Les premiers chrétiens

 

Comment le christianisme a-t-il commencé ? Qui sont les premiers chrétiens ? Que croyaient-ils ? Que faisaient-ils ? Notre connaissance est bien lacunaire. Les premiers documents qui nous sont parvenus sont les Lettres de Paul (entre 50 et 60) ; les Evangiles et les Actes ainsi que les autres documents du NT  viennent un peu plus tard, dans le derniers tiers du 1er siècle.

 

Qu’est-ce qui s’est passé entre les années 30 et 50 ?

 

Essayons d’imaginer la Pâque  de l’an 30 : les disciples de Jésus placés devant la mort et la résurrection de Jésus.

Des hommes, des femmes ont connu Jésus durant les 2-3 années qui viennent de s’écouler ; ils l’on suivi dans son cheminement ; certains ont été choisis par lui. Dans sa fréquentation, ils ont peu à peu découvert cet homme : un maître (Rabbi), un ami ; ils se sont demandés s’il ne serait pas le Messie.

Mais Jésus les a aussi étonnés, choqués parfois et déçus. Ils n’ont pas compris quand il leur parlait de son rejet et de sa mort. Malgré les paroles de Jésus (cf. Mc 14, 27), les événements de la Passion (arrestation, condamnation par les autorités juives et romaines, exécution et la mort en croix) ont dû complètement les désorienter. Pourquoi Dieu n’est pas intervenu si Jésus est le Messie, l’Envoyé de Dieu par excellence ?

La nouvelle de la Résurrection leur a parue toute aussi incroyable (cf. Mc 16, 14). Et pourtant quelque temps après, ces hommes, ces femmes témoignent de la Résurrection de Jésus et sont prêts à donner leur vie pour ce témoignage (cf. Ac 2-5). Pour eux, Jésus, le crucifié, est bien le Messie ; bien plus, par sa Résurrection, il est entré dans le monde de Dieu (cf. la foi juive en la résurrection en 2 M 7) ; il est Seigneur (cf. Ac 2, 36 et note BJ).

Les premiers témoignages pour nous se trouvent dans les Lettres de Paul qui nous parlent de la foi en Jésus (le plus ancien credo : 1 Co 15, 3-5) et du culte qui lui est rendu (le « repas du Seigneur » : 1 Co 11, 23-37 ;  du baptême : cf. Rm 6, 4 ; de la proclamation : 1 Co 12, 3 ; Ph 2, 6-11). Mais comment en est-on arrivé là ?

 

Les débuts dans le monde juif

 

Avec les textes de Paul, nous nous trouvons déjà dans le monde gréco-romain. Or la foi chrétienne a d’abord été annoncée dans le monde juif, en Palestine. Dans les Actes (composés après 80), Lc nous montre les disciples annonçant, à Jérusalem, la mort et la Résurrection de Jésus le jour de la Pentecôte (Ac 2). Puis il nous donne plusieurs exemples de cette première prédication (le kérygme) qui oppose ce que les hommes (les Juifs) ont fait à Jésus et ce que Dieu a fait pour lui  (Ac 2, 22-24 ; 3, 13-16 ; 4, 10-12 …).

Ceux qui accueillent cette annonce des disciples forment alors la première communauté (Ac 2, 37-41) dont Lc nous donnera par la suite une description en soulignant une quadruple persévérance : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières (Ac 2, 42).

L’enseignement des apôtres : le NT distingue entre kérygme et catéchèse. Ceux qui accueillent la première annonce (le kérygme) et qui y croient demandent plus. Ils veulent savoir qui est Jésus, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit : d’où les collections de paroles de Jésus et d’autres écrits qui vont circuler et que l’on retrouve, en partie, dans les Evangiles (cf. la Quelle).

Mais il faut aussi situer Jésus et son enseignement dans le dessein de Dieu : d’où le recours aux Ecritures (cf. « selon les Ecritures » de 1 Co 15, 3.4 ainsi que les Testimonia). Cette annonce n’a pas été le fait que des apôtres et de ceux qui avaient personnellement connu Jésus ; très rapidement d’autres y ont pris part : des marchands, des fonctionnaires de l’empire, des soldats gagnés à l’Evangile et qui le transmettent autour d’eux. C’est ainsi que l’on ne connaît pas celui ou ceux qui ont fondé la communauté de Rome qui a existé dès les années 40 (cf. les troubles dans la communauté juive de Rome qui provoquent une expulsion de Rome, « à cause d’un certain Chrestus » comme écrit Suétone ; voir aussi Ac 18, 4 et notes BJ/TOB).

La communion fraternelle (koinônia) : comme le dit Ph.-H. MENOUD « la vie chrétienne place l’homme tout entier, corps et biens, dans une relation nouvelle avec eux qui  partagent avec lui le bien suprême qu’est le salut. » (La vie de l’Eglise naissante, foi vivante 114, p. 50). Cette communion est d’abord l’attachement aux apôtres qui sont « la seule charnière entre le Christ, qui a opéré le salut et l’Eglise, qui est lieu où se salut est annoncé et cru » (id. p. 51), mais elle unit aussi les croyants en un seul peuple (cf. Ac 4, 32), en un seul corps, comme le dira s. Paul. Elle doit donc s’exprimer par la solidarité (koinônia) et Paul reprendra le même terme quand il organisera la collecte en faveur des « pauvres » de Jérusalem (cf. 1 Co 16, 1 et note BJ).

En parlant de la fraction du pain, Lc veut sans aucun doute parler de l’Eucharistie (cf. la note BJ sur Ac 2, 42 ; en TOB, note sur Ac 20, 7), ce que Paul appelle le « repas du Seigneur » (cf. 1 Co 11, 21ss). Faire mémoire du dernier repas de Jésus avec ses apôtres est une tradition que Paul a reçue et qu’il transmet à ses communautés (cf. 1 Co 11, 23). Le début des Actes nous montre les disciples (juifs) encore liés au culte du Temple (Ac 2, 46) mais ils ont aussi, déjà, leur célébration propre.

Ils persévèrent dans les prières : ils participent encore aux prières dans le Temple (cf. Ac 3, 1), mais les Actes nous les présentent aussi unis dans la prière à diverses occasions : Ac 1, 14. 24 ; 2, 24-24 ; 9, 40 ; 12, 12… Ils prient Dieu mais (parfois) aussi le Seigneur Jésus (Ac 7, 59 ; cf. 2 Co 12, 8) ; mais surtout, ils adressent leur prière au Père par le Fils : Ga 4, 6 ; Rm 8, 15.

 

Au de-là du monde juif

 

Suivant le plan des Actes (cf. Ac 1, 8), nous voyons d’abord la foi proposée aux Juifs, mais rapidement cette annonce déborde le monde juif : en Samarie,  avec Philippe (Ac 8) et même chez les païens, avec Pierre (Ac 10, 1-11, 18) et avec ceux qui avaient été dispersés par la persécution qui suivit la mort d’Etienne (Ac 11, 19ss). Ce sera aussi le terrain de la mission de Paul dans la 2ème partie des Actes (Ac 13-28). Pourtant l’annonce se fait toujours d’abord aux Juifs (comme le montre Lc lors de la mission de Paul), mais elle touche aussi les païens attirés par le judaïsme (craignant Dieu et prosélytes : cf. Ac 2, 11 et note BJ) qui se montrent souvent beaucoup plus réceptifs au message chrétien.

Dans Ac 13 – 28, Lc nous raconte la mission de Paul d’Antioche jusqu’à Rome. Ainsi se réalise la parole du Ressuscité (Ac 1, 8). Désormais l’Evangile a passé de Jérusalem, le monde juif jusqu’au cœur de l’empire romain, au cœur du monde tel que le conçoit l’auteur des Actes.

Et sur ce parcours, nous voyons naître des communautés dans les grands centres de l’époque sous l’action de Paul et de ses collaborateurs. Comme je l’ai déjà signalé, Paul n’est pas le seul porteur de l’Evangile. Ailleurs et parfois avant lui, d’autres ont également fondé des communautés. A cause de l’importance des Actes, nous avons souvent une vision « paulinienne » de l’Eglise du 1er siècle. Mais si nous lisons attentivement le NT, nous découvrons une situation de l’Eglise plus diversifiée et bien plus riche.

 

Les Eglises du NT dans le dernier tiers du 1er siècle

 

A côté des Eglises dans l’orbite de Paul (fondées par lui ou par ses collaborateurs), il y a bien d’autres communautés chrétiennes. Je pense, par exemple, aux communautés de la Dispersion auxquelles est adressée la 1ère Lettre de Pierre (1 P 1, 1). Parmi les provinces citées, le cas de la Bithynie est particulièrement intéressant car nous avons un témoignage dans la Lettre de Pline le Jeune à l’empereur Trajan qui nous montre, vers 110, l’Eglise solidement établie dans cette province. En  voici un extrait :

… voici la règle que j’ai suivie dans les accusations intentées devant moi contre les chrétiens. Je les ai interrogés s’ils étaient chrétiens. Ceux qui l’ont avoué, je les ai interrogés une seconde et une troisième fois, et je les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés. Car, de quelque nature que fut ce qu’ils confessaient, j’ai cru que l’on ne pouvait manquer à punir en eux leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté. Il y en a eu d’autres, entêtés de la même folie, que j’ai réservés pour envoyer à Rome, parce qu’ils sont citoyens romains. Dans la suite, ce crime venant à se répandre, comme il arrive ordinairement, il s’en est présenté de plusieurs espèces.

On m’a remis entre les mains un mémoire sans nom d’auteur, où l’on accuse d’être chrétiens différentes personnes qui nient de l’être et de l’avoir jamais été. Elles ont, en ma présence, et dans les termes que je leur prescrivais, invoqué les dieux, et offert de l’encens et du vin à votre image, que j’avais fait apporter exprès avec les statues de nos divinités ; elles se sont même emportées en imprécations contre Christ. C’est à quoi, dit-on, l’on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens. J’ai donc cru qu’il les fallait absoudre.

D’autres, déférés par un dénonciateur, ont d’abord reconnu qu’ils étaient chrétiens ; et aussitôt après ils l’ont nié, déclarant que véritablement ils l’avaient été, mais qu’ils ont cessé de l’être, les uns, il y avait plus de trois ans, les autres depuis un plus grand nombre d’années ; quelques uns, depuis plus de vingt. Tous ces gens-là ont adoré votre image et les statues des dieux ; tous ont chargé Christ de malédictions. Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été renfermée dans ces points : qu’à un jour marqué, ils s’assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s’il eût été dieu ; qu’ils s’engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d’adultère ; à ne point manquer à leur promesse ; à ne point nier un dépôt : qu’après cela ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en commun des mets innocents ; qu’ils avaient cessé de le faire depuis mon édit, par lequel, selon vos ordres, j’avais défendu toutes sortes d’assemblées.

Cela m’a fait juger d’autant plus nécessaire d’arracher la vérité par la force des tourments à deux filles esclaves qu’ils disaient être dans le ministère de leur culte ; mais je n’y ai découvert qu’une mauvaise superstition portée à l’excès ; et, par cette raison, j’ai tout suspendu pour vous demander vos ordres. L’affaire m’a paru digne de vos réflexions, par la multitude de ceux qui sont enveloppés dans ce péril : car un très grand nombre de personnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront tous les jours impliquées dans cette accusation. Ce mal contagieux n’a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes.

Je crois pourtant que l’on y peut remédier, et qu’il peut être arrêté. Ce qu’il y a de certain, c’est que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que les sacrifices, longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes, qui trouvaient auparavant peu d’acheteurs. De là, on peut juger quelle quantité de gens peuvent être ramenés de leur égarement, si l’on fait grâce au repentir.

Et la réponse de Trajan à Pline :

Vous avez, mon très cher Pline, suivi la voie que vous deviez dans l’instruction du procès des chrétiens qui vous ont été déférés ; car il n’est pas possible d’établir une forme certaine et générale dans cette sorte d’affaires. Il ne faut pas en faire perquisition : s’ils sont accusés et convaincus, il les faut punir. Si pourtant l’accusé nie qu’il soit chrétien, et qu’il le prouve par sa conduite, je veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon qu’il ait été auparavant chargé. Au reste, dans nul genre de crime l’on ne doit recevoir des dénonciations qui ne soient souscrites de personne ; car cela est d’un pernicieux exemple, et très éloigné de nos maximes.

 

Les lettres aux (sept) Eglises d’Asie (Ap 1, 4 à 3, 22)

En s’adressant à 7 Eglises de la province d’Asie, l’auteur vise probablement l’ensemble de l’Eglise, à la fin du règne de Domitien (91-96). Voici ce qu’écrit J.-P. PREVOST :

« Le choix des villes s’explique fort bien du fait qu’elles faisaient toutes partie du réseau routier impérial, desservi par le courrier. (…) Toutes les villes mentionnées, à l’exception peut-être de Thyatire, offrent des témoignages et des vestiges du culte voué à l’empereur romain. (…) Si pour nous les allusions ne sont pas toujours évidentes, il n’en reste pas moins que Jean avait en vue des communautés bien particulières, riches pour la plupart d’une vie chrétienne déjà éprouvée, mais également déjà menacée de l’intérieur et de l’extérieur et aux prises avec de redoutables défis. » (Pour lire l’Apocalypse, p. 102)

 

Les communautés où sont nés les Evangiles

Quand nous lisons les Evangiles, nous rencontrons des communautés marquées par le message de Jésus. Tous les Evangélistes nous parlent de la vie et de la mort et résurrection de Jésus, mais ils le font chacun à leur manière et en tenant compte des communautés dans lesquelles et pour lesquelles ils écrivent.  Tout lecteur du NT remarque la différence entre les Synoptiques et s. Jn.  Mais une étude un peu plus poussée nous montre également les particularités de chaque Evangile et nous renseigne sur la communauté dont il est issu. Un Evangile et 4 Evangiles !

L’Evangile selon Marc

Cet Evangile suit un schéma très simple en 4 parties (le kérygme en récit : cf. Ac 10, 37ss). Pour lui, la Galilée, symbole des nations païennes, est le vrai lieu de l’Evangile. C’est là que le Ressuscité donne rendez-vous à ses disciples et à Pierre, comme vrai point de départ de l’évangélisation. Mc doit traduire pour ses lecteurs les mots araméens et expliquer les coutumes et usages juifs : il s’adresse à des non juifs ; chez lui, c’est un païen qui au Calvaire reconnait Jésus comme le Fils de Dieu (Mc 15, 39).

Selon la tradition (Papias, au 2ème s.), Eusèbe de Césarée au 4ème s.) nous présente Marc comme l’interprète de Pierre : « il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre… »

 

L’Evangile selon Matthieu

Dès les premiers chapitres (Mt 1-2), Matthieu nous montre Jésus comme celui qui  accomplit les attentes messianiques. Il n’est pas reconnu par Hérode et les prêtres, mais il est adoré par les mages. Pour l’Evangéliste, la Judée est une nouvelle Egypte où il ne fait pas bon demeurer. C’est en Galilée que Joseph s’installe avec l’enfant (Mt 2, 22-23) ; c’est là que Jésus commence sa mission (Mt 4, 12-16). Pourtant Jésus est d’abord envoyé aux Juifs  (Mt 10, 5-6 ; 15, 24). Il faut attendre l’accomplissement du mystère pascal pour que le Christ   Ressuscité envoie  ses disciples vers toutes les nations (Mt 28, 19-20).

La communauté de Mt est une communauté judéo-chrétienne : Jésus est présenté comme un nouveau Moïse (Mt 5-7), comme le représentant de la Sagesse (Mt 11, 25-30). Mais cette communauté a pris ses distances face au peuple juif (Mt 23 ; cf. « leurs synagogues ») : 4, 24 ; 9, 35…). On sent que la rupture avec la Synagogue est effective. « Les années 85-90 correspondent bien à cet état de fait. Quant à la communauté à laquelle Matthieu s’adresse, elle pourrait se situer dans une région comme la Syrie, à Antioche peut-être. » (P.-MBEAUDE, dans CE 96, p. 50)

L’Evangile selon Luc

L’œuvre de Luc comprend deux livres : Lc et Ac ; Luc est le premier à relier ainsi Jésus et l’Eglise. Dans Lc 1-2 – contrairement à Mt 1-2 qui veut mettre en lumière le rôle de Joseph, – Lc parle surtout de Marie.

Dans son Evangile, il divise le temps en 3 étapes : l’AT (à laquelle appartient encore Jean-Baptiste : (cf. Lc 16, 16) ; le temps de Jésus (de son baptême à l’Ascension) ; puis vient le temps de l’Eglise (dans les Ac). La géographie est aussi très significative : l’Evangile commence et se termine au Temple (Lc 1, 5 et 24, 53), les Actes nous conduisent de Jérusalem à Rome : « pour Luc, Jérusalem n’est plus le centre religieux de ceux qui croient au Christ. Les notables juifs se sont bouchés les yeux et n’ont pas reconnu le Messie. C’est donc aux païens, dont Rome est le symbole, que le salut de Dieu est adressé (Ac 28, 28) » (id. CE 96, p. 51)

Les destinataires de Lc sont donc des païens : ils peuvent entrer dans l’héritage d’Israël sans reprendre tous les aspects légalistes de la vie juive. Luc est un croyant, originaire de Syrie ou d’une ville grecque (Philippe ?). Une ancienne tradition en fait un compagnon de Paul : « quant à Luc, le compagnon de Paul, il consigna dans un livre ce qui avait été prêché par celui-ci » écrit s. Irénée dans Contre Les Hérésies, III, 1, 1.

L’Evangile selon Jean

Si les trois premiers Evangiles peuvent être aisément mis en synopse, il n’en va pas ainsi pour Jn. La vie publique de Jésus s’étend sur 3 Pâques (2, 13 ; 6, 4 et 11, 55) ; son texte ne retient que quelques faits de la vie de Jésus – et encore souvent personnels – mais il les développe par des discours et discussions. Jn comprend deux grandes parties : Jn 1-12 – Jésus parle au monde –  et Jn 13-20 (21) – où il s’adresse aux siens.

Dans la 1ère partie, après Jn 2-4 où Jésus rencontre successivement un Juif (Nicodème), une femme de Samarie, puis un fonctionnaire royal (un païen), commencent les tensions et controverses sur son identité (Jn 5-6 et 7-10) ; Jn 11-12 annonce la Passion. Toute la 2ème partie, consacrée à la Passion, le rapproche des Synoptiques, mais Jn y apporte bien des touches personnelles.

Depuis Eusèbe de Césarée, on parle de son Evangile comme d’un « évangile spirituel ». L’auteur est-il Jean, un des Douze ? Son texte témoigne d’une bonne connaissance de la situation en Palestine. Pourtant comme l’écrit P.-M. BEAUDE, « l’écriture et la théologie sont trop élaborées pour reposer sur les épaules d’un pêcheur de Galilée, frère de Jacques, fils de Zébédée. Un tel évangile a sûrement été porté par des disciples et a connu plusieurs couches rédactionnelles. » (CE 96, p. 54)

A qui s’adresse-t-il ? Jn est bien enraciné dans le monde juif ; il s’intéresse à un Pharisien comme Nicodème, à la Samarie, à Jean-Baptiste, mais il parle un langage bien différent de celui du Jésus que nous rencontrons dans les Synoptiques. On pense à un groupe assez marginal par rapport aux églises « pétriniennes » et « pauliniennes » qui aurait pu exister aussi bien en Palestine que dans d’autres lieux comme Ephèse : peut-être une communauté juive qui a dû quitter la Palestine lors de la Guerre juive (66-70), une communauté où certains passent à la dissidence et forment des groupes de type « gnostique » (cf. 1 Jn 4-5) alors que d’autres ont rejoint la « grande Eglise » (cf. Jn 21) ?

Au tournant du 1er siècle : une Eglise qui cherche à s’organiser

Comme on le voit, les textes du NT nous font découvrir, à la fin du 1er siècle, l’existence de communautés parfois assez différentes rassemblant des croyants venus du monde juif et du monde païen. Certains textes parmi les plus récents nous montrent aussi des divergences quant à la doctrine ou au fonctionnement des communautés : ainsi dans les Lettres aux Eglises d’Ap 2-3 (Ap 2, 6. 9. 14-15. 20 ; 3, 9), dans 1 Jn, il est question d’ « antichrist » (2, 18. 22 ; 4,3), de « faux prophètes (4, 1) ; dans 2 P 2, 1 on trouve également une mise en garde contre ceux qui introduisent des doctrines pernicieuses.

On pense aussi aux Lettres d’Ignace d’Antioche (107-110) dénonçant des formes de docétisme : « Soyez sourds quand on vous parle d’autre chose que de Jésus Christ, de la race de David, (fils) de Marie, qui est véritablement né, qui a mangé, qui a bu, qui a été véritablement persécuté sous Ponce Pilate, qui est mort aux regards du ciel et de la terre, qui est aussi véritablement ressuscité d’entre les morts… » (Lettre aux Tralliens, IX, 1-2)

Dans les années qui ont suivi la destruction du Temple (en 70 de notre ère), la situation est  particulièrement difficile pour les judéo-chrétiens qui veulent concilier la Loi mosaïque et la foi en Jésus Christ. Ils sont rejetés par le judaïsme qui se réorganise (à Yabné) et tenus à l’écart par les pagano-chrétiens qui ne se sentent pas liés par la Loi.

On connait aussi des mouvements plus remuants comme celui de Marcion (vers 140) : il proposait un christianisme épuré de tout rapport avec le dieu de l’AT ; excommunié par la communauté de Rome en 144, il organisa sa propre Eglise.

D’autres, comme Tatien pense faciliter la connaissance de Jésus en composant le Diatessaron qui ramène les 4 Evangiles à un seul, une forme qui sera utilisée dans l’Eglise syriaque pendant quelques siècles.

D’autre part, les chrétiens rencontrent les oppositions de l’Etat romain (séparé du judaïsme, le christianisme n’est plus reconnu comme religio licita) ; même si les persécutions ne furent pas permanentes, elles  marquent fortement cette période de la vie de l’Eglise. Des oppositions aussi de la part des intellectuels : « défenseurs d’un paganisme civiques et raisonnable, ils considèrent le christianisme et la plupart des religions orientales comme des superstitions désastreuses » (M. QUESNEL, L’Histoire des Evangiles, p. 67). D’où les Apologies de s. Justin, mort en 165 ; également son Dialogue avec Tryphon (un Juif).

C’est dans ces conditions que l’Eglise (les Eglises) cherche à s’organiser en fixant progressivement le canon des Ecritures chrétiennes. Ainsi s. JUSTIN dans sa 1ère  Apologie (I, 66), vers 150, parle des « mémoires des apôtres » que l’on lit, après la lecture des Prophètes dans les assemblées du dimanche. Un peu plus tard (vers 180), s. IRENEE  reconnait les 4 Evangiles comme la norme de la foi : « Il ne peut y avoir ni un plus petit nombre ni un plus grand nombre d’Evangiles. En effet, puisqu’il existe quatre régions du monde dans lesquelles nous sommes et quatre vents principaux, et puisque d’autre part l’Eglise est répandue sur toute la terre et qu’elle a pour colonne et pour soutien  l’Evangile et l’Esprit de vie, il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes part l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. »  (Contre les hérésies, III, 11, 8)

Jusqu’à une époque assez récente, nous n’avions que peu de connaissance directe des mouvements hétérodoxes ou hérétiques qui troublèrent les Eglises au 2ème et 3ème siècle. Nous n’avions que les renseignements donnés par Irénée et d’autres hérésiologues de l’antiquité. Grâce aux découvertes de Nag Hamadi (1945), de Qumrân (1947) et d’autres comme l’Evangile de Judas (2006, pour le grand public) et d’autres encore, nous pouvons aujourd’hui deviner un peu plus clairement la situation de l’Eglise à cette époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dieu dans notre histoire. La marche vers l’Incarnation

 

Deux éléments importants distinguent notre foi chrétienne de toutes les autres croyances religieuses : la révélation trinitaire : un Dieu Unique mais communion de Personnes, d’une part et, d‘autre part, l’Incarnation : l’affirmation de la présence de Dieu dans la personne de Jésus de Nazareth. C’est la place et l’importance dans la Bible de ce deuxième élément de notre foi que ce dossier voudrait nous aider à (re)découvrir en parcourant quelques textes de l’Ancien et du Nouveau Testament.

« Livre de la genèse de Jésus, fils de David, fils d’Abraham » écrit saint Matthieu au début de son Evangile. L’enfant, dont Gabriel dans l’Evangile selon Luc annonce à Marie la naissance n’a rien d’un « météorite » qui aurait brillé et traversé notre nuit pendant quelques dizaines d’années il y a maintenant deux millénaires. Bien au contraire, la naissance de Jésus s’inscrit dans l’histoire d’une famille ; Jésus appartient à un peuple. Et plus précisément à ce peuple dont nous parle la Bible.

Trois mots du Credo le situent avec précision dans notre histoire : « sub Pontio Pilato » ; Jésus a été crucifié et est mort sous Ponce Pilate, c’est-à-dire entre 26 à 36 de notre ère, en Judée, aux frontières de la province romaine de Syrie, où Ponce Pilate était alors le représentant de l’empire.

Comme pour les autres peuples, les origines d’Israël se perdent dans les brumes des temps passés. Les origines de sa pensée religieuse aussi. Mais ce petit peuple nous a conservé des traces de la présence de Dieu dans son histoire, commencée depuis bien des siècles et qui continue encore aujourd’hui.

Les récits des Patriarches nous parlent du Dieu des pères, le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » qui accompagne et protège un petit clan de semi-nomades en voie de sédentarisation. Mais c’est surtout avec Moïse que ce Dieu entre dans l’histoire du peuple : il devient le « Dieu qui l’a fait sortir d’Egypte » et qui lui a donné la terre de Canaan.

Dans les récits de cette libération, Israël témoigne de la présence de Dieu dans son histoire et de son élection : le Seigneur a fait une alliance avec lui (Ex 19).

Quelques siècles plus tard, une autre étape de cette histoire est marquée par la personnalité de David : un berger choisi par Dieu pour diriger son peuple : (2 S 7).

Dans les siècles qui suivent, c’est à travers les événements qui l’ont marqué le plus durement que le peuple d’Israël va découvrir qui est le Dieu qui l’a choisi et quelle est la mission qu’il lui a confiée. Rappelons brièvement ces événements : le schisme (931), la destruction du Royaume du nord par les Assyriens (721), puis celle du Royaume de Juda et du Temple de Jérusalem (587) et la déportation à Babylone d’une partie importante de la population.

Avant la catastrophe, Jérémie, et d’autres prophètes, avaient averti le peuple que la présence de Dieu pour eux n’avait rien de magique ; cette présence ne protège le peuple que s’il entend la voix du Seigneur et lui obéit : (Jr 7).

Un peu plus tard, le message d’Ezéchiel, au milieu des exilés à Babylone, rappelle au peuple la sainteté de son Dieu (Ez 36).

Un autre prophète anonyme, dont nous lisons les oracles en Is 40-55, donnera bientôt un message de consolation (cf. Is 40, 1) : la destruction de Jérusalem et de son Temple ne signifie pas l’impuissance du Seigneur. Bien au contraire, c’est lui qui avait annoncé ces événements, et maintenant, c’est lui qui annonce le salut que, dans sa miséricorde et sa fidélité, il prépare pour son peuple, car lui seul est Dieu (Is 48).

Dans les siècles qui suivent le retour de l’exil, après l’Édit de Cyrus (538), certains pensent surtout à reconstruire le Temple et son culte sacrificiel. D’autres ont pris davantage conscience de la place de la Parole de Dieu, comme la présence du Seigneur qui rassemble les croyants, qu’ils soient en Judée ou dans la diaspora. (Ne 8)

Dans les derniers siècles de l’Ancien Testament, les sages d’Israël, méditant sur le chemin qui conduit au bonheur, prennent alors conscience de la grandeur du don que le Seigneur leur a fait. Depuis la création du monde, Lui qui seul est Sage, appelle tous les hommes à choisir un chemin de vie (Pr 8). Et ce chemin, nous dit le Siracide, est particulièrement révélé dans la LOI de Moïse (Si 24).

 

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Mais le dessein de Dieu dépasse toujours et de beaucoup les attentes les plus folles des hommes. La présence de Dieu dans notre humanité, une vie partagée de la naissance à la mort, va ouvrir des perspectives que les Evangélistes chercheront à exprimer à la lumière des événements de Pâques.

Pour une communauté composée surtout de Juifs, qui se sont ouverts au message chrétien, Matthieu nous montre comment Jésus accomplit les promesses messianiques (Mt 1). Dans une vision davantage marquée par l’universalité du salut, Luc nous présente Jésus comme le Messie d’Israël et Fils de Dieu (Lc 1). Enfin le regard méditatif de Jean nous invite à replacer ce don inouï de Dieu dans le dessein éternel du Dieu Trinitaire. (Jn 1)

Parce que Jésus était un homme véritable, la présence de Dieu sur notre terre était nécessairement limitée à un temps et un lieu. Mais le Christ Ressuscité a fait éclater ces limites liées à son Incarnation. Sa Présence parmi nous continue aujourd’hui à travers la vie sacramentelle de l’Eglise et tout spécialement dans l’Eucharistie (Jn 6) ; elle nous est aussi donnée par son Esprit qui, tout au long de l’histoire, nous « rappelle et nous enseigne ce que Jésus a dit » (Jn 14).

Enfin, témoigner de cette présence de Dieu dans notre humanité : telle est maintenant la mission de l’Eglise, ce Corps dont le Christ est la Tête (Ep 1).

Bien d’autres passages de l’Ancien et du Nouveau Testament pourraient compléter ce choix de textes et ouvrir encore d’autres horizons. Puisse ce choix limité nous faire découvrir quelques facettes de l’histoire de Dieu avec nous.

 

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Ex 19, 3-24 : « Vous avez vu ce que j’ai fait… maintenant si … C’est dans son histoire qu’Israël a découvert son Dieu. Fidèle aux promesses faites aux ancêtres, le Seigneur a libéré son peuple opprimé. Mais ce n’est là qu’un début si, maintenant, le peuple écoute sa voix … 

 

  1. Situer ce passage de l’Exode et proposer un découpage. Que contient ce texte ?
  2. Travailler plus particulièrement sur les v. 3-8 et sur v. 16-21. Relever les expressions qui vous paraissent les plus significatives.
  3. Qu’est-ce que ce texte apporte pour notre thème ?

Question 1

  • Lire les notes de BJ et de TOB sur Ex 19, 1.
  • Selon la BJ, ici commence la 3ème partie de l’Exode : L’Alliance au Sinaï. Après La délivrance d’Egypte (1, 1 – 15, 21) et La marche au désert (15, 22 – 18, 27), le peuple est arrivé au Sinaï (19, 1) et là, Dieu offre à Israël de faire alliance avec lui.
  • Toute la fin du livre (Ex 19 – 40) est consacrée à cette alliance, mais particulièrement les ch. 19-24 (l’alliance et le Décalogue ; le Code de l’alliance ; la conclusion de l’alliance).
  • Pour notre texte, comparer les découpages de la BJ avec ceux de la TOB. Voir aussi les alinéas. Proposer éventuellement d’autres sous-titres.

Question 2

  • Dans les v. 3-8, relever ce que Dieu a fait pour Israël (verbes au passé) : son parti pris, l’image de l’aigle et de ses ailes (cf. Dt 32, 11 ; Is 46,4 ; 63,9, cités en marge dans BJ), et ce qu’il fera (v. 5) si le peuple écoute sa voix : voir les notes de BJ et TOB sur Ex 19, 3 (titre) ; en TOB, voir aussi les notes sur v. 5 (alliance ; part personnelle).
  • Noter les v. 7-8 : Moïse convoque et parle aux anciens (v. 7), mais c’est le peuple tout entier et unanime qui donne son accord (v. 8) : quelle signification voyez-vous ?
  • Dans les v. 16-21 relever ce qui exprime la sainteté de Dieu (feu, nuée, bruit) ; voir notes BJ et TOB. Aussi pour aller à la rencontre de Dieu (v. 17), le peuple doit d’abord se sanctifier (v. 10 et note TOB) et il doit respecter les limites (v. 12-13 et 21-24).

Question 3

  • Israël a découvert un Dieu présent dans son histoire ; qui est intervenu pour lui gratuitement (v. 4), et qui maintenant lui offre encore davantage : faire alliance.
  • Dieu à qui toute la terre appartient et qui choisit un peuple particulier (v. 5), un peuple faible et opprimé.
  • Ce Dieu intervient et parle : il révèle ce qu’il est, sa sainteté ; il exprime également ce qu’il attend de la part d’Israël (cf. Les Dix Paroles et le Code d’alliance).
  • Noter encore l’expression « le troisième jour » (cf. TOB et la traduction liturgique) dans les v. 11. 15. 16.   

2 S 7, 1 – 17 : Le Seigneur t’annonce qu’il te fera une maisonEn décidant de bâtir un Temple pour abriter l’arche du Seigneur, David veut se placer sous la protection divine. Mais dans la réponse qu’il lui donne par le prophète Natân, le Seigneur, ouvre des perspectives bien plus larges.

  • Situer cet épisode dans le récit biblique de l’histoire de David.
  • Comment comprendre le projet de David ? et la réponse du Seigneur ?
  • Relever les versets de ce récit qui éclairent particulièrement notre thème. 

Question 1

  • L’histoire de David commence par le récit de son choix par le Seigneur (1 S 16)
  • Depuis 1 S 16 jusqu’en 2 S 1, le récit nous parle Saül et de David ; à partir de 2 S 2, le récit se concentre sur David.
  • Les chapitres 2 S 2 – 6 nous racontent « la montée de David » : roi sur Juda (2 S 2), puis sur Israël (2 S 5), il s’empare de Jérusalem (2 S 5, 6ss) ; il en fait sa capitale (2 S 5, 9ss) et il organise le transfert de l’Arche du Seigneur (2 S 6).
  • Sur la deuxième partie de l’histoire de David, voir la note de BJ sur 2 S 9 (titre).Question 2
  • Bien installé à Jérusalem (2 S 5, 11), David veut construire un Temple pour abriter l’Arche du Seigneur qu’il a fait entrer dans sa ville (2 S 6)
  • Comparer la première réponse de Natân (2 S 7, 3) avec la deuxième (2 S 7, 5) : pourquoi cette différence ?
  • Dans les versets qui suivent, relever tous les verbes qui indiquent ce que le Seigneur a fait pour son peuple (v. 5-6) et plus particulièrement pour David (v. 8 et suivants).
  • Sur les v. 6-7 (voir la note de BJ) : le Seigneur a habité sous une tente, non dans un lieu fixe. Il est le Dieu d’un peuple en marche.

