « Cette manière d’écrire l’histoire n’est pas propre à la Genèse, on la retrouve dans d’autres livres de l’AT […] Cela nous surprend car elle est différente des classiques à laquelle nous sommes habitués. […] La surprise vient de l’ignorance du milieu oriental. Les Sémites n’écrivaient pas l’histoire comme les Grecs et les Latins et voilà tout. »

Récits extrabibliques

La critique littéraire qui nous permet de séparer les deux traditions contenues en Gn 6 – 9 nous permet déjà de mieux comprendre ces textes, la pensée des auteurs de ces textes et celle des rédacteurs qui nous les ont conservés dans la forme où nous les trouvons actuellement.
Si pendant des siècles, on a pu penser que la Bible était le seul ouvrage à nous parler du Déluge, une meilleure connaissance de l’Orient ancien, par l’archéologie notamment, nous a permis de dépasser ce point. En effet, des tablettes découvertes au cours de fouilles archéologiques nous ont restitué d’autres récits de « déluge », beaucoup plus anciens que nos récits bibliques.

Nous connaissons aujourd’hui un récit sumérien (le plus ancien connu), puis des passages de l’épopée de Gilgamesh (vers 2000 avant notre ère) ; enfin d’autres postérieurs à Gn (Bérose). On peut retrouver ces textes dans Supplément au Cahier Evangile 38 (Cerf 1981).

Les contacts entre les récits extrabibliques et les récits bibliques sont évidents. Comme les premiers sont bien plus anciens, il faut donc admettre que les auteurs bibliques s’en sont inspirés. Mais ils ne les ont pas copiés servilement. Il est important de remarquer les ressemblances, mais également de bien noter les divergences entre ces textes.

Les ressemblances :
Le Déluge partage l’histoire de l’humanité en deux grandes étapes : avant et après le Déluge.
Un héros est sauvé, grâce à l’intervention d’une divinité, en construisant un bateau.
La destruction de toute vie par l’eau (pluie, tempête, etc.)
L’épisode des oiseaux
Le mont Ararat / Urartu (Nizir, en Arménie)
Le sacrifice que Noé fait – comme Utnapishtim, dans l’épopée de Gilgamesh.

Mais les différences sont aussi considérables :
Monothéisme des récits bibliques – polythéisme dans les autres récits
Dans la Bible, l’explication morale de la catastrophe, alors que dans les autres récits la cause du Déluge est plus proche d’un caprice des dieux.
Dieu sauve Noé et la création, mais il n’est pas question d’immortalité pour un privilégié.
D’autres différences : durée du Déluge, grandeur du bateau, nombre des occupants …

On explique les relations entre les récits bibliques et ceux extérieurs à la Bible par l’origine mésopotamienne des ancêtres d’Israël. D’une manière encore plus sûre, il faut rappeler les contacts qu’Israël a eus avec les puissances de Mésopotamie au cours de son histoire.

Archéologie et Déluge

Une telle inondation qui a frappé l’imagination des gens au point de devenir un thème littéraire, devrait avoir laissé des traces dans le sol.
Or en 1028-29, un archéologue anglais, L. Wolley annonçait qu’il avait découvert à Ur une couche d’argile de 270-370cm qu’il datait du milieu du 4ème millénaire. De là, à conclure qu’il avait trouvé le Déluge de Noé, il n’y avait qu’un pas à faire. Et certains l’ont franchi.

A la même époque, un autre archéologue, S. Langdon montrait qu’à Kish, après une occupation préhistorique, on trouvait une strate d’un dépôt laissé par un ‘ déluge’, puis ensuite, au-dessus de cette strate, la reprise d’une occupation du site.

Aussi le London News du 8 février 1930 écrivait : « c’est une preuve que la cité, à une date des environs de l’an 3300 avant J.-C. fut recouverte par un gigantesque déluge. » Cela suffira pour que d’autres écrivent tout simplement : les deux savants ont découvert les dépôts sédimentaires laissés par Le Déluge.

En fait les archéologues ne souscrivaient pas à de telles affirmations, d’autant plus que l’on découvrait d’autres traces d’inondations catastrophiques à différents endroits et qu’on les datait à des époques différentes. C’est pourquoi CONTENAU écrivait : « Il est impossible de voir dans ces découvertes la trace du cataclysme qui détruisit toute vie sur la terre, sauf celle du juste épargné. Il s’agit d’inondations, d’importances inégales et très limitées, car les traces d’inondation n’ont pas été découvertes sur d’autres sites comme Lagash ou même dans le voisinage immédiat d’Ur. Ces dépôts correspondent aux crues périodiques du Tigre et de l’Euphrate, dont certaines ont été plus fortes, et non à un cataclysme universel. » (G. CONTENAU, Le Déluge babylonien , 1952, p. 120)

Ou encore A. Parrot : « L’un des cataclysmes s’accompagne de tels ravages et fit une telle impression qu’il devint un des thèmes de la littérature cunéiforme. Ce fut le « déluge » dont la légende se plût à grossir les dégâts alors que l’archéologie indique aussi que toutes les villes n’eurent pas également à souffrir. » A. PARROT, Déluge et arche de Noé , p. 36)

Le sens du Déluge biblique

En conservant les deux traditions du Déluge, la Bible montre clairement qu’elle ne veut pas nous faire un cours d’histoire. C’est pourquoi les rédacteurs de la Bible ont laissé subsister bien des différences entre les deux récits.

Il est vrai que les auteurs bibliques nous présentent le Déluge comme une catastrophe universelle, mais c’est celle de « leur » monde. Ce que nous devons rechercher dans leur récit, c’est avant tout un enseignement religieux, la vérité de salut qui s’y exprime. La pointe du récit n’est pas : il y a eu un Déluge, mais il n’y aura plus de Déluge ; grâce à la bonté et à la miséricorde de Dieu, la création est stable ; Dieu veut la vie : cf. Is 54, 8-9.

La transcendance de Dieu est mise en lumière ; tout lui appartient, même la vie des hommes. Mais également le côté moral de l’action de Dieu : le Déluge n’est pas un caprice divin, c’est un jugement pour le salut (cf. le potier de Jr 18).

Une tradition populaire, qui elle-même provient sans doute d’une catastrophe naturelle (le grossissement d’une inondation importante : cf. BJ note sur Gn 6, 4), devient pour la Bible l’occasion de donner un enseignement impressionnant sur le Dieu d’Israël. Un Dieu qui est à la fois justice et amour. La Bible entend nous donner bien autre chose qu’un récit exact de ce qui se serait passé. Elle veut nous conduire à une relation personnelle avec ce Dieu qui s’est révélé dans notre histoire humaine. Connaître Dieu, ce n’est pas simplement connaître ce qu’il a fait dans le passé. La Bible est un livre où Dieu nous parle par son Esprit (cf. Jn 16, 12-13). Comme le disait J. DELORME : « notre religion n’est pas celle du Livre, ni celle de l’événement historique, mais celle de l’Esprit. »

UN PARCOURS A TRAVERS LA BIBLE

dans la dynamique du Synode sur La Parole de Dieu (oct.2008)

Dans les Propositions transmises au Pape à la fin du Synode (octobre 2008) sur La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise, les Pères du Synodes souhaitaient que la Parole de Dieu retrouve dans l’Eglise la place qui lui revient. Comme ils le disaient, dans ces années qui ont suivi la promulgation de la Constitution sur la Parole de Dieu du Concile Vatican II (1965),

« a grandi de manière incontestable la conscience ecclésiale que Jésus-Christ, Parole de Dieu incarnée […] donne à la révélation son dernier achèvement et la confirme par le témoignage divin : Jésus-Christ, c’est Dieu avec nous, pour que nous soyons délivrés du péché et de la mort, et que nous soyons ressuscités pour la vie éternelle» (cf. DV. no. 4). Aussi forment-ils le vœu « que tous les fidèles grandissent dans la conscience du mystère du Christ, unique sauveur et médiateur entre Dieu et les hommes, et que l’Eglise, renouvelée par l’écoute religieuse de la Parole de Dieu puisse entreprendre une nouvelle saison missionnaire, annonçant la Bonne Nouvelle à tous les hommes. » (Proposition 2)

 C’est pourquoi, « ce Synode propose avec force à tous les fidèles la rencontre avec Jésus, Parole de Dieu faite chair comme un événement de grâce qui se reproduit dans la lecture et dans l’écoute des Ecritures Saintes » et il cite s. Cyprien : « Quand tu pries, tu parles avec Dieu, quand tu lis, Dieu te parle. » (Proposition 9)

Ces paroles, bien des chrétiens pourraient les comprendre comme une invitation à lire le Nouveau Testament ou même simplement les Evangiles. Mais la Parole que Dieu a donnée à l’Eglise, c’est toute la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament. Sans une certaine familiarité avec l’Ancien Testament, le Nouveau – et même les Evangiles – nous restent en partie fermés.

 En effet « Jésus a prié les Psaumes et il a lu la Loi et les prophètes ; il les cite dans sa prédication et se présente comme l’accomplissement des Ecritures. Le Nouveau Testament a sans cesse puisé dans l’Ancien Testament les paroles et les expressions qui lui permettent de raconter et d’expliquer la vie, la mort et la résurrection de Jésus. […] En conséquence, la foi apostolique est proclamée « selon les Ecritures » et présente Jésus comme le « oui » de Dieu à toutes les promesses. Pour ces raisons, la connaissance de l’Ancien Testament est indispensable à qui croit dans l’Evangile de Jésus Christ, parce que selon saint Augustin, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien est présent dans le Nouveau. » (Proposition 10)

Lire la Bible seul est sans doute profitable. Mais la lire en groupe, en « église » assure certainement une meilleure compréhension, une lecture plus riche. Et c’est aussi une garantie de persévérance dans cette redécouverte de la Parole de Dieu.

« Le synode recommande la création de petites communautés ecclésiales d’écoute et d’étude de la Parole de Dieu. Dans de nombreux pays, il y a déjà des petites communautés composées de familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés. Celles-ci se réunissent régulièrement autour de la Parole de Dieu pour la partager, et ils en reçoivent de la force. Certaines n’ont que rarement la possibilité de célébrer l’Eucharistie ; ils font l’expérience de la communauté et rencontrent la Parole de Dieu personnellement. A travers la lecture de la Bible, ils font l’expérience d’être aimés personnellement par Dieu. » (Proposition 21)

* * *
Voici un parcours en huit étapes qui pourrait servir pour une première approche de la Bible. Partant d’Abraham et contemplant quelques grandes figures qui marquent l’Ancien Testament, il nous conduit jusqu’à Jésus et à son mystère pascal.

1. – Gn 12, 1-9 : Abraham, l’homme qui écoute et accueille la Parole

A l’origine du peuple de Dieu, la Bible nous présente Abraham, un homme que Dieu appelle et qui répond; cet homme qui engage toute sa vie sur la parole de Dieu et qui se met en route vers l’inconnu. “Père des croyants”, Abraham est pour nous le modèle de l’homme qui écoute la Parole et la fait passer dans sa vie.

 Le travail pourrait commencer par un échange sur Abraham : qui est cet homme ? que savons-nous de lui ? Et sur sa foi : qu’est-ce que croire ? quelle différence faites-vous entre savoir et croire ? etc.

1) Dans Gn 12, 1-5 qu’est-ce que le Seigneur demande à Abraham ? Pourquoi ?
Quelle est la réponse d’Abraham ?
2) Qu’est-ce qui est nouveau dans les versets 8-9 ?
3) Qu’est-ce que ce texte m’apprend sur Dieu ? Et sur l’attitude de l’homme face à la Parole de Dieu ?

Question 1

• Dieu demande à Abraham de partir, de se mettre en route vers un pays inconnu (le pays que je te montrerai) .
• Abraham doit se séparer de son clan, de ses sécurités humaines.
• Le pourquoi de l’ordre de Dieu est donné dans les v. 2-3 : Dieu a un projet pour Abraham et, à travers lui, pour tous les clans de la terre.
• Abraham ne discute pas; il ne pose aucune question; il ne répond pas par des paroles : il obéit à l’ordre de Dieu : comparer les v. 1 et v. 4.

Question 2

• Dans les v. 1-5 Dieu parlait à Abraham; maintenant il se fait voir (v. 7).
• Au v. 1 Dieu lui demandait de partir pour un pays inconnu; ici il désigne le pays (v.7) et le promet à sa postérité.
• Noter la réponse d’Abraham à la promesse de la terre : il bâtit un autel (v. 7-8) et ainsi il consacre au Seigneur une partie de la terre qu’il vient de recevoir en promesse.

Question 3

• Dieu parle; il apparaît, c.-à-d. il entre en relation avec le patriarche; il se révèle à lui.
• Dieu promet (v. 2-3. 7) : remarquer l’emploi du futur dans ces verbes.
• En Abraham, nous trouvons l’attitude de l’homme qui accueille la Parole, qui obéit à cette Parole; qui accepte de se laisser déranger et mettre en marche.

Vers le Nouveau Testament

Lire Lc 1, 26-38 : comment la vocation de Marie et sa réponse complètent-elles ce que le “oui” d’Abraham avait permis de commencer ?

2. – Ex 3, 1-15 : Moïse, l’intercesseur et l’ami de Dieu

Abraham, notre père”, “Moïse, notre maître” disent les Juifs. Comme Abraham, Moïse est un personnage-clé de l’Ancien Testament. Son nom est lié à la sortie d’Egypte, élément fondateur d’Israël et de sa foi au Dieu qui se révèle dans l’histoire des hommes. La scène du Buisson est un des grands textes de la Bible.

1) Comment Dieu nous est-il présenté dans ces versets ? Relevez quelques traits qui vous paraissent significatifs ?
2) Qu’est-ce que ce passage nous apprend de Moïse : qui est-il ? Que fait-il ?
3) Quelle est la mission que Dieu donne ici à Moïse ? Quelle garantie Dieu lui
promet-il pour cette mission ?

Question 1

• Dieu a l’initiative; il intervient au milieu de l’activité de Moïse. Il voit la réaction de Moïse et la connaît (v. 3) comme il le connaît par son nom (v. 4).
• Le symbole du feu révèle l’aspect mystérieux de Dieu : attirant et insaisissable; de plus, c’est un feu qui brûle sans consumer le buisson (v. 2).
• Ce n’est pas un Dieu “nouveau” qui se révèle à lui : Ex 3, 6. 13. 15. 16.
• C’est un Dieu vivant qui voit, entend, connaît… (Ex 3, 7ss).
• C’est un Dieu qui est présent à la misère des opprimés : il prend fait et cause pour eux : “mon peuple” (v. 7).
• C’est un Dieu qui veut avoir besoin des hommes (v. 10).

Question 2

• Sur Moïse, voir le contexte immédiat : Ex 2 nous le présentait en 2 flashes : un bébé dans sa corbeille (2, 1-10), puis un homme qui voudrait faire justice mais qui échoue (2, 11ss).
• Moïse est berger; devant la manifestation de la sainteté de Dieu (cf. les notes de BJ et TOB sur Ex 3, 6), il est, à la fois, attiré et il a peur.
• Il ôte ses sandales et se voile la face (v. 5-6); cf. Jos 5, 15, cité en marge.
• Comme d’autres appelés de Dieu, Moïse se sent dépassé par la mission que Dieu lui confie et il voudrait se dérober : Ex 3, 13; cf. 4, 10; voir encore Jg 6, 15.

Question 3

• La mission de Moïse est de délivrer le peuple de la servitude pour l’amener au service de Dieu (v. 10. 12), à faire alliance avec Dieu.
• Remarquer que cette mission reprend (en partie) ce que Moïse avait voulu faire en Ex 2, 11-15. Moïse, qui a fait l’expérience de son impuissance à libérer ses frères par sa seule force; désormais, c’est avec le Seigneur et en son nom, qu’il accomplira cette mission.
• La garantie que Dieu lui donne : Je SUIS (SERAI) avec toi (v. 12); comparer ce passage avec Jg 6, 12-16; Jr 1, 8; Lc 1, 28. Dieu s’engage toujours avec celui qu’il appelle.

Vers le Nouveau Testament

Comparer cette vocation de Moïse avec Mt 4, 18-22 : pouvez-vous découvrir certaines constantes de l’action de Dieu ?

3. – Rt 1 à 4 : L’étrangère qui entre dans le peuple de Dieu

Le livre de Ruth est un des “Cinq rouleaux” de la Bible hébraïque et les Juifs le lisent chaque année pour la fête de Pentecôte. Un petit récit, mais rempli de symboles et d’enseignements !

1) Qui est Ruth ? Qu’est-ce que les chapitres 1-2 nous apprennent sur elle ? Relever ce qui vous parait le plus significatif ?
2) Quelle est la signification de sa démarche au chapitre 3 ? Comment comprendre la parole de Booz au verset 10 ?
3) Au chapitre 4, comment Booz agit-il ? Fait-il une bonne affaire, oui ou non ?
Justifier votre position.

Question 1

• Ruth est une Moabite (v. 4), devenue la femme de Mahlôn (cf. 4, 10), un fils de Noémi. Elle est veuve et sans enfant. Lire aussi la note BJ sur Rt 1, 16.
• Avec sa belle-sœur Orpa, elle accompagne Noémi qui revient au pays de Juda, mais contrairement à Orpa, elle ne veut pas se séparer de Noémi (v. 14ss).
• Au chapitre 2, elle demande la permission d’aller glaner (cf. la note sur 2, 2 : c’est le droit des pauvres) et elle va se trouver dans les champs de Booz : (2, 3).
• Elle travaille avec courage (v. 7); elle se dit “étrangère” (v. 10).
• Sur sa rencontre avec Booz, noter les v. 10-11 et les notes BJ.
• Booz lui donne (largement) à manger: v. 14 et 18 ; il donne aussi des ordres pour la protéger.

Question 2

• Sur le conseil de sa belle-mère, Ruth va demander à Booz d’user de son droit de rachat (3, 2; cf. 2, 20 +).
• Sur le sens de la démarche de Ruth (v. 9), cf. la note de BJ et les références indiquées.
• Pour le sens du v. 10, lire la note BJ : Ruth a fait preuve de piété (hèsèd) envers sa belle-mère en revenant avec elle (2, 11); maintenant, elle montre sa piété (hèsèd) envers sa famille d’adoption en demandant à Booz de l’épouser (v. 11)
• Sur le sens du mot hèsèd, voir la note de BJ sur Os 2, 22 +.

Question 3

• Booz s’est engagé envers Ruth à régler l’affaire le jour même (3, 11-13), mais il respecte le droit et la justice, n’étant pas le premier “go’el” (4, 1-4).
• C’est lui qui a pris l’initiative (v. 1), mais il indique clairement son désir (v. 4); puis il lie droit de rachat et lévirat (v. 5 et note BJ).
• Sur les raisons pour lesquelles le premier go’el renonce à son droit (v. 6 et note BJ); Booz peut alors acquérir le champ et épouser Ruth (v.9-10).
• En épousant Ruth et en lui donnant un fils, Booz comble le désir de Noémi (v. 13-17) : il assure la maintien du nom d’Elimélek (cf. Rt 1, 2-3)
• Mais les v. 18-21 insèrent Booz dans la généalogie de David et, par là, dans celle du Messie (cf. v. 18 et note BJ). Cf. aussi Mt 1, 5.

4. – 1 S 16, 1-13 : David choisi au milieu de ses frères

Devant le danger que représentaient pour Israël les Philistins, les Israélites cherchent à renforcer leur cohésion et ils se donnent un roi, comme les peuples qui les entourent. Mais un tel choix n’est-il pas un rejet du Seigneur, qui seul est le souverain d’Israël (cf. Jg 8,23) ?
Après l’expérience malheureuse de Saül, c’est le Seigneur lui-même qui va donner à son peuple « un roi selon son cœur ».

1) Comment ce récit met-il en évidence que c’est le Seigneur qui choisit ?
2) Quels sont les critères du choix de Dieu ? Comparez-les avec les références données en marge de BJ sur le v. 7.

3) Comment comprenez-vous le don de l’Esprit donné à David ?

Question 1

• Noter comment le choix de David est mis en évidence par le rédacteur, qui fait défiler avant lui tous les autres fils de Jessé.
• Relever tous les verbes dont Dieu est le sujet : c’est Dieu qui a rejeté Saül, qui envoie Samuel, qui donne les ordres, qui choisit celui que Samuel doit oindre…
• Remarquer aussi la différence entre le choix de Dieu et celui des hommes : v. 6-7.

Question 2

• Comparer avec les références marginales : 1 S 9, 2 et 10, 23 où, pour le choix de Saül, la grandeur, la force, etc. semblaient être les éléments décisifs. Voir aussi la note TOB sur 1 S 16, 6.
• Les citations de Jr concernent le Seigneur “qui connaît le cœur des hommes” : voir ce que signifie le “cœur” dans la Bible, cf. Table analytique de BJ ou en TOB la note sur 1 S 16, 7.
• Remarquer que Dieu choisit ici le plus jeune : thème du cadet, cf. Gn 4, 5 + ; qu’est-ce que cela veut dire ?

Question 3

• Sur la signification de l’Esprit dans la Bible, cf. la note sur Ez 36, 27 +.
• Suivez la référence donnée à Jg 3, 10 + (en marge); ainsi David est relié au “Juges”, aux sauveurs choisis (auparavant) par Dieu pour libérer son peuple.
• En lisant 1 S 10,5 (cité en marge), comparer le don de l’Esprit qui avait été fait à Saül; David le reçoit immédiatement et de façon durable : “à partir de ce jour-là…”

Vers le Nouveau Testament

Lire Lc 10, 21-24 ou 1 Co 1, 26-30 : le cas de David n’est pas exceptionnel; les choix de Dieu sont toujours déroutants pour la raison humaine.

Prière : Prier le Magnificat (Lc 1 46-55) en remerciant Dieu pour notre vocation chrétienne.

5. – Jr 18, 1-12 : « Comme l’argile dans la main du potier. »

Le contexte de cette Parole de Dieu paraît être la prière de Jérémie en 17, 14-18 : le prophète doit annoncer à ses compatriotes des paroles de malheur. Mais comment Dieu, qui a choisi ce peuple et qui l’a conduit jusque-là, peut-il vouloir sa destruction ? En réponse, le Seigneur invite Jérémie à descendre chez le potier.

1) En quoi l’action du potier révèle-t-elle à Jérémie l’action de Dieu ?
2) Comparer Jr 18, 7-10 avec Jr 1,10 (cité en marge) : quelles constatations pouvez-vous faire ? Quelles remarques ?

3) Comment comprenez-vous le rapprochement avec Ez 18, 21-24 (en marge) ?

Question 1

• Le potier connaît le modèle du vase qu’il veut tirer de la glaise, mais parfois son projet rate à cause de l’argile, pas assez malléable ou contenant des impuretés.
• Le potier ne se décourage pas, il recommence jusqu’à ce que le vase corresponde à au modèle qu’il désire réaliser; il est plus patient que Jérémie (Jr 17,18).
• L’image du potier marque, à la fois, la puissance de Dieu sur son peuple et, en même temps, son amour pour lui.

Question 2

• On retrouve ici les mêmes verbes qu’en Jr 1,10 où ils exprimaient la mission de Jérémie. Comme tous les prophètes, Jérémie a dû annoncer davantage le malheur que le bonheur.
• Noter que cette annonce de bonheur ou de malheur n’est pas indépendante de la réaction des auditeurs (v. 8.10).
• L’annonce d’un malheur n’est pas un oukase; c’est encore une dernière invitation pressante à l’éviter (v. 11); cf. Jr 26,3; 36, 3. Cf. l’exemple de Jon 3, 10 !

Question 3

• Dans les deux cas, l’attitude du Seigneur peut changer selon le comportement de l’homme, selon qu’il écoute ou non la Parole de Dieu : cf. Ez 18,21 +.
• Mais Jérémie parle encore dans l’optique de la responsabilité / rétribution collective, alors qu’Ezéchiel se place sur le plan de la responsabilité personnelle : voir la note importante donnée en BJ sur Ez 14, 12 + (cité en marge d’Ez 18, 1).

Vers le Nouveau Testament

Lire Mc 10, 28-31 ou encore Rm 9,19-24 : réfléchissant sur la situation d’Israël, saint Paul se souvient de la réponse donnée jadis par Dieu à Jérémie.

Prière : que le Seigneur nous aide à garder toujours confiance en lui, même lorsque nous ne comprenons plus. Prions le Ps 130 (129).

6. – Lc 10, 25 – 37 : « Et qui est mon prochain ? »

Apprendre à vivre en disciples de Jésus, tel pourrait être le titre de la section que Luc consacre à “la montée vers Jérusalem” (Lc 9, 51 – 19, 28). Le passage étudié nous rappelle un des préceptes essentiels de la vie du disciple de Jésus.

1) Que contient ce passage de Luc ? Que recherche le docteur de la Loi ? Quelle est la réponse de Jésus ?
2) Étudier les personnages de la parabole ? Que font-ils ?
3) Montrer comment les v. 30-36 illustrent la réponse du v. 27 ?

Question 1

• Le texte comprend deux parties : la question sur le commandement (v. 25-28) et celle sur le prochain (v. 29-37); cette deuxième question est propre à Luc.
• Remarquer les motivations qui le poussent à interroger Jésus : v. 25 et 29. Noter que Jésus ne donne pas la réponse : il invite l’homme à répondre lui-même (v. 26 et 36). Le docteur de la Loi cherche à avoir en héritage la vie éternelle : v. 25 et note TOB. Il répond bien aux questions de Jésus (v. 27-28 et v. 37). Sur sa réponse au v. 27, lire la note de TOB sur ce verset.

Question 2

• Il y a l’homme sur le chemin : on ne sait rien de son identité, ni pourquoi il se trouvait sur ce chemin; c’est simplement un homme dans une situation de détresse (v. 30).
• Le prêtre et le lévite sont des juifs, et même des membres particuliers de ce peuple (cf. note BJ sur Lc 10, 33). Pour les deux, Jésus décrit leur comportement par les mêmes mots : il voit … et il passe à distance (v. 31. 32).
• Le samaritain, au contraire, voit, fut pris de pitié et s’approche. Sur le samaritain, voir les notes de BJ et TOB sur Lc 10, 33.
• Noter aussi comment la parabole enseigne que cette “pitié” du samaritain se traduit dans des actes concrets : il prend soin du blessé (cf. les nombreux verbes du v. 34) ; et il le fait jusqu’au bout (v. 35).

Question 3

• Au v. 27, l’homme reconnaissait que la Loi (qui conduit à la vie) demande d’aimer le prochain comme soi-même, mais il ne donnait pas à ce mot (prochain) la même largeur que Jésus (voir note TOB sur v. 29).
• La parabole explique qui est le prochain : voir les notes TOB sur les v. 29 et 30.
• A noter comment le scribe posait la question et comment Jésus la lui retourne (au v. 36) : quelle différence voyez-vous ? Voir la note TOB sur le v. 37.
• Noter également l’insistance dans ce texte sur le verbe “faire” : v. 25. 28. 37 (bis). Comparer avec ce que Jésus dit en Mt 7, 21-23.

En lien avec la liturgie

Le beau texte de Dt 30, 10-14 nous présente la Loi comme le chemin qui conduit à la vie. C’est un chemin offert et accessible à chacun “pourvu qu’il le mette en pratique”.

7. – Lc 24, 13-35 : Rencontrer aujourd’hui le Ressuscité.

Le merveilleux récit d’Emmaüs est bien davantage qu’une belle anecdote. Ce texte de Luc nous fait découvrir ce qui a permis aux premiers chrétiens de dépasser le scandale de la mort de Jésus. Il nous montre aussi comment nous pouvons aujourd’hui, sur nos chemins, rencontrer le Christ Ressuscité.

1) Quelle est la situation des deux disciples au début du récit ? Et à la fin ?
2) Comment le changement s’est-il produit pour eux ?
3) Qu’est-ce que ce texte nous apprend sur Jésus ? Comment pouvons-nous le
rencontrer aujourd’hui ?

Question 1

• Au début : deux hommes en marche vers Emmaüs, tournant le dos à Jérusalem (et à tout ce qui vient de s’y dérouler); ils parlent de leur expérience (14. 18ss); ils sont sombres (v. 17) et déçus (v. 21).
• À la fin : les deux hommes de retour à Jérusalem, ouverts au message pascal (33-34) et partageant leur propre découverte.
• Les v. 13-24 donnent les événements de Pâques vus par un sympathisant; à partir du v. 25, ce sont les mêmes faits pour le croyant, éclairés désormais par l’Ecriture et la parole de Jésus : voir la note TOB sur le v. 13.

Question 2

• Le changement se fait par la présence de Jésus (v. 15), par ses questions (v. 17 et 19) qui permettent d’abord aux disciples d’exprimer leur déception.
• Par la “leçon” donnée par Jésus (v. 25; cf. v. 32) : “il fallait…” : sur ce point, voir la note TOB sur le v. 27; voir aussi en BJ Lc 18, 31 + (cité en marge).
• Sur l’invitation à entrer (v. 29) et la “fraction du pain “ (v. 30; cf. v. 35) : voir la note TOB sur le v. 30 et celle de BJ sur le v. 35.
• Noter le cœur qui devient brûlant (cf. v. 32) et les yeux qui s’ouvrent (v. 31 à comparer avec le v. 16).

Question 3

• Jésus de Nazareth, prophète puissant en œuvres et en paroles (cf. Mt 16, 14 +) et le renvoi à Dt 18, 15. 18.
• Jésus livré, condamné à mort, crucifié (v. 20); noter qu’ils connaissaient déjà tous les événements de Pâques (v. 22-23) mais sans y adhérer encore.
• Jésus, le Messie souffrant : cf. Lc 9, 22 + et 18, 31 +.
• Jésus qui rompt le pain : v. 30 et Lc 24, 35 +; c’est par l’écoute de la Parole (AT et NT) que les événements de Jésus prennent leur signification. Moïse et les prophètes, d’une part, et la parole de Jésus, d’autre part, s’éclairent réciproquement.
• C’est dans l’Eucharistie, la “fraction du pain” que Jésus se laisse rencontrer.

Aujourd’hui…

La liturgie nous offre régulièrement ce contact avec l’AT et le NT : avons-nous compris que seule une écoute attentive et persévérante de la Parole peut nous ouvrir les yeux sur le mystère de Jésus et nous le faire rencontrer dans l’Eucharistie et dans les événements de notre vie ?

8. – Jn 20, 1 – 18 : “Va dire à mes frères …”

La mission chrétienne consiste avant tout dans l’annonce du message pascal. Comme les Évangiles synoptiques, Jn connaît la venue des femmes au tombeau au matin de Pâques et le message qui leur fut confiée. Mais ici l’Évangéliste concentre son récit sur Marie de Magdala.

1) Comment peut-on diviser ce texte ? Qu’est-ce qui est commun à la tradition
évangélique ? Qu’est-ce qui est propre à Jn ?
2) Étudier plus particulièrement Jn 20, 11- 18. Suivre la démarche de Marie de
Magdala.
3) Dans les v. 17-18, vers qui Marie est-elle envoyée ? Quelle est sa mission ?

Question 1

• Une division possible : Marie au tombeau (v. 1-2); les deux disciples au tombeau (v. 3-10); Marie rencontre le Ressuscité (v. 11-18).
• Les quatre Évangiles parlent de la visite des femmes au tombeau, le premier jour de la semaine et du tombeau ouvert et vide; Lc 24, 24 connaît la démarche des apôtres au tombeau et note leur difficulté à croire à la Résurrection; Mc 16, 9 parle de l’apparition de Jésus à Marie de Magdala; Mt 28, 9 rapporte une apparition aux femmes.
• Jn note qu’il faisait sombre (v. 1) : symbolisme ? Il parle de “l’autre disciple” (v. 2. 3. 4. 8) qu’il identifie avec “celui que Jésus aimait” (v. 2 et note TOB sur Jn 13, 23).
• Jn seul raconte la démarche des deux disciples (v. 3-10) et l’apparition de Jésus à Marie de Magdala (v. 13-18).

Question 2

• Elle va au tombeau pour pleurer (v. 11. 13. 15), cf. l’attitude de Marie, la sœur de Lazare, en Jn 11, 31ss. Elle a une vision d’anges (v. 12 et note TOB).
• Pour sa réponse au v. 13 : cf. v. 2 et v. 15.
• Elle voit Jésus mais ne le reconnaît pas (v. 14-15); cf. en marge de BJ le renvoi à Lc 24, 16 et à la note de BJ. Elle reconnaît Jésus quand il l’appelle par son nom : cf. Jn 10, 3-4; voir aussi Lc 24, 30-31 et 35.
• Mais sa connaissance de Jésus n’est pas encore complète : comparer “Rabbouni” (v. 16 et note TOB sur Mc 10, 51) avec “Seigneur” (v. 18).

Question 3

• (v. 17) : “mes frères … mon Père et votre Père “ ; voir la note TOB qui nous renvoie à Jn 1, 12 et à 1 Jn 3, 1-2. Voir encore les références marginales de TOB sur le v. 17.
• Sur la signification des v. 17-18. cf. la note TOB. L’importance porte sur “monter vers le Père” : c’est la Résurrection en langage johannique (cf. Jn 13, 1-2).
• Marie est invitée à passer de son attachement à Jésus (“ne me retiens pas” : cf. la note TOB) à la connaissance du Seigneur Ressuscité, notre frère.
• Ce passage au Père ouvre le temps de l’absence, dont parle Jésus en Jn 14 dans le discours d’adieux. Mais le retour vers le Père est aussi la véritable révélation de Jésus et de Dieu (cf. Jn 14, 1-3 …. 28ss.
• Marie de Magdala est ainsi présentée comme la première messagère de la foi pascale.

LIRE L’ANCIEN TESTAMENT POURQUOI ET COMMENT ?

« La Bible est un livre protestant »: cette remarque, le Père Jacques Loew se souvenait de 1’avoir entendu très souvent au Brésil, alors qu’il y travaillait avec les équipiers de la MOPP, pendant les années 64-69.
Sous une forme atténuée et peut-être moins fréquemment, on aurait sans doute pu entendre de telles remarques dans nos pays : « Est-il permis de lire la Bible ? Est-ce que l’Eglise n’a pas défendu de lire la Bible ?
Je me souviens encore d’un prêtre, professeur de théologie et qui aimait bien la Bible, et qui pourtant disait qu’il ne recommanderait pas à un laïc de lire 1’Ancien Testament.
Heureusement les choses ont bien changé : depuis un certain nombre d’années, bien des chrétiens ont peu à peu retrouvé le goût de la Parole de Dieu. Cette Parole, proclamée désormais dans leur langue, entendue dans les différentes célébrations, lue et meditée en petits groupes ou en privé, est devenue pour beaucoup une nourriture de vie. Pourtant, certains hésitent toujours face à l’Ancien Testament. Le Nouveau Testament, oui ! Mais faut-il vraiment chercher quelque chose dans l’Ancien Testament ?

Les difficultés de l’Ancien Testament ou la tentation de choisir l’Evangile

L’Ancien Testament est bien loin de nous. Dejà pour rejoindre le Nouveau Testament, il nous faire un saut de 20 siecles, rencontrer un culture bien différente de la nötre. Alors que dire de l’Ancien Testament ! Et puis, qu’en savons-nous vraiment ? Des publications récentes ont remis en question des données que 1’on croyaient pouvoir considérer comme stables (concernant la formation du Pentateuque, la mise par écrit des plus anciennes traditions, 1’historicité des personnages et des faits concernant les Patriarches, et tout récemment, même ce qui touchait David et Salomon…).

Les Evangiles paraissent à beaucoup de chrétiens plus proches et plus connus, plus compréhensibles aussi, au moins d’une maniere génerale.

D’autre part, la lecture de 1’Ancien Testament a parfois troublé et déçu des chrétiens qui s’y étaient risqués. Pleins de zèle à la suite d’une retraite ou d’une lecture où ils avaient soudain pris conscience de la richesse que pouvait contenir ce livre, ils avaient acheté une Bible et s’étaient mis courageusement à la lecture. Après les chapitres de la Genèse, où ils retrouvaient des souvenirs familiers de leur enfance (de leur catéchisme ou de leur Histoire sainte …), ils étaient peut-être déjà heurtés par le visage du Dieu de l’Exode, par ses allures guerrières et partisanes. Peu nombreux sont ceux qui sont arrivés jusqu’au Lévitique : là, les règles subtiles des sacrifices, les catégories d’animaux purs et impurs, les multiples règles de pureté, mêlées de tabous, ont souvent decouragé ceux qui avaient persévéré dans la lecture.
A regret peut-être, de n’avoir pas su trouver dans la Bible une richesse qu’elle devait pourtant contenir, ils ont alors refermé le Livre et l’ont soigneusement rangé dans leur bibliothèque.

C’est pourquoi, à partir de cette expérience négative ou même sans elle, d’autres se sont demandé s’il était bien utile et nécessaire pour des chrétiens de lire encore 1’Ancien Testament. Cette question, nous la trouvons dès le début de 1’Eglise chrétienne : l’Ancien Testament n’est-il pas le livre des Juifs, de ceux qui ont refusé de reconnaître, en Jésus, le Messie envoyé par Dieu ? L’Ancien Testament était, sans doute, une préparation importante, mais désormais rendue caduque par la venue de Jésus. Quelques textes du Nouveau Testament pourraient même nous conduire à une telle conclusion. La Loi, l’Ancien Testament, écrit saint Paul, étaient le temps de la préparation (cf. Ga 3, 23-26), mais désormais, avec le Christ, la plénitude des temps (cf. Ga 4, 6) est arrivée.

D’une manière plus nette encore, la Lettre aux Hébreux parle clairement de l’Ancienne Alliance comme d’une chose dépassée (cf He 6 – 8) : « Si cette première alliance avait été sans reproche, il ne serait pas question de la remplacer par une deuxième … » et 1’auteur cite le texte célèbre de Jr 31, 31 – 34 et il conclut : « En parlant d’une alliance nouvelle, il a rendu ancienne la première; or ce qui est ancien et qui vieillit est près de disparaitre. » (He 8, 7. 13)
Comme on le voit, le problème de l’Ancien Testament et de son rapport avec le Nouveau n’est pas d’aujourd’hui; il s’est posé dès les premiers siècles, et d’une double manière : valorisation excessive de l’Ancien Testament ou rejet total. (sur cette question, voir P. GRELOT, Le Sens chrétien de l’Ancien Testament, Desclée, p. 28ss.)

Valorisation excessive de 1’Ancien Testament

Pour certains Juifs, et à un moindre degré pour des chrétiens judaisants devenus disciples de Jésus, l’Ancien Testament conservait toute sa valeur et il ne pouvait être question pour eux de 1’abandonner. Bien plus, ils pensaient qu’il fallait l’imposer totalement à tous les croyants, que c’était une condition indispensable pour devenir disciples de Jésus. C’est contre cette valorisation excessive de l’Ancien Testament que Paul dejà se battait et qu’il revendiquait la liberté chrétienne face à la Loi (spécialement dans la Lettre aux Galates). Au deuxieme siècle, dans son Dialogue avec Tryphon, saint Justin (entre 150 et 161), reconnaît « la valeur exacte des préceptes de l’ancienne alliance » mais il affirme qu’ils ne concernent plus les chrétiens sinon comme des éléments figuratifs de la nouvelle alliance; ils ont eté « imposés aux seuls Juifs en vue de leur éducation religieuse et morale(P. GRELOT, op. cit. p. 31-32.).
Cependant comme le fait remarquer P. Grelot, « il s’agit d’une controverse mineure : le danger de trop valoriser l’Ancien Testament n’était guère menaçant à 1’intérieur d’une Eglise dont le recrutement se faisait essentiellement dans les milieux païens. » (id. p. 32-33)

Dévalorisation de l’Ancien Testament

Mais d’autres prenaient une position diamétralement opposée : pour eux, il fallait rejeter l’Ancien Testament. A la base de ce rejet, on trouve souvent une vision dualiste du monde. A 1’origine, il y aurait deux principes, le Dieu bon et le Dieu mauvais. Le Dieu bon, c’est celui que Jésus est venu nous révéler; le Dieu mauvais, c’était celui de l’Ancien Testament, le créateur de la matière, le législateur d’Israël, un Dieu sévère, un Dieu qui punit. Il fallait donc rompre totalement avec l’Ancien Testament. Telle était, au deuxième siècle, en résumé, la position de Marcion. Pour établir sa thèse, Marcion s’appuyait sur 1’Evangile selon saint Luc et sur une dizaine de Lettres de Paul, en éliminant soigneusement de ces textes tout ce qui ne s’accordait pas avec son système.

Parmi ceux qui se sont opposés à Marcion, on peut citer saint Irénée qui « a magnifiquement développé 1’unité du projet de Dieu : il n’y a qu’un seul Dieu, auteur des deux Testaments, un seul Dieu qui est à la fois Créateur et Père. L’unique dessein de salut interdit tout dualisme : c’est le même Dieu qui se révèle dans les deux Testaments. » ( G. COMEAU, Juifs et Chrétiens, le Nouveau Dialogue, Ed. de 1’Atelier, p. 39. L’auteur ajoute : Pourtant au long de l’histoire de 1’Eglise catholique, il y a sans doute eu un oubli pratique de 1’Ancien Testament, jusqu’à la moitié du XXème siècle. La situation est différente dans les Eglises de la Réforme, pour lesquelles la lecture de la Bible, c’est-à-dire des deux Testaments, est la base de la vie croyante.)

L’Ancien et le Nouveau Testament

D’une manière générale, la réaction de 1’Eglise fut sans ambiguïté – et elle est demeurée constante au cours des siècles face à d’autres tentatives du même ordre -. D’une part, elle a refusé avec force toute mutilation du Nouveau Testament comme elle a refusé d’abandonner 1’Ancien Testament; mais d’autre part, elle s’est refusé à imposer à tous les croyants toutes les lois et toutes les institutions de 1’Ancien Testament : quelque chose de nouveau et de définitif est bien arrivé avec Jésus.

Cette évocation rapide du problème, tel qu’il s’est posé dans les premiers siècles, nous invite à réfléchir davantage sur les motifs qui ont guidé 1’attitude de 1’Eglise face à 1’Ancien Testament et à mieux comprendre la position actuelle qui est indiquée par les textes de Vatican II et dans les documents qui ont suivi.