Question 3

  • Remarquer le jeu de mot sur le terme « maison » (v. 11) : lire les notes de BJ et TOB sur le titre.
  • Construire un temple pour la divinité est un des devoirs du roi ; c’est aussi une manière d’assurer à la ville la présence et la protection de la divinité.
  • Sur la promesse de Dieu à David, lire les v. 11-12 et v. 14-16 ; lire aussi les notes de vos Bibles sur ces versets.
  • Noter le v. 14 : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » ; cf. la note de BJ sur ce verset.
  • Pour l’importance de cette prophétie de Natân, lire la fin de la note de BJ sur 2 S 7, 1 (titre) qui nous donne plusieurs textes bibliques qui feront référence à cette promesse divine dans la suite de l’histoire du peuple.

Jr 7, 1 – 15 : Le Temple, présence du Seigneur : à quelles conditions ?A l’époque d’Isaïe, Jérusalem et son Temple avaient échappé à la destruction (Is 37, 33-35) lors de la campagne de Sennachérib de 701. Pour Jérémie, cette protection du Seigneur ne doit pas être considérée comme une « garantie tout-risque » mais un appel à la fidélité. 

  1. Que savons-nous sur Jérémie ? Quels sont les événements qui ont marqué sa vie et son ministère ?
  2. Situer notre passage dans le livre de Jérémie ; pourquoi Jérémie prend-il la parole ? Quel est son message ?
  3. Comment les Judéens conçoivent-ils la présence de Dieu dans le Temple ? Que leur dit le prophète ?Question 1
  • Lire l’introduction à Jérémie dans votre Bible ; lire aussi le résumé qui nous est donné en Jr 1, 1-3 ; cf. aussi le récit de sa vocation (Jr 1, 4ss).
  • Son ministère commence sous Josias (640-609) ; il se déroule durant les évènements qui vont aboutir à la destruction de Jérusalem et du Temple et de la déportation à Babylone (cf. Jr 1, 3 et note BJ).
  • Appartenant à une famille sacerdotale établie à Anatôt (cf. Jr 1, 1), il a vécu la réforme de Josias (cf. 2 R 23, 8ss ; Dt 12, 2 et note de BJ sur le titre) ; voir encore Jr 11, 18ss et la note BJ sur Jr 11, 18 (titre).
  • Appelé très jeune comme prophète (Jr 1, 6.7), Jérémie se sent peu fait pour cette mission dans cette époque particulièrement troublée : voir Jr 15, 10 et la note BJ sur le titre.

Question 2

  • Notre texte peut être situé sous Joaqim (609-598) durant les toutes dernières années du royaume de Juda : voir notes BJ et TOB sur Jr 7, 1 (titre).
  • Sur cette intervention de Jérémie et les réactions qu’elle a suscitées, lire Jr 26, 1-19 (cité en marge dans BJ).
  • Noter les références au Décalogue (v. 6 – et référence marginale à Ex 20, 2-3 – et v. 9) et au code deutéronomique (v. 5-6 et référence marginale à Jr 22, 3).
  • Jérémie ne rejette pas le culte du Temple, mais dans la ligne des prophètes qui l’ont précédé, il place le culte du Temple après l’observation de la Loi (cf. Jr 7, 21ss et la note BJ sur v. 22).

Question 3

  • Le Temple est, avec Jérusalem, le lieu choisi par le Seigneur pour faire habiter son Nom (Dt 12, 5  et note TOB; cf. Jr 7, 2. 4. 10.11.14).
  • Il contient l’Arche de l’alliance : cf. Ex 25, 10 et note TOB ; Ex 25, 22. Mais Dieu n’est pas lié au Temple : cf. Ez 10, 18ss.
  • Noter que cette parole de Jérémie sur le Temple est différente de celle qu’Isaïe donnait un siècle plus tôt : Is 37, 33-35. D’où la question : Jérémie parle-t-il au nom du Seigneur ?
  • Mais cette présence protectrice n’est pas magique (Jr 7, 4) ; Dieu est avec le peuple quand celui-ci écoute sa voix en vivant selon les conditions de l’alliance.ils

Ez 36, 16 – 38 : « Je sanctifierai mon grand Nom … »   

 

  • Le Seigneur et Israël sont liés par une alliance : aussi les malheurs qui ont frappé le peuple (la destruction de Jérusalem et du Temple, la déportation à Babylone) rejaillissent-ils sur le Seigneur et profanent son Nom, comme le dit Ezéchiel. 
  • Présenter Ezéchiel et son ministère. Situer ce chapitre 36.
  • Relever les mots et les expressions qui reviennent plusieurs fois et les expliquer.
  • Que peut nous apporter le message d’Ezéchiel pour notre thème ?

Question 1

  • Ezéchiel est prêtre et prophète ; il appartient à une famille sacerdotale du Temple de Jérusalem et, à ce titre, il a fait partie de la première déportation (sélective) de 598 : voir 2 R 24, 13-16.
  • Son ministère prophétique commence la 5ème année de la déportation (593-2) : cf. Ez 1, 2-3 et note BJ sur v. 3. La dernière date indiquée dans son livre est 571 (cf. Ez 29, 17 et note BJ).
  • Son langage et les thèmes traités soulignent son origine sacerdotale (pureté/impureté ; importance du Temple ; la Gloire de Dieu liée au peuple…) : cf. introduction à Ez.
  • Face à la Gloire du Seigneur, Ezéchiel n’est qu’un « fils d’homme » (Ez 2, 1 et note BJ).
  • Pour situer notre chapitre, lire la note BJ sur Ez 33 (titre)

Question 2 

  • Noter la répétition de la formule : « ainsi parle le Seigneur » aux v. 22, 33 et 37 qui donne une division de notre texte (16-21 : histoire du peuple ; 22-32 : la première partie de l’action du Seigneur ; v. 33-36 et 37-38 : les conséquences de cette action).
  • La situation du peuple (exil) a des conséquences : le Nom du Seigneur est profané ; il apparait comme sans valeur.
  • Sur le mot « profaner » (v. 20-21.22. 23), lire la note TOB sur v.20. « mon saint Nom » (v. 20.21.22 ; cf. 23). Cf. encore les mots « souiller », «  purifier »
  • Noter l’inclusion : «  ce n’est pas à cause de vous … » (v. 22 et 32).

Question 3

  • Par l’alliance, le Nom du Seigneur : « mon saint Nom » (v. 21.22), « mon grand Nom » (v. 23) est attaché au peuple d’Israël. Ce que fait le peuple peut le profaner, mais le Seigneur va montrer la sainteté de son Nom (v. 23), en sauvant son peuple, en rassemblant les dispersés et surtout en « recréant » son peuple (v. 25.26.27).
  • Ce renouveau se fera par le don de l’Esprit (v. 27 et note BJ) ; cf. aussi les références marginales données en marge de ce verset en BJ.
  • L’exil et les événements qui l’ont accompagné ont fait découvrir cette présence de Dieu dans l’histoire de son peuple.

Is 41, 21 – 29 : « Je l’ai dit … et j’ai fait… »C’est dans les événements de son histoire qu’Israël a découvert la présence de Dieu : la ruine de Jérusalem et du Temple avaient été annoncé par les prophètes. En annonçant le retour et la reconstruction de la ville et du peuple, le prophète anonyme, à qui nous devons les chapitres 40-55 du livre d’Isaïe, s’inscrit dans le même mouvement. 

  • Situer ce texte dans Is 40 – 55. Que savez-vous sur le contexte historique de ces oracles ?
  • Que contient notre passage ? Quelle est l’argumentation du prophète : de quoi, de qui parle-t-il ?
  • Quel enseignement sur Dieu et sur sa présence dans l’histoire ?

Question 1

  • Sur l’ensemble Is 40-55, voir la note BJ sur Is 40, 1 (titre) ; consulter également les introductions BJ et TOB. Ces oracles, placés dans le livre d’Isaïe, s’adressent au peuple en exil à Babylone au 6ème siècle.
  • Le prophète annonce le retour à Jérusalem : comme autrefois, le Seigneur va intervenir dans un nouvel exode, il conduira le peuple dans son pays. Cf. la note BJ sur Is 40, 3.
  • On situe généralement le ministère de ce prophète entre les années 550 et 538, qui marquent le début de la campagne de Cyrus et son entrée victorieuse à Babylone suivie de l’édit permettant le retour des déportés.

Question 2

  • Lire la note de BJ sur Is 41, 21 (titre) ; note nous renvoie aussi à celle sur Is 42, 8.
  • Les destructions de Jérusalem et du Temple en 587 pouvaient être perçues comme signe de l’infériorité du Seigneur face aux divinités babyloniennes, dont les temples et le culte frappaient les Israélites déportés.
  • L’argumentation du prophète (v. 22) : qui avait annoncés les « choses passées » ? Et qui annonce maintenant les « choses à venir » ?
  • Par ses prophètes (comme Jérémie), le Seigneur avait annoncé que le peuple courait à la catastrophe ; maintenant le prophète (des oracles d’Is 40-55) annonce la libération et le retour dans la terre (cf. Is 40, 1-11).
  • Noter les mentions de Cyrus : Is 44, 28 ; 44, 28 – 45,7… que le prophète présente même comme l’envoyé, le « messie » du Seigneur.

Question 3

  • Voir en TOB (édition intégrale) l’introduction à Esaïe, et spécialement : le Visage de Dieu.
  • Pour ce prophète de l’exil, le Seigneur n’est pas seulement le Dieu d’Israël ; il est le Dieu unique, le créateur de l’univers. Mais il s’est particulièrement lié à Israël ; il est le roi de Jacob (v. 21) ; il s’adresse à Sion / Jérusalem. Il est le Saint d’Israël, son rédempteur (goël) ; Is 41, 14 et la note BJ.
  • Il annonce les événements et les fait advenir (v. 22-23. 26) ; sur l’efficacité de sa Parole, voir encore Is 40, 6-8 et 55, 10-11.
  • Dans les événements, Israël ne découvre pas seulement la présence de Dieu, mais son pardon. qui marque ce nouvel exode, plus grand que le premier !

Ne 8, 1 – 18 : Esdras ouvrit le livre au regard de tout le peupleC’est en exil et au retour qu’Israël a découvert la place de la Parole de Dieu. Alors que certains se préoccupent surtout de rebâtir le Temple, de restaurer le culte, d’autres, comme Esdras, comprennent la place de la Parole de Dieu pour unifier le peuple.

  • Situer notre texte : que savez-vous sur cette époque de la vie du peuple et sur le rôle d’Esdras ?
  • Que contient ce chapitre de la Bible ? Proposer une division et relever ce qui vous parait le plus significatif, surtout dans les v. 1-12.
  • Quel est l’apport de ce texte pour notre thème ?

Question 1

  • Lire les Introductions à Esdras-Néhémie dans BJ ou TOB ; voir aussi le Tableau chronologique. En 538, l’édit de Cyrus permet le retour des déportés ; dans les années qui suivent, on assiste d’abord à la reconstruction du Temple (520-515).
  • Néhémie et Esdras vont marquer la période suivante ; le premier en obtenant le droit de rebâtir les murailles de Jérusalem ; le second par la promulgation de la Loi de Dieu – qui devient la loi des Juifs dans l’empire perse (cf. Esd 7, 26).
  • Néhémie est un laïc, fonctionnaire à la cour perse (cf. Ne 2) ; Esdras est prêtre (Ne 8, 9 ; cf. aussi 7, 6ss) : ce qui explique probablement l’ordre dans lequel les deux livres ont été placés dans la Bible.
  • Le passage que nous étudions devait faire suite à Esd 8, 36 (cf. la note BJ sur Ne 8, 1 – sur le titre).

Question 2

  • Notre texte comprend deux parties : v. 1-12 : la proclamation de la Loi et v. 13-18 : la fête des Tentes.
  • L’assemblée est datée (v. 2 ; c’est le début de l’année ; cf. note BJ) ; deux mois après l’arrivée d’Esdras à Jérusalem : cf. Esd 7, 8-9.
  • Dans les v. 1-12, on peut relever plusieurs éléments que l’on retrouvera dans le culte juif dans les synagogues (estrade servant de chaire ; bénédiction au moment où l’on ouvre le livre ; lecture, commentaire ; les gestes et les attitudes de la foule.
  • Noter que ce rassemblement n’a pas lieu au Temple, mais sur la place devant la Porte des Eaux (v. 1 et note BJ).
  • Sur ce qui est lu par Esdras, voir Esd 7, 25-26 : la Loi de Dieu (et du roi) est proclamée, traduite, commentée et expliquée ; ainsi elle est comprise par le peuple.
  • Noter aussi les réactions des auditeurs : unanimité pour écouter la Parole (v. 2-3) ; la joie (v. 9-11) et le partage (v. 12).

Question 3

  • La place de la TORA / LOI dans le judaïsme, un peuple qu’elle réunit.
  • On peut comparer la liturgie qui entoure la LOI et sa lecture à celle que sous donnons à l’Eucharistie : estrade, voile, solennité, attitude du peuple.
  • Cf. aussi Vatican II : « C’est lui (le Christ) qui parle lorsqu’on lit dans l’Eglise les saintes Ecritures. » (Sacra Liturgia, no. 7).

Pr 8, 22 – 31 : « Le Seigneur m’a créée prémices de son œuvre » Selon la Bible, le sage est celui qui connait le chemin de la vie et du bonheur. Grâce aux nombreuses expériences, il a acquis peu à peu cette sagesse, mais il sait aussi qu’elle est surtout un don du Seigneur. C’est cette réflexion sur la sagesse que nous offrent des sages qui s’expriment dans les derniers siècles de l’Ancien Testament. 

  • Situer notre passage dans le livre des Proverbes, et plus particulièrement dans les chapitres 8 et 9.
  • Travailler sur les v. 22-31 : que contiennent ces versets ? Relever ce qui vous parait le plus nouveau. Que peut-on retenir pour notre recherche sur la révélation de Dieu dans l’histoire ?

Question 1

  • Voir dans l’introduction BJ au Livre des Proverbes : le premier paragraphe nous donne des indications sur le contenu de ce Livre ; voir aussi ce qui est dit sur Pr 1-9, que l’on situe au 5ème siècle. Voir aussi l’introduction de la TOB et la note TOB sur Pr 8, 1 ; en BJ lire la note sur 8, 1 (titre).
  • Pour Pr 8, après une introduction (v. 1-11), la Sagesse se présente avec ses titres (v. 12-21) ; nous avons ensuite les v. 22-31 (cf. la Question 2), suivis d’un nouvel appel de la Sagesse (v. 32-36).
  • Pr 9 oppose l’invitation de la Sagesse (v. 1-6) à celle de la Folie (v. 13-18) ; les deux sont ici « personnifiées ».

Question 2

  • Des commentateurs voient dans les v. 22-31 quatre strophes : v. 22-23 ; 24-26 ; 27-29 ; 30-31 : proposer des sous-titres pour ces strophes.
  • Les v. 22-23 soulignent la place de la Sagesse – prémices – dans l’œuvre de Dieu ; les v. 24-26 évoquent les éléments de ce qui fait le cadre de la vie de l’homme : la Sagesse leur est antérieure.
  • De même, elle assiste à la mise en place de ces éléments (v. 27-29) ; cf. aussi les références marginales données en BJ. Voir encore la note TOB sur le v. 29. Sur la dernière strophe (v. 30-31), et le nom donné à la Sagesse, voir note BJ sur v. 30. La Sagesse fait le lien entre le Seigneur et les « enfants des hommes ».
  • Sur cette présentation de la Sagesse, relever particulièrement les verbes dans les v. 22.23. 24-25 et 30. Question 3
  • La Sagesse prend les traits de la révélation de Dieu aux hommes, et pas seulement à Israël !
  • Elle est une « Présence » venue de Dieu et qui habite parmi eux. Pour l’auteur de ce texte, la Sagesse n’est pas une « Personne ».  Dans la représentation du Dieu Unique qu’Israël a découvert à travers les événements de l’Exil et du retour, le Tout-Autre dont on n’ose même plus prononcer le Nom, cela n’est pas possible.
  • Mais les formulations sont « ouvertes » et elles préparent la révélation du Nouveau Testament.

Si 24, 1-34 : « Il m’a dit : Installe-toi en Jacob, en Israël reçois ton héritage. »L’éloge de la Sagesse en Si 24 fait partie des grands textes consacrés à la Sagesse (avec Pr 1 – 8 et 9, 1-6 ; Sg 7 – 9). Dans ce texte, placé au centre de l’écrit du Siracide, la Sagesse s’adresse longuement à ceux qui la recherchent. 

  • Que savons-nous sur le Siracide (par ex. le temps et le milieu dans lequel il est écrit) ? Situer notre texte dans le livre et proposer un découpage.
  • Que contient ce chapitre ? relever les phrases qui vous paraissent intéressantes ou qui posent question.
  • Qu’est-ce que ce texte apporte pour notre étude ?

Question 1

  • Le Siracide est le seul texte AT (à part des Prophètes) où l’auteur nous est présenté (Si 50, 27 ; cf. le Prologue v. 7ss) ; on sait que le texte hébreu a été traduit en grec à partir de 132 av. J.-C. (cf. v. 27) par le petit-fils de l’auteur, qui devait écrire vers 190-180.
  • A cette époque, la Palestine faisait partie de l’empire grec ; vers 200, elle a passé sous le contrôle des Séleucides. On ne sent pas encore les tensions qui vont bientôt surgir lors de la crise des Maccabées (167-164).
  • L’auteur est un Juif fidèle, fier de son héritage culturel : cf. Si 51, 13ss ; la LOI, le Temple  tiennent une grande place : Si 50 ; cf. Si 45, 6ss et note TOB.

Question 2

  • Lire les notes de BJ et TOB sur Si 24, 1 (titre), qui font les liens avec d’autres textes sapientiaux. Si 24 se place entre Pr 8 – 9 et Sg 7-9 ; cf. aussi Jb 28 ; Ba 3, 9-4, 4.
  • BJ et TOB découpent notre texte en deux parties : la Sagesse fait son éloge (v. 1-22) ; puis l’auteur nous parle de la LOI et de son travail pour la faire connaitre (v. 23-34).
  • Autre découpage possible : introduction (v. 1-2), puis v. 3-9 ; 10-17 ; 19-22 : proposer des sous-titres.
  • Quelques expressions : issue de la bouche du Très-Haut (v. 3) ; installe-toi en Jacob /Israël (v. 8) ; dans la Tente sainte j’ai officié / en Sion / Jérusalem (v. 10-11).
  • Les v. 13-14 donnent les limites du pays ; sur le v. 15 : voir les références marginales (Ex 39, 7 et 34s) ; dans les v. 25-27 : les 4 fleuves du récit du Paradis (Gn 2, 11) et les deux fleuves liés à l’Exode et à l’entrée dans la terre : le Nil et Jourdain.

Question 3

  • Les événements de la ruine de Jérusalem et du Temple et de l’Exil qui suivit ont profondément marqué la foi juive : le Seigneur n’est pas vaincu ; c’est lui qui est derrière ces événements, il a dit et il a fait (Is 41, 21-29 et note BJ sur 41, 21).
  • Il a sanctionné les infidélités, mais il reste fidèle à son alliance. (Is 54, 15-16).
  • Lui seul est Dieu, les autres divinités ne sont rien : le Seigneur est l’Unique, et donc il est aussi le Dieu des autres peuples (monothéisme) ; il est bien plus grand que ce qu’Israël pensait jusque-là. La présence de Dieu est évoquée par la Parole (cf. Is 55, 10-11), par l’Esprit, par la Sagesse.
  • Dans le judaïsme, elle est surtout la Loi promulguée par Moïse (v, 23ss) qui réunit tous les croyants juifs. Ces textes où la Sagesse est présentée personnifiée (cf. note BJ sur Pr 8, 27 – titre) préparent la révélation du NT.

Mt 1, 1 – 25 : « … Jésus, Fils de David, fils d’Abraham… »Pour la communauté dans laquelle écrit l’Evangéliste Matthieu, l’appartenance de Jésus à la lignée de David et d’Abraham est particulièrement importante : c’est par elle que les promesses de l’Ancien Testament prennent leur vraie dimension.

  • Que contient ce premier chapitre de l’Evangile selon Matthieu ? Que retenir des versets 1-17 ?
  • Travailler sur Mt 1, 18-25 : comment peut-on le diviser ? Sur quoi l’Evangéliste insiste-t-il ?
  • Que nous apporte ce texte de Matthieu pour notre thème ?

Question 1

  • Deux parties assez différentes : la généalogie (v. 1-16) de 3 fois 14 noms (cf. v. 17 et ensuite les v. 18-25 qui « expliquent » la particularité du v. 16.
  • Sur la généalogie, voir les notes de BJ et TOB : l’importance de cette forme dans le judaïsme postexilique.
  • Ici l’Evangéliste souligne : Jésus, fils de David, fils d’Abraham ; cf. aussi les trois périodes de l’histoire d’Israël (patriarcale – royale – postexilique).
  • Matthieu présente Jésus comme le descendant de David et d’Abraham, et donc, comme le dépositaire des promesses faites aux patriarches.

Après le 3 x 14 (ou 6 x 7), Jésus inaugure la 7ème série, (plénitude des temps). A noter aussi la mention des 4 femmes, par lesquelles passe – d’une manière non prévue – le dessein de Dieu. Ce qui prépare ce qui est dit de Marie (v. 16)

Question 2

  • Les v. 18-19 : la situation ; Marie et Joseph, légalement mariés mais ne cohabitant pas encore ; Marie « enceinte par le fait de l’Eprit-Saint » comme dit Mt.
  • L’intervention de l’Ange du Seigneur auprès de Joseph, fils de David, lui révélant sa mission dans ce dessein de Dieu (v. 20-21).
  • Dans les v. 22-23, Mt donne le sens de cette intervention ; accomplir une promesse de l’AT ; cf. note en BJ.
  • Les v. 24-25 : Joseph, à son réveil, fait ce que le Seigneur lui a demandé (cf. Gn 12, 1 et 4) : il donne le nom à cet enfant que Marie enfante et, par là, il insère Jésus dans le peuple de Dieu « fils de David, fils d’Abraham » (Mt 1, 1).

Question 3

  • Ce passage de Mt distingue bien la complémentarité des vocations de Joseph et de Marie ; « elle enfantera » et « tu l’appelleras » (v. 21 et 23).
  • Par Joseph, cet enfant appartient à la lignée messianique ; par la conception virginale, il est Dieu-avec- nous : Emmanuel (v. 23).
  • Ainsi la naissance de Jésus accomplit la promesse d’Is 7, 14, qui était déjà une actualisation de la promesse faite à David en 2 S 7, 11-16.

Lc 1, 26 – 38 : « Fils du Très-Haut … et Fils de Dieu… »L’annonce de la naissance de Jésus que nous lisons dans ce texte exprime bien la foi de la communauté chrétienne : Jésus, né de Marie, l’épouse de Joseph de la maison de David accomplit l’espérance messianique, mais dépasse de beaucoup les attentes d’Israël. 

  • Situer notre texte dans l’Evangile de Luc et le comparer avec l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste.
  • Travailler sur notre texte, et particulièrement sur les v. 31-35.
  • Quel est l’apport de ce texte de Luc pour notre thème ?

Question 1

  • Lc 1 – 2 contient une présentation parallèle de Jean-Baptiste et de Jésus : les deux annonces de naissance (Lc 1, 5-25 et 1, 26-38), suivies des récits de naissance et circoncision (Lc 1, 57-80 ; 2, 1-21). A cela s’ajoutent: la Visitation (Lc 1, 39-56) et, pour Jésus, la Présentation au Temple (Lc 2, 22-38), puis l’épisode de Jésus dans le Temple avec les docteurs (Lc 2, 41-50).
  • Pour Jean-Baptiste, l’annonce de naissance est située dans le Temple, en pleine action sacerdotale ; pour Jésus, l’ange s’adresse à Marie, à Nazareth (un lieu qui n’est jamais cité dans AT), dans un cadre tout à fait quotidien. Mais pour les deux, le porteur du message est Gabriel : cf. Lc 1, 19 et note BJ et TOB ; voir aussi les références marginales à Dn 8, 16 et 9, 11.

Question 2

  • Après la présentation de la scène (v.. 26-27) : le temps, le lieu, les intervenants : Gabriel et Marie, fiancée à Joseph, de la maison de David, vient la salutation (v. 28 ; cf. So 3, 14-15).
  • Le message de l’ange est coupé en deux par la question de Marie : v. 34 et note TOB.
  • La première partie du message (v. 31-33) annonce la naissance du Messie (2 S 7, 1 + : la note BJ) ; cf. aussi les autres références données en BJ à Is 7, 14 et Mt 1, 21.
  • Dans la deuxième partie de son message (v. 35-37), l’ange précise l’identité de l’enfant qui va naitre : il sera appelé Fils de Dieu : cf. aussi les références marginales données en BJ.

Question 3

  • Mt 1,21-22 annonçait cette naissance comme l’accomplissement de la promesse d’Is 7, 14 : Dieu-avec-nous ; Lc précise : il sera appelé Fils de Dieu. La parole de Gabriel (v. 35) « n’est pas une description, mais une image qui ménage le mystère » (NTC). Ce qui est annoncé à Marie dépasse de beaucoup l’annonce faite à Elisabeth (une naissance dans un âge avancé, comme en Gn 18, 11) ; mais rien n’est impossible à Dieu (Gn 18, 14).

 

  • Sur la réponse de Marie (v. 38), voir note TOB. « Elle accepte d’être en son corps même le lieu où se vérifiera que rien n’est impossible à Dieu. » (NTC)  

 

Jn 1, 1-18 : « … et le Verbe s’est fait chair … »Le Prologue de l’Evangile selon saint Jean n’est pas seulement le commencement de cet Evangile : en quelques lignes, ce texte évoque les principaux thèmes et résume la vision de Jn sur le mystère de Jésus.

  • Comparer ce texte de Jn avec celui de Pr 8, 22-30 et Si 24, 1-34 : que pouvez- vous constater ?
  • Etudier le texte de Jn : comment est-il construit ? Que reprend-il de l’AT ? Qu’apporte-t-il de nouveau ?
  • Quel est l’apport de ce texte pour notre thème ?

Question 1

  • Sur les liens entre ce texte de Jn et les textes de Sagesse, voir les notes de BJ sur Jn 1, 1 et TOB sur Jn 1, 3.
  • Comme la Sagesse qui est sortie de la bouche de Dieu (Si 24,3), le VERBE, la Parole vient de Dieu : Jn 1, 1-2.
  • Il est créé avant toutes les créatures (v. 1-2) comme Si 24, 9 ; Pr 8, 22-23 ; il est venu dans le monde (v. 10), où il a dressé sa tente (v. 14 et notes BJ et TOB).
  • Sur l’envoi particulier à Israël (Si 24, 8), le texte de Jn semble être plus ouvert (v. 9-12 et les notes TOB sur ces versets) ; cf. aussi Pr 8, 4ss.

Question 2

  • Le texte a peut-être une construction concentrique : A – v. 1-5 ; B – vv.9-11 ; C – v. 12-13 ; B’ v. 14 ; A’ v. 16-18 ; avec deux ajouts sur Jean-Baptiste : v. 6-8 et v. 15.
  • A l’origine de ce texte, certains voient une hymne, peut-être même une hymne juive sur le Logos (v. 1-5 et 11-12), complétée et christianisée par l’ajout des v. 4 et 16 : cf. les notes sur Jn 1, 1, de BJ 1999 et de TOB. Dans l’état actuel, ce texte parle du Verbe dans son rôle créateur (cf. Gn 1, 3. 6 ss ; Ps 33, 6-9 ; Sg 9, 1), envoyé par Dieu dans le monde et faisant retour à Dieu (cf. Is 55, 10-11).
  • Mais ici le VERBE est devenu chair, alors qu’il est le FILS Unique-Engendré (monogenès : v. 14 et 18 et les notes BJ et TOB) ; lui seul peut nous révéler le Père ; et ce VERBE appartient à notre humanité : Jésus-Christ (v. 17).

Question 3

  • Dans l’AT, la Sagesse / la Parole / l’Esprit était une présence aux hommes du Dieu unique (cf. monothéisme juif) ; En Jn, Jésus Christ, par son incarnation (v. 14 et notes) est désormais la Présence de Dieu (Jn 2, 19-21), la révélation du Dieu Père (cf.; 14, 6).
  • Jn 1, 14 : le VERBE est devenu chair : noter l’opposition entre ces deux termes.
  • Lui qui est Dieu, qui est tourné vers Dieu (v. 1 et note TOB) connait Dieu et lui seul peut nous le révéler (v. 18).
  • Comparé à Moïse (et à ce qu’il représente dans le judaïsme), Jésus lui est infiniment supérieur /v. 16-18) ; lui seul peut nous faire connaitre le mystère de Dieu : grâce et vérité (v. 14 et 17 et les notes BJ et TOB sur v. 14).

Jn 6, 26 -58 : « Je suis le pain de vie »Dans l’Evangile de Jean le miracle des pains est suivi par un long discours de Jésus à Capharnaüm. A ceux qui le recherchent, parce qu’il les a nourris de pain, Jésus voudrait offrir bien davantage. 

  • Situer ce passage dans son contexte. De quoi parle ici l’Evangéliste ?
  • Qu’est-ce que le « pain de vie » dans les versets 35-50 ? Que faut-il faire pour le recevoir ? Et dans les v. 51- 58 ?
  • Quel lien voyez-vous entre ce texte de Jn et notre thème ?

Question 1

  • Le miracle des pains est le 4ème « signe » dans la première partie de l’Evangile de Jean (Jn 1-12) où Jésus se révèle au monde ; à partir de Jn 13, il parlera « aux siens ».
  • Après le miracle des pains (Jn 6, 1-15), nous avons le miracle sur la mer (6. 16-21), puis le discours à Capharnaüm (6, 22-66) et enfin la confession de Pierre (6, 67-71).
  • Seul le discours (v. 22-66) est propre à Jn ; pour les autres éléments, voir les références marginales renvoyant aux autres Evangiles.
  • Noter la mention de la Pâque (6,4) ; c’est la 2ème pour Jn : cf. Jn 2, 13 et 11, 55.
  • En Mc et Mt on trouve aussi le lien entre le (premier) miracle des pains et un miracle sur la mer ; d’autre part, les trois Synoptiques placent également la confession de Pierre, en lien avec le miracle des pains, à la fin du ministère en Galilée.

Question 2

  • Dans le discours, Jésus se présente lui-même comme le don de Dieu (cf. les notes de BJ et TOB sur Jn 6, 35), capable d’apaiser toute faim et toute soif, comme la Sagesse dans l’AT.
  • Pour nous ouvrir à ce don, Jésus nous demande de venir à lui, (6, 35 et 37) de croire en lui (6, 35 et 40).
  • Dans les v. 40-42 l’Evangéliste note la réaction des auditeurs : ils murmurent (v. 41) ; pour connaitre qui est le « fils de Joseph », il faut être « attiré par le Père » (v. 44), et être « enseignés par Dieu » (v. 45).
  • Dans la suite, Jésus parle de manger sa chair et de boire son sang (v. 51-58) ; cf. les notes de BJ et TOB sur Jn 6, 51. A noter ici les verbes au futur : qui mangera le pain que je donnerai, vivra (v. 51) ; je le ressusciterai (v. 54) ; il vivra… (v. 57-58).
  • Devant ces paroles de Jésus, deux réactions : certains disciples murmurent et le quittent (v. 66) ; Pierre, au nom des Douze, dit sa foi en Jésus (v. 67. 69 et les notes BJ et TOB).

Question 3

  • Jésus est le Pain venu du ciel par son Incarnation et dans le sacrement de l’Eucharistie. Déjà dans l’AT, l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort (en LXX : de toute parole qui sort) de la bouche de Dieu (Dt 8, 3 et note BJ).
  • Chez Jn, le mot « chair » est utilisé pour l’Incarnation (Jn 1, 14) et pour l’Eucharistie (Jn 6). L’Eucharistie, sacrement de l’Incarnation, Présence de Dieu pour nous durant le temps de l’Eglise.

Jn 14, 15 – 26 : Un autre Paraclet, avec vous à jamais.Aux disciples bouleversés par l’annonce de son départ, Jésus adresse un discours d’adieux. Il part vers le Père, mais il ne les laissera pas orphelins. Il leur promet une présence différente de celle qu’ils ont expérimentée jusque-là, mais une présence bien réelle.

  • Replacer notre texte dans son contexte et dans l’Evangile de Jn.
  • Que contiennent les v. 15 – 26 ? Comment Jésus parle-t-il ici du Paraclet ?
  • Qu’est-ce que ce texte de Jn apporte pour notre thème ?

Question 1

  • Nous sommes dans la seconde partie de l’Evangile de Jn ; dans les chapitres 13 – 20 (21), Jésus se révèle aux « siens » (cf. 13, 1), à ceux qui ont cru en lui.
  • En Jn 13-16, nous avons le récit du dernier repas de Jésus avec eux (13, 1-30), suivi des paroles concernant son départ (13, 31 – 14, 31). Après les ch. 15-16, nous trouvons la grande prière de Jésus (Jn 17) ; puis vient la Passion (Jn 18-19) et la Résurrection (Jn 20).
  • La TOB divise le (premier) discours d’adieux en 3 parties : 13, 31-38 ; 14, 1-14 ; 14, 15-31. Voir les notes de NBJ et TOB sur ces versets.

Question 2

  • Repérer dans notre passage les deux paroles sur le Paraclet (Jn 14, 15-17 et 14, 25-26)
  • Sur le mot Paraclet, – propre à la littérature johannique -, voir les notes BJ et TOB sur Jn 14, 16 et renvoi à 14, 26 et 1 Jn 2,1. Cf. aussi Jn 14, 17 : l’Esprit de vérité, et les notes BJ et TOB.
  • La 1ère parole sur le Paraclet est introduite par les v. 12-14 : Jésus continue son œuvre à travers les disciples ; la 2ème par les v. 18-24 : la Résurrection de Jésus et le temps postpascal va permettre aux disciples de découvrir qui était Celui qu’ils avaient suivi jusque-là (cf. v. 20 et note BJ et TOB)
  • Relever les affirmations les plus fortes des deux paroles sur le Paraclet. Voir aussi ce que Jn nous dit encore sur le Paraclet en 15, 26-27 ; 16, 7-15.

Question 3

  • La présence de Dieu en Jésus était limitée, dans le temps et l’espace, par son humanité véritable. L’Esprit de Vérité sera « un autre Paraclet pour être avec vous à jamais » ; il accompagnera les disciples partout et toujours.
  • Par le don du Paraclet, les disciples pourront entrer dans le mystère de Jésus ; il leur rappellera ce que Jésus a fait et dit et leur révélera la signification. Le Paraclet est donné par le Père à la prière de Jésus (v. 16) ; il fera se souvenir de tout ce que Jésus a fait et dit (v. 26). Cf. encore 16, 12-15 et notes TOB.
  • Les écrits du NT témoignent de cette compréhension postpascale  du mystère du Christ : cf., Jn 2, 12 ; 12, 16 ; voir aussi 1 Co 2, 7-12.

Ep 1, 1-23 : Le « mystère » de sa volontéPar sa vocation particulière et dans les événements qui ont marqué sa vie missionnaire, Paul a découvert peu à peu ce qu’il appelle le « mystère », un thème fondamental des Lettres aux Colossiens et Éphésiens.

  • Présenter la Lettre aux Ephésiens dans les écrits pauliniens. Situer notre passage dans la 1ère partie de cette Lettre.
  • Que contient notre texte ? Que nous dit-il sur le Christ ? sur Dieu ? sur l’Eglise ?
  • Pour notre thème : quel est l’apport de ce texte paulinien ?

Question 1

  • Ephésiens : une lettre de Paul en prison (cf. Ep 3, 1 ; 4, 1), « aux saints et fidèles de Jésus Christ » (Ep 1, 1) ; sur l’adresse « aux Ephésiens », lire note BJ et TOB sur Ep 1, 1 ; Ephèse, une communauté bien connue de Paul (cf. Ac 19, 10 et note BJ).
  • La lettre aux Ephésiens a beaucoup de relations avec celle aux Colossiens (cf. les introductions à ces Lettres) ; elle pourrait être l’œuvre d’un disciple de Paul écrivant dans la génération postapostolique (cf. TOB, Introduction), reprenant des thèmes de Paul, mais apportant des idées nouvelles sur le rapports des Juifs et des païens, le « mystère », le dessein de Dieu révélé dans l’Eglise.
  • Deux parties : Ep 1-3 : le mystère du salut et de l’Eglise ; Ep. 4-6 : parénèse. Dans la 1ère partie : Ep 1 : bénédiction (v. 3-14) et prière (v. 15-23) ; Ep 2 : salut dans le Christ : la réconciliation des Juifs et des païens ; Ep 3 : le « mystère » révélé à Paul.

Question 2

  • Après l’adresse (v. 1-2), la grande bénédiction (v. 3-14 : cf. les notes BJ et TOB sur v. 3) ; puis la prière d’action de grâces (v. 15-23), que l’on trouve dans les autres Lettres de Paul immédiatement après l’adresse, mais qui est ici précédée de la bénédiction.
  • Sur les divers aspects de la bénédiction, voir note TOB sur v. 3 ; en BJ les notes sur les versets 4ss. Sur les v. 11-12 (nous / vous), lire note TOB sur v. 12. ; dans le v. 14, le don de l’Esprit est présenté comme les arrhes (cf. note TOB) du don final (cf. les notes BJ et TOB).
  • Dans les v 15-23 : la prière de Paul ; comparer avec les passages cités en marge. Sur l’espérance (v. 18), lire la note TOB et le renvoi à Col 1, 5.
  • Dans les v. 21-23  l’auteur évoque le problème des Colossiens et la place du Christ dans l’univers : lire les notes de BJ et de TOB.

Question 3

  • La place du Christ dans le dessein de Dieu, le « mystère » : il est le Fils bien-aimé (v 6 et notes) du Père (v. 2. 3 et 17).
  • Le Christ  (v. 1.2.3.5.10.12.20), ressuscité et assis à la droite de Dieu (v. 20), au-dessus de toutes les puissances qui peuvent exister (v. 21 et note TOB sur Col 1, 16) ; il récapitule tout l’univers (v- 9-10) Il est la Tête de l’Eglise qui est son Corps (v.22-23). Pour l’image du Corps chez Paul, lire la note BJ sur 1 Co 12, 12 (titre).
  • Les croyants : élus en lui avant la création (v. 4-5), prédestinés à être des fils adoptifs. Ils ont entendu la Parole de vérité et ont cru et ils ont reçu les arrhes de l’héritage (v. 14-15). Ils forment le Corps dont le Christ est la Tête.

ETUDES DE TEXTES

1 – Mc 1, 29-31 et // Lc et Mt : La guérison de la belle-mère de Simon

Ce petit récit qui nous raconte la guérison de la belle-mère de Simon a été retenu par la tradition évangélique. Il est bien plus riche que pourrait nous laisser croire une simple lecture.

1) Lire le texte de Mc et le situer. Que contient ce petit récit ?
2) Lire le récit de Lc : qu’est-ce qui est semblable ? Quel est l’apport de Lc ?
3) Lire le texte de Mt : que remarquez-vous immédiatement ? Sur quoi insiste Mt ?
4) Quelle « image » de Jésus en Mc ? en Lc ? en Mt ?

Question 1

• Après l’appel des premiers disciples (Mc 1, 16-20), Jésus et les 4 disciples pénètrent à Capharnaüm (v. 21), où Jésus enseigne et guérit dans la synagogue (v. 21-28), le groupe se rend dans la maison de Simon (v. 29).
• Après notre péricope, v. 32-34 (le soir venu…) puis v. 35 (au matin…) : on a ainsi une journée complète (juive) : la ‘journée de Capharnaüm’ : une journée type du ministère de Jésus.
• Mc donne un récit de guérison : il présente le thaumaturge, le cas, l’intervention et le résultat.
• Jésus, encore peu connu (cf. v. 27-28), guérit cette femme en la prenant par la main (v. 29-31 ; cf. 5, 41 ; 9, 27, cités en marge), et continue sa mission.

Question 2

• Lc suit Mc : la scène à la synagogue (Lc 4, 31-37) ; puis notre texte (v. 38-39) et la suite (v. 40-41 et 42-44). Mais ici Jésus est seul nommé (il entra…) : cf. Lc 5, 9-11. Noter pourtant : la maison de Simon (et note TOB) ; ils le prièrent ; elle les servait.
• Chez Lc, la femme est en proie à une forte fièvre et Jésus menace la fièvre : voir note TOB.
• La guérison devient ici un exorcisme : cf. Ac 10, 37-38.

Question 3

• Le récit de Mt est beaucoup plus court ; de plus Mt situe ce récit dans le groupement des actes de Jésus (Mt 8-9,  qui suivent son enseignement (Sermon sur la montagne (Mt 5-7), d’où l’absence de la synagogue) ; mais surtout Jésus est seul ; personne n’intervient auprès de lui : il vit … il toucha… et la femme se lève et elle le servait.
• Mt est dans la maison de Pierre : voir note TOB sur la fin du v. 15.

Question 4

• En Mc, le lecteur est invité à découvrir un peu plus Jésus, venu de Nazareth (cf. Mc 1, 9) au début de son ministère : qui est cet homme ? Jésus est ici un homme de Palestine, que les disciples et les gens commencent à découvrir.
• En Lc, Jésus libère cette femme d’un mal (cf. Ac 10, 38) ; il est le Sauveur annoncé par les anges (Lc 2, 11 et note TOB ; voir aussi Lc 1, 31 et note TOB).
• Chez Mt, Jésus voit (les yeux ouverts), il touche (la main) et la femme se lève (est ressuscitée : cf. note TOB) : Jésus est ici le Seigneur dans la maison de Pierre (Eglise). Une icône !
2. – Mc 2, 13-17 et // Lc et Mt : Jésus appelle un publicain et mange avec des pécheurs

La liberté de Jésus par rapport à certaines traditions juives a surpris bien de ses contemporains et les a même heurtés. La tradition évangélique nous donne en Mc 2,1 – 3, 6 quelques exemples de cet affrontement.

1) Situer ce texte en Marc. De quoi nous parle-t-il ? Qu’est-ce qui est propre à Mc ?
2) Lire le texte de Lc : quelles modifications Lc apporte-t-il au texte de Mc ?
3) Lire le texte de Mt : noter et expliquer les différences ?
4) Ces différences des Evangélistes sont-elles pour vous une richesse ?

Question 1

• Ce passage de Mc fait partie d’un groupe de 5 controverses (Mc 2, 1 – 3, 6) ; cf. note TOB sur Mc 2, 1 ; Lc reprend le même ensemble (Lc 5, 17 – 6, 11) tandis que Mt le donne en deux morceaux : les 3 premières (Mt 9, 1-17) et les autres (Mt 12, 1-14).
• Notre texte réunit 2 éléments : l’appel d’un publicain et un repas avec des pécheurs.
• Noter le v. 13 : de nouveau cf. note TOB : à Mc 1, 16 ; Mc souligne aussi la présence de la foule pour l’enseignement de Jésus (cf. en marge de TOB : 3, 7-8 et 1, 22 ; 6, 2).
• Jésus appelle Lévi, qui le suit (comme les 4 premiers en 1, 16ss) ; sur les publicains, nombreux à suivre Jésus, selon Mc (v. 15) cf. encore la note TOB ; pour les scribes des pharisiens, cf. note TOB sur v. 16. Sur le problème du repas, voir en TOB la note sur Mt 9, 14. Sur je suis venu pour… ( v. 17) ,cf. note TOB.

Question 2

• Lc précise la situation de Lévi : un publicain (v. 27) ; dans la réponse (v. 28), il ajoute : et quittant tout (cf. 5, 11 ; 18, 22), il le suivait (voir note TOB).
• C’est Lévi qui fait un grand festin dans sa maison (joie du salut), avec beaucoup d’autres gens (voir notes TOB sur v. 29). Les scribes murmurent : cf. Lc 15, 2 ; 19, 7.
• Les reproches engobent les disciples (pourquoi mangez-vous et…), mais c’est Jésus qui répond, comme en Mc. Noter encore la finale de Lc : v. 22 et note TOB.

Question 3

• Mt place ce texte de Mc dans le groupement des actes de Jésus (Mt 8-9) qui suivent son enseignement (Mt 5-7). Ici le nom du publicain est Matthieu (note TOB sur v. 9). Le repas a lieu dans la maison (l’Eglise, où les pécheurs sont à la table de Jésus ( ?)
• Le v. 11 est plus respectueux : votre maitre ; cf. l’image de Jésus (nouveau Moïse) en Mt 5, 1 ; dans sa réponse, Jésus les renvoie aux Ecritures (v. 13 et notes BJ et TOB).

Question 4

• Le lecteur de Mc découvre un peu plus Jésus de Nazareth, qui enseigne et agit avec liberté : choix de Lévi, partage de la table avec les publicains et les pécheurs…
• Lc nous montre un publicain capable de tout quitter pour suive Jésus, mais souligne aussi les exigences de la conversion (v. 32). Les pharisiens murmurent devant la révélation de Jésus, comme le faisaient autrefois, les Hébreux au désert.
• Pour Mt, Jésus est le maitre qui accomplit les Ecritures (v. 13).
3. – Mt 11, 2-6 et Lc 7, 18-23 : La réponse de Jésus à la question de Jean-Baptiste

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » : à cette question de Jean-Baptiste, la réponse de Jésus que nous lisons, en Mt et en Lc, est presque identique dans le texte grec. Un bon indice de la tradition à la base de nos Evangiles.

1) Comparer ces deux textes et noter vos constatations.
2) Lire le texte de Mt : que contient ce texte ? Où l’Evangéliste l’a-t-il placé ?
3) Lire le texte de Lc : quelles différences avec celui de Mt ?
4) Etudier la réponse de Jésus : comment la comprendre ?

Question 1

• Ce qui frappe immédiatement, c’est la quasi-identité de la question posée à Jésus et surtout de sa réponse ; les deux Evangélistes doivent puiser à une même source écrite, déjà en grec.
• Les deux textes racontent la question de Jean-Baptiste à Jésus, par ses disciples, et la réponse de Jésus. Noter tous les mots exactement identiques.
• Les deux Evangélistes prennent plus de liberté pour le récit (spécialement Lc v. 20-21) et pour le contexte de cette péricope.

Question 2

• En Mt, notre texte introduit une nouvelle section (après le discours de Mt 10 ; cf. Mt 11,1 et note TOB). Après notre texte, en Mt – comme en Lc,- Jésus continue de parler aux foules de Jean-Baptiste (Mt 11, 7-19 cf. Lc 8, 24-35).
• Mt mentionne ici la situation de Jean-Baptiste (en prison) ; Lc l’a déjà dit, à l’occasion du baptême (cf. Lc 3, 19-20).
• La mention « des œuvres du Christ » peut nous renvoyer à Mt 8 – 9 où l’Evangéliste a placé dix miracles de Jésus (cf. note BJ sur Mt 8, 3).

Question 3

• Lc fait précéder notre texte de deux miracles : la guérison du serviteur du centurion (7, 1-10) et surtout de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, (v. 11-18), un miracle qu’il est seul à relater.
• Il raconte l’envoi des deux disciples (v. 19) et leur intervention auprès de Jésus (v. 20), mais surtout il insère le v. 21 (cf. note TOB).
• A noter aussi, dans la réponse de Jésus, l’ordre des mots au v. 22 : ce que vous avez vu et entendu.

Question 4

• La réponse de Jésus renvoie aux annonces messianiques (cf. note TOB sur Mt 11, 5 et Lc 7, 22) ; en BJ, voir les références marginales à Isaïe.
• Remarquer la gradation des miracles : des aveugles … aux ressuscités, mais la « pointe » de la réponse est l’évangélisation des pauvres : voir les notes TOB sur Mt 11, 5 et Lc 7, 22 et le renvoi à Lc 4, 18 où Jésus lit Is 61, 1-2.

4.- Mt 6, 9 – 13 et Lc 11, 1 – 4 : La vraie prière, le « Notre Père »

La prière enseignée par Jésus nous appartient à la « double tradition ». Nous sommes habitués à la forme conservée en Mt qui s’est imposée dans la liturgie. Découvrons la forme que devait prier la communauté dans laquelle Luc a écrit.

1) Comparez les deux textes : que découvrez-vous ? que contiennent ces deux prières ? Quelles questions cela vous pose-t-il ?
2) Etudiez le texte de Lc : que vous apporte cette étude ?
3) Que découvrez-vous en Mt ?
4) Que vous apprend cette étude sur le « Notre Père » ?

Question 1

• Le texte des deux prières est quasi-identique dans les formules qui se lisent chez Mt et Lc. La prière commence par une invocation, suivie de demandes concernant Dieu, (en Mt : 3 ; en Lc : 2) ; puis des demandes pour nous (en Mt : 4 ; en Lc : 3).
• Le contexte dans lequel Mt et Lc placent cette prière est très différent.
• Pour l’étude de ces formules, voir les notes abondantes en TOB, sur Mt.

Question 2

• Remarquez l’introduction de Lc (v. 1-2) ; voir les notes de BJ et TOB sur Lc 3, 21. Lc fait suivre cette prière de deux enseignements sur la prière (Lc 11, 5-8 et 9-13)
• Le Notre Père de Lc est plus court que celui de Mt, mais peut correspondre à ce qui se lisait dans la Source, car Lc n’aurait probablement pas supprimé des paroles du Seigneur. Notez l’invocation : « Père » ; elle traduit « Abba » : Ga 4, 6 ; cf. aussi note TOB sur v. 2. C’est quand Jésus prie qu’il révèle son identité de Fils.

Question 3

• Mt place le Notre Père, dans le développement sur les trois bonnes œuvres (Mt 6, 2-18), au cœur du Sermon sur la montagne : Mt 6, 9ss ; cf. Pour la composition du Sermon, voir la note TOB sur Mt 5, 1.
• Sur la forme du Notre Père en Mt, voir les notes TOB et BJ sur. Mt 6, 9 ; après l’invocation (en forme juive) Notre Père qui es aux cieux, Mt a 7 demandes (3 + 4), un groupement qu’il aime (cf. note BJ sur 6, 9). Sur la dernière demande (v. 13b) voir note TOB.
• Mt introduit le texte du Notre Père par une mise en garde (v. 7-8) et il conclut par une autre recommandation (v. 14-15), qu’il reprendra en Mt 18, 35.

Question 4

• Cette étude nous montre que la tradition évangélique est beaucoup plus ferme quand il s’agit des paroles du Seigneur ; pour la narration et les contextes, elle est souvent plus libre.
• Cette étude, comme d’autres, témoigne à la fois de la fidélité à la tradition venant de Jésus et de la liberté des Evangélistes, de leur souci de rendre cette tradition compréhensible à leurs lecteurs. (cf. Sancta Mater Ecclesia)
5. – Mt 11, 25-29 et Lc 10, 21-24 : La révélation aux tout petits

Mt et Lc nous livrent ici deux paroles importantes de Jésus : une prière de louange et une déclaration sur la connaissance du Père et du Fils. Deux paroles, que la tradition dans laquelle puisent ici les deux Evangélistes (la Source) avait déjà réunies.

1) Comparer ces deux textes et notez vos constatations.
2) Etudiez ces deux paroles et relevez ce qui vous parait le plus important.
3) Quelle signification le contexte de Mt donne-t-il à ces paroles ?
4) Même travail sur le texte de Lc.

Question 1

• Mt et Lc nous rapportent ici deux paroles quasi identiques de Jésus : une prière de louange (Mt 11, 25 et Lc 10,21) et une déclaration sur les rapports entre le Père et le Fils.
• Par contre, le contexte est bien différent dans les deux Evangiles : remarquez ce qui précède et ce qui suit ces paroles en Mt et en Lc.

Question 2

• Sur ces paroles de Jésus, voir la note de BJ sur Mt 11, 27 qui soulignent les liens avec la littérature de sagesse et celle de TOB sur Mt 11, 25 qui nous renvoie à Daniel et au langage apocalyptique.
• Jésus loue le Père d’avoir donné cette révélation aux tout petits (cf. note TOB et BJ sur Mt 11, 25) ; sur la notion de « tout petits », voir aussi la note TOB sur Mt 18, 3.
• Pour la parole sur la connaissance du Fils et du Père, voir aussi la note TOB – et la fin de la note BJ – sur Mt 11, 27 ; cf. encore en TOB, note sur Lc 10, 22. Cette connaissance, Jésus l’a reçue directement du Père et il peut la transmettre librement.

Question 3

• En Mt ces paroles de Jésus viennent après la question de Jean-Baptiste (cf. Mt 11, 3) et surtout après les lamentations sur les villes de Galilée (v 20-24) ; voir aussi les références marginales en BJ et TOB.
• Mt fait suivre ces paroles de Jésus des v.28-30, qui sont propres au premier Evangéliste : lire les notes de TOB et BJ sur ces versets. Il donne ensuite des exemples du « joug » de Jésus dans les deux controverses de Mt 12, 1-8 et 9-14.

Question 4

• En Lc, le contexte est le retour de la mission des 72 (Lc 10, 1 et notes TOB sur ce ver-set). Notez aussi le lien direct entre les v. 20 et 21.
• Sur le v. 21a, cf. la note TOB ; en BJ, voir les références marginales à Lc 1, 14 + et 4, 1 +
• Sur le groupement des v. 21-22 et 23-24, lire la note TOB sur v. 21 (titre). Remarquez une déclaration (une béatitude) très semblable à Lc 10, 23-24 en Mt 13, 16-17 : cf. note TOB sur Lc 10, 23.

6.- Mt 18, 12-14 et Lc 15, 3-7 : La Parabole des cent brebis

Mt et Lc nous rapportent tous deux la parabole des cent brebis, mais leur présentation et surtout le contexte dans lequel ils placent cette parabole, donnent à ces paroles de Jésus une coloration assez différente.

1) Comparer ces deux paraboles et relever ce qui est semblable et ce qui est particulier à Lc et à Mt.
2) Lire le texte de Lc : sur quoi insiste-t-il ? Que vous apporte le contexte ?
3) En Mt, à qui Jésus s’adresse-t-il ici ? Quelle est la leçon de la parabole ?

Question 1

• Mt et Lc rapportent une parabole de Jésus : elle commence par une question aux auditeurs ; il s’agit d’un berger qui a 100 brebis et de ce qui arrive à une d’entre elles.
• Ce qui est semblable dans les deux textes : un homme / avoir 100 brebis / une d’elles / partir (à la recherche) / trouver / je vous le dis / joie (se réjouir) / pour elle (un) plus que pour 99.
• A noter cependant que la question est plus personnelle en Lc : quel homme d’entre vous (v. 4) ; de plus, en Mt une des brebis s’égare : v. 12 (2 fois) et v. 13) ; en Lc, le berger la perd (v. 4 (2 fois) et v. 6).
• Remarquer aussi la différence dans la recherche entre Lc 4b – 6) et le v. 13 de Mt.
• En Mt, la leçon est ajoutée (v. 14) ; en Lc, elle fait partie de la parabole.

Question 2

• Cf. notes TOB sur Lc 15, 1 (titre) et 15, 3 (titre) ; en BJ : les références marginales sur le titre.
• En Lc cette parabole est introduite par les v. 1-2 : Jésus s’adresse à ceux qui murmurent contre le comportement de Jésus (cf. encore Lc 5, 30 et 19, 7)
• Lc souligne davantage la recherche et la joie du berger ; une joie qu’il invite (ses auditeurs) à partager. De plus, Lc fait suivre cette parabole de deux autres : Lc 15, 8-10 (la même parabole « au féminin ») et surtout Lc 15, 11-32 (voir la note TOB sur v. 11 (titre).

Question 3

• Noter le contexte tout différent : Mt 18 : le Discours ecclésiastique ou la Règle de vie communautaire ; En TOB, voir la note sur Mt 18, 13.
• La parabole clôt la première partie (v. 1-14), répondant à la question des disciples (v. 1) ; la seconde partie (v. 15-35) parle des devoirs entre frères (v. 15. 21. 35).
• Remarquer les 3 paroles de Jésus sur les « petits » qu’il ne faut ni scandaliser (v. 6), ni mépriser (v. 10), et qu’il faut rechercher si un d’eux s’égare, car le Père qui est aux cieux ne veut pas qu’il se perde (v. 14).
• En Mt, la parabole s’adresse aux responsables de communauté, alors qu’en Lc, Jésus s’adresse aux pharisiens et aux scribes qui contestaient son ministère.

7.- Mt 22, 1-10 et Lc 14, 15-24 : Le grand festin et les invités qui se dérobent

Une autre parabole de Jésus que nous lisons en Mt et en Lc. Une parole de Jésus que chacun des deux Evangélistes relit et adapte à la situation et aux besoins de la communauté dans la-quelle il écrit.

1) Comparer Mt et de Lc et relever ce qui est semblable. Noter aussi les contextes.
2) Lire la parabole de Mt : quel enseignement en tire-t-il pour ses lecteurs ?
3) Lire le texte de Lc : comment a-t-il adapté cette parabole de Jésus ? Quel enseignement tire-t-il ?

Question 1

• Ce qui est commun aux deux : un homme – fait un grand repas/des noces – il envoie ses/son serviteur(s) dire aux invités : c’est prêt, venez. ; mais tous refusent l’invitation ; d’où la colère du roi et il dit à son/ses serviteur(s) – allez … sors…(vers d’autres) ; la salle des noces est remplie, la maison est comble.
• Chez Mt et chez Lc, il y a 3 envois du/des serviteur(s) : Mt : v. 3.4. et 8 ; Lc v. 17. 21b et 23 ; tous les invités initialement prévus refusent et d’autres prennent leurs places.
• Contexte de Mt : Jésus enseigne à Jérusalem ; notre texte vient après 2 autres paraboles (21, 28-32 et 33-46) ; il est suivi de 3 questions posées à Jésus (22, 15-40).

Question 2

• Lire la note de BJ sur 22, 1 (titre) et les nombreuses notes de TOB : v. 1.2.3.7.10 et 11.
• Chez Mt, il s’agit d’un roi, et des noces de son fils ; il envoie ses serviteurs. Après un premier refus (v. 3), il envoie d’autres serviteurs (v. 4), qui sont ignorés (v. 5) et maltraités (v. 6), d’où la colère du roi (v. 7 et note TOB) ; mais la noce aura lieu.
• La parabole de Mt rappelle l’histoire de Dieu avec son peuple (envoi des serviteurs, d’autres serviteurs) ; dans le refus des premiers invités et leur place prise par ceux du dehors (v-9), l’Evangéliste relit le refus du peuple juif et l’entrée des païens.dans l’Eglise
• Sur les v. 11-14, un rappel que Mt juge utile pour les nouveaux invités : lire la note de TOB sur v. 11.

Question 3

• Chez Lc, nous sommes dans la « montée vers Jérusalem » : voir notes BJ et TOB sur Lc 9, 51
• La parabole fait partie d’un groupement de paroles sur le repas (cf. note TOB sur le titre) : Jésus répond à l’exclamation du scribe (v. 15).
• Lc insiste sur les causes du refus des invités ; il donne 3 exemples (v. 18-20 et notes TOB).
• N’ayant pas répondu à la première invitation, les invités sont disqualifiés ; les deux autres invitations sont adressées à d’autres : au malheureux de la ville (v. 21b et note TOB), puis à ceux du dehors (v. 22-23 et note TOB).
• Les paroles du maitre (v. 21b et 23b) soulignent sa volonté de remplir sa maison.

8.- Mt 4, 1-11 – Mc 1, 12-13 – Lc 4, 1-13 : La tentation au désert

Le récit de la tentation de Jésus au désert se lit dans les trois Evangiles synoptiques, mais ici Mt et Lc disposent, en plus de Mc, d’une autre source, qui a développé cet épisode en méditant sur l’histoire du peuple au désert.

1) Comparer les 3 textes, et plus spécialement ceux de Mt et de Lc. Que peut-on découvrir ?
2) Etudier le texte de Mt et noter ce donne à cet épisode une couleur plus juive.
3) Etudier le texte de Lc : quel est son apport ?

Question 1

• Les 3 synoptiques placent la tentation de Jésus entre son baptême par Jean-Baptiste et le début de son ministère : voir les notes de BJ et TOB sur le titre en Mt et en Lc ; cf. aussi notes sur Mc 1, 12-13.
• Ce qui est commun aux 3 Evangiles : Jésus, conduit/poussé/mené au désert, par l’Esprit Saint, 40 jours, tenté par le diable/Satan, et victorieux de l’épreuve.
• Mt et Lc parlent de 3 tentations au terme des 40 jours, mais l’ordre des tentations n’est pas le même : cf. note TOB sur Mt 4, 1 ; en BJ, lire la fin de la note donnée sur le titre.
• A chacune des tentations, Jésus répond par un passage biblique (cf. Dt 8, 3 ; 6, 16 et 6, 13). Comme le signalent les notes TOB, les textes bibliques correspondent à la LXX, ce qui laisse penser à un milieu d’Eglise utilisant la Bible grecque.

Question 2

• Mt fait un lien immédiat entre la parole du Père (3, 17) et la tentation (cf. 4, 3.6).
• Il souligne aussi le parallèle entre Jésus et Moïse (4, 2 et note TOB).
• Sur Mt 4, 3 : lire les notes de BJ et TOB. A noter également au v. 5 : la Ville sainte : la marge en TOB nous renvoie à Ne 11, 1 (voir la note BJ sur ce verset).
• Sur les v. 6-7, voir les notes TOB.
• Pour la 3ème tentation, cf. note TOB ; comparer la réponse de Jésus avec Mt 16, 23.

Question 3

• Lc a placé, entre le baptême et la tentation, une généalogie de Jésus qui se termine par les mots : fils d’Adam, fils de Dieu ; ce qui peut rapprocher la situation de Jésus de celle d’Adam (cf. note TOB).
• Lc aime à souligner le rôle de l’Esprit : notes BJ et TOB sur 4, 1.
• En inversant l’ordre de la 2ème et 3ème tentation, Lc termine son récit à Jérusalem (cf. note TOB sur v. 5). Pour lui, le ministère de Jésus est marqué par la « montée à Jérusalem (cf. Lc 9, 51 et notes BJ et TOB) ; d’autre part, Lc fait commencer son Evangile à Jérusalem dans le Temple (Lc 1, 5) et c’est là aussi qu’il se termine (Lc 14,52-53).
• Sur la 2ème tentation et le pouvoir du diable, voir les notes TOB.
• Sur le v. 13, lire la note TOB ; La BJ nous donne en marge : Lc 22, 3. 23 et Jn 13, 2. 27.

9.- Mt 20, 20-28 et Mc 10, 35-43 : La démarche des fils de Zébédée

Marc nous raconte la démarche des fils de Zébédée et cet épisode est repris par Matthieu, mais en y faisant intervenir la mère des deux frères. Luc, pour sa part, quitte ici sa source et omet cet incident peu glorieux pour les apôtres.

1) Dans quel contexte Mc nous raconte-t-il cet épisode ? Que contient ce passage ?
2) Comparer le texte Mt avec celui de Mc : quelles différences pouvez-vous relever ? Et quelles significations ?
3) Comment Lc utilise-t-il ici la tradition qui lui est parvenue ?

Question 1

• Mc 10 nous parle de la montée de Jésus à Jérusalem, au terme du ministère en Galilée : cf. Mc 10, 1 et 11, 1. Plus précisément, notre texte fait suite à la 3ème annonce de la passion (Mc 10, 32-34 ; cf. aussi deux les notes TOB sur le v. 32) ; il est suivi du récit de la guérison d’un aveugle à l’entrée de Jéricho (Mc 10, 46-52), guérison qui permet à l’aveugle de suivre Jésus (v. 52).
• Notre passage comprend la demande des deux frères et la réponse de Jésus (v. 35-40), puis la réaction des dix autres et l’enseignement de Jésus (v. 41 et 42-45).
• Sur la démarche faite auprès de Jésus, voir les notes TOB sur les v. 37 et 38.
• Voir aussi les notes TOB sur la parole de Jésus aux Douze (v. 41 et 45) ; en BJ, on peut lire les notes données sur le parallèle de Mt ainsi que les références en marge de Mt.

Question 2

• En Mt, la montée de Jésus à Jérusalem occupe 2 chapitres (Mt 19-20) ; Mt place dans ce cadre la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Mt 20, 1-16). Pour le reste, le contexte est semblable à celui de Mc : 3ème annonce de la passion, la demande pour Jacques et Jean, la réponse de Jésus ; puis la réaction des dix et les paroles de Jésus. Ensuite Mt nous relate la guérison de deux aveugles, à la sortie de Jéricho (v. 29) qui, guéris, peuvent suivre Jésus.
• Mais selon Mt, c’est la mère qui intervient pour ses fils (v. 20-21). Elle se prosterne devant lui : un verbe que Mt utilise souvent : Mt 2, 2. 8. 11 ; 4, 9. 10 ; 8, 2 ; 14, 33 ; 15, 25 ; 28, 9 et 17.
• Sur la demande, voir les notes BJ et TOB sur v. 21. A noter le « vocabulaire familial » : la mère, ses fils (v 20), mes deux fils (v. 21), les deux frères (v. 24).
• Dans la réponse de Jésus, Mt omet la mention du baptême (cf. Mc 10, 38b et 39b).
• A la fin du v. 23, Mt nomme le Père : cf. aussi les notes BJ et TOB.
• Sur le v. 28, voir la note TOB et les renvois à 26, 28 ainsi qu’à Mc 10, 45.

Question 3

• La comparaison des contextes nous montre que Lc quitte ici Mc (en omettant la démarche des deux frères et la réaction des dix autres apôtres). Mais il conserve en partie les paroles de Jésus dans le discours après la Cène : Lc 22, 24-27. Lire les notes de BJ et TOB sur le titre,
• On peut noter, à la fois, la fidélité des Evangélistes. (spécialement pour les paroles de Jésus) et leur liberté, et leur attention au besoin de leurs lecteurs.
10. – Mt 16, 13-20 ; Mc 8, 27-30 ; Lc 9, 18-21 : La confession de Pierre

Qui est Jésus pour les foules ? Qui est-il pour les disciples ? C’est cette question que nous trouvons dans les trois Evangiles vers la fin du ministère en Galilée. Au nom des Douze, Pierre donne à Jésus une réponse.

1) Lire le texte de Mc ; relever ce qui vous parait important ; noter aussi le contexte.
2) Comparer avec Lc : qu’est-ce que Lc reprend de Mc ? Quelles différences ?
3) Qu’est ce que Mt ajoute au texte de Mc ?

Question 1

• Nous sommes au centre de l’Evangile de Mc, après le ministère en Galilée et avant que Jésus se dirige vers Jérusalem, cf.le début de l’Evangile : cf. Mc 1, 1 et les notes TOB sur ce verset, qui nous renvoient à Mc 8, 29-30 et 15, 39. Cf. aussi la note TOB sur v. 27.
• A noter encore le récit de la guérison (difficile) d’un aveugle (v. 22-26) que seul Mc raconte.
• Jésus pose deux questions : quelles différences entre elles ? Comment comprendre la réponse de Pierre (v. 29 et note TOB) et la défense que leur fait ici Jésus (v. 30) ?
• Sur les v. 31-33, lire les notes TOB sur v. 31. 32 et 33.

Question 2

• Lc suit le texte de Mc, mais il signale la prière de Jésus, avant de poser les questions aux disciples (v. 18 et note TOB et renvoi à 3, 21). Sur la réponse de Pierre : le Christ de Dieu (v. 18), cf. note TOB.
• Sur le contexte de Lc, voir la note TOB sur le titre ; noter aussi les v. 21-22 : Lc mentionne l’interdiction d’en parler (v. 21), mais il ne rapporte pas l’intervention de Pierre quand Jésus leur dit quel Messie il doit être : (v. 22 et note TOB).