Cette position de 1’Eglise se trouve spécialement exposée dans le chapitre IV de la Constitution sur la Parole de Dieu, qui traite de 1’Ancien Testament (no. 14-16) ainsi que dans le Chapitre VI, intitulé : La Sainte Ecriture dans la vie de 1’Eglise, qui parle toujours des « Ecritures », sans faire de distinction entre l’Ancien et le Nouveau Testament. (La seule exception à cette « règle » se trouve au no. 25 qui demande aux évêques d’aider les fidèles  » à faire un usage correct des livres divins, surtout du Nouveau Testament et en premier lieu des Evangiles, grâce à des traductions des textes sacrés …. »)

Comme le dit le texte conciliaire : « Dieu, qui a inspiré les livres de l’un et l’autre Testaments et qui en est l’auteur, a voulu dans sa sagesse, que le Nouveau se trouvât caché dans l’Ancien, et que les obscurités de l’Ancien fussent dévoilées dans le Nouveau. Car encore le Christ ait fondé dans son sang une nouvelle Alliance, néanmoins les livres de l’Ancien Testament, intégralement repris dans le message évangélique, atteignent et montrent leur complète signification dans le Nouveau Testament, auquel à leur tour, ils apportent illustration et explication. » (D. V. no. 16) (Le Concile fait ici référence à saint Augustin : « quamquam et in Vetere Novum lateat, et in Novo Vetus pateat » (P. L. 34, 623).)

L’Ancien Testament fait donc partie du trésor de 1’Eglise; il a preparé – et il prépare encore – la voie à 1’Evangile. II doit conduire au Christ et il trouve dans le Christ sa pleine signification. Mais c’est à partir de Jésus, de sa parole, qu’il doit être lu.

Ce qui a été à 1’origine de ces déclarations des Pères du Concile – et de la réforme liturgique qui a suivi, – c’est, d’une part, la prise de conscience renouvelée de 1’importance des Ecritures pour la compréhension du mystère du Christ ( Cf. le texte de la Commision Biblique Pontificale : Le Peuple juif et les saintes Ecritures dans la lecture chrétienne, qui écrit au no. 84 : « Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se déssécher. »)
et, d’autre part, la conviction que l’Ancien Testament prend une plénitude sens dès lors qu’il est lu à la lumière du Christ. (Dans le même document, voir spécialement les nos 64-65.) Attardons-nous un peu sur ce deux points.

Importance de 1’Ancien Testament pour le mystère du Christ.
L’Ancien Testament, disait un enfant au catéchisme, c’est la vie de Jésus avant sa naissance. Définition enfantine, et pourtant pleine de vérité. Jésus est un Juif. Comment le connaître, comment comprendre son message, sa manière d’être et d’agir, sans le relier à ce milieu dans lequel il est né et dans lequel il a vécu. Ce n’est pas un hasard si 1’Evangile selon saint Matthieu – et ainsi le Nouveau Testament – commence par une longue généalogie qui insère Jésus dans le peuple d’Israel : »Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham ... »
En effet, Jésus appartient à ce peuple nourri de l’Ancien Testament; sa religion est celle des Prophètes et des Psalmistes. Bien sûr, Jésus apporte du neuf : la nouveauté de sa personne, mais sans l’Ancien Testament, Jésus reste incompréhensible : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ, » écrivait saint Jérôme.

La prédication de Jésus accomplit la Loi et les Prophètes. Mais précisement, si elle les accomplit, elle en est inséparable. « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi et les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir« , dira Jésus (cf. Mt 5, 17).

« L’Ancien Testament est indispensable à la foi chretienne ; non seulement, il est en lui-même Parole de Dieu, mais encore sans lui, le Nouveau Testament perd sa substance. » (G. COMEAU, op. cit. p. 40.)

Quand des chrétiens pensent pouvoir comprendre le Nouveau Testament sans l’Ancien, ils se font illusion. Pour prendre une comparaison, vouloir lire le Nouveau Testament sans l’Ancien, c’est se mettre dans la situation de quelqu’un qui arriverait au terme d’une longue conversation dont il n’entendrait que les dernieres paroles. Comment pourrait-il comprendre le sens de ces mots et les allusions qu’ils contiennent pour ceux qui ont pu participer à tout 1’échange ?

De même, comment pourrions-nous saisir ce que Jésus veut dire quand il annonce une alliance nouvelle, si nous ignorons tout des textes sur 1’alliance ancienne (par ex. Ex 19 et 24), si nous ne connaissons rien de 1’histoire troublée de Dieu avec son peuple, telle que la Bible nous la présente en Nb, Jg, en Os et Ez, si nous n’avons jamais entendu parler de la promesse de Jérémie annonçant 1’alliance nouvelle et définitive que Dieu ferait un jour avec son peuple (cf. Jr 31, 31 – 34) ?
Quel sens donner à la parabole du fils perdu que le père accueille dans sa miséricorde, si on la sépare de toute cette longue attente de Dieu à 1’égard de 1’homme pécheur, qui fait la trame de tout 1’Ancien Testament ? (Voir la Proposition no. 10 du Synode des Evêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise (oct. 2008) : l’Ancien Testament dans la Bible chrétienne : „la connaissance de l’Ancien Testament est indispensable à qui croit dans l’Evangile de Jésus Christ, parce que selon saint Augustin, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien est présent dans le Nouveau.“)
Mais c’est surtout le mystère pascal qui nous resterait totalement incompréhensible et fermé sans 1’éclairage des textes de l’Ancien Testament. Souvenons-nous de cette merveilleuse page de saint Luc : le chemin d’Emmaüs. Deux disciples tournent le dos à Jerusalem et à la déception qu’ils viennent d’y vivre. Ces deux hommes connaissent pourtant tout ce qui fait la « matière » de la foi chrétienne : Jésus de Nazareth, sa vie, ses oeuvres, sa mort; ils ont même entendu parler de 1’annonce de sa Résurrection. Et pourtant ils s’en vont, l’air sombre, sans espérance. Que leur manque-t-il donc ? Jésus les rejoint sur le chemin. Il écoute leurs doléances, puis il les invite à relire avec lui 1’Ancien Testament : » et partant de Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ». Et comme ils le diront eux-mêmes plus tard, c’est alors, à la lumière des Ecritures, que leur ‘cœur’ s’est réchauffé et que le dessein de Dieu, realisé en Jésus, s’est pour eux éclairé.

Ici encore une comparaison peut nous aider : supposons que je veuille regarder le soleil en plein midi, un jour étincelant. Que va-t-il arriver ? L’éclat de l’astre sera bien évidemment beaucoup trop fort pour mes yeux. Non seulement je ne verrai pas la lumière du soleil, mais j’en serai ébloui et même aveuglé. Il existe pourtant un moyen pour moi de contempler, de mes yeux, cette lumière étincelante : c’est de la regarder à travers un prisme. Alors, non seulement je ne serai plus aveuglé, mais je pourrai découvrir toute la richesse de couleurs contenue dans cette luminosité, tout le jeu de l’arc-en-ciel qui compose cette clarté. Ce que le prisme est pour la lumière du soleil, les Ecritures, l’Ancien Testament, le sont pour le mystère du Christ. En Jésus, la révélation de Dieu a une telle densité, un telle intensité, qu’elle en devient aveuglante pour nos pauvres yeux d’hommes, pour notre intelligence. Dans le prisme des Ecritures, cette même richesse nous est donnée d’une manière appropriée et progressive.

L’Ancien Testament relu à la lumière du Christ

« Les apôtres ont été renvoyés à leur Bible par la Résurrection de Jésus  » écrivait Mgr. Ramsay De fait, les auteurs du Nouveau Testament nous montrent les apôtres, à 1’exemple de Jésus, en train de relire les Ecritures, c’est-à-dire pour eux, de relire ce que nous appelons 1’Ancien Testament.

Il s’agit bien pour eux d’une relecture : non seulement au sens où ils lisaient de nouveau des textes de leur Bible juive, mais au sens où ils les lisaient maintenant sous un éclairage nouveau. Désormais ils lisent ces textes à partir des événements qui en révèlent la signification. C’est encore saint Luc qui, dans les Actes des Apôtres, nous montre comment fonctionne cette relecture. Vous connaissez 1’épisode de 1’eunuque éthiopien qui s’en retourne chez lui par la route qui descend de Jérusalem à Gaza. Assis sur son char, il lit un texte du livre d’Isaïe. Philippe le rejoint et lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » Et la réponse de 1’eunuque : « Et comment le pourrais-je, si je n’ai pas de guide … De qui parle le prophète, de lui-même ou d’un autre ? » Philippe alors, nous disent les Actes, partant de ce texte, lui annonça la bonne nouvelle de Jésus. » A la lumière de Jésus, de sa vie, de sa mort et résurrection, ce texte des Ecritures (Is 52-53) prenait tout son sens ou mieux, il recevait une plénitude sens insoupçonnée jusque-là.

Un accomplissement

Il y trouvait son accomplissement : »cela arriva pour que s’accomplisse ce qui avait été écrit de lui dans les Prophètes. » Cette formule, nous la rencontrons une douzaine de fois dans 1’Evangile selon saint Matthieu. Mais il faut bien la comprendre. L’Evangéliste n’entend pas dire que les prophètes avaient vu par avance les différents épisodes de la vie de Jésus ni que celui-ci cherchait à réaliser « à la lettre » ce qui se trouvait écrit par avance pour lui dans les textes de 1’Ancien Testament. Comme 1’exprime C. TASSIN : « Par les « citations d’accomplissement », 1’évangéliste confirme la nécessité du rapport entre Jésus et l’Ancien Testament, mais il invite à renverser ce rapport : ce n’est pas la Bible qui dit ce que doit être le Christ; c’est la foi en Jésus Christ qui dit comment lire la Bible. Jésus « accomplit », donne un sens plein, inattendu, aux prophéties bibliques.
Celui qui croit en Jésus, croit aussi, que dans l’Ancien Testament, Dieu ne parle que du Christ à venir. Ouvre-t-il la Bible pour y lire les premiers mots de Dieu : « Que la lumiere soit », c’est déjà le visage du Christ qu’il devine dans cette parole. » (C. TASSIN, L’Evangile de Matthieu, Centurion, p. 20 )

Il suffit de lire attentivement le Nouveau Testament pour se rendre compte de tout le travail de relecture réalisé par les premiers chrétiens. Saint Paul ira jusqu’à écrire que « tout ce qui leur arrivait [jadis aux Pères], arrivait pour servir d’exemples et a été écrit pour notre instruction » (cf. 1 Co 10, 11; Rm 15, 4). Et pourtant Paul adressait ses lettres à des communautés composées en majorité de chrétiens venus du paganisme.

Cette conviction qui est à la base de la démarche de Paul et des autres auteurs du Nouveau Testament, c’est celle qu’expriment les premiers versets de la Lettre aux Hébreux : 1’unité de la Parole de Dieu, l’unité de 1’Ancien et du Nouveau Testament, une unité voulue expressèment par Dieu : « Dieu qui a parlé à bien des reprises et de bien des manières autrefois aux Pères, nous parlé maintenant en un Fils qu’il a établi héritier de tout … » (He 1, 1-2).

Dans les siècles qui ont suivi, ce même travail sur 1’Ancien Testament s’est continué – alors même que 1’Eglise était très majoritairement 1’Eglise des païens – comme en témoignent les innombrables commentaires patristiques, qui pour la plupart sont des recueils d’homélies, sur Gn, Ex, Is, Ez, Ps, et d’autres livres de l’Ancien Testament

Un autre témoignage indirect, mais très réel de la place des Ecritures dans l’Eglise nous est donné quand nous visitons des églises anciennes. Nous sommes émerveillés – et parfois même déroutés – par la richesse biblique des peintures et des vitraux, par les sculptures des chapiteaux. Les scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament se répondent et témoignent d’une catéchèse familière de l’histoire du salut. L’Ecriture – pour beaucoup, sans doute, davantage racontée que lue – était alors une nourriture; elle était encore cette Table de la Parole que Dieu a préparée pour son peuple, comme il lui a préparé celle de l’Eucharistie.

Pascal avait bien raison de souligner 1’unité du dessein de Dieu et la place centrale de Jésus, quand il écrivait : « Jésus que les deux Testaments regardent, l’Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle; tous les deux comme leur centre. » ( PASCAL, Pensées, no 488)

Tout ceci nous aide à comprendre 1’effort fait aujourd’hui par la liturgie, dans le sillage de Vatican II, pour redonner au peuple chrétien le goût des Ecritures, pour l’inviter à la Table de la Parole. Une table, longtemps délaissée pour des raisons historiques – pour faire court, je dirai, à cause du latin qui s’est maintenu dans la liturgie alors qu’il avait cessé d’être compris par la plus grande partie des croyants -. Evidemment le seul fait de proclamer, ou d’entendre proclamer, aujourd’hui ces textes dans notre langue ne nous assure pas ipso facto la familiarité avec la Bible. Mais on peut espérer que les chrétiens retrouvent ainsi peu à peu le goût de cette Parole et spécialement le goût de l’Ancien Testament. (Dans les Propositions transmises au Pape à la fin du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise (oct. 2008), les Evêques relèvent les difficultés de beaucoup de croyants face à l’AT et demandent qu’on les aide par une préparation adéquate car, disent-ils, il ne faut pas négliger „la lecture de l’Ancien Testament qui, malgré quelques difficultés, est essentiel à la compréhension de l’histoire du salut“ (Proposition no. 29). Voir aussi la Proposition no. 10.)

Car à travers ces textes, c’est la longue histoire de Dieu avec les hommes, avec nous, qui nous est révélée. Jésus cesse alors d’être une figure, admirable certes, mais qui traverse notre histoire comme une étoile filante dans un ciel d’août. Nous comprenons mieux, grâce à l’Ancien Testament, comment Jésus est 1’aboutissement d’une fidélité sans faille de Dieu et la réponse à 1’attente des hommes. Et cette histoire continue : c’est la nôtre, celle de tout croyant : »on se sent appartenir à un peuple,  » disait quelqu’un lors du bilan d’un groupe de partage de la Parole.

Comme le dit la Constitution sur la Parole de Dieu de Vatican II : »ces Livres [de l’Ancien Testament], bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduque, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine, […] en eux se tient caché le mystère de notre salut. » (D.V. 15)

J’ai fait mention, au début de ce texte, des difficultés nouvelles concernant 1’Ancien Testament et 1’historicité de certains événements qui y sont racontés. Mais si les recherches récentes ont posé de nouveaux problèmes au sujet de 1’Ancien Testament, elles ont également mis en lumière l’importance de 1’Ancien Testament comme récit : c’est là une particularité de la tradition judéo-chrétienne. Comme le dit D. Marguerat : « Si les juifs et les chrétiens racontent des histoires, c’est parce qu’ils croient en un Dieu qui se révèle dans l’histoire. Raconter des histoires, c’est faire mémoire de ce qui est advenu dans l’histoire. Le récit est le témoin obligé d’un Dieu qui se donne à connaître dans l’épaisseur d’une histoire d’hommes et de femmes, une histoire vécue. Voilà pourquoi le salut se dira dans une histoire : le récit est le véhicule privilégié de l’incarnation. » (D. MARGUERAT, Quand la Bible se raconte, Lire la Bible 134, Cerf, p. 19-20. 8)

En lisant 1’Ancien Testament, en racontant ce que la Bible nous dit d’Abraham, de Moïse, des prophètes, nous refaisons la longue marche qui nous conduit jusqu’à Jésus. En écoutant raconter ces récits de 1’Ancien Testament, c’est déjà le visage de Jésus qui s’esquisse, et à travers lui, la présence de ce Dieu qui s’est manifesté dans notre histoire et qui continue de le faire, puisqu’il veut être pour nous 1’Emmanu-El, c’est-à-dire Dieu-avec-nous.

Je terminerai en citant encore une fois le texte de la Commission Biblique Pontificale (2001) sur le Peuple juif et les saintes Ecritures dans la Bible chrétienne : « C’est surtout en étudiant les grands thèmes de l’Ancien Testament et leur continuation dans le Nouveau qu’on se rend compte de l’impressionnante symbiose qui unit les deux parties de la Bible chrétienne et, en même temps de la surprenante vigueur des liens spirituels qui unissent le l’Eglise du Christ au peuple juif. Dans l’un et l’autre Testament, c’est le même Dieu qui entre en relation avec les hommes et les invite à vivre en communion avec lui ; Dieu unique et source d’unité ; Dieu créateur qui continue à pourvoir aux besoins de ses créatures, surtout ce celles qui sont intelligentes et libres, appelées à reconnaître la vérité et à aimer ; Dieu libérateur et surtout sauveur, car les êtres humains créés à son image sont tombés par leurs fautes dans un esclavage méprisable.
Etant un projet de relations interpersonnelles, le dessein de Dieu se réalise dans l’histoire. On ne peut pas le découvrir à l’aide de déductions philosophiques concernant l’être humain en général. Il se révèle par des initiatives imprévisibles et, en particulier, par un appel adressé à une personne choisie entre toutes dans la multitude humaine, Abraham (Gn 12,3), et par la prise en main du sort de cette personne et de sa postérité, qui devient un p euple, le peuple d’Israël (Ex 3, 10). Thème central dans l’Ancien Testament (Dt 7, 6-8), l’élection d’Israël reste fondamentale dans le Nouveau. (Le peupe juif et les saintes Ecritures dans l’Eglise chrétienne, au no. 85.)

DE JERUSALEM A ROME. Etude des Actes des Apôtres

Jésus et après…

Les deux premiers Evangiles (Mc et Mt) se terminent par le rendez-vous en Galilée (cf. Mc 16, 7) et avec la parole du Ressuscité envoyant les disciples à toutes les nations (cf. Mt 28, 19).
Par sa composition en deux livres (cf. Ac 1, 1), Luc va mettre davantage en lumière la dimension du dessein du salut de Dieu. Après son 1er livre (Lc) qui nous montrait Jésus annonçant la Bonne Nouvelle depuis Nazareth (Lc 4, 16-21) jusqu’à Jérusalem (cf. Lc 9, 51 et note BJ/TOB sur ce verset). Dans son 2ème livre (Ac), il nous raconte comment, les apôtres animés par l’Esprit Saint, vont faire résonner cette Bonne Nouvelle jusqu’au bout du monde.
En raison de son incarnation, le ministère de Jésus était nécessairement limité dans les lieux et le temps : il s’est déroulé en Palestine, à partir du baptême prêché par Jean (cf. Ac 10, 37) jusqu’au moment de son enlèvement au ciel (Ac 1, 2). Mais plusieurs fois dans son Evangile, Luc soulignait déjà la dimension universelle du salut (cf. Lc 3, 6 et note BJ/TOB) : c’est ce qu’il veut montrer en composant les Actes des apôtres.

Luc historien

Les Evangiles, nous le savons, ne sont pas des biographies de Jésus, même s’ils contiennent des renseignements historiques importants sur Jésus et sur les événements qui ont marqué sa vie. De même en écrivant son second livre, Luc ne prétend pas faire une histoire des premières décennies du christianisme et de l’expansion de la foi chrétienne. Il continue dans les Actes, ce qu’il annonce dans le prologue de l’Evangile (cf. Lc 1, 1-4) : il écrit pour l’instruction et l’édification de Théophile (et de ses lecteurs futurs). Luc est un croyant qui veut partager sa foi au Christ et l’espérance qui l’anime.

Lorsque nous lisons l’Evangile de Luc, nous avons la possibilité de comparer sa présentation du ministère de Jésus avec celle des autres Evangélistes. Il nous est ainsi plus aisé de découvrir ce qu’il partage avec eux et ce qui lui est particulier. Dans les Actes des apôtres, nous nous trouvons devant un seul récit : celui de Luc. Cependant tout en reconnaissant que Luc « n’a pas été le témoin oculaire de ce qu’il raconte et qu’il est hautement sélectif », R. E. BROWN voit en lui « un parfait candidat pour la confrérie des historiens hellénistiques. […] son récit a pour objectif premier de confirmer aux croyants la sûreté de l’enseignement reçu (Lc 1 4) et de les affermir par une compréhension théologique. » (Que sait-on du Nouveau Testament, Bayard 2000, p. 363)

Comme le dit Lc 16, 16, la Loi et les Prophètes étaient le temps de la préparation ; avec Jésus, avec sa mort et sa résurrection, les promesses contenues dans l’Ancien Testament commencent à se réaliser ; avec l’expansion de l’Eglise, le salut de Dieu peut prendre toute sa dimension : c’est l’ordre du Ressuscité : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8)
Le plan de Luc

On reconnaît dans cette parole (Ac 1, 8) un des plans (possibles) des Actes : l’annonce à Jérusalem (Ac 1-7), puis dans le monde juif et samaritain (Ac 8-12) et enfin jusqu’au centre du monde, tel que le voient Luc et ses lecteurs (Ac 13-28).

En commençant son 1er livre, l’Evangéliste nous présentait en parallèle (en Lc 1-2) Jean-Baptiste et Jésus, comme on aimait à le faire dans le monde gréco-romain. On pourrait voir un schéma semblable dans les Actes : dans la 1ère partie (Ac 1-12), nous rencontrons surtout Pierre, alors que la 2ème partie (Ac 13-18) est dominée par la figure de Paul. Voici ce qu’écrit Ch. L’EPLATTENIER : « Comme Jn 21 l’a fait pour Pierre et le « disciple bien-aimé », on a le sentiment que Luc veille à établir un équilibre presque parfait entre ces deux personnages dominants (Pierre et Paul), pour que le lecteur perçoive l’égale importance de leurs rôles respectifs dans l’histoire de l’Eglise primitive. Cela est révélé par les nombreux rapprochements dans l’expression comme dans la thématique que l’on peut repérer tout au long du livre. » (Le Livre des Actes. Commentaire pastoral, Centurion 1994, p. 166)

Actualité des Actes

Le début des Actes, spécialement la présentation de la première communauté chrétienne a profondément marqué, au long des siècles, la vie de l’Eglise, accompagnant tous les mouvements de renouveau. Luc nous présente dans ces chapitres une vision idéalisée, mais il ne cache pas que des tensions, parfois fortes, ont également marqué ces premiers temps de l’Eglise : des tensions que l’écoute mutuelle et l’obéissance à l’Esprit ont permis de résoudre.