Question 3

• Mt reprend le texte (et le contexte de Mc, à l’exception Mc 8, 22-26), mais avec quelques ajouts : la mention de Jérémie (v. 14 et note TOB), la deuxième partie de sa confession (la fin du v. 16 (notes BJ et TOB), et surtout les paroles de Jésus à Pierre (v. 17-19). Mais noter que la défense (v. 20) ne porte que sur la messianité.
• Mt place ainsi dans la bouche de Pierre une confession chrétienne complète (cf. note BJ sur v. 16) ; et à cette confession, répond la parole de Jésus sur la place de Pierre dans ce dessein de Dieu (v. 17-19), voir les notes de BJ et TOB sur ces versets.
• Sur l’importance de ce passage de Mt pour les Eglises chrétiennes, voir la fin de la note de BJ sur v. 19 et celle de TOB sur v- 18.

11.- Mt 26, 26-28 ; Mc 14, 22-25 ; Lc 22, 19-20 : Le dernier repas

Le récit du dernier repas de Jésus avec les disciples est sans aucun doute le texte le plus souvent lu et entendu. On le lit dans les trois premiers Evangiles et dans une Lettre de Paul, mais chaque récit apporte une note particulière.

1) Etudier le récit de Mc et son contexte.
2) Etudier le texte de Mt : noter les ressemblances avec Mc et les différences.
3) Lire le texte de Lc : qu’apporte-t-il de différent ?

Question 1

• Depuis Mc 14, 1, il est question de la Pâque juive (cf. 14, 1 et TOB) ; après l’onction à Béthanie (v. 5-9) et le récit de la trahison de Judas (v. 10-11), on arrive à la préparation du dernier repas de Jésus avec les apôtres (v. 11-16). Remarquer les indications temporelles qui ponctuent le récit : v. 12. 17. 22. 26.
• Le récit de l’institution eucharistique est précédé de l’annonce de la trahison d’un des convives (v. 17-21 ; il est suivi par l’annonce de la fuite des disciples et du reniement de Pierre (v. 25-31), puis de l’arrivée du groupe à Gethsémani.
• Dans le récit du repas, la tradition ne retient que les deux gestes de Jésus – sur le pain (v. 22) et sur une coupe (vé 23-24) – accompagnés de ses paroles de Jésus : v. 22b et notes BJ et TOB ; v. 24b et 25 et notes TOB. Voir en BJ et TOB les notes sur Mt 26, 26.

Question 2

• Le contexte de Mt est le même que celui de Mc, mais Mt 26, 1 signale la fin du 5ème discours que l’Evangéliste a introduit dans le cadre de Mc : 26, 1 et note TOB.
• Quelques particularités du récit de Mt : 26, 3 et note TOB ; v. 9 et note TOB ; v. 23 et note TOB ; Mt mentionne le chant du Halllel (v. 30) et note TOB) avant le départ vers Gethsémani. Cf. aussi les notes et les références marginales de BJ sur ces versets.
• Le récit de l’institution est davantage marqué par la liturgie (cf. note TOB sur v. 26) : prenez, mangez (v. 26b), buvez-en tous (v. 27b).
• Comme en Mc, la parole de Jésus sur la coupe renvoie à Ex 24, 8 ; mais Mt ajoute une allusion à la Nouvelle Alliance (en rémission des péchés : v. 28 et note TOB).
• Voir aussi la note sur le v. 29, très proche de Mc 14, 25 ; cf. en BJ, référence à 8, 11 +.

Question 3

• Lc suit aussi Mc, mais il omet l’onction à Béthanie (cf. la note TOB sur Lc 7, 37) ; Lc place l’institution de l’Eucharistie avant l’annonce de la trahison de Judas (v. 21-23 et note TOB).
• Pour le texte de Lc, lire la note de TOB sur 22, 14 (titre) et celles sur les v. 17-18 ; en Mc et Mt, l’équivalent de Lc 22, 18 se trouve après la coupe eucharistique (cf. la note TOB sur Lc 22, 18). Lc sépare les deux gestes de Jésus : après le repas (v. 20a).
• Noter aussi les différences de Lc dans le récit de l’institution : la parole du le pain (v. 19) : qui est donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Cf. notes TOB sur ces passages. La parole sur la coupe renvoie à Jr 31, 31-34 (cf. les notes TOB). Ces particularités de Lc se retrouvent en 1 Co 11, 25.
12. – Mt 28, 1-8 ; Mc 16, 1-8 ; Lc 24, 1-11 Les femmes au tombeau

Tous les Evangélistes nous montrent les femmes au tombeau de Jésus au matin du premier jour de la semaine. Ce sont elles qui reçoivent l’annonce de la Résurrection.

1) Comparer le texte de Mc avec ceux de Mt et Lc et relever ce qui est semblable. Noter aussi ce qui est particulier à Mc
2) Lire le texte de Lc : en quoi ce texte est-il différent de celui de Mc et Mt ?
3) Etudier le texte de Mt et relever ce qui est particulier à cet Evangéliste.

Question 1

• Ce qui est semblable : le premier jour de la semaine, de très bonne heure, des femmes viennent au tombeau, parmi elles, Marie de Magdala et une autre Marie. Elles trouvent la pierre roulée. Un personnage céleste (vêtement blanc, habits éclatants) leur dit : vous cherchez / cherchez-vous ; Jésus / Jésus le Nazarénien ; il n’est pas ici ; il est éveillé (des morts). Quittant le tombeau, elles vont l’annoncer / ne disent rien (Mc).
• Mc mentionne l’achat des aromates (v. 1 et note TOB) et la venue de grand matin (v. 2 et TOB) ; voir aussi les notes TOB sur les v. 3 et 4.
• La robe blanche qualifie le jeune homme comme un messager céleste ; sur ses paroles, v. 6, voir note TOB ; au v. 7 : noter la mention de Pierre et de la rencontre en Galilée.
• Sur le silence des femmes, cf. note TOB sur v. 8.

Question 2

• Comme chez Mc, les femmes viennent pour compléter la sépulture (v. 1 et note TOB) ; Lc souligne leur fidélité à l’observance du sabbat (23, 56).
• Lc  mentionne l’absence du corps du Seigneur Jésus (v. 3 et note TOB) ; sur les deux hommes et leur question (v. 4-5), comparer avec Ac 1, 10.
• Noter aussi la catéchèse (v. 6-7), renvoyant aux paroles de Jésus et au « il faut que… » cf. encore en 24, 25-27 et 24, 44. Sur la Galilée (v. 6), voir la note BJ et TOB.
• Lc raconte leur annonce aux Onze (v. 9) et leurs réactions (v 10-11).
• Noter encore les deux autres récits de Lc 24.

Question 3

• Les femmes viennent voir le sépulcre : v. 1 et note TOB et BJ ; cf. Mt 27, 65-66.
• Mt nous fait ensuite assister à l’ouverture du tombeau (v. 2-3 et notes TOB) et il souligne l’intervention de Dieu : le tremblement de terre (note TOB ; cf. Mt 27, 51 +) ; l’Ange du Seigneur roula la pierre, s’assit dessus ; les gardes devinrent comme morts. (v. 4 et note TOB).
• Le message aux femmes : ne craignez pas, vous … (cf. les apparitions dans l’AT) ; puis le message pascal (v. 6 et note TOB) et leur envoi vers les disciples (v. 7).
• La double réaction des femmes : crainte et grande joie (v. 8) ; cf. Mt 2, 10.
• Noter encore les v. 9-10 et note BJ sur v. 10.

ETUDES DE TEXTES SYNOPTIQUES

Tous les chrétiens savent qu’il y a quatre Évangiles, mais tous n’ont pas pleinement conscience de la richesse que cela représente pour notre connaissance de Jésus Christ. Beaucoup pensent que les quatre Évangiles sont plus ou moins identiques, comme le seraient quatre versions, dans la même langue, d’un ouvrage unique. Mais les quatre Évangélistes sont de véritables auteurs, des auteurs différents qui, à partir des traditions qui leur sont parvenues, nous offrent chacun à sa manière,  un « écho » de cet événement inouï de l’Incarnation, de la présence de Dieu parmi nous, dans une véritable vie humaine.
Les Évangiles nous parlent surtout des deux ou trois dernières années de la vie de Jésus : son ministère, sa vie publique, sa mort et sa Résurrection.
Mais les auteurs des Évangiles ne sont ni des « reporters » ni des historiens. Ils n’entendent pas « couvrir un évènement », ni nous raconter ce qui se serait passé quelques décennies plus tôt dans le pays de Palestine.
Les Évangélistes sont des croyants et ils écrivent pour des communautés de croyants. Ce qu’ils ont reçu concerne la personne de Jésus de Nazareth, son message, sa vie, sa mort. Ces faits donnent sens à leur vie et ils voudraient les partager avec ceux qui les liront.

De Jésus aux Évangiles

La plupart des évènements que nous rapportent les Évangiles se sont passés en Palestine dans les années 27-30. Il y a de bonne raison de penser que Jésus a été crucifié juste avant la fête de la Pâque de l’an 30, mettant ainsi fin à son ministère qui s’est déroulé dans les trois années précédentes.
La Pâque juive de l’an 30 marque ainsi l’origine de la foi chrétienne : les apparitions du Christ Ressuscité ont ouvert les disciples à une compréhension nouvelle de la vie et de la mort de Jésus. Par sa Résurrection, Jésus inaugurait un monde nouveau ; il se révélait comme le Premier-né d’entre les morts.

Mais il faudra du temps aux disciples pour accueillir cette Bonne Nouvelle et pour trouver les mots qui leur permettront de l’exprimer. Tout naturellement, ils font appel à l’expérience qu’ils ont eue avec Jésus, à ce qu’il a dit, à ce qu’il a fait.

Ce sont d’abord les évènements de la Passion qui ont été racontés ; ensuite certains ont commencé à recueillir et à mettre par écrit des paroles de Jésus dont on se souvenait.

Plus tard, dans le troisième tiers du premier siècle, vont apparaitre les Évangiles que nous connaissons : Mc d’abord, puis Mt et Lc, et enfin Jn. Ecrits dans des milieux différents, ces Évangiles reflètent les points de vue particuliers de leurs auteurs, en lien avec leurs préoccupations et leurs projets.

Parmi ces écrits qui présentaient Jésus et son message, l’Église en a retenu quatre, et ceci dès le 2ème siècle : un témoignage « tétramorphe » selon l’expression de s. Irénée. Certains auraient préféré un seul Evangile (Tatien avec le Diatessaron, – un à partir de quatre -, ou Marcion, privilégiant le texte de Luc et éliminant tout ce qui rappelait (trop, à son goût,) l’AT)

Un trésor à explorer

Durant le Concile de Vatican II, la Commission Biblique Pontificale a publié, en avril 1964, un document sur la Vérité historique des Évangiles pour aider les évêques qui travaillaient sur le chapitre que Dei Verbum consacre au NT. Je voudrais citer ici deux passages de ce document :

Tout d’abord, l’introduction au chapitre II qui nous invite à nous souvenir du temps qui sépare l’expérience que les disciples ont faite avec Jésus (dans les années 27-30) du moment où les Évangiles que nous connaissons furent écrits (entre 65 et 90).

« Pour établir comme il faut la solidité de ce que nous rapportent les Evangiles, l’exégète doit prêter toute son attention aux trois étapes de la transmission par lesquelles l’enseignement et la vie de Jésus sont parvenus jusqu’à nous. »

Ces étapes sont

– 1) le temps de Jésus et de son ministère
– 2) la prédication apostolique et la formation des écrits
– 3) la rédaction des Évangiles

Le second passage concerne la rédaction des Évangiles :

« Cette prédication transmise d’abord oralement – livrée ensuite par écrit : car beaucoup s’employèrent « à composer un récit des événements » qui concernait le Seigneur Jésus – les Auteurs sacrés la consignèrent dans les quatre Évangiles pour le bien des églises, selon une méthode adaptée au but particulier que chacun d’eux se proposait. Ils choisirent certains éléments parmi ceux qui avaient été transmis, ils en résumèrent quelques-uns, ils en développèrent d’autres, eu égard à l’état des églises. ( …) Les Auteurs sacrés choisirent de préférence parmi tout ce qu’ils avaient reçu ce qui était le plus utile à leur propos et aux différentes conditions des fidèles et ils le racontèrent de la façon qui correspondait à ces conditions comme aussi au but qu’ils s’étaient fixé.
Puisque le sens d’un énoncé dépend du contexte, les Évangélistes, livrant les paroles et les gestes du Sauveur, les interprétèrent pour l’utilité des lecteurs, l’un dans tel contexte, l’autre dans tel autre. C’est pourquoi l‘exégète doit rechercher quelle est l’intention de l’Évangéliste quand il rapporte une parole ou un fait d’une certaine manière et les place dans un certain contexte. »

Comme on le voit, ce document de la Commission Biblique Pontificale nous encourage à lire les Évangiles en prenant acte de tout le travail humain que ces textes supposent et en profitant de la richesse de leur diversité. C’est aussi ce que voudrait offrir ce dossier en l’appliquant aux textes synoptiques.

Pour faire ce travail, il est utile de disposer d’une Synopse, c’est- à- dire une présentation des différents textes en colonnes parallèles pour les avoir sous un même regard :
– Ce qui présuppose que ces textes soient comparables ;
– Ce qui permet de faire ressortir les accords et les différences, les ajouts et les silences.

Le texte d’une synopse doit obéir à certains principes :
– Il doit être le texte original,
– ou, au moins, une traduction littérale, mot à mot, rendant toujours le même terme grec par un même mot français, et respectant l’ordre des mots de l’original.

Actuellement, en langue française, la synopse biblique la plus utilisée est la Synopse des quatre Évangiles, (BB) de P. BENOIT et M.-E. BOISMARD

Travailler un texte synoptique

Pour travailler un texte synoptique, il faut tout d’abord s’habituer à un vocabulaire et ensuite partir d’une hypothèse de travail, qui n’explique pas tout mais qui permet de (mieux) comprendre le travail des Évangélistes à partir de la tradition qui leur était parvenue.

Une question de vocabulaire

On a pris l’habitude de classer les textes des trois premiers Évangiles en différentes catégories :
– La triple tradition : quand un même passage se lit en Mt-Mc-Lc
– La double tradition : quand un passage se lit en Mt et Lc (tradition non-marcienne)
– La tradition simple : quand un texte ne se lit qu’en un seul Évangile.

Une hypothèse de travail, la plus souvent présupposée par les commentateurs des Évangiles synoptiques : les Deux Sources

A l’origine des trois premiers Évangiles, il y aurait deux sources principales : Mc (un texte proche de celui que nous lisons aujourd’hui en Mc) et une deuxième source, (Quelle) que l’on peut partiellement reconstituer à partir de ce qui est commun à Mt et à Lc (mais qui ne se lit pas en Mc).

L’hypothèse est que Mt et Lc ont connu et utilisé le texte de Mc. De plus, ils ont eu à leur disposition cette autre Source (qui ne nous est pas parvenue) contenant surtout des paroles (logia) de Jésus A cela s’ajoute pour chacun des Évangélistes des informations qui lui étaient particulières. Celles-ci sont plus ou moins importantes : ainsi elles peuvent représenter presque la moitié du texte de Lc et environ un quart de celui de Mt.

N.B. : un texte qui se lit seulement en Mc-Mt ou seulement en Mc-Lc n’appartient pas à double tradition. Selon l’hypothèse de travail proposée, il s’explique par le fait que, dans ces cas, un seul des deux Evangélistes (Mt ou Lc) a utilisé le texte qu’il lisait en Mc.
L’étude d’un texte synoptique comprend plusieurs étapes

schema sources petit

– Repérer ce qui est semblable dans deux (ou trois) textes.
– Noter qui est différent (même parfois des indices très mineurs)
– Chercher à comprendre la signification des différences relevées.

1) Comparer les textes

– Pour cela, il faut disposer des textes tirés d’une synopse, disposés selon les cas, sur deux ou trois colonne parallèles).
– Le travail commence par un coloriage qui met en valeur ce qui est semblable et ce qui est différent dans le texte de chacun des Évangélistes.
– Pour ce travail sur le texte, il est recommandé d’utiliser des couleurs différentes pour chacun des Évangélistes : par exemple, les couleurs fondamentales et leurs mélanges.

Ce qui est particulier à Mc : bleu
Ce qui est particulier à Mt : rouge
Ce qui est particulier à Luc : jaune

Pour ce qui est commun aux trois : brun foncé-noir

Pour ce qui est commun à Mt et Lc : orange
Pour ce qui est commun à Mc et Mt : violet
Pour qui est commun à Mc et Lc : vert

– Le coloriage des textes : souligner chaque mot (ou ensemble de mots) selon les couleurs indiquées ci-dessus. Si un mot est identique, mais la forme est différente : on peut le souligner en pointillé. Ainsi apparait ce qui est commun aux trois Évangiles ; ce qui est commun à deux d’entre eux ; ce qui est propre à un seul Évangéliste.

– Ce premier travail permet de mettre en relief les différences de forme, mais aussi les ajouts ou les omissions des différents textes. Nous découvrons ainsi le travail des Évangélistes : ce qu’ils ont reçu de leur(s) source(s) et ce qu’ils ont ajouté ou omis ou encore, modifié.

Comparer aussi les contextes :

– Est-il identique dans les différents Évangiles ?
– Quel pourrait être l’ordre primitif ?
– Qui a modifié cet ordre ? Pourquoi ? Quelle signification ?

Pour faire ce travail sur le contexte, il est souvent plus facile de vous servir de votre Bible (BJ ou TOB) que d’une synopse.

2) Etudier les textes

a) Quand il s’agit d’un passage appartenant à la triple tradition, l’hypothèse de travail (ci-dessus) nous invite à commencer l’étude par le texte de Mc :

– Que dit ce texte de Mc ? Quel est le genre littéraire utilisé ? Quel message ?
– Noter ce qui a été repris par Mt et Lc (en brun foncé-noir) ?
– Noter ce qui a été repris seulement par Mt (en violet) ou seulement par Lc (en vert) ?

Faire ensuite le même travail sur les textes de Mt et de Lc :
– Le contexte est-il le même dans chacun des Evangiles ? Quel changement éventuel ?
– Qu’est-ce que ces deux Evangélistes ont repris du texte de Mc ?
– Qu’ont-ils omis ou qu’ont-ils ajouté au texte de Mc ? Quelles significations ?

– Quel est le sens du texte de Lc ? Son message ?
– Quel est le sens du texte de Mt ? Son message ?

b) Quand il s’agit d’un passage appartenant à la tradition double (en Mt et Lc), nous n’avons pas la Source à notre disposition :

– Souligner ce qui est commun aux deux Évangélistes (en orange).
– Souligner ce qui est particulier à Mt (en rouge) et ce qui est particulier à Lc (en jaune).
– Quel est le message de Mt ? Et celui de Lc ?

c) Concernant les textes qui se lisent seulement en Mc-Mt, ou seulement en Mc-Lc : on peut se poser la question : pourquoi Lc ou Mt n’a-t-il pas repris ici le texte qu’il trouvait en Mc ?

Le dossier proposé

Ce dossier présente un choix de 12 textes parmi bien d’autres possibles. Il commence par des études plus simples pour permettre de se familiariser avec la démarche avant d’aborder des textes plus longs ou plus difficiles.

D’autre part, il contient des textes appartenant aux différentes situations évoquées ci-dessus : à la triple tradition (no. 1. 2. 8. 10. 11. 12), à la double tradition (no. 3. 4. 5. 6. 7), ainsi qu’un texte qui se lit en Mc et Mt (no. 9).
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LA SYMBOLIQUE DANS L’EVANGILE DE JEAN

jarresSous ce titre « la symbolique dans l’Evangile de Jean », se cache souvent la question de l’historicité de ce que rapporte cet Evangéliste au sujet de Jésus : est-ce que c’est « vrai » ? En effet, quand il lit l’Evangile de Jean, le lecteur note immédiatement une différence avec les Evangiles synoptiques. Alors que les trois premiers Evangiles nous présentent un parcours de Jésus, de Galilée à Jérusalem, après le baptême prêché par Jean-Baptiste jusqu’à la Pâque où il meurt (cf. Ac 10, 37ss), Jean nous parle d’un ministère de Jésus s’étendant sur plus de deux années (cf. les 3 fêtes de la Pâque juive : Jn 2, 13 ; 6, 4 ; 11, 55) et qui se déroule principalement à Jérusalem (Jn 5. 7-12 ; 13-20). Mais ce qui frappe encore davantage le lecteur, c’est la manière dont s’exprime Jésus dans cet Evangile. Le langage est différent et surtout les dialogues prennent ici une place beaucoup plus importante : l’entretien avec Nicodème (Jn 3), avec la femme de Samarie (Jn 4),  le discours sur l’œuvre du Fils (Jn 5) ; le discours du Pain de vie (Jn 6), les enseignements durant la fête des Tentes (Jn 7-8), puis le (ou les) discours après la Cène (Jn 13-17). D’autre part, le lecteur remarque que les « miracles » de Jésus sont bien moins nombreux que dans les Synoptiques, mais ils prennent une autre dimension. Jean n’en garde que 7 – même s’il nous dit qu’il y en a bien d’autres : cf. Jn 20, 30 et 21, 25 – et plutôt que de les présenter comme des manifestations de puissance (dynameis), il parle de « signes » (sémeia) qui révèlent la personne du Fils. C’est aussi du Fils, de la personne de Jésus, que traitent directement les controverses, même si elles sont parfois suscitées par le problème du sabbat (Jn 5, 16 ; cf. 9, 18). En effet, chez Jean l’identité de Jésus est dévoilée au lecteur dès le Prologue (Jn 1, 1-18) et elle prend une grande place dans la suite du récit. Comme l’écrit E. COTHENET « Dans Jn, les disciples reconnaissent d’emblée Jésus comme Messie (1, 41.45.49) et lui, de son côté, multiplie les déclarations sur sa personne (ainsi 4, 25 ; 8, 58 ; 10, 36-38). A la pédagogie progressive que Mc a systématisée par l’ordre du « secret » s’oppose la révélation en clair de la personne du Maitre, selon le but que Jn s’est assigné. (20, 30s) ». (dans Introduction à la Bible, Nouvelle Edition, sous la direction de A. GEORGE et P. GRELOT, Tome III, Volume IV : La Tradition johannique, Paris 1977, p. 225)

Ecrire un Evangile

Pour essayer de comprendre ce problème, il faut d’abord donner toute sa signification à ce que l’auteur nous dit, au terme de son Evangile : « Jésus a opéré sous les yeux des disciples, bien d’autres signes qui ne sont pas consignés dans ce livre. Ceux-ci l’ont été pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30-31) Jean ne veut pas simplement nous raconter la vie de Jésus, comme le ferait un auteur qui s’intéresse à un personnage du passé ; il veut partager sa foi avec ceux qui le liront. Il entend, certes, nous parler de Jésus de Nazareth (cf. 1 Jn 1, 1), mais il nous en parle à la lumière de la foi pascale, comme il le dit explicitement (2, 17.22 ; 12, 16 ; 13, 7 ; 20, 9). Ce travail d’anamnèse est l’œuvre du Paraclet (14, 15 ; 15, 26 ; 16, 7-11.13.15) : « Seule la rétrospective pascale agie par l’Esprit permet de découvrir le sens achevé de l’incarnation, du ministère terrestre, de la Passion et de l’élévation du Fils. L’évangile est donc par excellence un témoignage rendu au Christ incarné, dans la force de l’Esprit, lequel à la fois conserve le souvenir du Christ terrestre et en dit l’actualité pour l’aujourd’hui de la foi. » (J. ZUMSTEIN, dans Introduction au Nouveau Testament, sous la direction de D. MARGUERAT, Genève 2004, p. 364 Cette relecture porte, tout naturellement, la marque de son auteur : elle est « johannique » et elle veut répondre aux besoins de la communauté dans laquelle et pour laquelle elle est faite. Comme le disait le Document de la Commission Biblique Pontificale (1964), sur la Vérité des Evangiles, Sancta Mater Ecclesia : « (Les auteurs sacrés) choisirent certains éléments parmi ceux qui avaient été transmis, ils en résumèrent quelques uns, ils en développèrent d’autres, eu égard à l’état des églises. Ils s’efforcèrent de faire connaitre à leurs lecteurs la solidité des paroles dont ils avaient été instruits. En effet, les auteurs sacrés choisirent de préférence parmi tout ce qu’ils avaient reçu ce qui était le plus utile à leur propos et aux différentes conditions des fidèles et ils le racontèrent de la façon qui correspondait à ces conditions comme aussi au but qu’ils s’étaient fixé. » Avant d’aborder la symbolique de l’Evangile de Jean, je voudrais encore ajouter quelques clarifications sur les deux notions d’histoire et de symbole.

L’histoire

Quand on parle de l’histoire des Evangiles (ou de la Bible), on ressent souvent un malaise. On entend souvent la question : est-ce que c’est vrai ? sous-entendu : est-ce que les choses se sont bien passées ainsi ? est-ce « historique » ? Beaucoup restent encore marqués par la conception positiviste de l’histoire du 19ème siècle, et par l’apologétique déployée par les croyants contre ceux qui, à partir de cette conception de l’histoire, s’attaquaient à la foi biblique et chrétienne. Selon cette conception positiviste de l’histoire, certains auraient voulu décaper les Evangiles de tous les apports dus aux premiers chrétiens pour accéder à des faits bruts du ministère de Jésus et atteindre un noyau historique incontestable. Mais on ne peut pas faire de l’histoire comme on fait des sciences naturelles ! Voici ce qu’écrivait H.-I. MARROU dans son livre De la connaissance historique, (1954), où, après avoir souligné que l’histoire est notre connaissance du passé, basée sur les documents qui nous sont parvenus et à travers le regard d’un historien, il faisait une application au sujet qui nous intéresse plus directement : « Prenons comme exemple l’interprétation des Evangiles canoniques. Que de temps perdu par la « critique » à rechercher la crédibilité du témoignage qu’ils portent sur les événements de la vie de Jésus. Nous commençons seulement (…) à nous rendre compte qu’il fallait d’abord comprendre ce qu’était un Evangile : ce n’est pas un recueil de procès-verbaux, de constats d’évènements, plus ou moins exacts ou tendancieux, plus ou moins fidèlement transmis ; l’auteur ne se proposait pas de fournir un jour une documentation à l’histoire historicisante, mais bien autre chose : il voulait, dans la perspective existentielle de la catéchèse ecclésiastique, transmettre à ses lecteurs la connaissance du Christ, nécessaire au salut ; pour élaborer cette image de Jésus, il a pu être amené à toute une manipulation de ses sources qui nous déconcerte peut-être (par son indifférence, par exemple à la chronologie), mais qu’il serait naïf de qualifier de falsification ou de mensonge. » (op. cit. p. 107-108) En effet, comme il le dit plus loin : « Connaissance de l’homme par l’homme, l’histoire est une saisie du passé par, et dans, une pensée humaine, vivante, engagée. Elle est un complexe, un mixte indissoluble de sujet et d’objet. (…) Qu’il entre, et de façon irréductible, quelque chose de l’historien dans la composition de l’histoire n’empêche pas qu’elle puisse être aussi, du même coup et en même temps, une appréhension authentique du passé. » (op .cit. 232)

Le symbole

Abordons maintenant le problème que pose le symbole à notre culture moderne marquée par une pensée rationnelle et scientifique. Le terme nous vient du grec, à travers le latin. Symbole, (sumbolon, de sunballein = jeter/ mettre ensemble) : un symbole est une figure ou une image qui sert à désigner une chose le plus souvent abstraite, une idée ou un concept. Le symbole nous renvoie à autre chose que nous ne pouvons atteindre directement. Comme l’écrit X. LÉON-DUFOUR « pour le comprendre, il faut avant tout admettre que mot « symbolique » ne s’oppose aucunement à « réel » en dépit des mentalités habituées à une présentation ontologique du monde Il faut faire une véritable conversion mentale en saisissant ce qui différentie le symbole du signe. (…) La fumée est signe du feu ; fumée et feu sont deux réalités du même ordre, existant indépendamment de l’esprit qui les perçoit ; c’est pourquoi, on ne peut pas dire que la fumée « symbolise » le feu. « En d’autres cas, le signifiant évoque d’emblée autre chose, une réalité qui appartient à un autre ordre et ne peut être saisie que par l’esprit de l’homme. (…) Selon la « performance » du locuteur ou la « compétence » de l’interlocuteur, le « signifiant « eau », par exemple, peut symboliser la fraicheur, la fécondité, la destruction…(…) ; l’eau n’est pas un « symbole » en soi ; c’est l’esprit de l’homme qui, à partir de sa culture ou de son inconscient, entre en communion avec tel ou tel aspect d’un signifiant qui est déjà lourd de ce que l’esprit peut y mettre ou y découvre. Ainsi il en détermine ou en perçoit la valeur symbolique. » (Le Partage du Pain Eucharistique, p. 151-152). Je reviendrai encore sur ce point en parlant de la symbolique johannique. Or, comme l’écrivait P. GRELOT : « Aucune religion ne peut se passer de symboles, soit pour exprimer en mots humains sa conception de Dieu et du monde surnaturel, soit pour assurer par des rites sensibles l’union de l’homme avec le divin. » (Sens chrétien de l’Ancien Testament, p. 210) Si la Bible recourt aux symboles, ce n’est donc pas d’abord par souci esthétique. Les symboles sont essentiels, porteurs d’un contenu inépuisable, qui ne pourrait pas être exprimé autrement. « Le langage humain y recourt nécessairement dès qu’il veut parler des choses de Dieu. Entre l’expérience sensible et celle des choses de Dieu, il suppose reconnus mille jeux de correspondances, qu’il exploite pour évoquer les secondes à partir des premières. » (op. cit. p. 364) C’est ainsi que l’Ancien Testament reprend – en les rectifiant si nécessaire à partir de la foi biblique – les mêmes représentations que l’on peut trouver dans les paganismes environnants (par ex. l’image de Dieu, roi avec sa cour divine ou de Dieu, berger de son peuple). Le Nouveau Testament apporte un fait nouveau qui bouleverse la perspective : l’Incarnation. « Il en découle deux conséquences. En premier lieu, le contact historique des hommes avec le Verbe fait chair (cf. 1 Jn 1, 1) fournit une base nouvelle de la connaissance de Dieu ; les vieux symboles, fondés sur des analogies humaines et déjà rectifiés par l’Ancien Testament, sont à réinterpréter en fonction d’elle. En second lieu, l’union des hommes avec Dieu, se trouve effectivement réalisée, non plus à travers des rites symboliques, mais dans la personne même de Jésus, Verbe fait chair. » (op. cit. p. 212-213) Sans la symbolique nous ne pourrions pas exprimer le contenu de notre foi chrétienne qui ne relève pas du domaine historique, si ce n’est pour l’historicité de la personne de Jésus de Nazareth.

La symbolique dans l’Evangile de Jean

L’écriture johannique de l’Evangile met davantage en valeur le symbolisme, même si cela ne lui pas réservé ; les Synoptiques le font également. « Aucun évangéliste ne prétend raconter les événements du passé sans les interpréter selon leur signification pour l’aujourd’hui du lecteur ; chacun livre le témoignage de sa communauté ecclésiale sur les faits qui en fondent l’existence et la foi » écrit X. LÉON-DUFOUR, Lecture de l’Evangile selon Jean, tome I. p. 13) Mais Jean nous en donne clairement la raison : durant sa vie terrestre, « Jésus n’a pas pu révéler en toute clarté le mystère qui le concernait et nous concernait (…) mais il a pu déposer dans le cœur des disciples des paroles au caractère « séminal. » C’est pourquoi, après le départ de Jésus, cette révélation s’est poursuivie ou plutôt a été rendue présente sous un autre mode grâce au don de l’Esprit (Jn 14, 16. 26). (Cf. op. cit. p. 14) En effet, « au fondement de l‘ « opération symbolique » pratiquée par l’évangéliste Jean il y a son affirmation que « le Logos est devenu chair » et donc que les réalités sensibles (lumière, eau, pain, porte…), tout comme les personnages qui gravitent autour de Jésus, sont, chacun à sa manière, porteurs de la Parole de Dieu pour moi aujourd’hui. » (X. LÉON-DUFOUR, Le Partage du Pain Eucharistique, p. 301) Comme je l’ai mentionné ci-dessus, la place donnée au symbolisme a parfois jeté le doute sur la valeur historique du Quatrième Evangile. Mais sur bien des points, les historiens donnent aujourd’hui raison à Jean sur les différences relevées entre son Evangile et les Synoptiques : ainsi pour ne citer que quelques-unes : la durée du ministère de Jésus avec la triple mention de Pâque, la date du dernier repas et celle de la crucifixion le Jour de la Préparation de la Pâque (Jn 19, 14); la mention du Lithostrôtos – dallage – (Jn 19, 13 et note TOB). Comme le notait aussi A. JAUBERT, « il faut pénétrer lentement dans l’univers des signes où se meut le IVe évangile (…) A une longue fréquentation de l’évangile, doit se joindre la connaissance du contexte culturel, du symbolisme biblique et oriental pour que soient saisies correspondances, évocations, suggestions. » (Approches de l’Evangile de Jean, p. 54) En désignant les miracles de Jésus par le mot sèmeion (signe), plutôt que par dunamis (puissance), l’auteur nous invite à voir dans les œuvres étonnantes de Jésus, non l’acception de puissance mais celle de signification. Ainsi pour le miracle de Cana, le début des « signes » de Jésus (Jn 2, 11). « L’auditeur est orienté vers une compréhension qui dépasse le sens immédiat du texte et l’amène à saisir un sens caché, christologique. Jésus donne un vin excellent (meilleur que le précédent : 2, 10), un vin de noces, surabondant qui évoque la prodigalité attendue pour les temps messianiques (…) L’emploi du terme sèmeion n’est qu’un des points où le langage de Jean relève d’une symbolique qui est diffuse dans tout l’évangile. Si tout est « signe » pour Jean, c’est que tout acte de Jésus – toute attitude, tout geste – est lourd de signification ; c’est une « parole » que le Logos fait chair adresse à l’homme. La vie de Jésus, aux yeux de l’auteur, a été pour ceux qui ont su la déchiffrer une épiphanie permanente (Nous avons vu sa gloire : 1, 14). C’est pourquoi, chez Jean, il est rare qu’une scène ne comporte pas de double sens, ou même plusieurs sens qui n’apparaissent pas immédiatement.» (op. cit. p. 54-55) Pour cela, l’évangéliste met à l’œuvre différents procédés : – La symbolique des chiffres : les 6 jarres (Jn 2, 6), les 153 poissons (21, 11) ; le nombre 7 (pour les « signes » et pour les « Je suis » suivis d’une précision…) – Les mots à double sens : naître anôthen : de nouveau / d’en haut (3, 3) ; le Fils de l’Homme qui doit être élevé, comme le serpent (3, 14), mais aussi élevé en gloire (8, 28 ; 12, 32.34) ; notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller (11, 11). – Le quiproquo : une parole de Jésus, qui n’est pas immédiatement compréhensible par son interlocuteur et provoque une demande d’explication : ainsi dans les dialogues avec Nicodème, avec la Samaritaine. (cf. sur ces points, op. cit. 55-62). Ce symbolisme johannique est un langage au service d’une catéchèse ; par ces images, l’auteur essaie de traduire ce que représente le Christ pour la communauté croyante. Grâce au don du Paraclet (Jn 14, 26 ; 16, 13), le croyant peut maintenant entrer peu à peu dans le mystère du Fils, comme l’Evangéliste nous le dit expressément en Jn 2, 22 et 12, 16. Mais comme l’Evangéliste le dit explicitement, cette démarche se fait en deux temps : le temps des auditeurs contemporains de Jésus et celui des lecteurs de l’Evangile à la lumière des événements de Pâques : ainsi pour la parole sur le Temple (Jn 2, 19-22). Ainsi en Jésus s’accomplit toute l’Ecriture (cf. Jn 19, 28-30) : « c’est pourquoi sur le Christ johannique s’achèvent les grands symboles de l’histoire d’Israël, dont beaucoup s’étaient enrichis de nouvelles harmoniques dans le judaïsme tardif : l’image de l’eau et du puits, le thème de l’Epoux, de l’Agneau, du Pasteur, de la Vigne, de la Manne… » (op. cit. p. 111) Voici quelques exemples bien connus où Jean fait usage du symbolisme pour nous exposer le mystère de Jésus.