Mais les Actes témoignent surtout de l’engagement missionnaire de Pierre, de Paul et celui d’autres croyants. Sans doute le monde a beaucoup changé depuis cette époque et les méthodes d’évangélisation doivent en tenir compte, mais le récit de Luc nous rappelle l’urgence et l’importance de l’Evangile pour le salut du monde.

1- Ac 1, 1-26 : Témoins à Jérusalem … et jusqu’aux extrémités de la terre

Un lecteur de l’œuvre de Luc pourrait être surpris : au début de son second livre, Luc reprend ce qu’il écrivait à la fin de son Evangile. Il entend ainsi exprimer que la mission de Jésus continue, grâce à l’Esprit qui va être donné.

1) Que contient ce premier chapitre des Actes ? Proposer une division.
2) Lire Ac 1, 1-5 : que nous apprennent ces versets ?
3) Qu’est-ce que l’auteur veut mettre ici en lumière ? Comparer avec Lc 24, 50-52.
4) Pourquoi et comment se fait l’élection de Matthias ?

Question 1

• Selon la BJ, on pourrait diviser en deux parties : Ac 1, 1-11 (jusqu’à l’Ascension) et 1, 12-26 (après l’Ascension).
• Autre possibilité : 1, 1-5 (le prologue) ; v. 6-14 (le jour de l’Ascension) ; v. 15-26 (une première décision importante).

Question 2

• Luc fait le lien avec le 1er livre (Lc) où il parlait de Jésus (cf. note TOB sur v. 1) et les Actes, où l’Esprit Saint prend désormais une place importante : cf. note BJ sur v. 2).
• Sur la durée des apparitions pascales : comparer les 40 jours avec ce que dit Lc 24, 51, voir note TOB.
• Pour la promesse de l’Esprit : v. 4-5 et note BJ ; cf. aussi Lc 24, 49.

Question 3

• Sur la question des apôtres (v. 6 et notes BJ/TOB) et la réponse de Jésus (v. 7 et note TOB)
• Le v. 8 reprend la promesse de l’Esprit (cf. note BJ) et nous donne un plan des Actes (v. 8b et notes BJ/TOB) : l’histoire commence à Jérusalem, elle s’achèvera à Rome.
• Comparer Ac 1, 9-11 (cf. notes BJ et TOB) avec Lc 24, 4-6.
• Dans les v. 12-14, noter que les disciples ne vont plus au Temple (cf. Lc 24, 55), mais dans la « chambre haute » (v. 12) et ils sont là en prière avec Marie et les frères de Jésus (cf. v. 14 et note BJ et TOB).
• La liste des apôtres (v. 13) prépare les v. 15-26.

Question 4

• Noter la place de Pierre parmi les « frères » (sur ce mot, voir la note TOB).
• L’importance du nombre 12 (v. 17) et la condition pour appartenir à ce premier maillon des témoins de Jésus : cf. note TOB sur v. 22.
• La place de l’Ecriture, spécialement des Ps pour relire les événements de la Passion (cf. Lc 24, 44).
• Le choix est demandé au Seigneur dans la prière (cf. les références marginales) et ensuite par le tirage au sort (v. 26 et note BJ). Cf. Lc 6, 12-13 et notes TOB.

2– Ac 2, 1 – 41 : La naissance de l’Eglise

C’est par le don de l’Esprit Saint que commence la mission de l’Eglise : tous ceux qui reconnaissent l’action de Dieu dans les événements qui ont marqué la vie de Jésus, peuvent obtenir le pardon de Dieu.

1) Diviser ce texte. Pourquoi le jour de la Pentecôte ?
2) Etudier plus particulièrement le discours de Pierre (v. 14-36)
3) Comment l’auteur nous montre-t-il le résultat de l’annonce faite par Pierre ?

Question 1

• On peut y voir trois parties : le don de l’Esprit (v. 1-13) ; le discours de Pierre (v. 14-26) ; la première communauté des croyants (v. 27-47).
• Sur la Pentecôte, le 50ème Jour, lire les notes BJ et TOB. Voir aussi le calendrier donné en Ex 23, 14 et la note de BJ : la Pentecôte, à l’origine une fête de la moisson, était devenue la célébration de l’alliance du Sinaï et du don de la Loi.
• Pour l’auteur des Actes, la Pentecôte marque la naissance de l’Eglise, grâce au don de l’Esprit.
• Sur le phénomène évoqué, voir les notes BJ/TOB sur les v. 1-4 ; cf. aussi les références marginales.
• Noter aussi les réactions de la foule (v. 6-7) et la mention de sa diversité (v. 9-11 et notes BJ/TOB). Sur le v. 8, lire la note de BJ.

Question 2

• Lire la note TOB sur le v. 14 : quels sont les points importants de la prédication apostolique adressée aux Juifs ?
• Dans les v. 17-21, Pierre cite le texte de Joël Jl 3, 1-5 : le don de l’Esprit comme accomplissement des promesses messianiques. La TOB nous signale que Pierre cite le texte selon la LXX (le texte grec de la Bible) : qu’est-ce que cela nous apprend ?
• Relever les affirmations des v. 22-24 ; cf. note BJ sur v. 22. Cela est advenu selon la prescience de Dieu (v. 23 et note TOB).
• La citation du Ps 16 (Ac 2, 25-28) : lire les notes BJ et TOB sur v. 25.
• Dans les v. 29-31, Pierre applique à Jésus la parole de David et il conclut en reliant Résurrection et le don de l’Esprit (v. 32 et note BJ sur v. 33).
• Le v. 36 résume le discours de Pierre : cf. les notes BJ et TOB.

Question 3

• Luc nous montre ici la réceptivité des auditeurs (v. 37 ; cf. Lc 3, 10 cité en marge).
• Suit l’appel à la conversion (v. 38 ; cf. la note BJ et la référence marginale à Mt 3, 2) et au baptême au nom de Jésus (v. 38 et note BJ). Exigence et promesse !
• Noter l’ouverture de la promesse, pour les Juifs (v. 39a et la note) et pour les païens (v. 39 et note) : universalisme que Luc aime à souligner.
• Sur le nombre des croyants (v. 41), lire la note BJ.

3 – Ac 2, 42-47 ; 4, 32-35 ; 5, 12-16 : L’idéal de la première communauté

L’auteur entrecoupe son récit de plusieurs petits « sommaires » où il exprime une vision idéale de la première communauté des croyants. Un idéal toujours à rechercher !

1) Lire le premier « sommaire » et relever les éléments que l’auteur met en lumière
2) Sur quoi veut insister le deuxième « sommaire » ?
3) Quelle image de la communauté se dégage du troisième « sommaire » ?

Question 1

• Lire les notes TOB et BJ sur Ac 2, 42 (titre).
• Dans le premier « sommaire », noter la quadruple persévérance ; (Luc écrit littéralement : ils étaient persévérants dans…)
• L’enseignement des apôtres se distingue du kérygme (la première annonce de la foi) ; c’est une catéchèse qui doit faire découvrir qui est Jésus et ce que représente le salut : cf. la note BJ sur ce terme.
• Pour la communion fraternelle, lire la TOB sur v. 44 ; cf. aussi note BJ sur v. 42. La « koinônia » est l’esprit qui unit les croyants entre eux.
• La fraction du pain (cf. note BJ) ; les prières (au pluriel) : notes BJ et TOB.
• Dans ce premier « sommaire », on trouve l’annonce des thèmes du 2ème et 3ème « sommaire ».
• Le v. 46 nous montre les premiers chrétiens encore très liés au Temple, mais formant déjà aussi une communauté de table (cf. 1 Co 11, 17ss).

Question 2

• Lire les notes BJ et TOB sur 4, 32 (titre).
• L’auteur insiste ici sur l’unanimité des croyants (un même cœur, une même âme), mais cette unanimité doit se traduire dans le concret (v. 32b) ; voir aussi la référence marginale de TOB à Lc 18, 28 et note ; en BJ, lire la note sur Lc 12, 33.
• L’auteur nous donne ici l’exemple de Barnabé (4, 36-37) ; ce qui lui permet aussi d’introduire ce personnage que l’on retrouvera comme compagnon de Paul.
• Le passage qui suit (Ac 5, 1ss) montre que ce partage des biens n’est pas imposé : cf. Ac 5, 4 et la fin de la note TOB sur 4, 32.

Question 3

• Lire les notes BJ et TOB sur le titre.
• Ce thème sera développé plus loin en Ac 6, 12. 15-16.
• Voir aussi la référence à Lc 4, 40-41 en BJ et à Lc 6, 19 donnée en TOB : que vous apportent ces références ?
• Remarquer aussi le v. 14 : un thème cher à Luc : cf. Ac 2, 47 ; 6, 7.

4 – Ac 4, 1-22 : Le discours devant le Sanhédrin

En condamnant et en faisant exécuter Jésus, les autorités juives pensaient mettre fin à une activité qui remettait en question leur tradition. Mais la Résurrection de Jésus et la puissance de son Nom ne permettent pas de fermer si aisément ce dossier.

1) Situer ce passage dans le récit des Actes et proposer une division.
2) Comment l’auteur nous présente-t-il ici l’opposition des autorités juives ?
3) Etudier plus particulièrement la réponse de Pierre.

Question 1

• Ce chapitre parle de la réaction du Sanhédrin (le Grand Conseil juif) à la suite du miracle raconté en Ac 3 et de la prédication de Pierre qui a suivi.
• Pour l’auteur des Actes, c’est le début de l’opposition juive à l’annonce chrétienne : comme Jésus, les disciples rencontrent l’opposition.
• En Ac 5, 17ss, la position juive se durcira contre les apôtres ; avec Etienne (Ac 6, 8ss) elle franchira encore un autre pas.
• Notre texte peut se diviser en 3 parties : l’arrestation des apôtres (v. 1-4) ; la question du Sanhédrin et la réponse de Pierre (v. 5-14) ; l’embarras du Sanhédrin et la ‘relaxe’ (v. 15-21).

Question 2

• Il s’agit des autorités du Temple : des Sadducéens (4, 1) et des grands-prêtres (4, 6) ; cf. Lc 22, 66 + (cité en marge de BJ sur Ac 4, 5) ; cf. encore Lc 3, 2 + (sur Ac 4, 6)
• Sur l’opposition des Sadducéens, lire la note BJ sur Ac 4, 1 et celle de TOB sur Ac 4, 2. Cf. aussi Lc 20, 27-39.
• Ne pouvant nier le signe accompli par Pierre et Jean (v. 14 1t 16), ils voudraient en limiter les effets (v. 17-18. 21).
• Noter l’importance donnée au Nom (de Jésus) : v. 7. 10.12. 17. 18. Lire la note TOB sur Ac 4, 7 qui nous renvoie à celle sur 3, 16.

Question 3

• Sur le rôle de Pierre, voir la note sur Ac 2, 14 (cité en marge dans BJ sur Ac 4, 8).
• Noter l’humour de Pierre au v. 9 : nous sommes ici pour avoir fait du bien à un infirme !
• Pierre s’adresse ici à ceux qui sont plus directement responsables de la mort de Jésus (crucifié par vous) : lire la note TOB sur Lc 23, 35.
• Comme dans les autres discours, on trouve l’opposition entre ce que les hommes ont fait (ici : vous) et ce que Dieu a fait pour Jésus.
• Sur l’usage du Ps 118 pour éclairer le mystère pascal, cf. la note TOB sur le v. 11 et le renvoi à Lc 20, 17.
• Luc souligne l’assurance de Pierre et de Jean (v. 13 et note TOB) ainsi que leur courage (v. 19-20 et note TOB). Cf. la promesse faite par Jésus en Lc 22, 31-32.

5– Ac 7, 1 – 53 : Le discours d’Etienne

Aussitôt après avoir parlé de l’institution du groupe des Sept (Ac 6), l’auteur focalise son attention sur Etienne : son discours nous fait découvrir la position des Hellénistes chrétiens qui va bien plus loin que celle de Pierre dans les premiers discours.

1) Situer le discours d’Etienne dans le contexte ; qui est Etienne ? que lui reproche-ton ?
2) Quel est le contenu de son discours : de qui, de quoi parle-t-il ? Comment cela est-il relié aux accusations portées contre lui ?
3) Expliciter l’argumentation d’Etienne : relever ce qui se rapporte à Jésus et à la foi qui vient de lui.
Question 1
• Etienne fait partie du groupe des Sept (cf. Ac 6, 3 et note BJ) ; il est présenté en Ac 6, 8 ; puis Ac 6, 11-14 parle de son arrestation et de l’accusation portée contre lui.
• Ce discours interrompt le récit de Luc au v. 15 ; il reprendra en Ac 7, 55 (cf. la note BJ sur Ac 6, 15) pour raconter la mort d’Etienne (Ac 7, 55-60).
• Luc introduit ici Saül (Ac 7, 58) et il montre comment la persécution lance la mission de l’Eglise au-dehors de Jérusalem (Ac 8, 1 et les deux notes de BJ).

Question 2

• Sur ce long discours, lire la note de BJ sur Ac 7, 2 ; en TOB sur 7, 1.
• Selon un modèle connu de la Bible, Etienne évoque l’histoire du peuple de Dieu ; il cite les grandes figures de l’Histoire sainte : Abraham (v. 2-8), Joseph (v. 9-16) et Moïse (v. 17-43).
• A partir du v. 44, il parle de la Tente du Témoignage (cf. les références marginales de BJ à Ex 25, 40 et He 8, 5), ce qui le rapproche de l’accusation qui sera porté contre lui (cf. Ac 6, 14 et note BJ).
• Remarquer la citation d’Is 66, 1-2 (voir la note de BJ sur le titre d’Is 66).
• Les v. 51-53 forment la péroraison : noter le changement de ton, en comparant Ac 7, 2 et 7, 51. Etienne rappelle l’attitude d’Israël face au dessein de Dieu : cf. les références marginales à Dt 9, 13 + ; Jr 4, 4 + ; Is 63, 10 (et la note sur le titre d’Is 63, 7).

Question 3

• Les débuts de l’Histoire sainte ne se situent pas en Israël, mais en Mésopotamie (7, 2), en Egypte (7, 9ss), puis en Madian (7, 29).
• La figure de Joseph, rejeté par ses frères, et qui devient leur sauveur (7, 9-16).
• Moïse qu’ils avaient renié et que Dieu leur envoie comme chef et rédempteur (Ac 7, 35 et note BJ). Moïse qui les a fait sortir d’Egypte et prit soin d’eux au désert (v. 36).
• Sur le v. 37 noter la citation de Dt 18, 15 : cf. la note de BJ sur ce verset et sur Dt 18, 15 ; ce texte du Dt revient plusieurs fois dans le NT.
• Etienne mentionne aussi les infidélités du culte, au désert et dans les siècles suivants (v. 40-43) ; noter la référence à Am 5, 25-27.
• De plus, en montrant que le Temple ne peut pas véritablement correspondre au projet de Dieu (v. 44ss), Etienne répond à l’accusation portée contre lui (cf. Ac 6, 13).

6– Ac 8, 26 – 40 : Philippe sur la route de Gaza

La rencontre de Philippe avec un Ethiopien sur la route de Jérusalem à Gaza marque la volonté de l’Esprit de faire sortir l’Evangile du monde juif et de le porter à tout homme, quelles que soient sa race ou sa couleur.

1) Qui sont les personnages qui interviennent dans ce récit : que font-ils et quel est le résultat ?
2) Ce récit des Actes ressemble à celui d’Emmaüs (Lc 24, 13-35) : comparer les deux récits et noter les ressemblances et les différences.
3) Quelle est la signification de ce récit ? Quelle place tient-il dans les Actes ?

Question 1

• Il y a Philippe (v. 5 et note TOB) ; il est conduit par l’Ange du Seigneur (cf. v. 26 et note BJ et TOB) ou par l’Esprit (v. 29 ; v. 39-40). L’Ethiopien (v. 27 ; voir note de BJ et les références marginales) est un haut fonctionnaire. Il est aussi prosélyte ou craignant Dieu (sur ces termes, cf. en BJ la note sur Ac 2, 11) ; il est venu à Jérusalem pour adorer. Assis sur son char, il lit un passage du livre d’Isaïe (v. 27-28).
• Sur ordre de l’Ange du Seigneur, Philippe rejoint l’eunuque ; il entend ce qu’il lit (à haute voix) et lui pose la question (v. 30). Invité à monter sur le char, il annonce Jésus (v. 35 et note TOB). Voir aussi la note BJ sur Ac 5, 42 (cité en marge).
• Cette catéchèse conduit au baptême (v. 36ss) : le rite d’immersion : ils descendirent… ils furent remontés (cf. la note TOB sur v. 38) ; cf. aussi la joie du salut : Ac 2, 46 +.

Question 2

• Les deux scènes se passent sur une route quittant Jérusalem ; quelqu’un rejoint celui/ceux qui s’en éloigne(nt) ; il pose une question, puis annonce la Bonne Nouvelle. La scène se termine par un sacrement (Eucharistie / baptême) et la joie, malgré la disparition de Jésus / Philippe.
• Les deux disciples de Lc 24 connaissent bien tout ce qui concerne Jésus (Lc 24, 19-24), mais ils ne comprennent pas le sens des événements ; l’Ethiopien a le rouleau d’Isaïe, mais ce texte leur demeure fermé parce qu’il ignore Jésus.
• En Lc 24, Jésus explique les liens entre sa vie et les Ecritures (AT) ; ici, Philippe part des Ecritures (ici, Isaïe 52-53) et il annonce Jésus.

Question 3

• Luc met en lumière le rapport qui existe entre les Ecritures (AT) et la vie de Jésus. Les Ecritures ne livrent tout leur sens qu’à la lumière de Jésus.
• C’est aussi un rappel de l’importance de ce texte d’Isaïe (le 4ème Chant du Serviteur : cf. Is 52, 13 et la note BJ) pour la compréhension du mystère pascal. Cf. les notes BJ et TOB sur v. 32.
• Luc a placé cet épisode entre l’évangélisation de la Samarie (cf. Ac 8, 1 +) et l’ouverture de l’Eglise aux païens (Ac 10-11). Le baptême de l’Ethiopien par Philippe annonce un tournant capital (cf. Ac 1, 8 +).
• Désormais il n’est plus nécessaire de revenir à Jérusalem : comparer Lc 24, 33 avec Ac 8, 39.

7 Ac 9, 1 – 30 : Paul sur le chemin de Damas

Dans les Actes, l’auteur nous raconte par trois fois la conversion de Paul. C’est dire l’importance qu’il attache à cet événement. Un événement qui marque un tournant dans la diffusion de la foi chrétienne, dans l’ouverture de l’Evangile.

1) Qu’est-ce que ce texte nous apprend sur Paul et sur son passé ?
2) Comment nous est racontée ici l’expérience de Paul sur le chemin de Damas ?
3) Qu’est-ce que Paul a découvert dans cette expérience qui a changé sa vie ?

Question 1

• Lire Ac 9, 1-2 et les notes BJ/TOB ; cf. aussi Ga 1, 12-17. Voir aussi les références marginales qui nous indiquent les deux autres mentions de cet événement.
• Nous apprenons que la foi chrétienne est sortie de la Judée et la Samarie (cf. Ac 8, 1) et qu’il y a à Damas des adeptes de la Voie (v. 2 et note BJ et TOB).
• Nous apprenons aussi que Paul est originaire de Tarse (v. 11) ; voir aussi le récit parallèle en Ac 22, 2-5 et la note BJ sur 22, 4.
• Sur les motifs qui opposaient Paul aux chrétiens, voir Ac 26, 9 et Ga 1, 13-15.

Question 2

• Dans les v. 1-2 : l’attitude et le projet de Paul face aux chrétiens ; cf. Ac 8, 1-3.
• Les v. 3-6 donnent l’essentiel de la révélation : la lumière qui l’éblouit et le terrasse ; la voix qui lui parle et lui ordonne ; et surtout le dialogue (v. 4-6). Paul ne voit pas Jésus, mais il entend sa voix.
• « Je suis Jésus que tu persécutes » : comparer avec Ex 3, 14 ; cf. aussi les présentations de Jésus dans les Evangiles et spécialement en Jn (cf. Mc 6, 50 et note TOB ; Jn 6, 35 et note BJ).
• Dans les v. 10-16 : les visions parallèles d’Ananie et de Paul (cf. notes BJ et TOB sur v. 12). La réticence d’Ananie se comprend par le passé de Paul, mais Dieu a son plan (v. 15).
• Les v. 17-19 : exécution de l’ordre ; Paul est guéri de sa cécité ; il est baptisé. Noter au v. 17 : Saul, mon frère… Dans les v. 20-22 : Paul commence sa mission.
• Les v. 26-30 : Paul à Jérusalem ; difficile insertion, mais possible grâce à Barnabé.
• Noter l’inclusion : au début Paul voulait la mort des croyants (9, 1) ; à la fin du récit, Paul est menacé de mort à Damas (v. 23), puis à Jérusalem (v. 29-30).

Question 3

• Noter l’importance du dialogue (v. 4-5) – pratiquement identique dans les trois récits.
• Sur l’identification de Jésus avec ceux qui sont persécutés en son nom (v. 5 et note BJ et TOB). Sur le nom donné aux chrétiens au v. 2 : cf. notes BJ et TOB.
• Sur Jésus : Ac 9, 17 et 20 ; cf. les notes BJ et TOB sur le v. 20.
• Pour le lien entre l’expérience de Paul sur le chemin de Damas et sa doctrine de l’Eglise comme Corps du Christ : lire la note BJ sur 1 Co 12, 12.

8 Ac 10, 1 – 11, 18 : l’ouverture de l’Eglise aux païens

Ce récit est le plus long des Actes des apôtres. L’auteur prend soin de raconter plusieurs fois ces événements qui ont conduit Pierre à ouvrir au centurion Corneille et à sa famille les portes de l’Eglise.

1) Situer ce récit dans les Actes et montrer la place que lui donne Luc.
2) Sur quoi veut insister l’auteur dans cette première partie (10, 1-23) ?
3) Dans la 2ème partie, étudier particulièrement le discours de Pierre chez Corneille.
4) Quel problème pose cette entrée des païens dans l’Eglise ?

Question 1

• Lire les notes de BJ et TOB sur 10,1 (titre). Après les débuts de l’Eglise à Jérusalem (Ac 1-5), l’Evangile commence à déborder les frontières du judaïsme (Ac 6-8) ; la conversion de Paul et la mission qu’il reçoit annoncent ce que l’auteur racontera en Ac 13-28.
• En Ac 10, 1 – 11, 18 Pierre est conduit par l’Esprit à admettre un païen : ce qui prépare la mission de l’Eglise d’Antioche (Ac 11, 19ss) et celle de Paul (Ac 13-28).
• Les trois parties de ce récit : la double vision (10, 1-23a) ; Pierre chez Corneille (10, 23b-48) ; les réactions à Jérusalem et la réponse de Pierre (11, 1-18).

Question 2

• Avec des termes différents, l’auteur insiste sur l’œuvre de Dieu : (ange/ vision/ voix/ Esprit : cf. la note BJ sur le v. 19 ; en TOB, note sur 10, 1.
• Noter comment Luc nous présente Corneille (v. 1-2 et notes BJ et TOB sur v. 2) ; cf. aussi les références marginales en BJ.
• Pour la vision de Pierre (v. 11-16 et note sur v. 15). Pierre doit passer de sa notion sur le pur et l’impur à un autre regard sur tout homme : cf. note TOB sur 10, 5 et 10, 28 : ce qu’il fait en donnant l’hospitalité (v. 23) à ces païens, puis en acceptant d’aller chez Corneille (v. 28-29).

Question 3

• Le début du discours de Pierre tient compte du changement d’auditoire (v. 34-35) ; il rappelle la priorité d’Israël (v. 36), mais il annonce la Bonne Nouvelle de Jésus (cf. la note TOB sur v. 36 ; en BJ celle sur v. 40).
• L’Evangile de Mc mettra en récit ce que Pierre dit ici dans les v. 37ss : le baptême de Jean-Baptiste, le ministère en Galilée, puis à Jérusalem, enfin la Passion : cf. notes BJ et TOB sur v.36-37.
• Pierre est interrompu par l’Esprit (v. 44 et note BJ et TOB) ; il tire les conséquences du don que Dieu vient de faire à ces hommes encore païens (v. 47-48).

Question 4

• Les réactions des croyants de Jérusalem montrent les difficultés pour des Juifs, devenus chrétiens, d’accueillir des païens dans l’Eglise : cf. notes BJ et TOB sur v. 48 ; et celle sur 11,3 en TOB.
• Remarquer la réponse de Pierre : il n’argumente pas, il raconte ce que Dieu vient de faire (v. 14-15 et note BJ sur v. 17). Les frères qui l’ont accompagné depuis Joppé à Césarée, puis à Jérusalem, témoignent avec lui (note TOB sur 10, 23 et 11, 12).
• Voir aussi la note sur le v. 18 ; mais le problème sera de nouveau soulevé en Ac 15.

9– Ac 11, 19 – 30 : la fondation de l’Eglise d’Antioche

Dans le livre des Actes, la communauté d’Antioche tient une grande place, tant par son dynamisme que par sa situation géographique.

1) Situer ce passage dans le livre des Actes et relever ce que Luc veut mettre en valeur.
2) Qui sont les fondateurs de cette Eglise ? Qu’annoncent-ils ? Quel résultat ?
3) Quels sont les liens avec Jérusalem que l’auteur veut mettre en lumière ?

Question 1

• Antioche était la 3ème ville de l’empire romain (500.000 habitants) ; par son port (Séleucie) et par le réseau routier, elle était un carrefour important (cf. note TOB sur le titre : 11, 19).
• Les Actes présenteront cette communauté comme la base de la mission de Paul.
• La fondation de cette communauté est la conséquence de la persécution (v. 19 et note BJ) qui a fait sortir la foi chrétienne de Jérusalem, d’abord en Judée et Samarie (Ac 8, 1), puis en Phénicie, et enfin jusqu’à Chypre et Antioche.
• Mais ce n’est pas simplement une extension géographique : certains des dispersés commencent à annoncer l’Evangile aux Grecs (v. 20 et note BJ).

Question 2

• Dans Ac 6 – 10 Luc avait parlé des grandes figures : Etienne, Philippe, Barnabé et Paul, et Pierre. Ici il souligne le rôle des croyants ordinaires touchés par la persécution (v. 19) et qui deviennent porteurs de l’Evangile.
• Il relève les initiatives des Chypriotes et des Cyrénéens : des Juifs de la Diaspora davantage ouverts à leurs concitoyens (cf. la note TOB sur v. 20).
• Remarquer leur annonce : la Bonne Nouvelle de Jésus Seigneur (v. 20 et note BJ). Mais cette annonce est d’abord l’œuvre de Dieu : la main du Seigneur les secondait (v. 21).
• Cette première annonce (kérygme) doit être complétée par un enseignement (prolongé) : ce sera l’œuvre de Barnabé et de Paul (v. 26) ; cf. Ac 2, 42 : note enseignement des apôtres.
• Dans le v. 26, noter deux termes importants : l’Eglise pour la communauté (cf. note TOB) et la désignation, les chrétiens, pour les membres (cf. notes BJ et TOB).

Question 3

• La communauté de Jérusalem se soucie de ces extensions (v. 22 et notes BJ et TOB).
• Ici c’est l’envoi de Barnabé (cf. Ac 4, 36 + dans la marge de BJ ; en TOB, voir note sur v. 24), et non plus de Pierre, comme en Ac 9, 32ss.
• Sur la participation de Paul, que Barnabé va chercher à Tarse, lire la note TOB sur v. 25 : un rappel que tout cela ne s’est pas fait en un jour !
• Les v. 27-30 mettent en lumière un autre lien entre Jérusalem et cette communauté : le passage des prophètes (sur ce terme, voir la note de BJ sur v. 27) et surtout le partage décidé en faveur des croyants de Judée touchés par la famine (v. 29 et note TOB).
• Cf. encore la mention des anciens (v. 30 et notes de BJ et TOB sur ce terme).

10.– Ac 13, 1 – 52 : Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie

Avec Ac 13 commence la seconde partie du récit des Actes : la mission de Paul. Dans ce chapitre l’auteur nous donne un exemple de cette annonce, adressée d’abord à des Juifs.

1) Parcourir ce chapitre des Actes et relever les principaux éléments.
2) Lire Ac 13, 16-43 et étudier plus particulièrement ce discours de Paul
3) Que peut-on retenir des v. 43 – 52 ?

Question 1

• On pourrait commencer ce récit en Ac 12, 24 (le retour de Jérusalem pour Barnabé et Paul et la présentation de Jean-Marc). Sur notre texte, lire note TOB sur le titre.
• En Ac 13, 1-3, l’auteur nous présente la communauté d’Antioche avec son groupe de responsables, (cf. notes BJ/TOB sur v. 1) et son souci missionnaire (v. 2-3 et notes BJ/TOB. Sur le choix de Chypre : cf. BJ note sur v. 4.
• L’épisode avec Elymas, un Juif (cf. v. 6) et l’ouverture manifestée par le proconsul (un païen), cf. les v. 7 et 12 laissent déjà augurer quelque chose de la suite.
• Mais l’intérêt de Luc se porte sur la prédication de Paul aux Juifs (cf. Question 2). Il veut aussi nous expliquer pourquoi la mission de Paul s’adressera surtout aux païens (v. 44-48) et ce qui est la cause du rejet, de la part des Juifs (v. 49-51).

Question 2

• Rien n’est dit sur le choix d’Antioche de Pisidie : une ville à 500 km à l’intérieur !
• Sur le cadre de la prédication de Paul : v. 14-16 et notes BJ/TOB sur v. 15.
• Sur la prédication, lire la note TOB sur v. 16 et de BJ sur le titre : les deux relèvent ce qui appartient à la prédication chrétienne commune et ce qui est particulier à Paul.
• Paul commence par un rappel de l’Histoire sainte (v. 16-23) qu’il conduit de l’élection jusqu’à David (TOB note sur v. 22) ; il introduit ensuite l’annonce chrétienne, par le rappel de Jean-Baptiste (v. 24-25 et note TOB) ; puis vient l’annonce de la mort et de la Résurrection (sur ce terme, voir en BJ la note sur le v. 23) de Jésus (v. 26-33).
• Lire les notes de TOB sur les v. 27 et 31 et celles de BJ sur v. 28 et 31.
• Dans les v. 33-39 Paul montre comment Jésus accomplit les Ecritures : ainsi le Ps 2, 7 (notes BJ/TOB sur v. 33) et Ps 16, 10 (note TOB sur v. 35).
• Remarquer le ton paulinien des v. 38-39 (note TOB) ; en BJ, note sur v. 41.
• Après la mise en garde des v. 40-41 (note TOB sur v. 40), Luc note l’invitation à continuer cette annonce (v. 42) et l’accueil favorable des Juifs et des prosélytes (v. 43 et note TOB).

Question 3

• C’est le succès de l’annonce chrétienne auprès des païens qui provoque le rejet des Juifs (v. 44-45).
• Paul reconnait la priorité des Juifs, mais il prend acte du refus (v. 46 et note TOB).
• Au v. 47, la parole dite autrefois à Israël (Is 49, 6), et que Lc 2, 32 appliquait à Jésus, est maintenant appliquée aux porteurs de la mission chrétienne.
• Sur le v. 48 : voir les notes TOB ; de même sur les v. 49-52

11- Ac 15, 1 – 35 : L’assemblée de Jérusalem

L’assemblée de Jérusalem tient une place capitale dans le récit des Actes : après l’histoire de Pierre chez Corneille et après les débuts prometteurs de la mission de Paul, elle ouvre véritablement la mission universelle.

1) Que contient ce chapitre des Actes ? Qui sont ceux qui interviennent ?
2) Etudier plus particulièrement les deux interventions de Pierre (v. 7-11) et de Jacques (v. 13-21) : à quel titre interviennent-ils ?
3) Comparer notre récit avec Ga 2, 1-10. Quelles questions cela pose-t-il ? Quel message l’auteur des Actes veut-il transmettre ici ?

Question 1

• L’affaire commence à Antioche (v. 1ss) ; elle continue à Jérusalem (v. 4-29) et trouve sa conclusion à Antioche (v. 30-35).
• Parmi les personnes mentionnées, il y a d’un côté : des gens descendus de Judée (v. 1 et notes BJ/TOB), et, à Jérusalem, des gens du parti des Pharisiens (v.5 ; de l’autre : Paul et Barnabé (v. 2). A Jérusalem, on verra intervenir Pierre (v. 7) et Jacques (v. 13) ; enfin nous trouvons les porteurs de la lettre : Jude et Silas (v. 22).
• Sur ce texte, lire les notes BJ/TOB sur Ac 15, 1. Il s’agit d’une question fondamentale pour l’avenir de l’Eglise : cf. la note TOB sur la fin du v. 1.

Question 2

• Luc donne une place importance et centrale à ces deux interventions ; mais noter qu’ils prennent la parole après une longue discussion (v. 7).
• Sur la place tenue par Pierre dans les Actes, cf. la note BJ sur Ac 2, 14 +.
• Pour Jacques, lire la note BJ sur Ac 12, 17 + (citée en marge dans BJ).
• Les deux interviennent pour trancher le débat, en faisant référence à l’affaire de Corneille (Ac 10, 1 – 11, 18). Pour Pierre (cf. note TOB sur v. 7), il faut reconnaître dans le don de l’Esprit Saint fait à des païens, « un signe des temps » (v. 8-9) ; agir autrement serait tenter Dieu (v. 10 et note BJ). Sur ce que Pierre ajoute dans les v. 10-11 : cf. notes BJ/TOB.
• Pour Jacques, ce qui arrive est un accomplissement des paroles des prophètes (v. 15-18 et notes BJ sur les v. 15 et 17 ; en TOB, lire la note sur v. 13.
• Sur le v. 19-20 : cf. notes BJ/TOB : les interdits mentionnés au v. 20 sont pratiquement les mêmes que celles qu’on demandait aux étrangers résidant en Israël (cf. Lv 17, 8.10.13).

Question 3

• En Ga 2 nous avons le témoignage direct de Paul, un des acteurs de cette rencontre. Pour lui, il s’agit de sauvegarder l’unité de l’Eglise et la vérité de l’Evangile (Ga 2, 5). A Jérusalem, on a reconnu sa vocation (Ga 2, 8-9) et la possibilité de devenir chrétien sans être soumis à la Loi (cf. Ga 3, 2-4).
• Dans Ac 15, Luc – qui écrit bien des années plus tard – mêle peut-être deux débats (cf. les notes BJ/TOB sur v. 1). Le 1er : la circoncision et la Loi sont-elles indispensables pour être sauvé, comme le demandaient certains (cf. Ac 15, 1. 5) ou peut-on reconnaitre une voie différente pour les non-juifs (cf. Ac 15, 19-21) ? Le 2ème concerne la commensalité : comment faire table commune (cf. Eucharistie) dans les communautés où se rencontrent Juifs et païens convertis ?
• Comment concilier unité et diversité ? Comment rechercher des solutions, pas toujours évidentes (cf. v. 7), pour garder la communion ?

12– Ac 17, 16 – 34 : Le Discours de Paul devant l’Aréopage

Ce discours de Paul à Athènes est bien connu. Mais quelle signification faut-il lui donner ? Pourquoi l’auteur des Actes lui donne-t-il une telle importance (après le grand discours de Paul aux Juifs d’Antioche en Ac 13, 13ss) ?

1) Quelle place tient ce discours de Paul dans le récit des Actes ?
2) Que dit Paul dans les v. 22-31 ? Sur quoi met-il ici l’accent ? Est-ce une annonce chrétienne ?
3) Quelle est le résultat de cette annonce ? Que pouvons-nous en tirer ?

Question 1

• Sur ce discours de Paul, lire les notes BJ/TOB sur le titre.
• L’importance d’Athènes dans le monde de l’époque : cf. notes BJ/TOB.
• Jusqu’ici Paul s’était surtout adressé à des Juifs et à des païens attirés par le judaïsme (craignant-Dieu et prosélytes). Ici comme en Ac 14, 15 (cf. BJ/TOB), la prédication vise directement des païens.
• Ce discours est situé dans le 2ème voyage missionnaire (Ac 15, 36) et la vision de Troas (Ac 16, 9-10). Paul a fondé les premières communautés à Philippe (16, 11ss), à Thessalonique (17, 1ss), et Bérée (17, 1ss) et il arrive à Athènes (17, 16ss). D’Athènes, Paul ira à Corinthe (Ac 18) où il restera presque deux années.

Question 2

• Lire la note TOB sur Ac 17, 19, et surtout celle sur Ac 17, 22.
• Les v. 22-23 forment l’exorde et la captatio benevolentiae. Au sujet de l’autel au dieu inconnu, cf. note BJ /TOB sur v. 23.
• Dans les v. 24-25, Paul parle du Dieu créateur de l’univers : il ne peut donc pas habiter un temple bâti par des hommes ; cf. en BJ les références marginales à Is 42, 5 et Ac 14, 15 et la note sur ce verset ; voir encore 1 R 8, 27 et Ac 7, 48-50.
• Dieu ne dépend pas non plus des hommes (v. 25 et notes BJ/TOB), mais c’est lui qui donne à tous la vie et le souffle.
• Sur le v. 26, cf. les notes BJ/TOB ; il est tout proche et pourtant mystérieux : v. 27 et note TOB.
• Paul critique ensuite les idoles : v. 28-29 et notes BJ/TOB sur ces deux versets.
• Enfin dans les v. 30-31, Paul introduit l’annonce chrétienne adaptée à un auditoire païen (cf. notes BJ/TOB). Comparer avec 1 Th 1, 9-10 : lire les notes BJ/TOB sur ces versets.

Question 3

• Sur la réaction de l’auditoire aux paroles de Paul, lire note BJ sur v. 32 ; cf. aussi en TOB les notes sur v. 33 et 34 (qui nous renvoie à celle sur 17, 4).
• Mais Luc parle aussi de ceux qui accueillent le message (v. 34). D’autre part, la place et l’importance qu’il donne à ce discours montrent assez que pour lui ce n’est pas négatif.
• Cependant il mentionne une difficulté particulière des Grecs face à l’annonce chrétienne : cf. note BJ sur v. 32 (cf. déjà la note TOB sur v. 18) et le renvoi à 1 Co 15, 12ss.
• Ce discours est un exemple d’inculturation : Paul recherche dans la culture des auditeurs des « pierres d’attente » pour le message chrétien qu’il veut leur apporter (v. 30-31).

13– Ac 20, 17 – 38 : A Milet, le discours d’adieu aux anciens d’Ephèse

Pour l’auteur des Actes, ce discours de Paul aux anciens d’Ephèse marque une étape importante de la mission de l’apôtre. C’est la fin de son travail apostolique : Paul est maintenant en route vers Jérusalem où il serra arrêté (cf. Ac 20, 23).

1) Parcourir Ac 19 et repérer ce qui prépare cette rencontre avec les anciens de l’Eglise d’Ephèse.
2) Etudier ce discours de Paul : comment parle-t-il de son ministère ? Quelles sont ses recommandations ?
3) Qu’est-ce que ce discours nous apprend sur la vie des communautés ?

Question 1

• Nous sommes dans le 3ème voyage missionnaire de Paul : voir Ac 19 1 et note BJ ; lire aussi Ac 19, 8-10 et la note BJ sur v. 8 (titre) et celle sur le v. 10.
• Voir aussi Ac 19, 20-21 ; la BJ donne ici en marge la référence à Ac 6, 7 +.
• Sur les projets de l’apôtre : Ac 19, 21-22. Lire la note sur l’émeute des orfèvres (en BJ sur v. 23 (titre). Cf. aussi Ac 20, 1 et la note BJ.
• Suivre sur une carte le voyage de Paul jusqu’à Troas (Ac 20, 1-6), puis de Troas à Milet (20, 13-17) où a lieu la rencontre avec les anciens d’Ephèse.

Question 2

• C’est le 3ème grand discours de Paul dans les Actes : cf. notes BJ et TOB sur 20, 18.
• Ce passage contient un discours d’adieu, comme on en trouve dans l’AT et dans le judaïsme et une exhortation aux responsables (anciens) qui rappelle des passages des Pastorale et de 1 P 5, 1- 4.
• Pour ce discours, voir la division proposée dans ces notes (BJ/TOB) : v. 18-21 – rappel de son ministère en Asie ; v. 22-27 – où Paul parle de son avenir ; v. 28-32 – les recommandations aux anciens, avec v. 33-35, le rappel de son désintéressement.
• Sur le comportement missionnaire de Paul, voir spécialement les v. 19-21 et les références marginales en BJ ainsi que la note sur le v. 21 ; cf. encore les v. 31-34 et note TOB ; en BJ, voir la note indiquée en marge : Ac 18, 3 +.
• Sur le sens de l’expression utilisée au v. 26, voir note TOB.
• Pour les recommandations des v. 28-31, voir les nombreuses références marginales données en BJ ; voir spécialement celle à 1 P 5, 1-3 et 2 P 2, 1-2.

Question 3

• Sur la notions des « anciens » : voir en BJ Ac 14, 23 et la note qui renvoie à la note sur Tt 1, 5 ; en TOB, lire les notes sur Ac 11, 30 et 14, 23.
• A noter l’image pastorale : v. 28 et les 2 notes TOB ; en BJ : lire les références marginales à 1 P 5, 1-3 et à Jn 21, 15-17. Mais le troupeau est le troupeau de Dieu !
• Cf. aussi l’image de la construction (v. 32) et référence à 1 P 2, 4-10.
• Les dangers peuvent venir du dehors (v. 29 et note TOB) mais aussi du dedans (v. 30) ; cf. en marge la référence à Mt 7, 15.
• Le v. 35 nous conserve peut-être une parole du Seigneur (agrapha) ; cf. note TOB.

14– Ac 24, 1 – 27 : Le procès de Paul à Césarée devant le procurateur Félix

Dans son Evangile, Luc soulignait l’innocence de Jésus, reconnue par trois fois par Pilate (cf. Lc 23, 4 et note TOB). Dans les Actes, il tient à marquer clairement le même jugement des autorités romaines à l’égard de Paul (cf. note TOB sur le titre de notre passage).

1) Parcourir Ac 21-23 et repérer les événements qui conduisent à ce procès à Césarée.
2) Quelles accusations sont portées ici contre Paul (24, 1-9) ?
3) Comment Paul présente-t-il sa défense ? Sur quoi insiste-t-il ?
4) Quel est le résultat de ce procès ?