Jn 2, 1-12 : Le commencement des signes

Dans le Quatrième Evangile les premiers disciples de Jésus lui viennent directement de Jean-Baptiste. (Jn 1, 35ss). Or leur première expérience avec Jésus est la participation à des noces (2, 1-2). Cette mention de noces nous renvoie à un thème bien connu de la Bible, depuis Osée (Os 2. 4ss), Jérémie (Jr 2, 2ss), le Deuxième Isaïe (Is 54, 1-10 et note BJ sur le titre), pour parler de l’alliance que Dieu avait conclue avec Israël (cf. Ex 19, 3-8 ; 24, 1-11). Mais la fête, à laquelle Jésus et ses disciples sont invités (v. 2), risque de tourner court car le vin vient à manquer. A la demande de sa mère, Jésus va faire « le commencement des signes » (v. 11) en donnant abondamment du vin, meilleur que celui servi jusque-là (v. 10). Ce récit n’est pas pour l’Evangéliste un récit biographique ou celui d’un prodige merveilleux. Il s’agit d’une noce, et pourtant on ne parle pas de la mariée ; le marié est à peine évoqué (v. 9). On remarque, par contre, l‘importance donné au dialogue entre Jésus et sa mère (v. 2-5), les détails sur les jarres (nombre : 6 ; la matière : de pierre ; leur usage : pour les purifications des Juifs) ; également l’insistance sur le rôle et l’obéissance des serviteurs (v. 5. 7. 8). La parole de la mère de Jésus aux serviteurs (v. 5) peut faire référence à Ex 19, 8 et 24, 3. 7 ainsi qu’à Gn 41, 55. A noter encore la mention du temps : « le troisième jour… » (v. 1) où certains voient l’achèvement de la « semaine inaugurale » (cf. les notes de BJ et TOB sur v. 1).Mais l’expression « le troisième jour » peut aussi nous nous renvoyer aux grandes manifestations de Dieu pour son peuple (Ex 19, 11 et 16 ; Gn 22, 4 ; Os 6, 2). On peut encore signaler le titre de « Femme » que Jésus donne ici à sa mère (ce qu’il  fera encore en Jn 19, 26) : comme l’écrit, X. LÉON-DUFOUR « il ne se rapporte sans doute pas à la première Femme, ce qui ferait de Marie une nouvelle Eve ; il évoque la Sion idéale, elle-même représentée dans la Bible sous les traits d’une femme et plus précisément ceux d’une mère. Marie personnifie la Sion messianique qui rassemble autour d’elle ses enfants lors de la fin des temps. En toute vérité, elle est d’abord la personnification d’Israël. « Dans le cadre d’une noce au cours de laquelle la mariée n’apparait pas, c’est la mère de Jésus qui tient lieu de Sion, qui est l’épouse Israël. (…) Dans les servants, on pourrait voir Israël soucieux d’obéir à l’Envoyé de Dieu ; ils expriment le désir actif des croyants de l’ancienne Alliance. Tout ce qu’ils peuvent faire, ils le font : remplir les jarres de purification avec de l’eau à ras bord. » (Lecture de l’Evangile selon Jean, tome I, p. 223-224). Les Pères de l’Eglise aimaient à souligner que Jésus s’était servi de l’eau (mise dans les jarres) pour donner ce vin merveilleux ; pour eux cela signifiait que l’alliance de Dieu avec Israël est devenue, par Jésus, l’alliance nouvelle, de même qu’à Cana, l’eau était devenue du vin (v. 9). A la fin du premier chapitre, Jésus disait à Nathanaël : « tu verras des choses bien plus grandes… (1, 50). Dans notre récit, il dit aux serviteurs : « Puisez maintenant et portez-en au maitre du repas. ». Je cite encore X. LÉON-DUFOUR : « par la présence de Jésus (…) l’Alliance de Dieu avec les hommes va s’accomplir. Le moment est inaugural et il s’actualisera au long de la vie de l’Eglise, où sera puisé et goûté de jour en jour le produit de l’eau et de la parole. Ce « maintenant » ouvre une présence qui ne cessera plus. (…) « L’eau de la création est devenue l’eau de la purification ; ensuite c’est à travers les jarres que cette eau peut, à la parole de Jésus, devenir du vin. L’alliance noachique, qui signifie la présence de Dieu à toute la création, a été recueillie par Israël, et c’est à travers Israël que Jésus la reprend pour être consommée dans l’alliance définitive. » (id. p. 238- 239).

Jn 3, 11-18 : Comme le serpent dressé au désert …

On ne peut comprendre ce que Jean veut nous dire dans ce passage de son Evangile sans faire référence à l’épisode des serpents brûlants, que l’on trouve en Nb 21, 4-9 et à sa relecture en Sg 16, 6, 10. Comme nous le dit la note TOB sur Nb 21, 8 : « Le symbole du dieu guérisseur (un serpent enroulé autour d’une perche) était souvent représenté dans l’Antiquité. Notre récit pourrait être une tentative d’assimilation d’un culte païen rendu à un tel dieu. Les éléments étrangers à la foi d’Israël sont éliminés, et c’est le Seigneur lui-même qui offre à son peuple ce moyen de guérison. » Au 1er siècle avant notre ère, l’auteur de la Sagesse relit ainsi cet épisode lié aux évènements du désert lors de la sortie d’Egypte ; il écrit : « En effet, quiconque regardait (le serpent) était sauvé, non par l’objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous (…) car ta miséricorde vint à leur rencontre et les guérit, (…) Ni herbe ni pommade ne vint les soulager, mais ta Parole, elle qui guérit tout » (Sg 16, 7. 10. 12). Ainsi pour l’auteur de la Sagesse, la guérison provenait du Dieu unique et universel et de sa Parole, (la LOI de Moïse). En Jean, cette Parole qui sauve a pris un visage, celui de Jésus et cette guérison annonce le mystère pascal : « Comme Moïse a élevé le serpent au désert, il faut que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que quiconque croit, ait en lui la vie éternelle. Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que tout homme qui croit ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 14-16)

Jn 6 : Jésus, le Pain de Vie

Le miracle des pains est le seul miracle de Jésus que nous lisons dans les quatre Evangélistes ; tous soulignent son importance (cf. la note de BJ sur Mt 14, 13 et celle de TOB sur Jn 6, 1) en le mettant en relation avec le don de la manne, où Dieu avait autrefois nourri son peuple, et surtout avec le récit de l’institution de l’Eucharistie. Ce signe marque aussi le sommet et le terme de l’activité de Jésus en Galilée ; il prépare la « confession » de Pierre et des apôtres. (Mt 16, 16ss et par ; Jn 6, 68-69). Le texte de Jean (comme celui de Lc) est apparenté au premier récit du miracle des pains que rapportent Mc et Mt : il faudrait 200 deniers pour faire face au besoin de cette foule de plus de 5000 convives ; or on ne dispose que 5 pains et 2 poissons ; pourtant après le repas, on pourra remplir 12 paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge qui étaient restés à ceux qui avaient mangé. Et ce miracle des pains est suivi, chez Jean comme en Mc et Mt, d’un miracle sur la mer (Jn 6, 16-21). Le texte de Jean contient plusieurs notations qui lui sont particulières : la mention de la Pâque (6, 4), des 5 pains d’orge (6, 9 ; 2 R 4, 42-44), de l’abondance de l’herbe à cet endroit (v. 10 ; cf. Mc 6, 39 et note TOB : cf. Ps 23 ?). En Jean, c’est Jésus lui-même qui distribue le pain et les poissons aux nombreux convives (6, 11). A noter encore la remarque de l’Evangéliste sur la connaissance de Jésus (6, 6 et note TOB). Mais ce qui frappe le lecteur de Jn, c’est surtout le grand discours qui fait suite au miracle des pains (Jn 6, 26ss). Comme le dit Jésus à ceux qui, le lendemain, sont à sa recherche, ils auraient dû voir dans ce miracle des pains le « signe » d’un don plus grand que Dieu leur offrait en sa personne : « vous me cherchez, non parce que nous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui donne la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’Homme.» (6, 26-27) Ce miracle des pains aurait dû d’abord leur rappeler le don de la manne, qui tient une si grande place dans l’Ancien Testament. En Ex 16, 1-36, la manne révélait le soin que Dieu prend pour nourrir son peuple, en lui donnant abondamment chaque jour ce qui lui est nécessaire. Selon Dt 8, 2-3 Dieu préparait ainsi son peuple à pouvoir jouir sans danger des richesses de la terre promise : « il t’a mis dans la pauvreté, afin de t’éprouver pour connaitre ce qu’il y avait dans ton cœur, et savoir si tu allais, oui ou non garder ses commandements. Il t’a mis dans la pauvreté, il t’a fait avoir faim et il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez, pour te faire reconnaitre que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. » (trad. TOB) Cf. encore Dt 8, 16. Plusieurs Psaumes chantent ce don de Dieu : ainsi Ps 78, 24-35 : « Pour les nourrir, il leur donna la manne, il leur donna le froment des cieux ; du pain des Forts l’homme se nourrit, il leur envoya des vivres à satiété. » Et la Sagesse ajoute : « C’est une nourriture d’anges que tu as donné à ton peuple et c’est un pain tout préparé que, du ciel, tu leur as fourni inlassablement. Un pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts. Et la substance que tu donnais manifestait ta douceur envers tes enfants et, s’accommodant au goût de celui qui la prenait, elle se changeait en ce que chacun voulait. » (Sg 16, 20-21) Il faut avoir présent à l’esprit ces textes de l’Ancien Testament et les traditions développées dans le judaïsme pour saisir le message de Jn 6 et les affirmations de Jésus où il se présente comme la nourriture que le Père nous donne : « Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel, c’est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » (6, 32-33) Ce pain que Jésus est lui-même dans sa Parole (celui qui vient à moi, qui croit en moi : v. 34) et dans son corps livré, dans l’Eucharistie (qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle : v. 54ss). Vraiment comme le disait Dt 8, 3 « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. »

Jn 9, 1 41 : Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ?

Ce récit bien connu fait partie d’un ensemble plus large qu’on peut faire commencer à Jn 8, 12 : « Je suis le lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » et qui se poursuit, au-delà de la confession de foi de l’aveugle, au ch. 10 avec les brebis qui connaissent la voix du pasteur (10, 1-21), pour se terminer dans l’échange de Jésus et des Juifs dans le Temple, lors de la fête de la Dédicace (10, 22-39). Les Synoptiques nous rapportent aussi plusieurs guérisons d’aveugles, qui sont des signes de l’accomplissement messianique (cf. la réponse de Jésus à la question de Jean-Baptiste : Mt 11, 5 ; Lc 7, 22). Chez Mc, nous lisons un autre récit assez particulier où Jésus guérit un aveugle en deux temps (Mc 8, 22-26) et cette « guérison difficile et progressive », est placée juste avant la confession de Pierre à Césarée (cf. note TOB sur 8, 22). Mais chez Jean seul, il s’agit de la guérison d’un aveugle de naissance. De plus, la place que l’Evangéliste a choisie pour nous la raconter (après la déclaration de Jésus en Jn 8, 12), l’ampleur qu’il consacre à ce récit, ainsi que la signification donnée par Jésus de cette cécité (9, 2-3) : autant d’éléments qui témoignent de l’importance de ce geste de Jésus. Comme pour la guérison du paralytique de Bethesda (Jn 5), celle-ci a lieu un jour de sabbat (v. 14) et elle est suivie d’un long passage où il est question de l’identité de Jésus (v. 9-34) avant que Jésus ne retrouve l’homme qu’il a guéri. Mais tout au long du chapitre, la symbolique de la lumière est présente : dans le dialogue de Jésus avec les disciples (v. 4-5), dans le parcours de l’aveugle qui « revient voyant », avant d’être reprise par Jésus (voir / ne pas voir) dans les v. 39-41. (cf. X. LÉON-DUFOUR, Lecture de l’Evangile de Jean, tome II, p. 330-331) Mais en Jn 9, l’Evangéliste met surtout en relief le cheminement de l’aveugle, son obéissance à l’ordre donné (v. 7), puis sa découverte, par étapes, de Jésus dans les confrontations avec ceux qui lui demandent compte de sa guérison (v. 11. 17. 25. 29-33) jusqu’à la rencontre finale où il proclame sa foi au Fils de l’Homme (v. 35-38). Comme l’écrit X. LÉON-DUFOUR : « L’homme du récit est aveugle de naissance, et sa cécité ne provient pas du péché. Il ne peut donc être une figure de la condition pécheresse de l’humanité ; son état symbolise une autre ténèbre, native, celle où tout homme se trouve avant d’être éclairé par la révélation du Fils. Dans le Prologue, Jn a défini le Logos comme la lumière qui luit dans la ténèbre (1, 5) ; ici, en présentant l’aveugle-né, il semble remonter à cette origine, car l’illumination des hommes se fait au cours de l’histoire et en chacun d’eux. » (op. cit. 335-336) Ce cheminement de l’aveugle est aussi celui des croyants pour qui l’Evangile a été écrit. Par sa controverse sur le sabbat (v. 14ss), ce texte se situe au temps du ministère de Jésus (dans les années 28-30), mais la mention de l’exclusion de la synagogue (v. 22) ne peut pas être placée avant la fin du premier siècle, dans les années 90, après la réunion de Jamnia et les mesures contre les « hérétiques » (cf. note TOB sur le v. 22). Dans les v. 22-34, l’Evangéliste évoque la situation des Juifs qui croient Jésus et qui sont sommés de choisir : être disciples de Moïse ou de Jésus (v. 27-29), avec les conséquences que cela entraine très concrètement pour eux. Je voudrais citer encore une fois X. LÉON-DUFOUR : « Au terme (du récit), le miraculé ne découvre pas qui est son sauveur sans le dialogue où Jésus se révèle à lui comme le Fils de l’homme. C’est la Parole qui est le don par excellence, permettant à l’homme de passer de la ténèbre originelle à la lumière divine. Et pourtant ! si en 9, 37, « voir » a bien le sens de vision spirituelle, il garde – et même en premier lieu – le sens concret. On peut donc reconnaitre là, en même temps, un rappel de l’incarnation du Logos. » (op. cit. 347-348)

Jn 11, 1 -44 : Je suis la Résurrection et la Vie

La résurrection de Lazare est le 7ème « signe » retenu par l’Evangéliste. Les Synoptiques nous relatent d’autres résurrections opérées par Jésus : celle de la petite fille de Jaïre (Mc 5, 35-43 et par. en Mt et Lc) et celle du fils unique de la veuve de Naïm (Lc 7, 11-17). Mais Jean est seul à nous parler de la résurrection de Lazare, au tombeau depuis 4 jours (Jn 11, 17). Celui qui lit ce récit de Jean est intrigué par le comportement de Jésus : Jésus, nous dit l’Evangéliste, aime Lazare et ses sœurs mais quand il apprend que Lazare est malade, il attend deux jours avant de se mettre en marche (cf. 11, 5-6). Le lecteur remarque aussi les paroles que Jésus adresse aux disciples : « cette maladie n’aboutira pas à la mort, elle servira à a gloire de Dieu, car c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié. » (11, 4) et plus loin, les v. 11-15 : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. » – Les disciples lui dirent donc : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » – Et le narrateur ajoute : En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu’ils se figuraient, eux, qu’il parlait de l’assoupissement du sommeil. Jésus leur dit alors ouvertement : « Lazare est mort, et je suis heureux pour vous de ne pas avoir été là, afin que vous croyiez. » Le lecteur note aussi le peu de place donné au miracle lui-même ; l’intérêt du narrateur est davantage centré sur la rencontre de Jésus avec les sœurs du mort, et spécialement sur le dialogue avec Marthe : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » – Jésus lui dit : » Ton frère ressuscitera. » – « Je sais, répondit-elle qu’il ressuscitera au dernier jour.» – Jésus lui dit : « Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde. » (11, 21-27) Pour l’Evangéliste, c’est là le cœur de son message : Jésus invite Marthe – et lecteur – à passer de sa foi juive en la résurrection à la foi chrétienne : la réanimation de Lazare devient ainsi le « signe » symbolique de la résurrection et de la vie que Jésus offre aux croyants et qu’il est dans sa personne.

Deux remarques pour conclure

Histoire ou / et symbole ?

Comme on peut le voir par ces exemples, le symbolisme tient une grand place dans Jean et il est au mis au service du message de foi que l’Evangéliste veut nous offrir. Un message qui concerne « Jésus, le fils de Joseph » (cf. Jn 6, 42), celui que les disciples ont « vu,… entendu,… ont touché de leurs mains » (cf. 1 Jn 1, 1) et en qui ils ont reconnu le Fils de Dieu. A partir de ce qu’ils avaient vu et entendu, ils ont perçu, à la lumière des évènements de Pâques, une autre réalité dont ils témoignent. Mais cette distance est aussi le fait de tout historien. Il y a toujours une distance entre un évènement et la perception qu’en a celui qui le rapporte. Aussi ce qui est le fait de tout événement de l’histoire se vérifie, d’une manière encore bien évidente, dans la révélation du mystère de Dieu en Jésus Christ. Il ne faut donc pas opposer symbole et histoire. Sans doute comme le reconnaît E. COTHENET « Jean est plus difficile à utiliser par les historiens modernes que les synoptiques » mais il ajoute : « dans l’ordre des miracles, des signes, le vraisemblable est-il la mesure nécessaire du vrai ? » (op. cit. p. 224). Et encore : « La christologie de Jean est le résultat d’une élaboration qui dépasse de beaucoup celle des synoptiques. Mais il n’y a pas un fossé infranchissable entre les deux. » (id. p. 227) Avec d’autres commentateurs, cet auteur reconnaît derrière l’Evangile de Jean une ancienne tradition indépendante, judéenne et antérieure à 66, qui mérite d’être prise en considération pour la connaissance historique de Jésus. Comme je le disais plus haut, (p.3, en citant P. GRELOT), le langage humain a besoin du symbole pour parler des choses de Dieu. Si nous nous posons la question de l’origine de cette écriture johannique, c’est vers la Bible qu’il fait d’abord nous tourner. Comme on peut le lire dans l’Introduction à Jean de la TOB : c’est avant tout « l’enracinement juif et vétérotestamentaire. (…) Si Jean cite rarement l’AT de façon explicite, (…) il utilise néanmoins de nombreuses formules de l’AT et en particulier des thèmes de la littérature sapientiale : l’eau, la nourriture céleste et la manne, le berger, la vigne, le Temple. » (La Bible, TOB, édition 2010, p. 2292). Dans son livre L’Evangile johannique et l’histoire du salut. Etudes de théologie biblique, 1968, O. CULLMANN pouvait écrire : « Avoir compris, grâce à l’Esprit de vérité que, dans les événements rapportés (par Jean), toute l’histoire passée est récapitulée et accomplie et que tout ce qui viendra en sera le déploiement, c’est là ce qui constitue la ‘conscience d’évangéliste’ de notre auteur, que nous ne trouvons avec cette intensité chez aucun autre évangéliste. » (cité par E. COTHENET, dans op. cit. p. 233)

Lire la Bible à la lumière de Vatican II

Les différences que le lecteur peut relever entre l’Evangile de Jean et les autres Evangiles ne sont plus pour lui un obstacle, mais au contraire, peuvent devenir l’occasion de découvrir la richesse de ce témoignage « tétramorphe », pour reprendre une expression que s. Irénée utilisait pour désigner les quatre Evangiles, s’il tient compte de l’enseignement de l’Eglise. En effet, comme nous l’a rappelé le concile Vatican II dans la Constitution sur la Parole de Dieu : « Puisque Dieu dans la sainte Ecriture a parlé aux hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la sainte Ecriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. » (DV no. 12) Ce passage de Dei Verbum exprime clairement ce qu’est la Parole de Dieu : elle n’est pas un message tombé du ciel ; elle n’est pas non plus le rapport neutre et sec des événements du passé. Elle une Parole de Dieu, qui nous est donnée dans une parole humaine véritable, celle de l’auteur humain avec ses mots, ses images, sa compréhension. Et le document de la Commission Biblique Pontificale de 1964, Sancta Mater Ecclesia, que j’ai cité plus haut (en p. 2), précisait encore davantage tout le travail de ceux qui ont rédigé les Evangiles, en soulignant leur souci de transmettre fidèlement le message de la manière qui correspondait le mieux aux conditions des auditeurs et au but qu’il s’était fixé. Ce document (Sancta Mater Ecclesia) ajoutait : « Puisque le sens d’un énoncé dépend du contexte, les Evangélistes, livrant les paroles et les gestes du Sauveur, les interprétèrent pour l’utilité des lecteurs, l’un dans tel contexte, l’autre dans tel autre. C’est pourquoi l’exégète (le lecteur) doit rechercher quelle est l’intention de l’Evangéliste quand il rapporte une parole ou un fait d’une certaine manière et les place dans un certain contexte. Il n’est pas contraire à la vérité d’un récit que les Evangélistes rapportent les paroles et les actes du Seigneur de façons diverses et qu’ils expriment ses déclarations non ad litteram, mais tout en conservant leur signification, de manière variées. » C’est en prenant au sérieux ces textes de l’Eglise que nous pourrons mieux comprendre le message des Evangiles et particulièrement celui du Quatrième Evangéliste.

PAUL, L’APOTRE DE JESUS

Paul, missionnaire de l’Evangile. Il n’est pas le seul qui puisse revendiquer ce titre (cf. 1 Co 15, 11), mais il est certainement celui dont nous connaissons le mieux le parcours, par ses Lettres (qui nous sont parvenues) et par le récit de Luc, que nous lisons dans les Actes des Apôtres. Grâce à Paul et à ses Lettres, nous avons les premiers écrits qui témoignent de l’impact de la vie et du message de Jésus. Paul est le premier auteur connu qui cherche à rendre compte de ces événements inouïs et inattendus, dans leur forme : l’Incarnation de Dieu en Jésus et le Mystère pascal. Paul, un pharisien, prêt à donner sa vie pour sa foi juive. Plus que les gens de son âge, il brûlait du zèle pour la LOI que Dieu avait révélée à Israël (cf. Ga 1, 14) et il souffrait de voir des Juifs donner leur foi à ce Jésus, un homme condamné par les plus hautes autorités religieuses de son peuple et exécuté par les Romains. Et c’est lui que Dieu choisit pour devenir son messager, pour ouvrir largement aux nations les portes du salut. Comme il l’écrit en Ga 1, 15-16, Dieu l’avait « mis à part dès le sein maternel … et l’a appelé par sa grâce pour l’annoncer parmi les païens. »

Le parcours proposé

La richesse du message de Paul ne peut se limiter aux textes que nous proposons pour ces quelques jours de cette session. Bien d’autres pages de l’Apôtre pourraient / devraient être étudiées et priées, pour nous faire mieux découvrir la grâce que nous avons reçue, et notre responsabilité de témoigner aujourd’hui du message chrétien. Voici le choix retenu :

1) Ga 1, 11 – 2, 4 : Dans ce texte, Paul nous dit combien sa vocation était humainement inattendue. La rencontre, sur la route de Damas, du Christ Ressuscité a fait basculer sa vie. C’est Dieu lui-même qui lui a révélé en Jésus son Fils et qui lui a confié la mission de transmettre ce message aux nations païennes.

2) 1 Co 1, 18 – 2, 5 : Comme nous lisons dans le Livre d’Isaïe : « Vos pensées ne sont pas mes pensées et mes voies ne sont pas vos voies » (Is 55, 7) : Jésus, Fils de Dieu et Crucifié par les hommes ! Ce qui autrefois apparaissait à Paul comme « un scandale pour les Juifs et une folie pour les païens » (cf. 1 Co 1, 23) est devenu pour lui la manifestation la plus éclatante de la Sagesse et de la Puissance de Dieu.

3) 1 Co 15, 1 – 28 : Accueillant désormais la foi au « Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui » (Ga 2, 20), Paul découvre, avec ses frères dans la foi (cf. 1 Co 15, 11) combien ce message accomplit les promesses des Ecritures. Dans le Mystère pascal, se révèle à nous l’amour inouï de Dieu et la grandeur de son salut : par sa mort et sa Résurrection, Jésus ouvre aux croyants un chemin de Vie ; la Résurrection de Jésus devient les prémices de la nôtre.

4) 2 Co 5, 11 – 6, 2 : Annoncer cette Bonne Nouvelle est devenu pour Paul le but même de sa vie. Mais annoncer le Mystère pascal ne se fait pas sans une participation à cette mort qui donne la vie : le ministère de Paul en porte les stigmates. Les difficultés qui ont marqué son ministère à Corinthe nous sont particulièrement bien connues par le témoignage des deux Lettres aux Corinthiens. En lisant la Deuxième aux Corinthiens nous entendons encore son appel : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »

5) Ep 2, 1 – 3, 13 : Les écrits de Paul sont les premiers témoignages écrits du Nouveau Testament qui nous sont parvenus. Dans ses Lettres – comme il le faisait, sans aucun doute, aussi oralement – Paul a tenté d’exprimer au mieux sa compréhension du mystère chrétien et de transmettre la foi qui l’habitait. Mais ce travail de l’intelligence de la foi – qu’il partageait avec ses collaborateurs, comme en témoignent leurs noms au début de plusieurs Lettres – ne s’est pas arrêté à sa mort. La Lettre aux Ephésiens est pour nous un bel exemple de la fécondité posthume de l’Apôtre.

 

1) Ga 1, 11 – 2, 10 : La vocation de Paul

« Sa conversion ne fut pas une crise, mais un événement et un fait théologique où se mêlent révélation du Christ et apostolat » a écrit M. CARREZ dans Dictionnaire des Religions, art. Paul, p. 1283.

1) Situer notre passage dans la Lettre aux Galates : de quels événements Paul parle-t-il ici ? Pourquoi les mentionne-t-il ?

2) Comment Paul parle-t-il de sa vocation ? Sur quoi insiste-t-il ?

3) Pourquoi Paul est-il monté à Jérusalem ? Repérer les différents personnages qu’il a rencontrés et leur signification.

 

Question 1 • Après l’adresse (v. 1-5), nous trouvons une réprimande sévère de Paul aux Galates (cf. les notes BJ et TOB sur v. 6) qui introduit le passage que nous étudions, où Paul défend « son Evangile ». • A la suite de notre passage, Paul mentionne l’incident d’Antioche où il a défendu « la vérité de l’Evangile », face à Céphas : v. 11 et note BJ ; v. 14 et note TOB.

Question 2 • Dans l’introduction (1, 11-12 et notes BJ et TOB sur v. 12), Paul parle de la révélation de Jésus Christ (cf. aussi v. 16) ; l’Evangile qu’il annonce ne lui pas été transmis et enseigné par des hommes (voir note B sur v. 12). • Les v. 13-14 rappellent la conduite de Paul avant cette irruption de Dieu dans sa vie : cf. en BJ la référence donnée en marge à 2 Co 11, 21 +. • Sur les v. 15-17, lire Jr 1, 5 et Is 49, 1-6 : que nous apprennent ces textes sur ce que Paul pense de sa vocation ? Noter aussi comment Paul désigne Dieu (v. 15 ; cf. aussi en 2, 8). • Sur la réponse de Paul à cette intervention de Dieu : v. 16b-17 • Dans les v. 18-19, Paul parle d’une première rencontre avec Céphas et Jacques. • Sur l’activité missionnaire de Paul en Arabie et à Damas (cf. v. 17 et note BJ), et en Syrie et Cilicie (v. 21) : cf. Ac 9, 30 et 11, 25-26.

Question 3 • Lire les notes de vos Bibles sur Ga 2, 1-2 qui nous renseignent sur le temps (2, 1 et notes BJ et TOB) et l’importance de cette démarche de Paul (2, 2 et note TOB). • Paul est monté avec Barnabé (cf. Ac 4, 36) et Tite : cf. 2, 3 et note TOB. • Il rencontre Jacques, Céphas et Jean (2, 9 : remarquer l’ordre des noms !) ; en 2, 4-5 Paul parle aussi des « faux frères » auxquels il s’est opposé. • Sur l’accord de Jérusalem (2, 7-9), lire les notes BJ et TOB ; remarquer le terme « communion » (koinônia). • A noter également au v. 10, la mention de la collecte (cf. 1 Co 16, 1 et note BJ et TOB).

 

2) 1 Co 1, 18 – 2, 5 : Annoncer un Messie crucifié

Le langage de la croix ne peut être compris ni par le Juif, ni par le Grec. Mais le croyant est invité à découvrir dans la croix du Christ la révélation de la sagesse et de la puissance de Dieu.

1) Situer notre passage dans la Lettre et proposer une division (et des sous-titres).

2) Etudier plus particulièrement 1 Co 1, 18-25 et relever les mots et les formules qui s’opposent ; résumer la pensée exprimée par Paul.

3) Un Messie crucifié : qu’est-ce que ces mots signifiaient pour Paul et ses correspondants ? Et pour nous aujourd’hui ?

 

Question 1 • L’intervention de Paul fait suite à ce qu’il a appris par les « gens de Chloé » (1, 11 et note TOB). Lire si possible les ch. 1-3 pour bien situer notre texte. • Face aux divisions des chrétiens de Corinthe pour les différents prédicateurs (v. 11-13), Paul rappelle avec force que c’est le Christ qui a été crucifié et que c’est en son nom qu’ils ont été baptisés (v. 13) Agir comme le font les Corinthiens, c’est prendre l’Evangile pour une sagesse humaine (v. 17 et notes TOB). • Dans les v. 18-25, Paul montre comment l’Evangile est sagesse et folie (cf. TOB note sur la fin du v. 17). • Paul donne ensuite deux applications : en 1, 26-31 (la composition de la communauté de Corinthe) et en 2, 1-5 (sa prédication) ; cf. les notes BJ et TOB.

Question 2 • Au v 18 : le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais sagesse pour ceux qui sont en train d’être sauvés. • Dans les v. 20-21 : opposition entre sagesse du monde et folie du message par lequel Dieu veut sauver ceux qui croient. • Les v. 22-24 parlent des Grecs et les Juifs ( = tous les hommes) qui cherchent, chacun à leur manière des garanties humaines (Notes BJ et TOB sur v. 22) alors que l’annonce chrétienne présente un Messie crucifié (v. 23 et notes BJ et TOB), puissance et sagesse de Dieu pour ceux qui croient (v. 24 et notes BJ et TOB). • Noter les oppositions du v. 25 qui introduisent les deux applications qui suivent.

Question 3 • Réfléchir sur la signification des deux termes : Messie crucifié ; nous sommes habitués à voir ces deux mots ensemble, mais il n’en allait pas de même pour les hommes du 1er siècle ! • Lire Mc 8, 29-33 et par. ; également l’expérience de Paul (cf. 1 Tim 1, 12-14) ; ou encore Lc 24 19-20. Voir aussi Ga 3, 13 et notes TOB et BJ. • Le Messie, celui qui a reçu l’onction de sainteté (cf. note BJ sur Ex 30,22) ; pour les Juifs, c’est le sauveur attendu (Mc 1, 1 et note TOB). • La croix était la peine capitale la plus cruelle et la plus honteuse, réservée aux esclaves, aux révoltés. La crucifixion était précédée de la flagellation, du portement de croix et du dépouillement.

 

3) 1 Co 15, 1 – 28 : La Résurrection du Christ, prémices de la nôtre

Si les Corinthiens n’avaient pas eu des doutes sur leur propre résurrection, nous serions privés de ce texte de Paul où il nous transmet la plus ancienne confession de foi chrétienne, qu’il a lui-même reçue.

1) Quelle était la difficulté des Corinthiens ? Que contient le passage que nous étudions ?

2) Etudier les v. 1-11 et tout particulièrement les v. 3-5.

3) Sur quoi Paul insiste-t-il dans les v. 12-28 ?

 

Question 1 • Sur la difficulté que représentait la foi en la résurrection pour les Corinthiens, voir la note de BJ sur le titre. Cf. aussi Ac 17, 32 + • Dans la mentalité grecque (marquée par Platon), le corps (sôma) est vu comme un tombeau (sèma) dont il faut sortir ; l’âme / l’esprit peut alors se libérer du corps et trouver son épanouissement (immortalité). • Paul rappelle l’annonce chrétienne que les Corinthiens ont reçue (v. 1-11) ; il montre ensuite le lien indissociable entre la Résurrection de Jésus et celle des chrétiens (v. 12-28) ; il ajoute deux arguments concernant directement les Corinthiens (v. 29-34). • Dans suite du chapitre, Paul essaie de répondre aux objections sur le « comment » de la résurrection (v. 35-53) avant de terminer par une action de grâces (v. 54-57).

Question 2 • Tout d’abord le message chrétien est un Evangile, une bonne nouvelle, qui apporte le salut à celui qui l’accueille et le garde (v. 1-2). Puis Paul rappelle ce qu’il leur a annoncé en premier : la foi transmise dans les premières communautés (v. 3a). • Remarquer la formule qui introduit : j’ai transmis ce que j’ai reçu (v. 3 et note BJ et TOB) ; ainsi 25 ans après la mort et résurrection du Jésus, une tradition est déjà clairement formulée. • Viennent alors les deux phrases parallèles (v. 3b-5) : affirmation de la mort du Christ et de sa résurrection ; de la signification théologique de ces deux évènements ; de leur lien avec les Ecritures (voir les notes de vos Bibles sur ces versets). • Ce credo insiste aussi sur la mort réelle de Jésus (mis au tombeau) et mentionne les apparitions pascales à Céphas et aux Douze. Cf. encore les v. 6-10 et surtout le v. 11 : cette foi est celle de l’Eglise, de Paul (eux et moi) et des Corinthiens (vous).

Question 3 • Noter l’insistance de Paul sur le lien entre la Résurrection du Christ et celle des hommes (v. 12. 13. 16). Vérité de l’Incarnation ! • Or sans la Résurrection du Christ, le message chrétien n’a plus de contenu (v. 14. 17. 19) ; il est vidé de son sens ; les apôtres seraient même de faux témoins de Dieu (v. 15). • L’image des prémices (cf. note TOB sur v. 20 et le renvoi à Rm8, 23 et 11, 16) met en lumière le lien entre la résurrection des croyants et celle de Jésus (v. 20-23) ; elle est complétée par le parallèle entre Adam et Jésus (v. 21-22). • Les v. 24-28 annoncent la victoire définitive sur le mal et sur la mort

 

.4)   2 Co 5, 11 – 6, 1 : Le ministère de réconciliation

La Deuxième Lettre aux Corinthiens est certainement celle qui nous révèle le plus Paul et son ministère : le message qu’il voulait transmettre aux croyants et aussi les difficultés rencontrées par l’apôtre.

1) Situer notre passage dans la présentation du ministère apostolique que nous trouvons en 2 Co 2 – 7.

2) Que dit Paul de son ministère : quel est son contenu ? Relever des phrases qui vous paraissent importantes.

3) Travailler plus particulièrement sur 2 Co 5, 13 – 21 et expliquer ce passage.

 

Question 1 • Lire l’introduction de la TOB, spécialement la Structure de la Lettre. • C’est le ministère de l’alliance nouvelle : note TOB sur 3, 6 ; en BJ, la note sur Jr 31, 31 +, réalisant la promesse que Dieu faisait autrefois par Jérémie. • Lire 2 Co 3, 6-18 et les notes de TOB et BJ. • Le ministère de Paul entre force et faiblesse : 2 Co 4, 7-13 et notes TOB sur 4, 7. 8.12 et 2 Co 6, 4-10 et note TOB sur v. 4 ; cf. encore 2 Co 2, 17 ; 4, 2 et note TOB. • La réconciliation est l’objet central de cette lettre : 5, 13-21 : cf. Question 3. • Noter aussi les passages qui font allusion aux difficultés de Paul avec les Corinthiens : 2 Co 3, 1-4 : cf. 5, 12 et 10, 12 cités en marge par BJ et TOB ; 2 Co 4, 1-5 ; 5, 12-13.

Question 2 • Il annonce un « Evangile » : 2 Co 4, 3 ; l’Evangile de la gloire du Christ (4, 4), de la gloire de Dieu (4, 6) : la mort et la Résurrection du Christ pour nous. • Le Christ est l’image de Dieu (4, 4 et note TOB ; en BJ, voir référence à Rm 8, 29 +) : c’est Jésus (mentionné 7 fois dans les 5 à 14), mort sur croix (cf. Ga 3, 13), qui est le Christ et Seigneur : cf. note TOB sur 4, 5. • Paul annonce la résurrection de Jésus et la nôtre : 4, 14 et note TOB ; en BJ voir les références marginales à Rm 1, 4 + et 8, 11 +. • C’est une création nouvelle : 5, 17 et note TOB et BJ.

Question 3 • L’amour du Christ nous presse : l’amour du Christ pour nous (cf. Ga 2, 20 ; Rm 8, 35), mais aussi notre amour pour lui. • Noter les affirmations de la tradition : un seul est mort pour tous (v. 14 et note BJ) ; mort et ressuscité pour eux (v. 15 note TOB ; références marginales à Rm 5, 18 ; 6 11. • Par le mystère pascal, un événement dans notre histoire, Dieu a réalisé la réconciliation du monde qui inaugure le temps eschatologique; cette annonce est au cœur du message chrétien (v. 19). • Sur ce que le mot réconciliation évoquait alors pour les Corinthiens, lire la note TOB sur v. 18. Les apôtres sont les ambassadeurs du Christ, qui a mis en eux « la parole de réconciliation », (v. 19b-20) ; ils sont ses coopérateurs (6, 1). • Noter aussi l’insistance de l’appel (v. 20b-21) et les notes BJ et TOB et les références marginales.

 

5)  Ep 2, 1 – 3, 13 : L’Eglise, révélation du Mystère

L’Ancien Testament souligne souvent la différence entre Israël, le peuple élu, et les autres peuples, ceux qui ne connaissent pas Dieu. Désormais, dans l’Eglise, Israël et les nations forment ensemble le Corps du Christ.

1) Situer notre texte dans la Lettre aux Ephésiens

2) De qui parlent Ep 2, 1-10 et 2, 11-22 ? Relever les principales affirmations de ces deux passages.

3) Qu’ajoute à cela le ch. 3 et particulièrement les v. 1-13 ?

 

Question 1 • Sur la Lettre aux Ephésiens, lire les Introductions de BJ et TOB. Tous les commentateurs reconnaissent les liens entre Col et Ep. • Pour certains, Ep est une reprise et un approfondissement de Col ; Paul écrit de Rome où il est en prison (dans les années 61-63). Aujourd’hui beaucoup pensent que Ep appartient à une époque plus tardive et provient d’un milieu profondément marqué par Paul et ss pensée (cf. surtout Int. de TOB). • Deux grandes parties : 1 – 3 : la partie dogmatique et 4 – 6 : exhortation qui s’impose. • La 1ère partie commence par une bénédiction (1, 3-14 et note TOB sur v. 3 et celle de BJ sur 1, 10), suivie de la révélation du mystère (2, 1 – 3, 13, et se termine par une prière (3 14-21).

Question 2 • Noter la même division de Ep 2 en BJ et TOB, et les titres donnés : sur quoi ces titres mettent-ils l’accent ? Le texte évoque d’abord la situation de tous les hommes devant Dieu (vous : les païens ; nous : les Juifs) ; cf. Rm 1-3 ainsi que notes de TOB sur Ep 1, 3 ; BJ sur Ep 1, 3.5. • Il parle ensuite du salut gratuit / gracieux dans le Christ (v. 4-10) ; un salut présent, comme déjà réalisé (v. 5b-6 et notes BJ et TOB). • Sur les v. 8-10, cf. note TOB sur v.10 ; en BJ, cf. références marginales sur v. 10. • Dans les v. 11-22 l’auteur reprend, avec des variantes, les mêmes thèmes : la détresse des païens (v. 11-12 ; cf. notes BJ et TOB ; comparer aussi avec ce qui est dit d’Israël en Rm 9, 4-5). Il oppose la situation actuelle dans le Christ (à présent) : v. 13-14 et notes BJ et TOB. C’est la création d’une humanité nouvelle formée des croyants juifs et des croyants venus des nations (v. 15b-20 et les notes BJ-TOB).

Question 3 • Ep 3 est marqué par le ton personnel (moi ; je) ; c’est Paul, en prison (v. 1) et chargé de mettre en lumière (v. 7-9) le mystère jusque-là caché et qui vient d’être révélé (v.5). Il est le ministre (diakonos) de cette Bonne Nouvelle (v. 6-7). • Pour la signification du mot mystère, voir note TOB sur Ep 3, 3 ; en BJ, référence marginale à Rm 16, 25 +. Le contenu de cet Evangile est donné au v. 6 ; et c’est en contemplant l’Eglise (Corps dont le Christ est la Tête : cf. Ep 4, 16 et note TOB) que les Principautés et les Puissances célestes le découvrent (v. 10 et notes TOB et BJ). • Ce texte est pour nous un beau témoin de la fécondité de « l’école paulinienne ».

MARIE DANS LA FOI DE L’ EGLISE – DES ORIGINES JUSQU’A AUJOURD’HUI

 

peuple

Pour un croyant catholique, la dévotion à Marie est habituellement une chose qui va de soi. Parfois même, un peu trop ! Au contraire, chez un croyant réformé, on rencontre souvent un refus assez net sur ce point.

Pourtant Marie a sa place dans la Bible, dans le Nouveau Testament, et les Réformés connaissent ces textes au moins aussi bien  que nous. Comment expliquer alors leur attitude ?

C. PERROT a publié, l’année passée (2013),  un livre  sous le titre : Marie de Nazareth au regard des chrétiens du premier siècle. Dans cet ouvrage, il étudie avec précision la place que les textes du Nouveau Testament donnent à Marie, soulignant à la fois la grande discrétion des auteurs du Nouveau Testament et, en même temps,  l’importance de ce que ces textes expriment au sujet de Marie,  de la place que ces premiers témoignages de la foi chrétienne donnent à la mère de Jésus.

Que savons-nous sur Marie ? Maria/Mariam/Myriam est un nom fréquent ; on le retrouve souvent sur des ossuaires de l’époque, selon C. Perrot, qui ajoute : « une fille étant accordée en mariage après ses douze ou treize ans selon la coutume, elle (Marie) serait née dans les années  20  à 18 avant notre ère » (op. cit. p.31).. Lors de la mort de Jésus (en 30),  elle serait donc dans la cinquantaine. Quand est-elle morte et où ?  Deux traditions existent au sujet du lieu : Jérusalem, où son tombeau est encore vénéré dans la vallée du Cédron et Ephèse, où elle aurait suivi le disciple bien-aimé. (sur ces questions, cf. op. cit. p. 32-33). C’est peu de chose, mais cela place bien Marie parmi les gens simples de son temps.

Dans un premier temps, je voudrais d’abord, en m’inspirant de C. Perrot,  résumer, ce que les textes du Nouveau Testament nous disent de Marie (I).  Ensuite je rappellerai très rapidement le développement de la dévotion mariale, telle qu’on peut la suivre, dans les écrits apocryphes, les Pères de l’Eglise, puis dans l’histoire de l’Eglise jusqu’au dernier concile (Vatican II). Je terminerai en rappelant brièvement la position du Concile Vatican et sa mise en application dans des textes pontificaux qui ont suivi. (III)

I . Marie dans les textes du Nouveau Testament

Quand nous lisons le Nouveau Testament, nous ne remarquons pas toujours la grande discrétion des auteurs au sujet de Marie, tant nous sommes habitués à donner sa place à la mère de Jésus. Pourtant, pour ne prendre qu’un exemple, si nous n’avions que la tradition johannique (Jn ;  1-2-3 Jn et Ap), nous ne connaitrions même pas son nom.

1)      Dans les Lettres de Paul

Mais ouvrons un Nouveau Testament et commençons par les textes les plus anciens qui nous sont parvenus. C’est bien sûr, les Lettres authentiques de de Paul qu’il nous faut questionner. Chez lui, nous ne lisons pas le nom de Marie. La seule référence à la mère de Jésus se trouve dans la Lettre aux Galates, envoyée depuis Ephèse vers 55-56. Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. » (Ga 4, 4-5)

Dans ce passage, Paul ne veut pas parler directement de Marie : « la pointe du texte ne porte pas sur la virginité de Marie mais sur l’insertion du Fils de Dieu dans l’histoire humaine de par sa mère » (op. cit. p.138). On peut ajouter que, dans le contexte où Paul écrit, il aurait été difficile de donner à Marie le titre de  « Mère de Dieu » sans risquer de la présenter comme une déesse-mère comparable à Artémis, dont le culte faisait la prospérité d’Éphèse.

2)      Dans les Évangiles synoptiques

Si nous passons aux Évangiles, nous remarquons d’abord que la première annonce évangélique concerne uniquement le ministère public de Jésus, depuis le baptême de Jésus par Jean-Baptiste jusqu’à sa mort et sa Résurrection : ainsi dans le premier des Evangiles, celui de Marc (cf. aussi la prédication de Pierre chez le centurion Corneille, en Ac 10, 37-42).

Dans le récit de Marc, la place donnée à Marie est bien mince. En Mc 3, 20-21  quand Jésus revient  « à la maison  (…),  les siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : il a perdu le sens. » Toujours en Marc, quelques versets plus loin, alors que quelqu’un dit à Jésus : « Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont dehors qui te cherchent », l’Évangéliste écrit : : «  Et promenant son regard sur ceux qui étaient assis autour de lui, il (Jésus)  dit : voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère, une sœur, une mère. » (Mc 3, 33-35).

Et ce n’est qu’en Mc 6, 3 que l’on trouve pour la première – et  la seule – fois en Mc  le nom  de la mère de Jésus; elle est placée dans la bouche des gens de Nazareth : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ?… »

Les Évangélistes Matthieu et Luc accorderont une place plus large à Marie dans leurs « récits de l’enfance » dont je parlerai plus bas. Mais quand ils rapportent le ministère de Jésus, ils observent la même sobriété que Marc,  sans toutefois reprendre la réflexion de Mc 3, 20-21.

Matthieu conserve le passage sur la vraie parenté de Jésus sans modification en ce qui concerne Marie (Mt 12, 46-50), et comme Marc, il cite le nom de Marie à l’occasion de la visite à Nazareth : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? » (Mt 13, 35)

En Luc, nous retrouvons  le passage sur la vraie parenté, mais dans la réponse, Jésus insiste sur l’écoute et la pratique de la Parole de Dieu : « ma mère et mes frères, ce sont qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Lc 8, 21) Par contre, dans l’épisode de Nazareth, Luc  ne donne pas le nom de Marie, mais il  écrit : « ils  (les gens de Nazareth) disaient : N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? » (Lc 4, 22 ; cf. Jn 6, 42).

Luc mentionnera encore une fois le nom de Marie au début des Actes des Apôtres : « Tous d’un seul cœur étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus et avec ses frères. » (Ac1, 14)

Comme on le voit, les Évangélistes citent rarement Marie. Cette absence frappe d’autant plus qu’ils mentionnent plusieurs fois d’autres femmes par leur nom : Marie, mère de Jacques, Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne, Salomé …

3)      Les récits de l’enfance

La situation change, bien évidemment, dans les deux  premiers chapitres de Matthieu et de Luc, consacrés à l’enfance de Jésus.

En Mt 1-2, l’Évangéliste cite le nom de Marie au terme de la généalogie : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle est né Jésus que l’on appelle le Christ. » (Mt 1, 16). On retrouve ce même nom, par deux fois, dans le récit de l’annonce à Joseph (1, 18. 20), et encore dans l’épisode des Mages (2, 11). Lors du départ pour l’Égypte et au retour, Matthieu fait encore  quatre fois référence à Marie en écrivant : « prends avec toi  / il prit avec lui l’enfant et sa mère. (Mt 2,13-14 et 20-21)

Matthieu nous donne plusieurs précisions concernant Marie : elle est légalement mariée à Joseph, mais ils ne cohabitent pas encore (Mt 1, 18-19 ; cf. aussi v. 20 : ta femme).  Le récit de  Matthieu précise aussi la vocation de Marie : « ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus… » (Mt 1, 20-21), ainsi que la place de cette naissance dans le dessein de Dieu, accomplissement de la parole dite autrefois par Isaïe (cf. Mt 1, 22). Mais le récit de Matthieu met surtout en lumière le rôle de Joseph, « fils de David » par qui Jésus est inséré dans la lignée messianique.

Le récit que Luc consacre à l’enfance de Jésus,  nous présente le passage de l’ancienne à la nouvelle alliance et il s’intéresse davantage à Marie. Luc met en parallèle Jean-Baptiste et Jésus ; son récit commence par le dytique des annonces de naissance. Celle de Jean-Baptiste (Lc 1, 5ss) est adressée à un homme, à un prêtre ; elle se déroule à Jérusalem, dans le Temple et en pleine action liturgique. L’annonce de la naissance de Jésus (Lc 1, 26ss) est placée dans un cadre tout simple : à Nazareth, en Galilée ; elle est adressée à une jeune femme mariée légalement. Dans les deux cas, le messager céleste est Gabriel, l’annonciateur du temps du salut, selon  le livre de Daniel (cf. TOB note sur Lc 1, 18)

Dans la première annonce, Luc souligne la parfaite fidélité des parents à la Loi de Dieu (v. 6) et l’exaucement de leur prière (v. 13). Rien de tel pour Marie, mais le nom que l’ange lui donne dit tout : elle est « la favorisée de Dieu »  (v. 28 et note TOB).

Dans le dialogue avec Gabriel, alors que la question de Zacharie exprimait un doute (v. 18), celle de Marie (v. 34 et note TOB) va permettre à l’ange de révéler toute  l’identité de l’enfant à naitre : « cette double annonce porte sur Jésus, désigné à la fois comme le fils de David et le Fils de Dieu (v. 31-33 et 35-36). » (op. cit.  p. 214)

Cependant le récit de Lc 1, 26-38 n’est pas centré sur Marie, mais sur l’enfant à naitre : le vrai titre de cette péricope n’est pas « L’annonce à Marie », mais « L’annonce de la naissance de Jésus ». Cependant ce qui est dit de l’enfant à naitre rejaillit sur la mère : à travers sa présentation,  Luc nous permet de découvrir la figure de Marie pour les chrétiens auxquels il s’adresse dans les années 80. L’Évangéliste utilise un genre littéraire bien connu dans la Bible, et pourtant comme le note C. Perrot : « dans les récits bibliques de l’annonce d’un enfant, et dans les anciens apocryphes juifs,  nulle part n’est soulignée avec autant de force l’importance ici accordée à la réception d’un message divin. Dieu n’a pas besoin qu’on lui réponde. Or Marie lui répond. De par la grâce dont Dieu l’a comblée, elle participe éminemment à l’accomplissement d’un dessein transcendant. Elle donne chair à la parole révélée par Isaïe 7, 14 et à cet enfant, elle attribue un nom – au sens sémitique d’une nomination qui façonne un être.» (op. cit. p. 212)

La scène qui suit (Lc 1, 39ss)  – la rencontre des deux mères – permet  à l’Évangéliste de souligner la disponibilité de Marie : la « servante du Seigneur » (cf. v. 38) sait aussi se faire la servante de sa cousine Élisabeth, qui la proclamera « bénie entre les femmes » (v. 42) et bienheureuse parce « qu’ella  cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (v. 45).

Du récit de la naissance, on peut retenir deux éléments : avec sobriété, Luc raconte la naissance de Jésus et la réalité de l’Incarnation : ce nouveau-né emmailloté de langues et couché dans une crèche (Lc 2, 7. 12. 16) ; ensuite, l’attitude de Marie « qui conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (2, 19). Je cite encore C. Perrot : « Marie est ainsi désignée comme la première exégète de ces événements. C’est là offrir une image de la Vierge singulièrement différente de celle présentée par Matthieu, tant le milieu de ce dernier  aurait plutôt tendance à glorifier la mère du Messie (…) comme une Vierge en majesté, sans trop insister sur sa féminité. Luc s’intéresse à celle qui vaque aux soins quotidiens, tout en s’interrogeant silencieusement en l’intime d’elle-même. » (op. cit. 258)

Il reste à dire un mot sur la prophétie de Syméon (2, 33-35) et sur le dernier épisode : Jésus au Temple (2, 4-52).

Syméon parle d’abord de Jésus : « cet enfant doit mener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction » (v. 34), mais ici encore, ce qui est dit de l’enfant rejaillit sur la mère : « et toi-même, une épée te transpercera l’âme » (v. 35) : « Marie, liée à Israël en donnant naissance à Jésus, sera la première à éprouver la déchirante épreuve qui va traverser son peuple. » (op. cit. .p. 265)

Dans l’épisode de Jésus au Temple, ce que Luc met surtout en lumière, après la recherche angoissée des parents, c’est la parole que Jésus leur adresse : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas… ? » Une parole « qu’ils ne comprirent pas » mais que, nous dit l’Évangéliste,  « Marie conservait toutes ses choses dans son cœur » (2, 49-51).

Comme on le voit, parmi les Évangélistes, Luc est celui qui donne le plus de place à Marie. Pourtant quand on replace son récit de l’enfance – et aussi celui de Matthieu –  dans leurs contextes, on est frappé par leur sobriété. Les deux Évangélistes proclament la naissance virginale de Jésus, mais pour eux, cette naissance n’arrache pas le Fils de Dieu à la condition humaine, comme le faisaient les récits juifs de Moïse ou ceux de Noé et Melchisédech en multipliant les traits merveilleux. (cf. quelques exemples dans op. cit. p. 288-289)

Pour Matthieu et Luc, Jésus est bien le Fils de Dieu, mais il est aussi des nôtres : la première affirmation vient de la foi pascale, que la tradition évangélique fait remonter par étapes  à la Transfiguration et au Baptême ; pour la seconde, le rôle de Marie, sa vocation, vient éclairer les croyants qui se posent la question : comment Celui que l’événement pascal a révélé peut-il appartenir à notre humanité ? Comme l’écrit C. Perrot : « Marie joue un rôle unique dans cette immersion corporelle du Fils de Dieu, et l’insistance sur la conception virginale  en déclare l’extrême portée. Il est bien né de cette femme, une vierge, » (op. cit. p. 293)

4)      Dans le Quatrième Évangile

Comme je l’ai déjà dit : si nous n’avions que l’Évangile de Jean, nous ne connaitrions même pas le nom de la mère de Jésus. Et pourtant cet Évangile est le seul qui nous rapporte  deux scènes importantes dans lesquelles intervient  la «mère de Jésus ». La première, à Cana,  marque l’inauguration du ministère de Jésus ; la seconde, au Calvaire,  son plein accomplissement.

Le récit de Cana est avant tout christologique ; comme le souligne Jean, c’est là que Jésus fait le premier, « le commencement des signes » (2, 11 et note TOB) et laisse déjà transparaitre  pour les disciples quelque chose de sa « gloire ».

L’Évangéliste place ici deux paroles de Marie (les seules du NT, en dehors du récit lucanien de l’enfance) : la première est adressée à Jésus ; la seconde aux serviteurs. La première manifeste l’empathie de Marie pour ces pauvres gens  « dont la fête va être gâchée. Sans vin, il n’y a plus de noces et les mariés seront déconsidérés ». Une demande à la manière johannique (cf. Jn 11, 3), laissant à Jésus le soin d’en juger. (cf. op. cit. p 332). Après la réponse de Jésus, la seconde parole est adressée aux serviteurs : « Quoiqu’il vous dise, faites-le. » (2,5)  « Marie ne joue pas les intermédiaires entre Jésus et les serveurs, elle incite seulement ces derniers à faire ce que Jésus va leur dire : «  Faites-le » (…) Elle ne coopère pas directement au geste de Cana, inaugurant le salut nouveau, mais elle dispose Jésus à le poser et elle dispose les serveurs à le recevoir. » (op. cit. p. 335)

Comme les Synoptiques, Jean nous parle des femmes au Calvaire à l’heure où Jésus meurt. Mais Jean seul nomme ici « la mère de Jésus ». Avec d’autres femmes et avec le disciple bien-aimé, elle est au pied de la croix. Celle qui était présente au commencement des « signes » de Jésus est aussi là, au moment où la révélation atteint son sommet : « tout est accompli » (Jn 19, 28 et 30). Marie est ici silencieuse, mais elle reçoit, avec le disciple bien-aimé, les dernières paroles de Jésus. J. ZUMSTEIN  parle d’une scène centrée sur Marie et sur le disciple bien-aimé : « Au moment de mourir, Jésus rassemble sa nouvelle famille qui doit subsister après la séparation. L’Église nait au pied de la croix et elle se structure par le témoignage du disciple bien-aimé. » (dans Nouveau Testament Commenté, p. 500).

Ce parcours sur le Nouveau Testament nous montre la sobriété et la variété des témoignages sur Marie, selon des groupes qui en parlent et à mesure que le temps se déroule.

Le message de Paul, le premier témoin, est encore tout centré sur le mystère pascal, mais ce qu’il écrit en Ga 4, 4 souligne bien la réalité humaine de Celui qui est au cœur de ce mystère : « né d’une femme, né sous la Loi ».

Dans les textes qui parlent du ministère de Jésus, nous découvrons comment l’identité de Jésus se précise à partir de Pâques, en remontant à la Transfiguration, puis à la parole du Père lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste. La place donnée à Marie est relativement mince : elle est mentionnée dans le cadre de la famille de Jésus.  En  Mc 6, 3, Jésus est « le fils de Marie »

Les passages consacrés à l’enfance de Jésus par Matthieu et Luc vont enrichir cette présentation. Dans l’église de Matthieu, une communauté juive ouverte, l’accent est mis sur l’accomplissement de l’espérance messianique. Pour cela, le rôle de Joseph est déterminant,  mais l’enfant auquel Joseph donne le nom est né virginalement de Marie, réalisant ainsi pleinement l’annonce du prophète Isaïe (Is 7, 14  – LXX).

En Lc 1-2, l’auteur met l’accent sur Marie. L’ange la salue comme la « fille de Sion » qui accueille le Seigneur (cf. So 3, 14) ; il lui donne un nom : « comblée de grâces » (cf. Lc 1, 28 et note TOB) ; elle-même se présente comme « la servante du Seigneur » (1, 38 et note TOB) ; Élisabeth la déclare « la plus bénie des femmes » et « heureuse celle qui a cru »  (1, 42 et 45). Et surtout les paroles concernant l’enfant à naitre qui rejaillissent sur la mère: Lc 1, 32-33 et 35 : cet enfant à naitre, son enfant, est le fils d David et le Fils de Dieu. La première partie de l’annonce de l’ange est de type messianique (comparer avec 2 S 7), alors que la seconde nous renvoie directement à la confession de foi chrétienne (cf. Rm 1, 3-4). Pourtant dans le milieu où écrit l’Évangéliste, l’appellation de « mère de Dieu » pourrait encore être mal comprise.

Enfin dans le milieu johannique, après la célèbre phrase : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14), l’auteur écrit 9 fois : sa / la mère / la mère de Jésus et il lui donne une place significative au début et terme de la mission de Jésus. On pourrait ajouter encore, dans ce milieu johannique,  la Femme dont parle  Ap 12 (sur  ce point, voir P. GRELOT, art. Marie dans l’Ecriture,  dans DSp X, 420-421).

II. Entre le Nouveau Testament et le concile de Vatican II

 

Comme on le voit, « le Nouveau Testament offre en fait une série d’images de la mère de Jésus, des images adaptées aux lieux communautaires qui les supportent et gravées dans le langage de chacun »  (C. PERROT (op. cit. p.. 362) Il n’est donc pas surprenant que l’on retrouve cette diversité  dans les périodes qui vont suivre. C’est ce qui apparait dans les textes apocryphes, mais également chez les théologiens qui essaient de préciser le message chrétien, ainsi que dans le culte qui prend forme au cours des années.

Il ne peut être question ici que d’un rapide survol des deux millénaires mentionnés dans le titre.  Je parlerai un peu des apocryphes, puis des premiers textes patristiques et conciliaires, et enfin de quelques jalons de la dévotion mariale jusqu’à Vatican II.

1)      Marie dans les apocryphes

Apocryphe, selon l’étymologie, signifie caché, secret. Ce terme désigne  habituellement des écrits utilisés par de petits groupes de croyants, en dehors de la grande Église, qui les regardaient comme inspirés (cf. E. COTHENET, Marie dans les apocryphes, dans Maria VI, p. 73ss). Comparés aux textes bibliques, les apocryphes frappent surtout par leur prolixité et par les multiples et diverses formes de leur transmission manuscrite : «  là où l’Église n’a pas veillé, l’imagination s’est donné  libre cours » écrit le même auteur (p. 74)

Pour notre sujet, les plus intéressant sont les apocryphes judéo-chrétiens  sur l’enfance de Marie et ceux, un peu  plus tardifs, sur le Transitus, la fin de sa vie.

De loin, le plus célèbre parmi les premiers est celui que l’on appelle improprement (depuis sa publication en Occident par Guillaume Postel, en 1552) le Protévangile de Jacques, et tout particulièrement sa première partie (I-XVII), intitulée la Nativité de Marie. Cet écrit veut remonter plus haut que les textes de Mt 1-2 et Lc 1-2, comblant les silences et résolvant certaines difficultés des textes évangéliques.  C’est dans cet écrit que nous  découvrons les noms des parents de Marie, Anne et Joachim ainsi que  le récit de l’enfance de Marie, une enfance  passée dans le Temple, avant d’être confiée à Joseph. L’auteur de ce texte s’inspire des récits haggadiques sur la naissance et l’enfance de Samuel (cf. 1 S 1-2) et sur d’autres modèles bibliques de naissances miraculeuses. Il veut ainsi répondre aux objections et aux calomnies concernant Marie et Jésus (Marie, une fille de la campagne, une pauvre fileuse, séduite par un soldat romain) qui avaient cours parmi les Juifs, comme en témoigne Le Discours véritable de Celse vers 178, que nous connaissons par la réfutation d’Origène dans son Contre Celse

Dans une présentation récente (1997) du Protévangile de Jacques,  A. FREY  écrit dans son introduction : « Le Protévangile rejette toutes ces affirmations : Marie est née de parents riches, cultivés, citadins et de lignée royale, davidique. Experte dans l’art du tissage, elle participe à la tâche honorifique de la confection du voile du Temple et se sert des matériaux les plus nobles. Joseph est certes charpentier, mais il dirige des chantiers importants. Marie n’est pas une femme adultère ; son innocence est attestée à Joseph par l’apparition de l’ange, et au grand prêtre ainsi qu’au peuple, par l’épreuve de l’eau. Marie est vierge avant, pendant et après l’accouchement. Dès avant sa naissance, elle est une enfant du miracle, mise à part et bénie. Pendant son enfance, elle garde une pureté absolue, elle vit un état paradisiaque dans un sanctuaire, chez ses parents d’abord, au Temple ensuite.

« Lorsqu’elle met au monde Jésus, Marie reste vierge. Le Protévangile se montre très discret : une ombre lumineuse couvre la grotte. Cependant le Christ (…) est vraiment homme ; la grossesse de Marie est bien réelle, constatée par Joseph et les prêtres ; l’accouchement se passe sans douleurs et sans assistance d’une sage-femme, en accord avec la prophétie d’Isaïe ; et la première chose que fait le nouveau-né, c’est de téter le sein de sa mère.

« Après la naissance de Jésus, Marie n’a pas eu d’autres enfants. D’après le Protévangile Joseph était un vieillard, un veuf, qui avait déjà des enfants d’un premier mariage lorsqu’il  prit Marie sous sa garde. Deux de ses fils l’accompagnaient d’ailleurs dans son voyage à Bethléem. Cette explication des frères et des sœurs de Jésus dans les Evangiles canoniques connaitra une grande fortune dans la théologie mariale. » (A. FREY, Le Protévangile de Jacques dans Les Écrits apocryphes chrétiens I, sous la direction de F. BOVON et P. GEOLTRAIN, p. 76-77)

Le Protévangile de Jacques n’a certes pas la sobriété des Évangiles, mais il est pour nous un témoin de la foi des premières communautés chrétiennes au 2ème  siècle, concernant la naissance virginale de Jésus et la  place qu’elles donnaient à Marie. Comme les écrits midrashiques juifs, ce texte veut aider les lecteurs dans leur compréhension des Écritures et fortifier leur foi. Il aura une influence immense sur l’iconographie, mais également sur la liturgie (les fêtes de s. Anne et Joachim,  la Présentation de Marie au Temple …) et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Les textes appelés Transitus Mariae s’intéressent à la fin de la vie de Marie. On connait plus de 60 écrits antérieurs au 8ème siècle dans 8 langues différentes (syriaque, grecque, copte, arabe, éthiopienne, latine, géorgienne et arménienne). C’est donc un ensemble important mais que l’on ne peut guère faire remonter plus haut que le 4ème siècle. Ces documents ont eu une grande influence dans l’histoire de la piété, de la théologie (Assomption) et de l’iconographie. Cf. Simon MIMOUNI, art. Transitus Mariae, dans DSp XV. 1160-1174)

Ces écrits témoignent de croyances diverses sur le sort final de Marie : « la dormition seulement avec ascension de l’âme et préservation du corps en un lieu connu ou inconnu ; la dormition suivie de l’assomption ; l’assomption seulement avec ou sans résurrection explicitement indiquée. » (art. cit. 1170)

Cependant du point de vue doctrinal « ces apocryphes sont beaucoup plus riches qu’on ne le dit d’ordinaire. Ils nous manifestent comment, sous l’influence de l’Esprit-Saint, l’Église a progressivement pris conscience de la totale glorification de Marie. La tradition historique ne pouvait porter que sur le fait de la mort, mais dès l’âge apostolique on eut le sentiment que cette mort n’avait pu être toute semblable aux autres, que Marie devait jouir d’une gloire unique en son genre. Quand la réflexion se porta explicitement sur le problème, elle découvrit que Marie échappa à la redoutable enquête de Satan et que « son corps précieux ne pouvait avoir connu la corruption », écrit E. COTHENET dans son étude Marie dans les apocryphes, en Maria VI, p. 146.

2)      Chez les premiers Pères de l’Église

Je résume ici très brièvement l’article de D. FERNANDEZ, La spiritualité mariale chez es Pères de l’Église, dans DSp. X, 423-440.

Le premier auteur non canonique à mentionner Marie est Ignace d’Antioche (+ vers 110). Dans sa Lettre aux Éphésiens, il écrit : « Notre Seigneur Jésus Christ a été porté dans le sein de Marie selon l’économie divine » et, un peu plus loin : « Au prince de ce siècle sont restés cachés la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur ; trois mystères retentissants qui furent accomplis dans le silence de Dieu. » (aux Éphésiens 18, 2 et 19, 1). Ignace veut affirmer avec force la réalité de l’Incarnation ; c’est ce qui l’amène à mettre ainsi en relief la personne de Marie : Jésus est né «  de Marie et de Dieu » (aux Éphésiens, 7, 2 ; cf. aux Tralliens, 9 ; aux Smyrniotes, 1, 1).