Question 1

• En Ac 24, 15 Paul arrive à Jérusalem ; Jacques et les anciens (24, 17ss) lui demandent de donner un signe de sa fidélité à la Loi (21, 20 et note BJ/TOB).
• Presqu’au terme d’un rite de purification (21, 27), Paul est reconnu dans le Temple par des Juifs d’Asie et il est accusé d’avoir profané le Temple (21, 28).
• Sauvé d’un lynchage par la garnison romaine (21, 31 et note BJ), il s’adresse à la foule (22, 1 et note BJ/TOB) qui l’écoute jusqu’au moment où il parle de sa mission aux païens.
• Le lendemain, le tribun le fait comparaitre devant le Sanhédrin (22, 30ss) que Paul divise en proclamant sa foi en la résurrection (23, 8 et notes BJ/TOB).
• Suite à un complot juif pour l’éliminer (23, 12ss), il est transféré à Césarée (23, 23ss).

Question 2

• Le grand prêtre a fait le déplacement avec des anciens ; ils ont un avocat (romain ?) : 24, 1 ; sur le déroulement, cf. note TOB sur v. 2.
• Après son introduction (v. 2-4) l’avocat mentionne deux griefs contre Paul : il est un leader des Nazôréens (cf. note TOB sur v. 5) et il a suscité des désordres chez les Juifs du monde entier (v. 5) ; de plus, il a tenté de profané le Temple (v. 6), un délit qui relève de l’autorité du Temple : lire les notes BJ/TOB sur les v. 7-8.

Question 3

• Sur la plaidoirie de Paul, cf. notes BJ/TOB sur v. 10.
• Paul ne répond pas à la 1ère accusation (trouble dans le monde) ; il concentre son discours sur ce qui vient de se passer, qui est immédiatement contrôlable (v. 12-13 et note TOB sur v. 13) : ses accusateurs ne peuvent apporter aucune preuve de ce qu’ils avancent.
• Il reconnait son appartenance aux Nazôréens, mais la « Voie » (v. 14 et note TOB) est une des forme authentique du judaïsme (v. 14 et note BJ). Il est ainsi fidèle à la foi : la Loi et les Prophètes : v. 14) et à l’espérance (v. 15) d’Israël, la résurrection : cf. note TOB sur v. 15).
• Au v. 17, il explique sa présence à Jérusalem et dans le Temple : cf. notes BJ/TOB sur les v. 17-18. Au sujet de la collecte, Paul précise qu’il apportait des aumônes à sa nation. En BJ, voir encore sur cette collecte : Rm 15, 25 + et 1 Co 16, 1 +.
• Paul fait enfin référence au procès devant le Sanhédrin (v. 20-21 ; cf. en BJ, marge 23, 16 +).

Question 4

• Le procès est ajourné (v. 22) ; Paul demeure prisonnier mais jouit d’un régime libéral.
• Sur ses contacts avec Félix et Drusille (v. 24-26 et notes BJ).
• Au v. 27, Luc donne des raisons différentes de son maintien en prison.

15– Ac 26, 1 – 32 : Le discours de Paul devant Agrippa

Refusant d’aller à Jérusalem pour y être jugé, Paul a fait appel à l’empereur. Mais que mettre dans le dossier de ce prisonnier ? La visite d’Agrippas et de Bérénice donne au procurateur Festus l’occasion d’entendre encore une fois le récit de Paul.

1) Situer ce plaidoyer de Paul dans les Actes. Qui est Agrippa ? Que représente pour l’auteur des Actes cette comparution de Paul ?
2) Que contient l’apologie de Paul ? Comment Paul parle-t-il ici de sa vocation (comparer avec Ac 9 et 22) ? Sur quoi insiste-t-il ?
3) Quels sont les réactions de Festus et d’Agrippa ?

Question 1

• Toujours gardé captif à Césarée, Paul se voit contraint d’en appeler à l’empereur : cf. Ac 25, 2-3. 7-12. Voir note TOB sur 25, 9.
• Festus a compris qu’il ne s’agit pas de crimes relevant de sa compétence, mais de question touchant leur religion à eux et un certain Jésus, qui est mort et que Paul affirme être en vie (Ac 25, 19). Comme Paul a fait appel à l’empereur, il est tenu de l’envoyer à Rome, mais il ne sait que mettre dans son dossier (Ac 15, 25-27). Pour lui, la visite d’Agrippa est une aubaine.
• Sur Agrippa, voir les notes BJ/TOB sur Ac 25, 13.
• Lire la note BJ sur 25, 22 ; en TOB sur 25, 23. Cf. encore la note TOB sur 25, 25.

Question 2

• Sur ce discours de Paul, lire les notes BJ/TOB sur 26, 2. En BJ, la note se termine par le renvoi à 24, 14 + (importance de montrer que le christianisme n’est pas une religion différente du judaïsme, que le pouvoir romain reconnait.)
• Après l’exorde (v. 2-3), Paul rappelle ce qu’a été sa vie avant la rencontre avec le Christ (v. 4-11) : un pharisien fidèle (v. 5) et il ajoute (v. 6-7) qu’il est maintenant un pharisien comblé (cf. note BJ sur v. 7 et TOB sur v. 6).
• Sur les v. 9-11 : voir les notes TOB ; la BJ donne plusieurs références marginales.
• Pour la rencontre sur le chemin de Damas (v. 12-18), comparer avec les 2 premiers récits (Ac 9 et 22) : on retrouve l’invariant (voir cependant les notes TOB). Mais ici Paul reçoit directement sa mission pour les païens (voir note TOB sur Ac 22, 21).
• Noter dans les v. 17-18 les références données en marge dans BJ à Jr 1, 5-8 et à Is 42, 7.16 ; cf. aussi la fin de note TOB sur 26, 16. Cf. aussi Ga 1, 15-16.
• Dans les v. 19-23 Paul évoque son apostolat et donne un résumé de l’annonce chrétienne (v. 20-22-23) : remarquer l’insistance sur l’accomplissement de l’AT (note TOB sur v. 23).

Question 3

• Sur la réaction de Festus (v. 24 et note BJ) ; cf. aussi 1 Co 1, 22-25 et notes BJ/TOB).
• Pour la réponse de Paul (v. 25-26) et notes BJ/TOB sur v. 26.
• Pour celle d’Agrippa (v. 28), lire la note TOB.
• Dans l’échange qui suit (v. 31-32), nous trouvons une fois de plus l’affirmation de l’innocence de Paul (cf. en marge de BJ : 23, 29 +).

16– Ac 28, 17 – 31 : La rencontre de Paul avec les Juifs de Rome

Au terme d’un voyage mouvementé – c’est bien le mot ! – (Ac 27, 1 – 28, 16), Paul est enfin arrivé à Rome. Profitant du régime qui lui est accordé (cf. Ac 28, 18 et note), il continue sa mission.

1) Qu’est-ce que Luc veut souligner dans les v. 17-28 ?
2) Sur quoi porte le différent entre Paul et les Juifs ? Quelle signification prend ici la citation d’Isaïe 6 ?
3) Comment comprendre les v. 28 – 31 ?

Question 1

• Tout au long de son ministère, Paul a reconnu la priorité des Juifs (cf. note TOB sur v. 17). Au cours de son ministère, il allait dans les synagogues ; maintenant, prisonnier, il les invite les Juifs à venir chez lui.
• Paul s’explique sur son recours à la justice impériale (v. 17-19) ; en BJ lire les références marginales (et les notes) sur ces versets.
• Les Juifs de Rome n’ont aucun grief contre Paul, mais ils disent leur opposition « à ce parti-là » (v. 22 et note TOB ; en BJ, cf. les références marginales).
• Mais l’annonce chrétienne divise toujours les Juifs : v. 24 et note TOB ; en BJ : Ac 13, 46-47 (cité en marge).

Question 2

• Il s’agit du Royaume/Règne de Dieu : sur ce mot, BJ et TOB nous renvoient à Ac 1, 3 et à la note sur ce verset. Plus exactement, il s’agit de la place qu’y tient Jésus (cf. v. 23 et note TOB sur Ac 17, 3 ; en BJ, voir la note sur Ac 2, 23 +).
• A la fin de son Evangile, Lc soulignait déjà l’importance de la Loi et des Prophètes : Lc 24, 7. 26-27. 44-47. Seules les Ecriture peuvent éclairer le mystère d’un Messie crucifié.
• Sur la division des auditeurs face à cette annonce, cf. 1 Co 1, 22-25.
• Sur la citation d’Is 6, 9-10 : lire les notes TOB sur les v. 25 et 27.
• Ce texte d’Is 6, 9-10 est cité plusieurs fois dans le NT ; en Mt 13, 14-15, il explique pourquoi les Juifs se ferment à la prédication de Jésus sur le Royaume ; cf. aussi Jn 12, 40-41.
• Sur l’annonce de l’accueil de l’Evangile par les païens : cf. la note TOB sur v. 28 ; voir aussi la réflexion de Paul en Rm 11, 11-12.

Question 3

• Sur ces derniers versets, lire la note de BJ sur v. 30 (titre) : c’est moins une conclusion qu’une ouverture.
• Lire les notes BJ/TOB sur le v. 30. Luc ne nous dit rien sur l’issue du procès et sur ce qui en résulta pour Paul ; il n’écrit pas une biographie de Paul, ni une histoire des premières années du mouvement chrétien. Il continue ce qu’il annonçait dans le prologue de son premier livre (Lc 1, 1-4) : donner l’interprétation des événements que Dieu a accomplis (cf. les notes TOB sur Lc 1, 1 et 4) à travers Jésus et qu’il continue à accomplir grâce à l’Esprit.
• Sur la pleine assurance de Paul (v. 31), voir note TOB ; en BJ, voir note sur Ac 13, 46 (cité en marge). Noter aussi les deux termes : proclamer (kérygme, la 1ère annonce) et enseigner (catéchèse, un enseignement plus développé sur le mystère chrétien).

DU SACERDOCE LEVITIQUE A CELUI DE JESUS


Dans toutes les cultures et sociétés, on rencontre depuis les temps immémoriaux, sous des formes diverses, des hommes qui remplissent une fonction de médiateurs entre leurs semblables et les forces qui les dépassent. En effet, parmi les relations constitutives de la personne humaine, il y en a une qui est fondamentale, même si on n’en a pas toujours conscience, c’est la relation à Dieu, la relation à la transcendance.

Par son élection, le peuple de la Bible a sans doute connu sur ce point un parcours un peu particulier. Cependant on retrouve dans la Bible bien des éléments qu’Israël partage avec le reste de l’humanité. Ainsi dans les textes les plus anciens, nous voyons les chefs de famille ou de clan offrir eux-mêmes des sacrifices à leur divinité : c’est ce que font Noé (Gn 8, 20), Abraham (Gn 12, 7), Jacob (Gn 28, 18), puis plus tard, au temps des « juges », Gédéon (Jg 6, 25ss), Manoah (Jg 13, 16) et bien d’autres. Plus tard encore ce seront les rois : David (2 S 6, 13), Salomon (1 R 8, 62) qui offrent des sacrifices avant que le sacerdoce soit confié à des spécialistes du culte.

Mais d’autres textes font mention des Lévites, les « fils de Lévi », un groupe qui semble prendre une place particulière dans le culte. Et de fait, dans les bénédictions que nous lisons en Dt 33, Moïse avant de mourir, précise les droits et responsabilités de cette tribu. Mais l’histoire du sacerdoce biblique n’est pas facile à reconstruire ; en effet les textes qui nous connaissons sont presque tous tardifs : même s’ils nous parlent de Moïse et d’Aaron, ils conservent souvent un état du sacerdoce tel qu’il a existé en Israël après l’Exil.

Notre parcours

Dans ce dossier nous tenterons de poser quelques jalons de cette histoire du sacerdoce ancien, préparant ainsi la révélation du sacerdoce nouveau inauguré par Jésus.

Nous commençons par Dt 33, la bénédiction de Moïse pour la tribu de Lévi (1). Bien des siècles plus tard, la centralisation du culte, à l’époque de Josias (622) va conférer aux prêtres établis à Jérusalem une place privilégiée (2) ; une place qu’Ezéchiel, lui-même prêtre du Temple, soulignera encore davantage dans sa vision du Temple à rebâtir (3).

Et de fait, dans le culte qui se réorganise au retour de l’Exil, le Grand Prêtre apparaît peu à peu comme le chef religieux et politique du peuple ; c’est lors du Yom Kippour que son rôle se manifeste dans toute sa grandeur (4), comme en témoignera encore le Siracide au 2ème siècle (5).

Mais si le Temple et le culte qui s’y déroule prennent de plus en plus de place, un autre courant se manifeste également dans la période postexilique : d’autres voient dans l’alliance que Dieu avait conclue avec le peuple le fondement d’un sacerdoce plus large que celui de Lévi, un sacerdoce qui concerne tous les membres du peuple (6).

Dans le NT, lorsque nous trouvons les mots « prêtre » ou « grand prêtre », il s’agit presque toujours du sacerdoce et des prêtres juifs (une fois en Ac 14,13 de prêtres païens). Les seules exceptions se lisent en 1 P 2, 9 et en Ap 1, 6 ; 5, 10 ; 20, 6) et surtout dans la Lettre aux Hébreux où l’auteur donne à Jésus le titre de Prêtre et de Grand Prêtre.
En exploitant largement les textes de l’AT, la Lettre aux Hébreux montre comment Jésus, inaugure un sacerdoce nouveau qui renouvelle et remplace celui de l’AT. A première vue, rien dans la vie de Jésus ni dans son ministère ne laissait apparaitre une telle dimension. En Israël, on ne devient pas prêtre, on naît prêtre. Or Jésus est issu de la tribu de Juda et non de celle Lévi.

Cependant si Jésus accomplit l’AT, comme la foi chrétienne l’affirme dès l’origine, comment pourrait-il laisser de côté cet aspect si important que représente le sacerdoce dans la Loi de Moïse et dans l’histoire d’Israël ?

Il y avait déjà dans la tradition évangélique quelques paroles de Jésus qui préparaient la réflexion qu’entreprendra l’auteur de la Lettre aux Hébreux : ainsi la parole que Jésus avait prononcée sur la coupe lors de la Cène (7) et les paroles concernant le Temple (8).

Dans la Lettre aux Hébreux, le sacerdoce de Jésus devient le thème central. L’auteur commence par rappeler que le rôle du prêtre est celui d’un médiateur ; c’est pourquoi il souligne le lien qui rapproche Jésus de notre humanité (9) et qui fait de lui un « grand Prêtre agréé par Dieu et miséricordieux » (10). Mais comme il va le montrer, il s’agit d’un sacerdoce bien différent de celui d’Aaron et des Lévites (11), un sacerdoce « selon l’ordre de Melchisédech » qu’annonçait le Ps 110, 4. D’autre part, dans le cas de Jésus, cette médiation s’est faite une fois pour toutes, par une unique oblation, celle de toute sa vie (12), ouvrant par là, à tout homme qui croit en lui le chemin qui conduit jusqu’à Dieu (13).

Poursuivant la réflexion commencée dans le judaïsme à partir du texte d’Ex 19, 6 qui rattachait à l’alliance du Sinaï une dimension sacerdotale pour le peuple juif, la Première Lettre de Pierre voit dans l’alliance nouvelle le fondement du sacerdoce de tous les baptisés (14) appelés à devenir ainsi les témoins du dessein de Dieu pour tous les hommes.

Pour les participants

1) Dt 33, 8 – 11 : « il dit sur Lévi… »
Comme le faisait Jacob avant de mourir (Gn 49 et note BJ), Moïse, lui aussi, à la veille de sa mort, prononce des bénédictions qui annoncent le destin des différentes tribus. Ce qu’il dit ici de Lévi intéresse notre recherche.
1) Situer ce passage dans le Deutéronome.
2) Que contient ce chapitre 33 du Deutéronome ?
3) Etudier les v. 8-11 de ce chapitre : qu’est-ce que cela nous apprend sur la tribu de Lévi ?

2) 2 R 23, 4 – 14 : Le sacerdoce lévitique
Aux origines, les prêtres étaient les hommes d’un sanctuaire où l’on peut venir consulter le Seigneur et offrir des sacrifices. La réforme entreprise par Josias (2 R 22-23) va modifier profondément cette situation et donner au clergé du Temple une place privilégiée.
1) Parcourir 2 R 22-23 et repérer quels sont les événements qui ont marqué le règne de Josias.
2) Travailler plus particulièrement sur 2 R 23, 8-10.
3) Quelles seront, pour les prêtres, les conséquences de la réforme de Josias ?

3) Ez 44, 15 – 31 : Les prêtres, fils de Sadoq
Appartenant lui-même au clergé de Jérusalem, Ezéchiel est un témoin de la tradition sacerdotale. Dans sa Torah (Ez 40 – 48), il nous livre ses visions sur le Temple futur et sur ceux qui y ont le droit d’y remplir les fonctions sacerdotales.

1) Situer Ezéchiel : son temps, son livre.
2) Comment Ezéchiel parle-t-il ici des lévites et des prêtres ?
3) Selon notre texte quelles sont leurs fonctions ?

4) Lv 16, 1 – 34 : Le Jour du Grand Pardon

La fête des Expiations tenait une place particulière dans la liturgie juive du Second Temple. Aujourd’hui, même en l’absence du Temple, cette fête marque la piété juive.

1) Situer ce texte du Lévitique : de quoi parle-t-il ? Proposer une division.
2) Relever tout ce que ce texte nous dit concernant le rite du « bouc pour Azazel » ?
3) Qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif dans les autres rites mentionnés lors de la
fête des Expiations ?

5) Si 50, 1 – 21 : Le Grand-Prêtre Simon
Après avoir fait mention des grandes figures qui ont marqué l’histoire de son peuple, Ben Sirach, le sage, nous parle du grand-prêtre Simon. Il nous le présente dans l’exercice de la plus haute de ses fonctions : au Jour du Grand Pardon.
1) Que savez-vous au sujet du Siracide et des événements qui ont marqué son époque ?
2) Situer notre texte dans le livre : quelle est la place de notre texte ?
3) Quelle image du grand-prêtre Simon l’auteur veut-il nous donner dans les v. 5-21 ? Qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif ?

6) Is 61, 1- 6 : « Vous serez appelés prêtres du Seigneur. »
Au retour de l’exil, beaucoup de Juifs étaient déçus de ne pas voir se réaliser immédiatement les belles promesses du prophète qui s’exprime en Is 40-55. Mais d’autres voix s’élèvent pour encourager le peuple : le Seigneur est fidèle ; il réalisera tout ce qu’il a promis.

1) Situer notre passage dans le livre d’Isaïe ; diviser ce texte.
2) Travailler plus particulièrement sur les v. 4-9.
3) Pour notre thème, comparer Is 61, 5-6 avec Is 56, 6-8.

7) 1 Co, 11, 23-27 et Mt 26, 26-29 : Le sang de l’alliance
Sans développer encore le thème du sacerdoce du Christ, comme le fera la Lettre aux Hébreux, plusieurs textes du NT préparent une réflexion dans ce sens, C’est ce que nous trouvons par exemple dans les récits de l’institution eucharistique.

1) Comparer les deux textes et relever ce qui est semblable dans les deux.
2) Chercher ce qui est particulier au texte de Mt et expliquer.
3) Faire la même démarche à partir du texte de s. Paul.
4) Quels liens voyez-vous entre ces deux textes et le sacerdoce de Jésus ?

8) Jn 2, 13 – 22 : « Il parlait du sanctuaire de son corps. »
L’épisode de la purification du Temple par Jésus se lit dans les quatre Evangiles, mais Jean veut lui donner une place et une importance particulières dans son récit.

1) Situer ce texte dans l’Evangile de Jn et le comparer avec les Synoptiques.
2) Qu’est-ce qui est ici plus particulier à Jn dans cet épisode des vendeurs chassés du Temple ?
3) Sur quoi insiste l’Evangéliste dans les v. 17-22 ?
4) Pourquoi peut-on rapprocher ce texte de Jn de notre thème ?

9) He 1, 5 – 2, 18 : « Le sanctificateur et les sanctifiés ont la même origine »
Dans le NT, seul l’auteur de la Lettre aux Hébreux donne à Jésus le titre de prêtre et parle du sacerdoce chrétien. Mais pour le faire, il doit reprendre toute la réflexion sur le rôle du sacerdoce dans les rapports des hommes avec Dieu.

1) Que savez-vous sur la Lettre aux Hébreux ? Situer notre passage et en proposer une division.
2) Travailler sur He 1, 5-14 à quels textes AT l’auteur de la Lettre fait-il ici appel ? Que peut-on en déduire ?
3) Relever les citations de He 2, 5-18. Chercher à suivre la pensée de l’auteur.

10) He 3, 1 – 5, 10 : Un grand-prêtre digne de confiance et miséricordieux
En introduisant le thème du sacerdoce du Christ en He 2, 17, l’auteur donnait au grand-prêtre deux qualificatifs : miséricordieux et digne de confiance. C’est ce qu’il va développer dans notre texte.

1) Comment peut-on diviser ce (long) texte ? A quels personnages et à quels épisodes de l’AT l’auteur fait-il ici référence ?
2) He 3, 1-6 compare Jésus avec Moïse : quelle ressemblance l’auteur met-il en lumière ?
3) A quels épisodes du désert l’auteur fait-il référence en He 3, 7 – 4, 14 ? Pourquoi en parle-t-il ici ?
4) Pour comparer le sacerdoce lévitique à celui du Christ (He 4, 14 – 5, 10) sur quoi l’auteur insiste-t-il ?

11) He 7, 1 – 28 : Prêtre selon l’ordre de Melchisédech

A partir de He 5, 11 nous entrons dans la partie centrale du sermon (cf. le v. 11). Cette partie commence par une longue exhortation (5, 11 – 6, 20), puis l’auteur développe le sommet de sa pensée en trois étapes : 7, 1-28 ; 8, 1 – 9, 28 ; 10, 1-18. Il conclut par une exhortation en 10, 19-39. Pour notre thème, nous ne prendrons que les trois étapes mentionnées ci-dessus. Et d’abord la première qui parle d’un sacerdoce nouveau.

1) Qu’est-ce que la Bible nous apprend concernant Melchisédech ?
2) Comparer He 7, 1-14 avec Gn 14, 17-20: qu’est-ce que l’auteur retient du texte de Gn 14 ?
Qu’en tire-t-il ?
3) Que nous apportent en plus les v. 17-28 sur le sacerdoce du Christ ?

12) He 8, 1 – 9, 28 : « le point capital de notre exposé »

Comment le Christ est-il devenu le Grand-prêtre agréé par Dieu en notre faveur ? Comment son offrande dépasse-t-elle et accomplit-elle le culte ancien prévu par la Loi ? C’est ce que l’auteur de la Lettre veut nous exposer.

1) Comment peut-on diviser ce long développement ? Comparer vos Bibles.
2) Etudier He 8, 1 – 9, 10 : quels sont les points les plus importants ?
3) Comment l’auteur souligne-t-il la supériorité du culte chrétien en He 9, 11-28 ?

13) He 10, 1 – 18 : « dans cette volonté nous avons été sanctifiés »
Prêtre selon l’ordre de Melchisédech (cf. He 8, 1-28), le Christ a offert un sacrifice unique d’un genre nouveau (He 8 – 9), et par là il est devenu cause de salut éternel pour tous ceux qui croient en lui.

1) Relever dans notre passage les expressions qui marquent l’opposition.
2) Comment l’auteur de la Lettre prolonge-t-il le message du Ps 40 qu’il cite dans ce passage ?
3) L’auteur reprend dans les v. 15-18 la promesse de Jr 31, 31-34 : sur quoi veut-il
insister ?

14) 1 P 2, 4 – 10 : « … constituer une sainte communauté sacerdotale… »
Ce passage est regardé comme un des sommets doctrinaux de la Première Lettre de Pierre. Sa difficulté provient de la densité du texte et de l’accumulation des images et des références qui nous renvoient à l’AT.

1) Notre texte fait partie d’une première exhortation (1, 3 – 2, 10) : que contient cette
exhortation ? Quelle est la place de notre passage ?
2) Travailler sur 1 P 2, 4-10 : comment ce passage est-il construit ? A quels textes de
3) l’AT fait-il appel ?
4) Qu’est-ce que les versets 5 et 9-10 nous apprennent sur l’Eglise et sa mission ?

Animateur

1) Dt 33, 8 – 11 : « il dit sur Lévi… »

Comme le faisait Jacob avant de mourir (Gn 49 et note BJ), Moïse, lui aussi, à la veille de sa mort, prononce des bénédictions qui annoncent le destin des différentes tribus. Ce qu’il dit ici de Lévi intéresse notre recherche.
1) Situer ce passage dans le Deutéronome.
2) Que contient ce chapitre 33 du Deutéronome ?
3) Etudier les v. 8-11 de ce chapitre : qu’est-ce que cela nous apprend sur la tribu de Lévi ?

Question 1

• Le Deutéronome est composé de trois discours de Moïse (1, 1 – 4,43 ; 4, 44 – 28, 68 ; 28, 69 – 30, 20) prononcés au terme du temps du désert (Dt 1, 1-5), juste avant que le peuple franchisse le Jourdain pour entrer dans la Terre.
• Sur les chapitres 31-34, lire la note BJ sur 31, 1 (titre).
• Le deuxième discours encadre la Loi deutéronomique (Dt 12 – 26.
• Notre texte est placé de manière à donner les toutes dernières paroles de Moïse adressées à Israël avant sa mort.

Question 2

• Lire la note de BJ (ou de TOB) sur Dt 33, 1 (titre) ; nous trouvons ici une liste de 12 bénédictions encadrées dans une hymne (v. 2-5 et 26-29).
• Remarquer l’importance donnée à la tribu de Joseph (Manassé et Ephraïm) dans les versets 13-17.
• Noter aussi la place accordée ici à Lévi : v. 8 et note BJ.

Question 3

• Sur les « Urim et Tummim » du v. 8, voir 1 S 14, 41 et la note de BJ sur ce verset. Cf. aussi Gn 25, 22 : sur les consultations faites dans les sanctuaires.
• L’hymne explique la place accordée aux Lévites par leur zèle pour le Seigneur : lire Ex 32, 25-29 ; Nb 25, 7ss ; cf. aussi le renvoi marginal à Mt 12, 46-50.
• Le v. 10 mentionne les autres prérogatives des Lévites : enseigner les coutumes et la Loi ainsi que le service de l’autel (encens et holocauste).
• Remarquer que le service de l’autel vient en finale (après les oracles et l’enseignement de la loi de Dieu).

2) 2 R 23, 4 – 14 : Le sacerdoce lévitique

Aux origines, les prêtres étaient les hommes d’un sanctuaire où l’on peut venir consulter le Seigneur et offrir des sacrifices. La réforme entreprise par Josias (2 R 22-23) va modifier profondément cette situation et donner au clergé du Temple une place privilégiée.

1) Parcourir 2 R 22-23 et repérer quels sont les événements qui ont marqué le règne de Josias.
2) Travailler plus particulièrement sur 2 R 23, 8-10.
3) Quelles seront, pour les prêtres, les conséquences de la réforme de Josias ?

Question 1

• Il y a la découverte dans le Temple du livre de la Loi : 2 R 22, 8 et note BJ.
• Après la consultation auprès de la prophétesse Houlda (v.11), le roi renouvelle l’alliance avec le Seigneur (2 R 23, 1-3)
• Il décide d’entreprendre une réforme religieuse (2 R 23, 4ss) ; ce qu’il fait dans le Temple de Jérusalem (v. 4-7) et dans les environs (v. 10-14) ; dans les v. 8-9 où il est question de la réforme dans les villes de Juda.
• Dans les v. 15ss, la réforme est étendue aux sanctuaires du Royaume du nord.

Question 2

• Lire aussi la note BJ sur 2 R 23, 8 : il s’agit de la centralisation du culte à Jérusalem. Cf. le renvoi à Dt 12 : voir la note BJ sur Dt 12, 3 (titre).
• Noter ce que dit 2 R 23, 9 pour les prêtres sanctuaires en dehors de Jérusalem : lire aussi la note BJ sur ce verset.

Question 3

• Sur ce que prévoyait la réforme voulue par le Deutéronome, voir Dt 18, 1-8.
• Désormais le culte ne pourra plus être célébré en dehors de Jérusalem, mais les prêtres gardent leurs droits.
• Lire aussi la note sur Dt 18, 1 (titre), qui explique ce qui adviendra pour les prêtres des sanctuaires supprimés par la réforme ; voir spécialement la fin de cette note.
• La distinction entre prêtres et lévites, en deux classes bien séparées, apparaît clairement dans le texte de Nb 3, 1- 4 et 3, 5-9 (tradition sacerdotale).

3) Ez 44, 15 – 31 : Les prêtres, fils de Sadoq

Appartenant lui-même au clergé de Jérusalem, Ezéchiel est un témoin de la tradition sacerdotale. Dans sa Torah (Ez 40 – 48), il nous livre ses visions sur le Temple futur et sur ceux qui y ont le droit d’y remplir les fonctions sacerdotales.

1) Situer Ezéchiel : son temps, son livre.
2) Comment Ezéchiel parle-t-il ici des lévites et des prêtres ?
3) Selon notre texte quelles sont leurs fonctions ?

Question 1

• Sur Ezéchiel, voir l’introduction : il appartient au clergé de Jérusalem emmené en exil lors de la première déportation (2 R 24, 10ss ; Ez 1, 1-2).
• Son ministère se déroule entre les années 593 et 571 (cf. la note BJ sur Ez 2, 3) : il couvre donc le temps de la destruction de Jérusalem et du Temple (597) et de la première partie de la déportation qui suivit.
• Sur Ez 40-48 : voir la note de BJ (ou TOB) sur 40, 1.
• Après la présentation du Temple futur (Ez 40 – 43), il parle de ceux qui y ont accès (Ez 44) ; cf. la note BJ sur Ez 44, 6.

Question 2

• Pour les lévites : Ez 44, 10-14 et la note BJ sur v. 10. Cf. aussi la note TOB.
• Pour Ezéchiel, les lévites remplacent désormais les étrangers qui travaillaient dans le Temple (Ez 44, 7 et notes BJ et TOB).
• Pour les prêtres, lire la note TOB sur Ez 44, 15.
• Ezéchiel parle de leur fidélité au Seigneur (44, 15), qui leur vaut de pouvoir s’approcher de l’autel (v. 15-16) ; il parle ensuite de leurs droits sur les offrandes (v. 29-30).
• Il mentionne leur habillement (v. 17-18 ; sur l’interdiction de la laine, cf. note TOB sur v. 18) ; sur le v. 19, voir notes BJ et TOB.
• Ezéchiel parle aussi des restrictions concernant leur mariage (v. 22) et les rites de deuil (v. 25-27).

Question 3

• Ezéchiel mentionne en premier le droit de s’approcher du Seigneur pour offrir les sacrifices (v. 15-16).
• Au v. 23, il parle de leur enseignement du pur et de l’impur (du sacré et du profane).
• Ils ont également la charge de juges : v. 24.
• Dans les v. 28 et 29-30, il est question de leur patrimoine et des droits qui en découlent.

4) Lv 16, 1 – 34 : Le Jour du Grand Pardon

La fête des Expiations tenait une place particulière dans la liturgie juive du Second Temple. Aujourd’hui, même en l’absence du Temple, cette fête marque la piété juive.

1) Situer ce texte du Lévitique : de quoi parle-t-il ? Proposer une division.
2) Relever tout ce que le texte nous dit concernant le rite du « bouc pour Azazel » ?
3) Qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif dans les autres rites mentionnés lors de la fête des Expiations ?

Question 1

• Lire les notes de BJ et TOB sur Lv 16, 1 (titre).
• Notre texte fait partie de Lv 11-16 ; voir la note BJ sur Lv 11, 1 (titre).
• Lv 16 combine deux cérémonies : un rite de purification conforme aux idées du Lv et un rite archaïque du « bouc pour Azazel » dans les v. 8-10 et 20-22. 26.
• Pour la division de ce chapitre : après le rappel de Lv 10, 1, nous avons dans les v. 3-10 comme un résumé de ce qui va suivre. Puis les v. 11-19 décrivent les rites d’expiation ; ensuite les v. 20-22 parlent du « bouc pour Azazel » et les v. 23-25 de l’holocauste.
• Suivent quelques rubriques (v. 26-28) ; enfin les v. 29-34 soulignent l’importance de cette célébration.

Question 2

• Lire à la suite les v. 8-10. 20-22 et 26.
• Le texte nous parle de deux boucs, du choix qui est fait (v. 10) : un sera offert au Seigneur en sacrifice pour le péché, et l’autre « pour Azazel » sera envoyé au désert (v. 22). Lire les notes BJ et TOB sur ce v. 22 : ce n’est pas un sacrifice expiatoire, l’animal n’est pas sacrifié, mais par la confession des péchés faite par le grand-prêtre et le rite de l’imposition des (deux) mains (v. 21), il emporte les péchés dans une terre aride (v. 22).

Question 3

• Il y a deux sacrifices expiatoires, pour les péchés du grand-prêtre (v. 11), puis pour ceux du peuple (v. 15).
• Le sang des sacrifices est porté dans le Saint des Saints, au-delà du rideau (v. 14-15) et le grand-prêtre fait une aspersion sur le propitiatoire.
• Noter les précautions à prendre (v. 12-13 et les notes BJ et TOB) ; cf. aussi Ex 33, 20, cité en marge dans BJ.
• Le grand-prêtre fait ensuite un même rite de sang sur le sanctuaire et la tente de la Rencontre (v. 16), puis sur l’autel (v. 18).
• Pour ces sacrifices, comparer avec Lv 4, 3-12 et 13-21. Mais seulement le Jour des Expiations, le grand-prêtre fait ce rite dans le Saint des Saints, ce qui donne au sacrifice de Lv 16 pour le pardon des péchés un caractère tout à fait particulier.
• Enfin dans Lv 16, 24-25, le grand-prêtre offre un holocauste (cf. Lv 1, 1 et note BJ).

5) Si 50, 1 – 21 : Le Grand-Prêtre Simon

Après avoir fait mention des grandes figures qui ont marqué l’histoire de son peuple, Ben Sirach, le sage, nous parle du grand-prêtre Simon. Il nous le présente dans l’exercice de la plus haute de ses fonctions : au Jour du Grand Pardon.
1) Que savez-vous du Siracide et des événements qui ont marqué son époque ?
2) Situer notre texte dans le livre : quelle est la place de notre texte ?
3) Quelle image du grand-prêtre Simon l’auteur nous donne-t-il dans les v. 5-21 ? Qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif ?

Question 1
• Le Siracide fait partie des livres sapientiaux ; écrit en hébreu, vers 190, il nous est conservé en grec dans la traduction (en 132) du petit-fils de l’auteur. Ce livre fait partie des deutéro-canoniques. Cf. le Prologue du traducteur et l’introduction à Si.
• Sur la situation de la Palestine à cette époque (cf. introduction au Si) : quand l’auteur écrit, les Juifs sont alors dans l’empire grec ; ils viennent de passer sous le contrôle des Séleucides (en 200) et Antiochus III a encore une politique libérale. Mais la situation change avec Antiochus IV (175-163) et elle suscitera la révolte des Maccabées (167-164).

Question 2

• Le livre comprend deux parties : des sentences (comme les autres livres de sagesse) dans Si 1 – 42, 14 ; la deuxième partie (42, 15 – 50, 30) est consacrée à la gloire de Dieu, dans la nature (442, 15 – 43, 33) puis dans l’histoire (44, 1 – 50, 21). Le livre se conclut par quelques réflexions et une hymne (50, 22 – 51, 30)
• La présentation du grand-prêtre Simon est le sommet du rappel de l’histoire.
• L’auteur nous présente le grand-prêtre : il rappelle ce qu’il a fait pour son peuple (v. 1-2 et les notes sur ces versets), puis il le décrit dans ses fonctions au Jour du Grand Pardon (v. 5ss).

Question 3

• Le v. 5 nous le montre au moment où il sort « de derrière le voile » (v. 5 et note BJ) ; lire aussi Lv 16, 13.
• Sur le v. 11, cf. Lv 16, 23-24 ; pour les vêtements que le grand-prêtre porte dans l’exercice de ses fonctions, cf. Ex 28 (lire la note BJ sur Ex 28, 6).
• Les v. 13-15 nous le montrent entouré du clergé et accomplissant les rites prévus en Lv 16, 24b-25) cf. aussi la note sur Si 50, 15.
• Noter la participation de musiciens (v. 16 ; cf. Nb 10, 2-10), des chantres (v. 8) et de tout le peuple (v. 17.19.21).
• La cérémonie se termine par la bénédiction solennelle (cf. Nb 6, 23-27) avec la prononciation sur le peuple du Nom du Seigneur (v. 20 et note BJ).

6) Is 61, 1- 6 : « Vous serez appelés prêtres du Seigneur. »

Au retour de l’exil, beaucoup de Juifs étaient déçus de ne pas voir se réaliser immédiatement les belles promesses du prophète qui s’exprime en Is 40-55. Mais d’autres voix s’élèvent pour encourager le peuple : le Seigneur est fidèle ; il réalisera tout ce qu’il a promis.

1) Situer notre passage dans le livre d’Isaïe ; diviser ce texte.
2) Travailler plus particulièrement sur les v. 4-9.
3) Pour notre thème, comparer Is 61, 5-6 avec Is 56, 6-8.

Question 1

• La note de BJ sur 61, 1 (titre) nous renvoie Is 60 et Is 62 : lire les notes de BJ sur le titre de ces deux chapitres.
• Is 56 – 66 forme la troisième grande partie du livre d’Isaïe ; à la suite du prophète de l’Exil, le Deutéro-Isaïe (Is 40-55), d’autres voix (des disciples ?) prennent le relais.
• Cette troisième partie contient des textes assez différents, mais on reconnaît une certaine unité à Is 60-62.
• Sur les différentes parties de notre texte, voir les notes BJ ou TOB sur Is 61 (titre).

Question 2

• Après l’annonce de la bonne nouvelle aux « pauvres », aux « affligés de Sion », le prophète décrit ce que le Seigneur va faire pour eux.
• Dans le v. 4, il s’agit de la restauration attendue de Jérusalem et des villes de Juda : cf. Is 58, 12 (cité en marge dans BJ).
• Dans les v. 5-7, le prophète s’adresse directement à ceux qui sont revenus (vous, vos) et il compare leur situation avec celle des nations (v. 5 et 6b). Comparer avec Is 60, 10 ; cf. aussi Is 65, 20-21.
• Déchargés de leurs tâches matérielles, les Juifs pourront désormais se consacrer entièrement au culte du Seigneur : v. 6.
• En marge du v. 7, la TOB nous donne Jb 42, 10 : quel lien faites-vous avec notre texte ?
• Dans les v. 8-9, c’est le Seigneur qui parle ; relever ce qui vous paraît le plus significatif dans ce qu’il dit.

Question 3

• Dans notre texte, le prophète souligne la place d’Israël parmi les nations.
• La BJ et la TOB nous donnent en marge Ex 19, 6 : lire ce texte.
• En Is 56, 6-8, nous trouvons une vision différente, plus ouverte sur les autres peuples : lire la note TOB sur le v. 6.
• En BJ, lire les notes sur Is 56, 1 (titre) et sur Is 56, 7.

7) 1 Co, 11, 23-27 et Mt 26, 26-29 : Le sang de l’alliance

Sans développer encore le thème du sacerdoce du Christ, comme le fera la Lettre aux Hébreux, plusieurs textes du NT préparent une réflexion dans ce sens, C’est ce que nous trouvons par exemple dans les récits de l’institution eucharistique.

1) Comparer les deux textes et relever ce qui est semblable dans les deux.
2) Chercher ce qui est particulier au texte de Mt et expliquer.
3) Faire la même démarche à partir du texte de s. Paul.
4) Quels liens voyez-vous entre ces deux textes et le sacerdoce de Jésus ?

Question 1

• Les deux textes font référence au dernier repas de Jésus avec ses disciples et à l’institution de l’Eucharistie. Nous disposons de 4 récits provenant de 2 traditions (Mc et Mt ; 1 Co et Lc. Le cadre du repas est simplement évoqué par Paul (1 Co 11, 23) alors qu’il est bien précisé en Mt : Mt 26, 1. 17. 20. 27.
• Les deux textes retiennent les deux gestes de Jésus sur le pain et sur la coupe ainsi que les paroles qui accompagnent ces gestes.
• La parole prononcée sur le pain est presque identique chez Mt et dans 1 Co ; par contre, la parole sur la coupe, faisant référence à l’alliance, comporte des différences.

Question 2

• Le récit de Mt est très symétrique : bénédiction du pain, prenez et mangez, + la parole; bénédiction sur la coupe, buvez + la parole. Noter les termes différents pour la bénédiction : bénir (eulogie) et rendre grâce (eucharistie) ; cf. la note BJ sur v. 27.
• Par la parole sur la coupe, Mt nous renvoie à l’alliance conclue au Sinaï en Ex 24, 8.
• Le récit de Mt fait aussi référence à Is 52-53 : pour beaucoup /pour la multitude et en rémission des péchés (cf. note sur v. 28).

Question 3

• Noter l’ancienneté du texte de Paul : il est écrit en 55/56 ; il rappelle ici ce qu’il a transmis (50-52) et qu’il avait lui-même reçu (v. 23 et note BJ et TOB.
• Chez Paul, la mort de Jésus est présentée comme un don du Père (la nuit où il était livré : cf. Rm 8, 32) ; d’autre part, Paul garde le souvenir de la séparation des deux gestes : après le repas… (v. 25)
• Par la parole sur la coupe, le texte de Paul nous renvoie à Jr 31, 31-34 : Jésus accomplit la promesse faite autrefois par le Seigneur. Sur ce texte de Jérémie, lire la note BJ sur le titre.

Question 4

• Les formules de Mt et de Paul présentent la mort de Jésus, annoncée à la Cène, comme un sacrifice d’alliance ; elles témoignent de la signification que les chrétiens donnaient dès l’origine à ce repas.
• Cette alliance, dont l’Eucharistie est le sacrement, contient le pardon des péchés.
• He 8, 6-13 (cité dans BJ en marge de 1 Co 11, 25) prolongera cette réflexion sur la nouvelle alliance.

8) Jn 2, 13 – 22 : « Il parlait du sanctuaire de son corps. »
L’épisode de la purification du Temple par Jésus se lit dans les quatre Evangiles, mais Jean veut lui donner une place et une importance particulières dans son récit.

1) Situer ce texte dans l’Evangile de Jn et le comparer avec les Synoptiques.
2) Qu’est-ce qui est ici plus particulier à Jn dans cet épisode des vendeurs chassés du
Temple ?
3) Sur quoi insiste l’Evangéliste dans les v. 17-22 ?
4) Pourquoi peut-on rapprocher ce texte de Jn de notre thème ?