Un peu plus tard, Justin (+ vers 165) dans son Dialogue avec Tryphon, appelle Marie « la Vierge » (Dialogue 87, 2) et il est aussi le premier à établir le parallélisme Eve – Marie : « Eve, encore vierge, conçut la parole du serpent et enfanta  désobéissance et mort ; Marie, par contre, ayant conçu foi et joie, répondit à l’ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole. » (Dialogue 100, 4-6). D. FERNANDÈS commente : « Justin note le contraste entre le comportement d’Eve et celui de Marie, mais son parallélisme s’arrête là, car il ne veut pas attribuer  à Marie le salut. (…) Une réflexion sur l’influence de Marie dans l’ordre du salut fait encore défaut, mais l’élan est donné ». (art.cit. 424)

Vers la fin du 2ème  siècle, Irénée de Lyon (+ vers 202) pose un jalon important dans la théologie et la spiritualité mariales. Selon Irénée, Dieu veut rétablir par le Christ le plan primitif du salut, détruit par le péché d’Adam. En s’incarnant, le Fils de Dieu « a récapitulé en lui-même la longue série des hommes et nous  a procuré le salut « en raccourci » dans sa chair, en sorte que ce que nous avions perdu en Adam, (être  à l’image et à la ressemblance de Dieu), nous le retrouvions dans le Christ Jésus. » (Adversus haereses, III, 18, 1) Pour cela, il développe le parallélisme  Eve-Marie : alors qu’Eve fut à l’origine de la ruine du genre humain, Marie, par son obéissance, a été cause du salut pour elle-même et pour tout le genre humain (Cf. art. cit. 424)

Il faudrait citer encore Clément d’Alexandrie (+ vers 214) et surtout Origène (+ en 253) pour qui, la maternité de Marie est un exemple pour tout chrétien : « Ce n’est pas seulement en Marie, c’est en toi également que doit naitre le Verbe de Dieu. » (cf. art. cit. 425). Et dans son commentaire sur l’Évangile de Jean, Origène affirme que seul celui qui a reçu Marie pour mère, comme le disciple bien-aimé, peut saisir le sens spirituel de cet écrit. (In Joannem 1, 4).

Ainsi à partir du 4ème siècle, on trouve des panégyriques qui exaltent la maternité divine de Marie et son rôle dans l’économie du salut. Le titre de Théotokos devient courant  dans la deuxième moitié du 4ème siècle. De même c’est à cette période que l’on peut faire remonter la première invocation connue à Marie : le Sub tuum praesidium… (Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions Sainte Mère de Dieu…)

L’influence de Marie dans la spiritualité chrétienne va prendre encore davantage de place à la suite de l’Édit de Milan (313) et de la fin des persécutions. Comme écrit D. FERNANDEZ : « La vie ascétique et le renoncement au monde présent prirent dès lors la place du martyre. » (art. cit. 428) Cette spiritualité se développe surtout en Égypte, paradis de la vie monastique.  L’admiration et l’exaltation de Marie sont chantés par Ephrem (+ 373) : Marie est appelée « sœur, épouse et servante du Christ » ; par elle, nous sont rendus tous les biens du Paradis (cf. art. cit. 429).

Grégoire de Nysse (+392) s’émerveille que la « Vierge est mère et demeure vierge … la virginité n’empêche pas l’enfantement et l’enfantement ne détruit pas la virginité.(id. 430)

Chez les Pères latins, c’est  surtout  avec Jérôme (+ 419), Ambroise  (+ 397) et Augustin (+ 430)  que la doctrine mariale va se développer. Jérôme s’en prend avec violence à Helvidius et Jovinien qui, voulant réagir contre la doctrine ascétique des moines qui exaltaient la virginité au détriment du mariage, affirmaient que « Marie après la naissance de Jésus, eut avec Joseph des relations normales entre époux. » (id. 432). De même, dans une lettre  synodale, Ambroise condamne Jovinien et insiste, en particulier, sur la virginité in partu,  Comme l’écrit D. FERNANDEZ : : « Pour Ambroise, Marie est la femme parfaite, la mère virginale du Christ qui n’a point connu le péché, la règle et le modèle des vierges, le type de l’Église préfigurée dans d’innombrables textes de l’Ancien Testament. (…) La grandeur de Marie nous conduit à l’honorer et à la vénérer, sans pouvoir néanmoins l’adorer : « elle est le temple de Dieu et non pas le Dieu du temple. » (art. cit. 433)

3)      Le Concile d’ Éphèse

Le Concile d’Éphèse (431) marque une date importante dans l’histoire du culte marial. Le problème abordé dans ce concile était un problème christologique, sur la ou les nature(s) du Christ. « Nestorius distribuait les propriétés ou attributs du Christ entre le Fils de Dieu et le fils de Marie. Il avait appris de son maitre, Théodore de Mopsueste, que « Marie a enfanté Jésus, mais non point le Logos » ; il refusait donc le titre de Theotokos ; Marie devrait être appelée Christotokos.

Au contraire, Cyrille de Constantinople défendait l’unité de la personne du Christ : « Jésus est le Fils de Dieu fait homme. »  Pour lui, la filiation tombe sur la personne et non sur l’humanité ou la divinité de Jésus ; dès lors on peut appeler Jésus « Fils de Dieu » par nature et donc, on peut donner à Marie le titre de « Mère de Dieu ». (cf. art. cit. 435-436).

Dans les siècles qui suivirent, le Concile d’Éphèse aura un grand retentissement sur la dévotion populaire, mais également dans la liturgie, les homélies, les dédicaces d’églises à Marie. S’il arrive que  certains, comme Germain de Constantinople (+ 733),  manquent parfois de mesure, d’autres comme Jean Damascène (+749) nous donnent un bon exemple de la théologie byzantine : « tous les dons et les grâces de Marie proviennent de ce fait singulier qu’elle a engendré Dieu ». Et pour Jean Damascène, « la doctrine de la médiation se trouve toujours en relation au Christ : du fait qu’elle nous a donné le Christ, elle nous a obtenu tous les biens. » (art. cit. 437)

Il faudrait citer bien d’autres auteurs, en Orient et en Occident, qui tenteront d’exprimer la foi catholique par rapport à Marie (cf. par ex. art. cit. 437-439), mais il nous faut passer à l’étape suivante.

4)      Du Moyen-Age aux temps modernes

Il ne peut être question pour moi de présenter l’histoire du développement du culte marial à travers tous ces siècles, tant la documentation des différentes tendances est ici abondante. Je me contenterai de rappeler quelques faits qui peuvent nous aider à mieux situer ces développements.

Quelques faits historiques d’abord qui ont marqués ces siècles et qui auront des incidences, plus ou moins directes, sur la théologie mariale :

–          La naissance de l’Islam au 7ème siècle et son implantation dans le Proche-Orient durant les siècles qui suivent.

–          Le couronnement de Charlemagne par le Pape Léon III, le 25 décembre 800, et les conséquences de ce geste pour les relations entre Rome et Constantinople. Des conséquences qui conduiront au schisme entre les deux Églises en 1054.

–          Au 16ème siècle en Occident, la Réforme initiée par Luther et qui va diviser les croyants ; les positions touchant le culte des saints, se feront sentir sur la mariologie.

–          Toujours en Occident, au 18ème siècle, on peut noter le rationalisme des « lumières », puis  la Révolution française et l’introduction du culte de la Raison dans Notre-Dame de Paris.

Après ce bref rappel historique, voici quelques noms et quelques réalités qui témoignent de la place de Marie dans la vie de l’Église.

–          En Orient, après la victoire de l’ « orthodoxie » sur la crise iconoclaste (843), l’Église byzantine affirme son dynamisme en particulier par sa liturgie et son iconographie. Th. KOEHLER, dans son article : Du Moyen Age aux temps modernes, (Marie dans  DSp X, 440-459) peut écrire: « La Theotokos prit dans la vie de cette Église, dans celle de Byzance et finalement dans chaque maison chrétienne, la place éminente que Dieu lui a donnée dans l’histoire du salut, dans la Divine Economie, selon le langage grec. » (art. cit 441)

–          Concernant l’Occident, le même auteur écrit : « A partir de 800, les époques carolingienne, ottomane, romane ont laissé des « images » mariales qui montrent comment l’inspiration byzantine a trouvé des adaptations et suscité des transformations propres à des mentalités fort différentes de l’Orient. (…) Si les byzantins contemplaient la Theotokos dans l’Épiphanie du Pantokrator (…) les occidentaux mirent l’accent sur leur expérience d’une Église en pèlerinage vers Dieu qui nous attire en sa vie, par son Fils présent parmi nous ; et Notre Dame est aussi avec nous, notre aide, notre modèle. » (art. cit. 446) Ainsi dans les mosaïques, dans la liturgie et dans la piété privée dont témoignent les recueils de prières.

–           Le 12ème siècle est le grand siècle marial  avec les cathédrales dédies à Notre Dame où « les fidèles  passaient d’un monde « extérieur » dans l’intimité de l’Église, de Notre Dame Marie, pour être formés, éduqués, conduits vers l’autel, l’Eucharistie, l’union à Dieu. » (art. cit. 450)

–          On peut encore mentionner, au 13ème siècle, le développement de la doctrine mariale en lien avec la doctrine de la rédemption universelle par le Christ (les « maculistes » et les « immaculistes »).  Mais au-delà des discutions des théologiens, il suffit de lire la Divine Comédie de Dante pour comprendre la place que tient Marie dans le peuple chrétien : « le Salut, c’est, s’élever à Dieu. Béatrice invite Dante à contempler la beauté de la rose : celle qui enfanta le Christ Sauveur. (Paradiso 23, 70ss). De même, saint Bernard introduit à la prière à Marie sans laquelle nous serions comme quelqu’un qui voudrait voler sans ailes. » (art. cit. 454)

–          Le Concile de Trente (1545-1563) se contente de rappeler la doctrine mariale commune avec une allusion à l’Immaculée Conception. Dans la suite, on assiste à certains durcissements dus aux préoccupations de la controverse, mais aussi à un renouvellement par un retour aux sources bibliques et patristiques.  (art. cit. 458)

–          Dans l’article consacré à Marie De 1650 au début du 20ème siècle, dans le DSp X, 460-473), S. DE FIORES rappelle, pour le 17ème siècle,  les différentes formes de consécration à Marie, (avec parfois quelques exagérations) et le Traité de la vraie dévotion de Grignion de Montfort (+1716). Pour le 19ème , il mentionne spécialement les apparitions (1830 : Médaille miraculeuse ; 1846 : La Salette ; 1858 : Lourdes : 1871 : Pontmain) et leurs répercussions dans la vie des croyants. On peut ajouter la définition solennelle du dogme de l’Immaculée Conception par le Pape Pie IX  en 1854.

–          Le 20ème siècle est d’abord marqué par l’essor des congrès marials (le premier avait eu lieu à Livorno en 1895) et par une pétition pour « promouvoir une glorification officielle de Marie par un acte formel du magistère infaillible. » Le Cardinal Mercier patronna un projet (en 1921) : définir la médiation universelle de Marie, mais il voulait établir sur des bases théologiques solides ce mouvement qui n’était trop souvent qu’une théologie du cœur. (cf. art. cit. 473-474)

–          Les dernières années du  Pape Pie XII furent marquées par  la définition solennelle de l’Assomption de Marie (1950), puis, pour le centenaire de la déclaration de l’Immaculée Conception, la proclamation de la Royauté de Marie (1954). Le Pape  voulait également se rendre à Lourdes pour le 15 août 1958. Cependant « au cours de son pontificat, il s’abstint progressivement d’employer le titre de médiatrice, qu’il remplaçait systématiquement lors des révisions des textes par des titres équivalents (…) De même alors que les mariologues les plus engagés considéraient la corédemption comme un enseignement  formel du magistère pontifical, Pie XII tint à préciser (…) que cette question n’avait pas été tranchée par le Saint-Siège et qu’elle restait entièrement ouverte à la discussion des mariologues », écrit R. LAURENTIN, dans sa contribution à Marie  V. Le 20ème siècle, dans DSp X, 474).

III. Le Concile Vatican II (1962-1965) et sa réception

Ce rapide rappel des différentes tendances mariologiques dans l’Église du 20ème siècle,  nous aide à comprendre l’importance de la question posée au concile Vatican II : fallait-il intégrer le schéma (élaboré) sur la Vierge Marie à la Constitution dogmatique sur l’Église ? A cette question, les Pères répondirent « par un vote très passionné, très partagé »  (1114 voix contre 1074), en faveur de la proposition : renoncer à un document particulier consacré à Marie pour en faire le chapitre final de Lumen Gentium.  Je cite R. Laurentin : « Le schéma élaboré dans cette nouvelle perspective fut une retraduction de la doctrine classique des papes en termes bibliques, patristiques et liturgiques, une réintégration de Marie à sa place dans l’histoire du Salut et dans la Communion des saints. » (art. cit. 475)

Le pape Paul VI confirma cette orientation du Concile dans deux documents : Signum magum (1967) et Culuts marialis (1974). Une orientation qui se remarque aussi dans les changements apportés à la liturgie par la suppression de certaines fêtes mariales (venues des apocryphes)  et par le rattachement plus souligné d’autres fêtes mariales au mystère du Christ : la Purification de Marie devient la Présentation du Seigneur (2 février), l’Annonce à Marie devient l’Annonce du Seigneur (25 mars), alors que la fête de la Maternité divine ( au 11 octobre) est désormais placée dans l’orbite de Noël (1 janvier).

Dans l’encyclique La Mère du Rédempteur (1987), le Pape Jean-Paul II consacre, lui aussi, toute la première partie du document à souligner la place de Marie dans le Mystère du Christ et il introduit la troisième partie, intitulée La Médiation maternelle par ces mots : « L’Église sait et enseigne avec saint Paul que nous n’avons qu’un seul médiateur. (…)  Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ : il en manifeste, au contraire, la vertu : c’est une médiation  dans le Christ. » (no 38)

De même Benoit XVI dans l’Exhortation apostolique Verbum Domini (2010) tient à souligner la maternité de Marie : Marie, mère du Verbe de Dieu et mère de la foi (lire les no. 27-28) ; un accent que l’on retrouve encore dans l’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium  (2013) du Pape François.

Pour conclure

Dans un poème écrit la dernière année de sa vie, Pourquoi j’aime Marie, Thérèse de Lisieux (+1897) « récusait discrètement et fortement une certaine image de la Vierge comme personnage exceptionnel, lointain, inimitable, pour la proposer ensuite comme un modèle attirant de pauvreté, de simplicité, de service. Marie était pour elle plus Mère que Reine. » (art. cit. 476)

On peut espérer que ce rééquilibrage de la position catholique, autour de Vatican II, à l’égard de la Vierge Marie et de son culte permettra à d’autres croyants de redécouvrir la place de Marie dans le dessein de Dieu.

Et peut-être la diversité que l’on peut noter entre les différentes confessions chrétiennes à l’égard de Marie pourrait aussi nous aider à mieux saisir le don que Dieu nous a fait !  Dans un article consacré à Marie, dans le Dictionnaire des Religions, R. Laurentin terminait par ces mots :

« En schématisant, on pourrait dire que les confessions chrétiennes prolongent un certain pluralisme du Nouveau Testament :

–          Les protestants considèrent Marie dans la ligne de S. Paul (Ga 4,4) où elle apparait comme l’instrument de l’Incarnation considéré comme abaissement ou kénose.

–          Les orthodoxes prolongent la Tradition johannique en se centrant sur Marie Théotokos, Mère du « Verbe fait chair » (Jn 1, 14)

–          Les catholiques s’inscrivent dans la ligne de Lc 1-2, le seul hagiographe du Nouveau Testament, le seul évangéliste qui considère Marie de l’intérieur et exalte formellement sa gloire et sa sainteté. » (art. Marie, p. 1051)

JACQUES LOEW ET LA PAROLE

 

« Comme la pluie et la neige descendent des cieux

et n’y remontent pas sans avoir arrosé la terre,

sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer

pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,

ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche,

elle ne revient pas vers moi sans effet,

sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission. »

 

pouvons-nous lire dans le livre d’Isaïe (Is 55, 10-11).

Nous avons tous été, un jour ou l’autre, étonnés, émerveillés à la vue d’une petite fleur, d’une plante frêle, poussant dans un endroit où on ne l’attendrait guère, dans un mur, au milieu d’une route asphaltée ou dans une minuscule aspérité d’un bloc de rocher. Comment cette petite graine a-t-elle pu parvenir jusque-là ? Comment a-t-elle réussi à se fixer et à prendre racine dans un endroit si peu propice ? Comment a-t-elle pu grandir, faisant même parfois éclater le rocher ? Miracle de la nature !

Quand Jacques Loew racontait sa vie, il ne manquait pas de rappeler comment il avait fréquenté l’Ecole du Dimanche protestante et comment certaines paroles de Jésus s’étaient alors  inscrites en lui – bien à son insu – mais avec une force qui devait, des années plus tard, leur permettre  de germer et de devenir pour lui des questions et des signes dans sa recherche d’un sens à sa vie.

Je pense que tous ceux qui ont eu la chance de connaitre Jacques Loew ont été frappés par la place qu’il donnait à la Parole de Dieu. Cette Parole lue et relue, tout au long de sa vie. Avec le petit Samuel, il aurait pu dire : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Comme il l’exprimait dans un de ses livres :

« Pour savoir le secret d’un ami, je n’ai qu’un moyen, c’est de l’écouter, surtout quand je devine que cet ami a des choses graves à me dire et que je les ignore. […] Beaucoup d’entre nous cherchent sincèrement Dieu, mais pour ainsi dire, ne l’écoutent jamais. Ils se fabriquent alors un Dieu à leur idée et très vite, la vie leur montre que leur idée n’était pas la bonne ; ils recommencent alors parfois, ou parfois se découragent et abandonnent. Mais ils ne se sont pas demandé si, après tout Dieu n’a pas dit lui-même qui il était, s’il n’a pas parlé Lui-même, s’Il n’est pas son propre témoin. […] Seul Dieu peut parler de Dieu. Seul Dieu peut faire découvrir Dieu. Quand on a compris cela, on n’est pas loin de la découverte de Dieu. Mais il faut longtemps pour le comprendre. » (J. LOEW, Dans la nuit j’ai cherché, p. 10-12)

Dans un autre de ses livres, où il veut dresser le  portrait de l’apôtre d’aujourd’hui, il parle des trois temps de la Mission que l’apôtre doit trouver dans sa propre vie ; il écrit :

« lui (l’apôtre) a besoin de l’amitié de son équipe, de l’affection des chrétiens d’un quartier ; lui aussi a besoin de la Parole, sans cesse redécouverte et vivante ; lui aussi se nourrit du sacrement de l’Eucharistie et se rénove dans la Pénitence, »  et il ajoute : « Mais s’il fallait donner une priorité à ces temps de l’apôtre, et peut-être une priorité dans les années qui viennent pour la chrétienté qui se fonde, il me semble qu’il faudrait situer au premier plan le temps de la Parole. C’est elle qui, lue, écoutée, méditée, mâchée à longueur de jour donnera leur dimension à l’amitié et à la vie sacramentelle. » (J. LOEW, Comme s’il voyait l’invisible, p. 216)

Il ne serait pas difficile de citer encore de nombreux autres textes de Jacques qui témoignent de son amour pour la Parole. Mais je voudrais, en lui donnant largement la parole, relever quatre facettes de ce rapport de Jacques avec la Parole de Dieu, avec la Bible.

L’ANCIEN TESTAMENT OU L’HISTOIRE DU DESSEIN DE DIEU

Dans son livre Mon Dieu dont je suis sûr, Jacques Loew nous raconte sa découverte de l’Ancien Testament. Les Evangiles et les Psaumes avaient accompagné sa recherche de Dieu, mais quand il aborda l’Ancien Testament, il fit l’expérience que beaucoup de lecteurs ont faite pour s’y être lancés sans guide. Il découvre des pages poétiques et lumineuses, mais aussi « certaines pages que l’on disait être l’Histoire Sainte et qui étaient une suite de ruses, de guerres, d’hypocrisie quand le peuple choisi par Dieu sacrifiait aux idoles des païens. » Mais il ajoute :

« Là pourtant se trouvait le point capital. Quand je le découvris, ma Bible en fut transformée : la Bible est le terreau humain des joies et des espérances de l’homme, de ses angoisses et de ses tristesses, de ses pires déchéances et de ses résurrections. L’homme révolté et l’homme transfiguré en sont les deux protagonistes et Dieu est là, présent, tendre et fort. […]  Dieu venant à la rencontre de l’homme, l’homme cherchant Dieu ou le fuyant : un Amour, une liberté. […] Non, je n’avais pas à m’étonner des ces ‘hommeries’ racontées par la Bible, où le meilleur et le pire s’enchevêtrent. Elles étaient la preuve salutaire que Dieu prenait chacun de nous et l’humanité de chaque époque où elle en est, même quand ce n’est pas joli du tout. Et du coup, la Bible devenait l’histoire profonde de ma vie. » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p. 108-109)

Pour bien comprendre cette découverte de Jacques, il faut la replacer dans son époque ; une époque où la Bible, et surtout l’Ancien Testament paraissait réservé aux Protestants. Et c’est justement un petit livre protestant – et donc à l’Index dans ces années-là – qui allait lui servir de guide pour découvrir l’Ancien Testament.

Comme il le dit dans le Journal d’une mission ouvrière, il avait jusque-là une « vision religieuse du monde, mais  pas à proprement parler historique. ». A travers l’histoire du peuple de Dieu telle que la Bible nous la raconte, « je découvrais non seulement la formation de notre religion chrétienne et sa préparation mais une vision historique du monde. L’histoire sainte devenait l’histoire tout court, la révélation du dessein de Dieu dans le monde. Le Dessein de Dieu, tel était le titre d’un petit livre publié en 1943 par Suzanne de Dietrich et qui a été pour Jacques Loew, comme aussi pour bien d’autres croyants, une clé pour l’Ancien Testament :

« Avec Suzanne de Dietrich et quelques autres, je voyais comment l’histoire numéro un, c’était non celle des doctrines économiques ou des techniques, ou l’histoire des esclaves, des serfs et des prolétaires vers leur émancipation, mais l’histoire de la volonté de Dieu pour l’humanité. Et cette histoire se faisait et se fait dans et par l’histoire humaine. » Elle est « le combat incessant entre Dieu qui appelle et l’homme qui résiste » mais pas en quelque sorte,  l’histoire d’une âme de chaque homme tout seul en face de Dieu, mais de l’homme dans son groupe social. Ainsi peu à peu, je retrouvais vitalement l’histoire du plan de Dieu dans le monde […] Pour celui à qui Dieu ouvre les yeux … la Bible devient les Gesta Dei per Christum, en qui toutes les détresses de l’homme et toutes les énigmes de l’histoire trouvent leur réponse. » (J. LOEW, Journal d’une mission ouvrière, p. 228-229 ; J. Loew, reprend ici plusieurs expressions du livre de Suzanne de Dietrich)

Dans cette lecture de l’Ancien Testament, la personne de Jésus prenait corps. Comme il l’écrira bien des années plus tard :

« Si la Bible est l’Histoire Sainte de Dieu prenant en pitié et en patience notre humanité, elle l’est avant tout parce qu’elle prépare la venue de « ce Jésus qu’on appelle le Christ » comme dira saint Matthieu. […] Chacune des rencontres d’alliance entre Dieu et l’homme a sa signification en elle-même, mais en même temps, elle conduit vers un autre, vers Quelqu’un. […] L’Ancien Testament est la préhistoire du Christ. […] Ainsi ce Christ Jésus, Dieu fait Homme, vers qui mon cœur m’avait conduit comme vers le fruit possible de l’Amour démesuré de Dieu, je l’ai trouvé annoncé, prédit et parfois presque décrit tout au long des deux millénaires qui le précèdent et le préparent. Jésus Christ n’est pas un enfant trouvé on ne sait comment sur une crèche. Le long cortège du peuple de la Bible marchait depuis deux mille ans vers Bethléem, » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p. 111-112)

PRIER AVEC LES MOTS DE  DIEU : LES  PSAUMES

Le Psautier tient dans la Bible une place particulière. « Les psaumes sont comme un résumé : toutes les richesses révélées contenues dans les récits, les préceptes, les exhortations, les promesses et les menaces des autres livres vétérotestamentaires, nous les retrouvons résumées dans les psaumes sous forme de prières » écrit P. DRIJVERS, dans Les Psaumes (lectio divina 21), p. 16.

Dans la plus grande partie de la Bible, c’est Dieu qui parle aux hommes ; dans les psaumes, au contraire, c’est l’homme qui parle à Dieu. Mais cette réponse de l’homme à Dieu, qui lui a parlé, est elle aussi toute entière Parole de Dieu. C’est l’Esprit qui nous apprend à prier : « simples bégaiements au début, peut-être balbutiés inconsciemment ces paroles divines façonnées sur le mode des conversations humaines pénètrent peu à peu, doucement, sans violence, au plus profond du cœur de l’homme. » (L. MONLOUBOU, L’âme  des psalmistes (Parole de Vie), p. 14)

Les Psaumes sont l’écho d’une expérience religieuse, celle d’hommes qui ont cherché Dieu et qui l’ont rencontré, non dans des circonstances extraordinaires, mais à travers les difficultés et les joies que tout le monde traverse.

Telle a été l’expérience de Jacques Loew : les Psaumes, comme les Evangiles, ont accompagné son chemin de conversion. Voici ce qu’il écrit lorsqu’il évoque son deuxième séjour en Suisse pour raison de maladie :

« Or tandis que mon cerveau agitait ces grandes pensées sur Dieu et ma liberté de choix face à toutes les religions, il se passait ceci qui me parait aujourd’hui bien comique et attendrissant dans la mesure où Dieu devait bien en être l’inspirateur : je récitais le bréviaire ! Oh ! non pas le livre relié de noir à tranches rouges ou dorées de l’époque, mais cependant un bréviaire véritable de ma confection puisque, bien entendu, celui des curés m’était inconnu et m’aurait horrifié ! Le Nouveau Testament de poche que m’avait donné le pasteur contenait aussi les Psaumes. Je lisais donc chaque matin quelques Psaumes, un passage des Evangiles et la fameuse Imitation de Jésus-Christ, que j’avais dédaignée à Nice. » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p. 92)

Ces Psaumes, Jacques ne va plus les lâcher. Ceux qui ont eu l’occasion de voir son Psautier en sont convaincus ; un petit Psautier de la Bible de Jérusalem, tout souligné et annoté de son écriture si caractéristique. Jacques a continué à travailler ces textes jusqu’à la fin de sa vie. Il aimait à se servir pour cela de la traduction d’André CHOURAQUI et d’un autre livre (sans nom d’auteur)  intitulé Parole et Esprit du Psautier chrétien. Il cherchait à approfondir le sens des mots bibliques, dont il voulait retrouver la saveur originale qu’une traduction ne peut que rendre très partiellement. Pour s’en convaincre, il suffit de relire les pages 121-135 de son livre Mon Dieu dont je suis sûr, où il parle de la Todah, puis de ces mots intraduisibles de la Bible pour exprimer la tendresse et la fidélité de Dieu.

Les Psaumes sont les témoins d’une humanité véritable ; des hommes y crient leurs peines et leurs joies, leurs détresses et leurs attentes. Mais ils crient devant Dieu ; ils s’adressent à Quelqu’un. Je me souviens d’un confrère sur son lit d’hôpital, ne pouvant plus parler à cause de son cancer à la gorge et qui me disait en écrivant sur une tablette : maintenant je comprends les psaumes !

C’est sans doute son expérience de la maladie comme aussi son attention aux problèmes des hommes durant son travail de docker et son ministère au milieu des ouvriers, qui ont donné à Jacques ce goût et cette familiarité avec les Psaumes. Les mots des psalmistes venaient spontanément sur sa langue. Au début de Mon Dieu dont je suis sûr  (p. 6-7) quand il présente ce livre comme un regard sur les 50 années écoulées depuis le Jeudi-Saint 1932 et qu’il s’interroge sur les raisons qui l’ont amené à partager ainsi son expérience, Jacques écrit : « Plus dynamique est la réponse que je puise dans ma Bible » et alors, coup sur coup, il cite quatre passages tirés des Psaumes.

Dans livre publié en 1957, Dom Célestin CHARLIER écrivait : « Pour savoir prier dans les Psaumes, il faut savoir tirer de toute la Bible une prière. La vieille version gallicane n’est pas seule responsable, malgré ses bévues, de l’ennui que beaucoup de prêtres éprouvent à la lecture du bréviaire. Tant qu’ils ne retrouveront pas véritablement une familiarité profonde avec toute l’Ecriture, aucune nouvelle version, même en langue vulgaire, ne les introduira à l’esprit de la prière liturgique. » (C. CHARLIER, La lecture chrétienne de la Bible, (Livre de Vie 46-47), p. 340). Jacques Loew, j’en suis certain, aurait bien passé ce test !

A  L’ECOLE  DE L’APOTRE  PAUL

En relisant le Journal d’une Mission ouvrière, je me suis posé la question : comment s’est faite la rencontre entre Jacques Loew et saint Paul ? Quand Jacques a-t-il vu en Paul le modèle de l’apôtre ?

En effet, quand Jacques raconte sa découverte de la Bible, après avoir mentionné l’importance des Evangiles et des Psaumes, il écrit : « Il y avait bien, aussi, saint Paul, mais en dehors de quelques phrases qui m’atteignaient en plein cœur, j’expérimentais ce que saint Pierre écrivait aux chrétiens d’Asie Mineure : « Dans ses lettres, il se trouve des passages difficiles ! » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p.108)

Bien sûr on peut penser que l’itinéraire de saint Paul était particulièrement parlant pour un converti, ayant vécu lui-même une expérience qui avait transformé sa vie. Mais il y a bien des différences entre le cheminement de Paul et celui de Jacques Loew.

Paul sur le chemin de Damas était un croyant, animé par sa foi juive et prêt à tout donner pour que ses frères ne se laissent pas dérouter par l’annonce chrétienne.  Renversé par la rencontre avec Jésus Ressuscité, il se met immédiatement à annoncer avec ardeur cette foi qu’il voulait détruire. Comme il le dit lui-même : « Les Églises de Judée […] avaient seulement entendu dire : « Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant comme une bonne nouvelle la foi contre laquelle il s’acharnait. » (Ga 1, 22-24)

Au contraire, Jacques Loew nous dit clairement qu’à 24 ans, il était parfaitement incroyant. C’est au cours de sa maladie que la question du sens de la vie, puis celle de Dieu et finalement celle du Dieu de Jésus-Christ, se sont posées à lui.

On pourrait mentionner un élément plus proche : le besoin de faire connaitre ce Dieu qui s’est ainsi révélé, de dire cet amour inouï. Ce que Paul exprime en Ga 2, 20 : « Il m’a aimé et il s’est livré pour moi. » Mais cela, n’est-ce pas le désir de tous les convertis, au cours de l’histoire ?

Il me semble que pour comprendre la place que Paul va prendre dans la vie de Jacques Loew, il faut partir de son expérience missionnaire à Marseille. Dans le bilan daté de janvier 1953, des onze années qu’il a passées au milieu des dockers, Jacques se pose la question de la mission. Qu’est-ce que la mission ? Et il écrit :

« A force d’élargir ce mot de « mission » on lui enlève sa force de pénétration. Il y aurait une tendance qui consisterait à dire aux missionnaires acceptant la charge d’un secteur territorial : « Organisez votre église en paroisse modèle : ayez toutes les œuvres, toutes  les aumôneries. Donnez satisfaction à tous les milieux chrétiens. Ensuite allez aux éloignés.

Le Christ, au contraire, disait à Paul : « Va, c’est vers les incroyants que je veux t’envoyer ». Car il savait bien que si l’on veut fignoler à fond les œuvres de la paroisse et bichonner la brebis fidèle, jamais on n’arrivera aux quatre-vingt-dix-neuf perdues. » (J. LOEW, Journal d’une Mission ouvrière, p. 258)

On sent bien ici la préoccupation de Jacques, qu’il exprime davantage un peu plus loin :

« Devant les constatations précédentes : absence habituelle du besoin du divin, laïcisation du message chrétien, je suis certain que la Bonne Nouvelle du Royaume ne pourra passer que par de petites cellules chrétiennes qui proliféreront agglutinant les voisins d’alentour. C’est ainsi que le christianisme primitif s’est développé. » (id. p. 274)

Ce modèle de la mission, Jacques Loew l’a trouvé dans les écrits de saint Paul : « Je viens de relire –  écrit-il – tous les textes de saint Paul sur son attitude missionnaire. J’avoue que lorsque j’ai repris tous ces textes au bout de onze ans, je ne vois pas de meilleures justifications, ni de  plus adaptées aux circonstances actuelles, que celles données par saint Paul. » (id. p. 275)

Paul lui parait le modèle qui réussit à tenir ensemble cette « foi brûlante dans le Christ, seule source de salut » et une activité apostolique débordante. Dans son livre Comme s’il voyait l’invisible, Jacques revient sur ce point et il définit l’apôtre comme l’homme de la foi, de la Parole et de la pauvreté. Citant He 11, 27 « comme s’il voyait l’invisible, il tint ferme »,  – que     Jacques attribue ici à Paul – , il commente : « l’apôtre, c’est celui qui fait profession de guider les hommes vers l’invisible. Le voit-il lui-même ce but caché ? Directement non. […] Il est l’homme de la foi : il ne voit pas, il ne sait  pas, il croit. » (J. LOEW, Comme s’il voyait l’invisible, p. 14)

Et un peu plus loin : « Quand on dit de l’apôtre qu’il est l’homme de la Parole, ce n’est pas d’abord parce qu’il parle pour annoncer le message : c’est antérieurement à toute action, parce qu’il a misé sa vie, pour lui et pour tous les hommes, sur la Parole de Dieu. »  Et encore : « le mystère de l’apostolat résulte bien de sa nature même : apprendre aux hommes à éclairer leur vie par la Parole divine. » (id. p. 14 et 16)

MÉDITER LE MYSTÈRE DU VERBE  INCARNÉ

Si Jacques Loew a découvert le Dieu qui parle dans notre histoire à travers les grandes figures de l’Ancien Testament et dans la prière des Psalmistes ; si plus tard, son expérience missionnaire lui a fait découvrir les richesses des Lettres de saint Paul, c’est pourtant Jésus, le Verbe fait chair qui a été et qui est resté sa joie et son émerveillement.