Question 1

• Dans les trois Synoptiques, la purification du Temple est située au terme du ministère de Jésus, et elle devient une des causes directes de son arrestation.
• Jn le place au début de son Evangile, juste après le commencement des signes (cf. 2, 11) ; il souligne le lien avec la Pâque des Juifs (v. 13 et 23).
• Le texte de Jn réunit 3 épisodes : l’expulsion des vendeurs (v. 13-16) ; la question sur l’autorité de Jésus (v. 18) que les Synoptiques placent un peu plus loin ; enfin la parole sur le Temple (v. 19) que les Synoptiques rapportent dans le procès.

Question 2

• Jn – comme Lc – ne parle que des vendeurs ; Mc et Mt mentionnent aussi ceux qui achetaient dans le Temple. Mais Jn est seul à faire mention des bœufs et des brebis. (v. 14 et note TOB)
• Chez les Synoptiques Jésus cite Is 56, 7 et Jr 7, 11 ; chez Jn, il parle de la maison de son Père, et les disciples y verront une référence au Ps 69, 10.

Question 3

• La discussion avec les Juifs (v. 18-20) est placée entre deux réflexions des disciples (v. 17 et v. 21-22) ; au v. 17, ils font le lien avec le Ps 69, 10 ; dans les v. 21-22 ils voient dans les paroles de Jésus une annonce de sa résurrection.
• Dans la parole sur le Temple, seul Jn a « Détruisez ce Temple… » opposant ainsi ce que le Juifs feront à Jésus et qu’il fera lui-même. Sur la résurrection attribuée à Jésus, cf. Jn 10, 17-18 et les notes TOB.
• Jn insiste particulièrement sur l’interprétation de la parole de Jésus (v. 20-22) ; pour les Juifs, il s’agit du Temple rebâti et embelli par Hérode (cf. notes BJ/TOB sur v. 20) alors que Jésus parle de son corps et de sa résurrection (cf. notes BJ/TOB sur v. 19).

Question 4

• Par son geste sur le Temple, Jésus annonce la fin du culte ancien pourtant fondé sur la Loi de Moïse.
• Désormais le Corps de Jésus prend la place du Temple ; c’est dans/par le Corps glorifié de Jésus que se fait la rencontre avec Dieu, vers laquelle tendait tout le culte ancien, comme le montrera la Lettre aux Hébreux.

9) He 1, 5 – 2, 18 : « Le sanctificateur et les sanctifiés ont la même origine »

Dans le NT, seul l’auteur de la Lettre aux Hébreux donne à Jésus le titre de prêtre et parle du sacerdoce chrétien. Mais pour le faire, il doit reprendre toute la réflexion sur le rôle du sacerdoce dans les rapports des hommes avec Dieu.

1) Que savez-vous sur la Lettre aux Hébreux ? Situer notre passage et en proposer une division.
2) Travailler sur He 1, 5-14 : à quels textes AT l’auteur de la Lettre fait-il ici appel ? Que peut-on en déduire ?
3) Relever les citations de He 2, 5-18. Chercher à suivre la pensée de l’auteur.

Question 1

• He n’est pas une lettre ; c’est plutôt un exposé, un sermon, des « paroles d’exhortation » (cf. He 13, 22 et note TOB).
• L’auteur nous offre sa réflexion sur le sacerdoce chrétien comparé au sacerdoce lévitique.
• Ce texte a probablement été écrit avant la destruction du Temple de Jérusalem (en 70) qui a marqué la fin du culte juif.
• Pour la division, comparer vos Bibles et les sous-titres de notre texte ; on peut voir deux parties, (reliées par une exhortation à écouter le message : 2, 1-4) : 1, 5-14 : Jésus, Fils de Dieu, supérieur aux anges et 2, 5-18 : Frère des hommes.

Question 2

• Deux premières citations Ps 2, 7 et 2 S 7, 14, cf. notes TOB ; en BJ voir la note sur 2, 7, 14 +.
• Pour la signification du v. 6a : lire note TOB et BJ ; les citations des v. 6b et 7 situent les anges par rapport au Fils.
• Les v. 8-12 appliquent au Fils plusieurs citations tirées du Ps 45, 7-8 (cf. note BJ sur v. 9) et du Ps 102, 26-28 (cf. note TOB).
• Enfin l’auteur cite au v. 13 le Ps 110, 1, un Ps qu’il reprendra plusieurs fois dans la suite : cf. la note TOB sur v. 13. Lire aussi les notes BJ et TOB sur v. 14.

Question 3

• D’abord la citation du Ps 8, 5-6.7b qui exalte la vocation de l’homme dans la création.
• Ensuite dans les v. 12-13 les citations de Ps 22, 23 ; de 2 S 22, 3 (LXX) et de Is 8, 18 : lire les notes TOB sur les v. 12-13.
• Commentant le Ps 8, l’auteur montre la vocation de l’homme réalisé dans le Christ (v. 8b-9).
• Au v. 10, nous trouvons « rendre parfait » ou « mener à l’accomplissement » : lire la note TOB sur ce mot qui reviendra plusieurs fois dans la Lettre.
• Les v. 10-11 soulignent la solidarité du Christ avec les hommes (cf. notes BJ et TOB sur v. 11).
• Les v. 14-18 relient les conclusions de ce qui précède (v. 14-16) avec l’annonce de ce qui va suivre (v. 17-18).

10) He 3, 1 – 5, 10 : Un grand-prêtre digne de confiance et miséricordieux

En introduisant le thème du sacerdoce du Christ en He 2, 17, l’auteur donnait au grand-prêtre deux qualificatifs : miséricordieux et digne de confiance. C’est ce qu’il va développer dans notre texte.

1) Comment peut-on diviser ce (long) texte ? A quels personnages et à quels épisodes de l’AT l’auteur fait-il ici référence ?
2) He 3, 1-6 compare Jésus avec Moïse : quelle ressemblance l’auteur met-il en lumière ?
3) A quels épisodes du désert l’auteur fait-il référence en He 3, 7 – 4, 14 ? Pourquoi en parle-t-il ici ?
4) Pour comparer le sacerdoce lévitique à celui du Christ (He 4, 14 – 5, 10) sur quoi l’auteur insiste-t-il ?

Question 1

• Comparer les divisions données dans vos Bibles : BJ donne 3, 1-6 ; 3, 7 – 4,13 ; 4, 14 – 5, 10 ; La TOB divise encore 4, 14-16 et 5, 1-10. Comparer aussi les sous-titres.
• Dans 3, 1-6 on trouve un parallèle entre Moïse et Jésus ; dans 5, 1-10 il y a un autre parallèle entre Jésus et Aaron. L’auteur explique ainsi ce qu’il disait en He 2, 17 : Jésus accrédité auprès de Dieu (cf. 3, 1-6) et miséricordieux (5, 1) ; cf. la note BJ sur 3, 1. Entre ces deux parties, l’auteur fait un long développement sur l’expérience du désert à la lumière du Ps 95.

Question 2

• Sur la traduction de TOB « accrédité » au lieu de « fidèle » (BJ), lire la note TOB sur 3, 2. Jésus est dit « digne de foi » comme autrefois Moïse (cf. Nb 12, 7).
• Mais Moïse était accrédité par Dieu dans toute sa maison comme serviteur (v. 2 et 5) alors que le Christ l’est comme Fils sur sa maison (v. 5).

Question 3

• Lire la note BJ sur 4, 1. Dans le texte hébreu, les mots Mériba et Massa nous renvoyaient à Ex 17, 7. Mais la LXX (que notre auteur utilise) traduisait « querelle » et « tentation », ce qui permet à He de les appliquer à toute l’expérience du désert et tout particulièrement à ce qui est rapporté en Nb : le refus du peuple d’entrer dans la Terre (14, 1-4) et la punition qui s’ensuivit pour toute cette génération condamnée à mourir au désert (14, 20-23). D’où l’interpellation de He 3, 12-15 (cf. note TOB sur v. 13) développée en He 4, 1-11 ; voir les notes TOB sur 4, 2 ; 4, 4 ; 4, 8.
• Sur He 4, 12-13, lire les notes de BJ et TOB.

Question 4

• Pour la signification de He 4, 14-16, lire les notes TOB sur les v. 14 et 15.
• Sur le rôle du sacerdoce, voir la note TOB sur He 5, 1 ; cf. aussi en BJ : notes sur 5,1 et 7.
• L’auteur reprend ici les Ps 2 et 110 : deux psaumes messianiques (voir la note BJ sur le titre du Ps 2). Ici l’auteur insiste particulièrement sur Ps 110, 4 (cf. les notes de TOB sur He 5, 6 et 5, 10) préparant ainsi la suite de son exposé.

11) He 7, 1 – 28 : Prêtre selon l’ordre de Melchisédech

A partir de He 5, 11 nous entrons dans la partie centrale du sermon (cf. le v. 11). Cette partie commence par une longue exhortation (5, 11 – 6, 20), puis l’auteur développe le sommet de sa pensée en trois étapes : 7, 1-28 ; 8, 1 – 9, 28 ; 10, 1-18. Il conclut par une exhortation en 10, 19-39. Pour notre thème, nous ne prendrons que les trois étapes mentionnées ci-dessus. Et d’abord la première qui parle d’un sacerdoce nouveau.

1) Qu’est-ce que la Bible nous apprend concernant Melchisédech ?
2) Comparer He 7, 1-14 avec Gn 14, 17-20 : qu’est-ce que l’auteur retient-il du texte de Gn 14 ? Qu’en tire-t-il ?
3) Que nous apportent en plus les v. 17-28 sur le sacerdoce du Christ ?

Question 1

• Ce personnage n’apparaît que dans deux passages de l’AT : Gn 14, 17-20 et Ps 110, 4.
• Voir les notes BJ et TOB sur Gn 14 (titre); en TOB voir encore note sur v.1.
• L’épisode de Melchisédech est inséré dans le récit de la campagne menée par Abraham pour délivrer Lot.
• Sur Melchisédech, lire les notes BJ et TOB sur Gn 14, 18 ; noter ce qui est dit sur l’interprétation dans la tradition juive, puis chrétienne de cet épisode.
• Le Ps 110 fait partie des « psaumes royaux », des psaumes qui veulent glorifier le roi à l’occasion de différents événements (cf. TOB, Introduction aux Psaumes).
• Comme le dit la note TOB sur Ps 110, 1, ce verset et le psaume ont été appliqués au Messie, puis à Jésus comme Roi et Prêtre. Cf. aussi la note BJ sur Ps 110 (titre).
• L’auteur de He a déjà cité le v. 1 de ce psaume en He 1, 13 et le v. 4 en He 5, 6. 10. 20.

Question 2

• Relever ce qui est dit sur le personnage : ainsi sur le nom (roi de justice et roi de paix) ; remarquer aussi comment le v. 3 ‘construit’ à partir du silence du texte de Gn 14.
• Abraham lui a donné la dîme de tout (v. 2 et 4) et il a reçu sa bénédiction (v. 1 et 6-7).
• L’attitude d’Abraham à l’égard de Melchisédech concerne aussi Lévi (v. 9-10) et ses fils (v. 5).
• Les v. 11-12 tirent la conclusion : le sacerdoce lévitique n’a pas conduit à l’accomplissement (cf. la note TOB sur le v. 11 ; également celle de BJ sur v. 11 – titre) ; il faut donc un autre prêtre dans la ligne de Melchisédech.

Question 3

• Il est prêtre pour l’éternité (v. 17), comme le disait le Ps 110, 4 ; ceci est encore développé dans les v. 23-25.
• C’est le sacerdoce pour lequel le Seigneur s’est engagé par serment (v. 20. 21. 28) ; cf. les notes TOB sur les v. 23 et 25.
• C’est surtout un sacerdoce bien différent du sacerdoce lévitique (v. 26-27) : le Christ a offert une offrande unique et personnelle. Ce point sera repris dans la suite.

12) He 8, 1 – 9, 28 : « le point capital de notre exposé »

Comment le Christ est-il devenu le Grand-prêtre agréé par Dieu en notre faveur ? Comment son offrande dépasse-t-elle et accomplit-elle le culte ancien prévu par la Loi ? C’est ce que l’auteur de la Lettre veut nous exposer.

1) Comment peut-on diviser ce long développement ? Comparer vos Bibles.
2) Etudier He 8, 1 – 9, 10 : quels sont les points les plus importants ?
3) Comment l’auteur souligne-t-il la supériorité du culte chrétien en He 9, 11-28 ?

Question 1

• Après l’introduction (v. 1-2) qui souligne l’importance de ces deux chapitres (le point capital), l’auteur va nous parler du culte juif (He 8, 3 – 9, 10), puis de la nouveauté apportée par le Christ (9, 11-28).
• Pour cette division, cf. la note sur v. 4 ; voir aussi l’articulation entre He 9, 10 (…ce ne sont que rites humains jusqu’au temps du relèvement) et 9, 11 (Mais le Christ est survenu…).
• La première partie comprend plusieurs développements : l’annonce d’une alliance nouvelle (8, 6-13) ; ce qui concerne la Tente (description et rites) dans He 9, 1-10.
• Dans la deuxième partie, l’auteur nous parle du Christ grand-prêtre des biens à venir (9, 11-28 ; cf. les notes BJ et TOB sur 9, 11).

Question 2

• Dans He 8, 3-5 il est question de la Tente, – le sanctuaire du désert selon Ex 26 ; 36, 8-19 – et non le Temple construit par Salomon. Le texte biblique soulignait qu’elle avait été réalisée selon le modèle montré à Moïse par le Seigneur (Ex 25, 9. 40) ; notre auteur insiste sur le fait qu’elle n’était qu’une copie (v. 5).
• Puis à partir de Jr 31, 31-34 où Dieu annonçait une alliance nouvelle, l’auteur tire la conclusion (v. 13) : ce culte est appelé à disparaître.
• En He 9, 1-10, il décrit la Tente (cf. notes TOB et BJ sur 9, 2-3) et le culte qui s’y déroulait au jour du Grand Pardon (v.7) décrit en Lv 16, 2-29. Dans les v. 8-10, il tire une conclusion négative de ce culte ancien : lire les notes BJ et TOB sur ces versets.

Question 3

• Noter les formules : une tente plus grande et plus parfaite (v. 11 et 24), par son propre sang (v. 12 et cf. v. 26), il est entré une fois pour toutes (v. 12 et 25).
• Sur la signification de la tente parfaite, pas faite de main d’homme, lire la note TOB sur v. 11. Désormais c’est le Corps ressuscité du Christ qui est le Temple : Jn 2, 19-21.
• Pour comprendre les v. 15-17, lire les notes BJ et TOB sur v. 15 qui explique la double traduction possible du mot grec diathèkè.
• Au v. 20 l’auteur rappelle l’alliance du Sinaï : le projet de Dieu n’est pas abandonné mais accompli par Dieu dans le Christ qui est entré maintenant pour nous devant la face de Dieu (v. 24).
• Ainsi se réalise la promesse faite en Jr 31 grâce au sacrifice, à l’obéissance du Christ, par le pardon des péchés (v. 26 et 28).

13) He 10, 1 – 18 : « dans cette volonté nous avons été sanctifiés »
Prêtre selon l’ordre de Melchisédech (cf. He 8, 1-28), le Christ a offert un sacrifice unique d’un genre nouveau (He 8 – 9), et par là il est devenu cause de salut éternel pour tous ceux qui croient en lui.

1) Relever dans notre passage les expressions qui marquent l’opposition.
2) Comment l’auteur de la Lettre prolonge-t-il le message du Ps 40 qu’il cite ici ?
3) L’auteur reprend dans les v. 15-18 la promesse de Jr 31, 31-34 : sur quoi veut-il insister ?

Question 1

• L’auteur oppose l’impuissance de la loi, le régime sacerdotal de l’AT, (cf. v. 9b) à l’accomplissement réalisé par le Christ (v. 14 ; cf. marge BJ : He 11, 40 et la note).
• Lire les notes TOB et BJ sur le v. 4.
• L’auteur mentionne les sacrifices (v. 1 et 11), les offrandes (v. 8), toujours les mêmes (v. 1 et 11), chaque année (v. 1), chaque jour, fréquemment (v. 11) du culte juif en contraste avec l’offrande du corps du Christ, une fois pour toutes (v. 10), sacrifice unique, offrande unique (v. 12 et 14).
• Noter encore l’opposition entre le sang des béliers et des taureaux et l’obéissance du Christ (v. 7. 9. 10).
• Noter encore : « un prêtre debout chaque jour… » (v. 11) et « lui assis pour toujours à la droite de Dieu » (v. 12).

Question 2

• Lire le passage du Ps 40 dans votre Bible ; lire aussi la note BJ sur Ps 40, 7.
• Le psalmiste présentait l’obéissance à la parole de Dieu (cf. Is 50, 5 et note BJ) comme supérieure aux sacrifices du culte (cf. la note BJ sur le v. 9 du Ps) ; la traduction grecque des LXX (tu m’as formé un corps) permet à notre auteur de voir dans ce passage une annonce de l’Incarnation (cf. la note TOB sur He 10, 5).
• Sur la volonté du Christ obéissant, voir les références données en marge dans BJ : Jn 6, 38 ; 10, 16s ; Mt 26, 39 et 42p.

Question 3

• Dans le culte juif, une consécration spéciale permettait au grand-prêtre d’entrer dans le Saint des Saints, mais cette consécration ne concernait que lui seul (cf. Lv 16, 17) et uniquement pour le jour du Pardon (Lv 16).
• Au contraire, le Christ est assis pour toujours à la droite de Dieu (v. 12) et il a mené pour toujours à l’accomplissement : il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il a sanctifiés (v. 14).
• Ainsi est pleinement réalisée la promesse que Dieu faisait par Jérémie (cf. Jr 31, 31).
• Dans l’offrande unique du Christ, le pardon de Dieu est donné (v. 17-18) ; cf. les notes TOB sur He 8, 10 et 12.
• Voir encore la note TOB sur He 10, 18.

14) 1 P 2, 4 – 10 : « … constituer une sainte communauté sacerdotale… »
Ce passage est regardé comme un des sommets doctrinaux de la Première Lettre de Pierre. Sa difficulté provient de la densité du texte et de l’accumulation des images et des références qui nous renvoient à l’AT.

1) Notre texte fait partie d’une première exhortation (1, 3 – 2, 10) : que contient cette exhortation ? Quelle est la place de notre passage ?
2) Travailler sur 1 P 2, 4-10 : comment ce passage est-il construit ? A quels textes de l’AT fait-il appel ?
3) Qu’est-ce que les versets 5 et 9-10 nous apprennent sur l’Eglise et sa mission ?

Question 1

• Sur les destinataires de cette Lettre, lire 1 P 1, 1-2 et les notes BJ et TOB.
• BJ et TOB divisent cette première exhortation en trois parties : 1, 13 – 21 ; 1, 22 – 2, 3 ; 2, 4 – 10. Comparer les titres donnés à ces sections dans vos Bibles ; échanger et, éventuellement, proposer d’autres titres pour ces sections.

Question 2

• Comparer les v. 4-5 avec les v. 6-9 et relever les mots qui reviennent dans les deux passages. En 2, 6. 9 l’auteur nous donne des citations scripturaires qui justifient ce qu’il disait dans les v. 4-5.
• Lire la note BJ sur le début du v. 4 ; voir tout particulièrement ce qui est dit sur les v. 4-5, dans la première partie de cette note. Ces v. 4-5 expriment d’une manière concentrée la pensée de l’auteur sur le Christ (v. 4) et sur l’Eglise et sa mission (v. 5).
• Le Christ est la Pierre Vivante, rejetée par les hommes et glorifiée par sa Résurrection ; ceux qui s’approchent de lui deviennent des pierres vivantes pour former avec lui le Temple nouveau (cf. Jn 2, 21 +).
• Les v. 6-8 donnent la preuve scripturaire du rôle du Christ : il est la pierre angulaire (cf. Is 28, 16 et note BJ) pour celui qui croit en lui, mais il devient pour les incrédules une pierre d’achoppement (Ps 118, 22 ; Is 8, 14s ; cf. v. 8 et les notes BJ et TOB.
• Dans les v. 9-10, trois textes de l’AT (Ex 19, 6 ; Is 43, 20-21 ; Os 1, 6-9) éclairent l’Eglise et sa mission.

Question 3

• Relever tout ce qui concerne la construction ; lire la fin de la note BJ (sur le début du v. 4) où sont cités d’autres textes du NT sur la même image (1Co 3, 16-17 ; 2 Co 6, 16 ; Ep 2, 20-22). Cf. aussi Jn 2, 21 et la note BJ.
• Noter l’expression sacerdoce saint (v. 5 et 9) ; voir les notes BJ et surtout celles de TOB sur le v.5 : les croyants forment ensemble une communauté sacerdotale pour devenir, comme autrefois Israël (Ex 19, 6 et Is 43, 21), les témoins de Dieu dans le monde et pour le monde (v. 9). Cf. Philon : « Ce que le prêtre est par rapport à la cité, la nation juive l’est par rapport à la terre entière. Elle exerce à vrai dire le sacerdoce, […] en tous lieux, elle fait ses prières, ses fêtes et ses offrandes à l’intention de l’ensemble du genre humain. »
• Le renvoi à Os dans le v. 10 (cf. Os 1, 6-9 ; 2, 3. 25) rappelle la gratuité de ce don de Dieu ; c’est la miséricorde de Dieu qui est la clé de toute l’histoire du salut.