La beauté, la perfection et la fragilité d’un flocon de neige lui avait fait pressentir une Beauté, une Intelligence. Ainsi l’existence d’un Etre supérieur, d’un Dieu s’était peu à peu imposée à lui. Mais quel Dieu ?

Le Nouveau Testament qu’il relisait alors le renvoyait à Jésus dont on lui avait parlé autrefois à l’Ecole du Dimanche protestante, au Dieu de Jésus et à Jésus lui-même. En relisant les pages de l’Evangile, il s’émerveillait.

« Oui, Jésus de Nazareth m’attirait. Jamais homme n’avait parlé comme cet homme… Il me faisait connaitre Dieu. Mais ce Dieu qu’il appelait son Père était-il l’Au-delà de tout que je cherchais ? Et surtout, lui, Jésus, était-il Dieu ?

« Ce débat intérieur n’avait rien d’original. Presque tous, convertis ou non, nous l’avons vécu. Et tout d’abord, les chrétiens du premier siècle quand ils commencèrent à joindre au nom de Jésus les deux épithètes : Dieu et homme…

« Vous connaissez la suite, la petite phrase de la Première Lettre de Jean, brodée sur le napperon : Dieu est Amour.

« Et ainsi la lumière se fit : de quel droit, moi, refuser à Dieu, l’Etre que je pressentais sans mesure, un acte d’amour à mes yeux démesuré ? Si l’Amour est son nom ?

Jésus Christ, Dieu lui-même  venu parmi nous, une réalité démesurée ? Oui. Absurde ? Non.  A la dimension de Dieu ? Oui.¨

« Ce qui était impensable aux dimensions humaines, devenait possible à l’échelle de Dieu. Un amour à la taille de l’Infini pouvait inventer un geste aussi excessif : Dieu s’est fait chair et il a demeuré parmi nous. » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p. 93-94)

Dans son livre Dans la nuit, j’ai cherché, Jacques Loew nous partage sa méditation sur ce mystère :

« Mon Dieu, tendresse infinie et vivante

non pas une idée, mais Quelqu’un.

Et voici ta plus extraordinaire pensée

car ce Dieu éternel, au-delà de toute succession,

et ce Dieu Esprit, au-delà de toute localisation,

va venir se mêler au temps et à l’espace :

« Au sixième mois, dit saint Luc …

dans une ville de Galilée, appelée Nazareth …

à une Vierge, et le nom de la Vierge était Marie … »

Un petit village, un tout petit peuple sans importance,

des pauvres gens, une petite jeune fille … Dieu …

« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,

et nous avons vu …

Ainsi trente trois ans durant,

oui, sur notre terre, cette  planète moins que rien, elle aussi,

Dieu vient éterniser le temps.

Mon Dieu, cela donc peut-il se faire ?

–   Oui, car Dieu est Amour.

En ces trois mots, ces trois gouttes de rosée sont la source d’eau

inépuisablement jaillissante en Vie Eternelle, en force, en joie. »

(J. LOEW, Dans la nuit, j’ai cherché, p. 37-38)

Cet éblouissement devant le mystère de l’Incarnation l’a habité pendant toute sa vie. En 1982, il pouvait écrire :

« Voilà cinquante ans que je ne cesse de découvrir ce Christ, ne faisant, je le sais, qu’effleurer son mystère. Mais cela même me réjouit et me rassure […]  Vrai Dieu et vrai homme, vraiment Dieu, vraiment homme, chacune de ces affirmations se répercute sur l’autre et grandit par l’autre dans un va-et-vient incessant. Sur lui, la banalité n’a pas de  prise.

Par vocation, pendant des années, j’ai lui, étudié, ce que les théologiens anciens et modernes ont écrit. Pourtant, je n’en sais pas davantage sur ce Christ que ce que le Credo en quelques mots me dit :

Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, le Père tout-puissant,

conçu de l’Esprit Saint, né de la Vierge Marie …

 

Mais chacune de ces affirmations me parait chaque fois plus certaine, plus riche de sens, plus étonnante. » (J. LOEW, Mon Dieu dont je suis sûr, p. 95)

On comprend alors pourquoi dans les dernières années, Jacques se sentait particulièrement attiré par l’Evangile selon saint Jean où Jésus ne cesse de révéler son mystère et celui du Père qui l’a envoyé.

Aussi je terminerai volontiers par un autre texte johannique qu’il aimait à méditer et à citer, le début de la Première Lettre de saint Jean :

« Ce qui était dès le commencement,

ce que nous avons entendu,

ce que nous avons vu de nos yeux,

ce que nous avons contemplé,

ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ;

–          car la Vie s’est manifestée ;

nous l’avons vue et nous en rendons témoignage

et nous vous annonçons cette Vie éternelle,

qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue –

ce que nous avons entendu et vu nous vous l’annonçons

pour que vous soyez en communion avec nous.

Quant à notre communion,

elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (1 Jn 1, 1-4).

LE DEUTERONOME ET L’HISTOIRE DEUTÉRONOMISTE

Le Deutéronome

Le nom que nous donnons à ce livre, Deutéronome, (deuteronomos = deuxième loi) est trompeur ; il vient de la traduction grecque (la LXX) du passage de ce livre où il est question du roi (Dt 17, 18). Le texte hébreu (mishnèh) parlait d’une copie de la Loi que le roi devait se procurer et garder devant lui pour être sûr de suivre fidèlement ce que lui demandait le Seigneur. Ce n’est donc pas une « seconde Loi », car il n’y a que la Loi unique, celle que Moïse a transmise aux prêtres, fils de Lévi et aux anciens qui devront en  assurer une lecture publique tous les 7 ans (cf. Dt 31, 10-11). De son côté, la tradition juive désigne simplement ce livre par les premiers mots : Les Paroles (sous-entendu : de Moïse)

Et de fait, le livre du Deutéronome se présente à nous comme un (ou trois) discours de Moïse (Dt 1,1 ; 4, 44 ; 28, 69), prononcé juste avant sa mort, alors que le peuple se trouve aux portes de la Terre promise, dans laquelle il va bientôt entrer sous le conduite de Josué, alors que Moïse, lui, mourra, au-delà du Jourdain (Dt 34). Une dernière fois, dans les steppes de Moab, Moïse rappelle donc au peuple tout ce que le Seigneur a fait pour lui et il l’invite à respecter toutes les conditions pour garder l’alliance que le Seigneur a conclue avec eux.

En effet, et les deux récits du Décalogue le soulignent fortement (Ex 20 et Dt 5, 23ss), lors de la rencontre avec Dieu à l’Horeb, le peuple n’avait entendu directement que les DIX PAROLES . Craignant alors de mourir si Dieu continuait à lui parler directement, le peuple avait demandé à Dieu que Moïse puisse lui servir d’intermédiaire : Moïse écouterait la Parole de Dieu et il la transmettrait ensuite au peuple (cf. Dt 5, 23-31). C’est ce rôle « prophétique »  de Moïse que le Deutéronome veut mettre en lumière. Moïse est le premier et le plus grand de tous les prophètes. Maintenant, arrivé au terme de sa vie, au moment où il doit prendre congé du peuple qui va entrer dans la Terre,  il rappelle solennellement le don qui a été confié à Israël et le choix qui lui est proposé (cf. Dt 30, 15-20).

A la recherche de l’origine du Deutéronome

Une des questions qui a été soulevée au sujet de ce 5ème livre de nos Bibles est celle de savoir à quel ensemble il faut le rattacher. Comme écrit Félix GARCIA LOPEZ : « Le livre du Deutéronome est un carrefour : C’est là que débouchent les traditions  primitives des 4 premiers livres de la Bible hébraïque et c’est de là que partent les traditions les plus récentes (de Josué à Rois) » (dans CE 63, p. 5-6).  En d’autres termes, ce livre est-il la conclusion du Pentateuque ou le début de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’histoire deutéronomiste »  (cf. Jos- 2 R) ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de chercher à comprendre comment ce livre s’est formé au cours des siècles. Dans 2 R 22-23, on nous raconte qu’en la 18ème année du roi Josias (c.-à-d. en 622), lors de  travaux entrepris dans le Temple de Jérusalem, on y a (re)trouvé un livre désigné comme « le livre de la Loi » (2 R 22, 8. 11) ou « le livre de l’alliance » (2 R 23, 2. 21). La découverte de ce livre nous est  alors  présentée comme le début de la réforme (religieuse et politique) que va entreprendre le roi Josias. Les ressemblances entre la réforme entreprise par le roi  (2 R 23, 4-20) et les exigences de base du Dt  (cf. Dt 12) font penser que le document apparu sous Josias devait être le Deutéronome sous une forme plus ancienne et plus courte que celle que nous connaissons aujourd’hui. Mais d’où venait ce document ?

Un bref rappel de l’histoire

Pour le comprendre, il est bon de nous rappeler quelques événements de l’histoire du peuple d’Israël.  Une histoire politique et militaire qui a toujours été dépendante de celle de ses grands voisins, égyptiens et surtout mésopotamiens pour la période qui nous intéresse.

Ainsi avec l’arrivée au pouvoir de Téglat-Phalasar III (745-727), l’Assyrie avait retrouvé sa puissance et – comme le faisait chaque roi qui se sentait assez puissant en Mésopotamie –  il cherche à contrôler la côte méditerranéenne, aux dépens des petits royaumes qui s’y trouvent et qui n’ont le choix qu’entre une soumission totale ou la destruction. Et de fait, les conséquences de ces campagnes assyriennes seront : d’abord  la destruction du royaume araméen de Damas (732), puis dix ans plus tard,  celle du royaume du Nord et  de Samarie (722), par Sargon.

Cependant si le royaume du Nord est détruit, une  partie, au moins de ses traditions va survivre, avec et par les fugitifs qui  ont cherché refuge dans le royaume de Juda. C’est dans ces événements et dans ces traditions qu’il faut chercher le noyau à l’origine du Deutéronome. En effet, la destruction du royaume du Nord signifie aussi la fin des sanctuaires yahvistes qui s’y trouvaient. Un peu plus tard,  la campagne de Sennachérib, en 701, va toucher également le royaume du Sud et le réduire à Jérusalem et à ses environs immédiats, donnant ainsi au Temple de Jérusalem, qui reste, lui, inviolé, une place privilégiée. Cf. Dt 12 sur la centralisation du culte et la place donnée désormais  au Temple de Jérusalem.

Déjà après la destruction de Samarie, Ezéchias,  le roi de Juda,  profitant d’un affaiblissement passager de l’Assyrie, avait entrepris une réforme religieuse et politique. C’est dans ce cadre que l’on peut imaginer une première mise en commun des traditions provenant des royaumes du Nord et du Sud (cf. un exemple nous est donné en Pr 25, 1 pour les collections de proverbes réunis par « les hommes d’Ezéchias »). C’est pourquoi « c’est à cette période […] (soit durant le règne même d’Ezéchias ou peu après) que de nombreux exégètes situent désormais la fixation écrite d’un premier recueil des lois deutéronomiques » écrit M. ROSE qui ajoute : « ce recueil a certainement contenu la loi sur le sanctuaire (Dt 12), plus précisément dans sa version généralement considérée comme plus ancienne, comprise dans les v. 13-19. […] Dans une interprétation actualisante, appliquée à la situation dans le royaume du Sud, ‘l’élection divine’ de Jérusalem a pu être reconnue dans les événements de 701, lorsque tous les sanctuaires de Juda ont été saccagés par les Assyriens, à l’exception du Temple de Jérusalem. » (dans Th. RÖMER édit., Introduction à l’Ancien Testament, p. 219).

Le roi  Ezéchias n’a pas pu mener à terme sa réforme politique et religieuse. A la suite de la campagne de Sennachérib en 701, il dut se soumettre au joug assyrien (2 R 18, 13-16), ce qui explique, en partie, la politique de ses successeurs, Manassé (687-642) et Amon (642-640) qui nous sont présentés dans la Bible comme des ‘rois impies’ (cf. 2 R 21, 1-9 et 19-22).

Cependant au 7ème siècle, la situation redevient plus favorable pour Juda, lors de l’avènement de Josias (640-609), grâce à la montée, en Mésopotamie, de Babylone face à Assur. C’est sous le règne de Josias, en 622, « la 18ème année », selon 2 R 22, 3 que l’on trouve dans le Temple (2 R 22, 8) ce « livre de la Loi » que depuis le 4ème siècle (cf. s. Jean Chrysostome ; s. Jérôme) on identifie avec le Deutéronome. Il est possible que « le mouvement ‘réformateur’ ne fut pas déclenché par cette découverte, mais c’est bien celle-ci qui a donné des impulsions supplémentaires et nouvelles aux tendances restauratrices déjà amorcées » écrit encore M. ROSE, p. 221. (cf. 2 Ch 34, 3 qui situerait plutôt le début des réformes, « la 12ème année », (cf. 2 Ch 34, 3)  soit en 628.)

Mais cet espoir sera bien vite éteint. En effet, en 609, Josias meurt devant Megiddo en voulant s’opposer au Pharaon (2 R 23, 29) et Juda passe ainsi, d’abord sous la domination égyptienne (2 R 23, 33-35), puis sous celle des Babyloniens (2 R 24, 1ss). Ces événements marquent la fin du programme réformateur ; cependant la centralisation exclusive du culte à Jérusalem  reste désormais bien acquise.

Quelques années plus tard, le royaume de Juda va, lui aussi, disparaitre de la carte (598 et 587 avec les deux déportations : 2 R 24, 14-16 et 2 R 25, 10-11). C’est sans doute parmi les déportés de 598 qu’il faut rechercher les porteurs de la tradition du Deutéronome. Je cite encore M. ROSE : « au lieu de reconnaitre dans ces événements (la destruction de Jérusalem et du Temple) la preuve que Yhwh était incapable de sauver sa nation et de protéger sa maison, le Temple, et au lieu de l’abandonner et de se tourner vers les dieux babyloniens visiblement plus forts, les théologiens de la tradition « deutéronomique » expliquèrent cette catastrophe comme étant une punition divine, une conséquence du non-respect de la loi. » (op. cit. p. 221-222)

Le Deutéronome : introduction à l’Histoire deutéronomiste : Dt  et Jos – 2 R

Durant l’Exil ou/et après l’Exil, cette tradition deutéronomique va devenir la clé d’interprétation de toute l’histoire du peuple, depuis son entrée dans la Terre jusqu’à la fin du royaume du Nord, puis de celui du Sud, avec la destruction de Jérusalem et du Temple en 587 et l’Exil à Babylone qui s’ensuivit. C’est alors que, sur la base des Annales des deux royaumes ainsi que sur d’autres traditions et documents concernant l’histoire du peuple, depuis l’entrée dans la Terre jusqu’à la fin de la royauté, « les théologiens de l’exil babylonien osent donner un « sens » à toute cette histoire arrivée à sa fin : la parole est déclarée facteur décisive de l’histoire. Celle-ci commence pour les deutéronomistes à l’Horeb (1, 2.6. 19. etc.), la montagne de la parole, où Israël avait entendu la voix de Yhwh (5, 4.5.22.23.24 etc.) » (op. cit. p. 222)

Le Deutéronome se présente donc comme la prédication de Moïse, le dernier appel avant sa mort, à une fidélité totale au Seigneur ; il a pour contenu la loi et l’histoire prêchées. Selon les auteurs de l’école deutéronomiste, l’histoire d’Israël s’explique par la fidélité ou l’infidélité à l’alliance. D’où la composition de cet ensemble, l’histoire deutéronomiste, comprenant le Dt et les livres de Josué, des Juges,  de 1-2 Samuel et de 1-2 Rois.

Voici comment on  peut  résumer la composition de cette « histoire deutéronomiste » :

–          A l’origine, il y a un noyau : le code deutéronomique (qui correspond plus ou moins à Dt 12-25), une collection de lois venant probablement du royaume du Nord (cf. les liens avec la tradition prophétique (Osée) et l’importance donnée aux Lévites).

–          Cette  collection de lois était vraisemblablement déjà présentée dans un encadrement : Dt 6-10 et Dt 26, 16-19.

–          Plus tard ce document va devenir le cœur de « l’Historiographie deutéronomiste »  par l’ajout d’une introduction (Dt 1-3 : un prologue à caractère historique) et de divers compléments (Dt 27-34) ; cf. les notes BJ et TOB sur Dt 27. On notera particulièrement la célébration (Dt 27) ; les bénédictions et les malédictions (Dt 28) ; le cantique de Moïse (Dt 32) et la bénédiction de Moïse avant sa mort (Dt 33). On retrouve ici, avec des variantes, le schéma des traités de vassalité connus dans le Proche-Orient ancien.

–          C’est ce document (Dt 1-34) qui introduit désormais la suite de l’histoire du peuple : depuis son entrée dans la Terre jusqu’à la ruine de Jérusalem et du Temple (Jos – 2 R)

–          Cependant l’état actuel du texte du Deutéronome nous montre que cette relecture de l’histoire s’est faite par étapes, avant et après la catastrophe de 587 (cf. par ex. la note de TOB sur Dt 29, 21).

Le Deutéronome comme clôture de la TORA

Si la place du Dt dans l’Histoire deutéronomiste est une hypothèse du 20ème siècle, sa place dans la TORA est, elle, bien attestée déjà dans l’Ancien Testament (cf. le Prologue du Siracide). On peut voir aussi l’importance du Dt dans les écrits du NT, qui cite 55 fois  le Dt (en 3ème position, après les Ps (107 x) et Is (104 x),  et à Qumrân, où l’on a retrouvé 25 rouleaux du Dt (et 31 des Ps).

Or comme vous le savez, la TORA occupe une place centrale, tout à fait à part, dans la Bible juive. Et la TORA, le Pentateuque, se présente à nous comme une « vie » de Moïse, depuis Ex 2 jusqu’à Dt 34 ; plus exactement un récit des 40 dernières années de la vie de Moïse, au service du Seigneur et du peuple, depuis la rencontre au buisson (Ex 3) jusqu’à sa mort (Dt 34, 5ss). Ainsi après la Genèse qui nous parle des origines du monde (Gn 1-11), puis des Patriarches (Gn 12-50),  le Pentateuque tout entier est consacré à Moïse et à son œuvre.

Pourtant quand on lit Nb 36, 13, on trouve déjà une formule finale, qui ressemble à celle placée à la fin du Dt : « Tels sont les commandements et les lois que le Seigneur prescrivit aux Israélites par l’intermédiaire de Moïse, dans les steppes de Moab, près du Jourdain, vers Jéricho. » Comme on le voit par ce verset, le Dt est venu s’ajouter, comme une dernière présentation globale du message de Moïse au peuple, au moment où celui-ci va entrer dans la Terre. Tout le Dt nous est présenté en une seule journée, la dernière de Moïse : c’est son testament.

Il y a donc pour Israël, un  temps avant, avec la présence de Moïse, et un temps après Moïse. Par là, la fondation d’Israël remonte à Moïse et non à David et Salomon. Le peuple d’Israël est plus ancien que la monarchie et que la conquête de la Terre. C’est pourquoi, Israël peut vivre sans roi, sans terre, mais non sans la LOI.

C’est dans la situation postexilique du peuple que cette place donnée au Dt, comme clôture de la Loi, se comprend le mieux. En effet, une partie importante d’Israël vit alors dans la Diaspora ; les rêves de revivre les temps glorieux de David sont abandonnés : ce qui compte désormais, c’est la TORA, la Parole de Dieu qui a suscité ce peuple et qui le fait vivre.

Le message du Deutéronome

Le Deutéronome n’est pas seulement reconnaissable à son style et son vocabulaire, il nous donne aussi une riche théologie dont les thèmes centraux sont rappelés en Dt 6, 4-5 :

Ecoute Israël, Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur UN. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force.

Le Dieu d’Israël est UN : Cette affirmation dans sa forme ancienne n’est pas encore la foi monothéiste qu’Israël ne découvrira qu’en Exil et/ou après l’Exil. Cf. TOB, Introduction au Deutéronome : « Le « monothéisme » du Deutéronome n’est pas à comprendre selon notre conception moderne, il signifie en fait qu’Israël est appelé à être témoin de l’unicité de Dieu et s’articule à une conception unifiée de toute la vie : un seul Dieu, un seul sanctuaire, une seule Loi, un seul peuple. »

Cette affirmation est à mettre en lien avec la métaphore conjugale initiée par Osée (cf. Os 1-3) pour parler de l’alliance que le Seigneur a conclue avec Israël ; il faut donc aimer le Seigneur (Dt 6,5). Cela explique aussi pourquoi « le Seigneur est jaloux comme peut l’être un amant » (cf. Dt 5, 9).

Ce Dieu, Israël doit l’aimer et lui seul (Dt 6, 5 et note TOB), ce qui entraine pour lui l’exclusion de toutes les autres divinités (cf. Dt 4, 19-20).

Plus que le Créateur (ce que l’on trouve dans une couche tardive du Dt : en Dt 4, 32 et note TOB), le Seigneur est surtout Celui qui s’est manifesté dans l’histoire, avec des références fondamentales aux promesses faites aux pères (Dt 4, 31 et note TOB), mais surtout à la sortie d’Egypte (Dt 7, 19 et note TOB), au don de la Loi et à sa présence durant tout le séjour au désert (Dt 8, 2). Tout cela pour faire entrer le peuple dans la Terre, pour lui donner un bon pays (Dt 1, 25 et note TOB), pour une vie heureuse et longue (Dt 4, 40)

C’est en faisant mémoire de ces événements qu’Israël doit reconnaitre le Seigneur (Dt 29, 3 et note TOB) ; de là l’importance de rappeler ces bienfaits, de ne pas les oublier –  des invitations qui reviennent fréquemment dans le Deutéronome.

Une autre forme du don que le Seigneur a fait à son peuple s’est manifestée par la présence de ses porte-parole, les prophètes, dont Moïse est le modèle inimitable (cf. Dt 34, 10-11). Son rôle se poursuit encore, au-delà de sa mort, par la Loi qu’il a promulguée et dont les prophètes et les lévites sont désormais les témoins et les interprètes (cf. Dt 4, 7 et notes BJ et TOB).

Israël, le peuple de Dieu

C’est dans les événements du passé que la théologie de l’élection trouve sa source : le Seigneur a fait de ce petit peuple (Dt 7, 8 et note TOB) sa part personnelle (Dt 7, 6 et note TOB ; 28, 10), et cela, d’une manière entièrement gratuite (Dt 9, 5).

En réponse à cette élection, Israël doit circoncire son cœur (Dt 10, 16 et note TOB ; 30, 6), c’est-à-dire qu’il ne doit rechercher que le Seigneur, vivre de sa Parole (Dt 6, 8 et note TOB), l’écouter, la garder. C’est cela « aimer le Seigneur de tout son cœur, de tout son être, de toute sa force » (Dt 6, 5).

Et le Deutéronome envisage cette mise en pratique très concrètement :

–          parce que la terre est un don de Dieu, Israël offrira les prémices (Dt 26, 5ss) ;

–          les fêtes seront pour lui l’occasion de faire mémoire de l’Exode (Dt 16, 1. 3. 12) ;

–          le repos du sabbat est justifié par ce que le peuple a vécu en Égypte (Dt 5, 15 et note) ;

–          son expérience passée doit lui apprendre la solidarité à l’égard de l’étranger, même si cette solidarité a encore des limites (Dt 14, 21 ; 15, 3 ; 23, 21 ; 28, 12) ;

–          la pauvreté ne devrait pas exister à l’intérieur du peuple, car Israël est un peuple de frères ; d’où l’insistance sur le respect dû aux pauvres (la dime triennale en Dt 14, 22 ; la remise des dettes en 15, 1 ; la libération des esclaves en 15, 12-18 ; cf. aussi Dt 24, 19-22 : le glanage et le grappillage). On retrouve ici, codifié, l’appel des prophètes qui dénonçaient jadis le déséquilibre social du peuple.

–          cf. encore Dt 20, 19-20 (les arbres) ; Dt 22, 6-7 (oiseaux).

Une telle fidélité : possible ou utopique ?

Les premiers auteurs du Deutéronome étaient encore optimistes ; ils croyaient / espéraient que le peuple serait encore capable d’inverser certaines tendances, de revenir à l’alliance avec le Seigneur et entre eux. Mais ils savaient que c’était là un choix décisif à faire :

« Vois, je mets aujourd’hui devant vous bénédiction et malédiction : la bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous donne aujourd’hui ; la malédiction, si vous n’écoutez  pas les commandements du Seigneur votre Dieu, et si vous vous écartez du chemin que je vous prescris aujourd’hui pour suivre d’autres dieux que vous ne connaissez pas. » (Dt 11, 27-28) ; cf. aussi Dt 30, 15-20.

En méditant sur le passé, ces auteurs découvraient pourtant que, dès le temps de l’Exode, le peuple s’était révolté ; qu’il n’avait survécu que par l’intercession de Moïse et grâce à  la fidélité du Seigneur à son alliance. Ils insistaient donc sur le choix que chacun (Dt 11, 2 et 7) est appelé à  faire « aujourd’hui » (ce mot revient 68 x en Dt).

Ce que les premiers auteurs du Deutéronome pressentaient, leurs successeurs le diront clairement, après les événements de 587 et l’Exil (cf. Dt 29, 21 et note TOB). Ils indiquent alors les conditions pour « revenir » au Seigneur (Dt 30). Car comme le dit l’Introduction au Deutéronome  en TOB : « Face au drame de l’histoire et du péché, la pensée du Deutéronome tend à construire une espérance. Car le péché de l’homme ne saurait être le dernier mot : un jour viendra où Dieu fera en sorte que le peuple se convertisse et obtienne le pardon (30, 3). C’est dans cette attente et dans cette assurance que la conversion du cœur et le choix pour la vie sont à nouveau possibles, malgré le drame d’une liberté faillible. »

En conclusion

Comme on l’a vu, le Deutéronome a marqué très profondément les deux grandes parties de  l’Ancien Testament : la LOI – en formant la conclusion du Pentateuque – et les PROPHETES – par « l’histoire deutéronomiste ».

Un peu à la manière de l’Evangile de Jean, qui reprend et reformule librement le message des Synoptiques, le Deutéronome nous invite à re-lire avec Moïse toute l’histoire d’Israël. En face de cette Terre,  qu’il ne peut contempler que de loin, Moïse rappelle tout ce que le Seigneur a fait pour Israël et il exhorte le peuple à devenir témoin de ce Dieu.

« Le Deutéronome, avant d’être un recueil de préceptes, est une réflexion sur ce qui fonde toute notre obéissance à Dieu, à savoir son action dans la vie et l’histoire de son peuple. Ce qui commande alors l’existence des croyants, c’est la reconnaissance, au double sens de la découverte d’une présence et  la réponse à un don » (TOB, Introduction au Deutéronome).

UN AUTRE PARCOURS SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC

Il y a plusieurs années déjà, j’avais préparé un dossier d’étude  de textes de saint Luc tirés du Lectionnaire dominical de l’Année C. Ce dossier est toujours disponible et peut encore servir  à qui désire se plonger dans cet Evangile en suivant le rythme de l’année liturgique.

Mais l’Evangile selon saint Luc est tellement riche qu’il vaut la peine de lui consacrer un autre dossier. Au début de son Evangile, l’auteur nous dit en quelques lignes ce qu’il entend nous proposer :  «Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements  accomplis parmi nous d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la Parole,  il m’a paru bon, après m’être soigneusement informé de tout, d’en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile, afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus. » (Lc 1, 1-4)

L’auteur nous indique ici clairement la démarche à suivre quand nous voulons lire les Evangiles : à la base, il y a les témoins oculaires des événements accomplis (par Dieu), des témoins devenus (à la lumière de Pâques) des serviteurs de la Parole. C’est à partir de ce message, dont une partie, au moins,  avait été ensuite assez rapidement mise par écrit, que Luc s‘est mis au travail pour écrire son Evangile. Nous  retrouvons donc ici « les trois étapes de la transmission par lesquelles l’enseignement et la vie de Jésus sont parvenus jusqu’à nous » dont parlait le document de la Commission biblique Sancta Mater Ecclessia (avril 1964) : la prédication de Jésus et les premiers témoins ; la prédication apostolique et la formation des écrits,  et enfin la rédaction des Evangiles.

Les sources de Luc

Luc n’a pas connu Jésus. Pour composer son Evangile, il a eu recours à différentes sources. D’abord, il  suit – comme Matthieu –  l’Evangile de Marc ; de plus, il partage avec Mt une autre source (non-marcienne), contenant des paroles de Jésus (la fameuse Quelle, que nous pouvons reconstituer en partie grâce à Mt et à Lc) ; enfin, il a disposé de sources qui lui sont propres et qui représentent presque la moitié de son Evangile (48%,  selon les spécialistes).

Dans son projet,  Luc ne se contente pas – comme le font des autres trois autres Evangélistes –  de nous présenter Jésus depuis son baptême par Jean-Baptiste jusqu’aux  événements de Pâques (cf. Ac 1, 1-2 ; cf. 10, 37-43), il compose un deuxième livre – les Actes des Apôtres – où il montre comment le message chrétien passe de Jérusalem à Rome, du monde juif jusqu’au cœur du monde. La dimension de son ouvrage (Lc-Ac) lui permet de mieux situer le temps de Jésus dans un unique dessein de Dieu : après le temps de la préparation, l’Ancien Testament, auquel  appartient encore Jean-Baptiste (Lc 16, 16 et note TOB) vient le temps de Jésus, le temps de l’accomplissement, centré sur Jérusalem ; enfin les Actes des Apôtres ouvrent le temps de l’Eglise, dans l’attente de la Venue du Seigneur.

Quand il rapporte des paroles de Jésus ou des récits qui lui viennent de la tradition primitive, Luc reste très proche de Mc, se contentant souvent de quelques  corrections littéraires. Au contraire, dans les parties qui lui sont propres, et tout particulièrement dans les récits de l’enfance (Lc 1-2), il utilise volontiers des expressions de sa Bible grecque – la LXX – pour bien marquer que les événements accomplis  qu’il rapporte dans son Evangile s’inscrivent dans la continuité du dessein de Dieu dont témoignent les Ecritures. Un bon connaisseur de Lc disait que celui qui veut bien lire cet Evangile devrait avoir toujours, ouverts  à ses côtés,  l’Ancien Testament et les Actes des Apôtres.

La place donnée à Jérusalem 

Dans son Evangile, Luc donne une place toute particulière à Jérusalem. C’est à Jérusalem, dans le Temple, que son récit commence (Lc 1, 5)  et qu’il se termine (Lc 24, 53). Trois fois dans son Evangile, Luc nous montre Jésus à Jérusalem (en Lc 2, 22-29 ; 2, 40-51 et en 20-24). C’est surtout la place que l’auteur donne à la « montée vers Jérusalem »  (cf. Lc 9, 51 et les notes de vos Bibles) qui s’impose au lecteur. Alors que Marc raconte cette « montée » en 1 chapitre (Mc 10) et Matthieu en 2 (Mt 19 – 20), Luc lui consacre plus de 10 chapitres (Lc 9, 51 – 19, 28). Et c’est sur ce chemin vers Jérusalem que Luc place la plus grande partie des paroles de Jésus pour ses disciples : suivre Jésus, c’est prendre avec lui le chemin de Jérusalem.

Si Jérusalem est  la ville qui refuse de reconnaitre la visite du Seigneur (Lc 19, 44 ; cf. 13, 34), c’est aussi à Jérusalem que Luc  situe tous les événements de Pâques. C’est de là aussi que partira la mission vers les nations (Lc 24, 47 ; Ac 1, 8).  Car ce sont bien des Juifs, comme Marie, Zacharie et Elisabeth, Syméon et Anne et ceux qui,  comme eux, attendaient la délivrance de Jérusalem (Lc 2, 38) qui ont les premiers accueilli le message du salut et qui l’ont ensuite offert au monde.

1)    – Lc 1, 5 – 15 : l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste

L’Evangile selon saint Luc commence par une mise en parallèle de Jean-Baptiste et de Jésus. Comme des écrivains de son temps, Luc aime cette présentation qui lui permet de mettre en lumière son message sur Jésus.

1)     Relever ce qui est dit ici de Zacharie et d’Elisabeth (spécialement dans les v. 5-9 et 22-25)

2)     Qu’est-ce que le message de l’ange nous apprend au sujet de l’enfant à naitre ?

3)     Cette annonce de la naissance de Jean-Baptiste est le tableau parallèle de l’annonce  de celle de Jésus : que vous apporte une rapide comparaison ?

Question 1

  • Luc situe l’événement : en Judée, au temps d’Hérode (v. 5 et note TOB) ; il souligne que Zacharie et sa femme appartiennent à des lignées sacerdotales.
  • Les deux sont justes et irréprochables selon la Loi (v. 6 et note TOB).
  • Mais ils n’ont pas d’enfant : tous deux sont âgés et Elisabeth est stérile (v. 7 et notes TOB). Cf. aussi v. 18 et v. 25 et  les notes BJ et TOB.
  • Zacharie est en service au Temple et il a été désigné par le sort pour offrir l’encens (v8-9 et note TOB sur v. 9).

Question 2

  • L’ange annonce à Zacharie la naissance d’un fils ; c’est l’exaucement de la prière qu’il est en train d’accomplir au nom du  peuple (v. 13 et la note TOB).
  • Dans les v. 14-17  l’ange décrit ce que sera la mission de cet enfant (voir les notes de BJ et surtout de TOB sur ces versets).
  • Sur le nom que l’ange donne à l’enfant, voir v. 13 et notes BJ et TOB.
  • Cet enfant est comparé à Elie, la grande figure prophétique de l’AT dont Malachie annonçait le retour pour préparer les temps messianiques (v. 17 et notes de TOB ; en BJ voir les références marginales).
  • En donnant son nom, l’ange annonce clairement l’accomplissement des temps messianiques : sur Gabriel (v. 19), voir note TOB ; c’est la Bonne Nouvelle, voir la note de BJ.

Question 3 

  • Comparé avec Lc 1, 26-38, le cadre de l’annonce de la naissance est, on ne peut plus,  solennel : à Jérusalem, dans le Temple, en pleine action liturgique ; au contraire l’annonce à Marie est située dans un cadre très sobre  à Nazareth (une ville inconnue jusque-là de la Bible), en Galilée ; l’ange s’adresse à une jeune femme ( !) dont Lc ne dit rien au sujet de la Loi, mais que l’ange proclame « comblée de grâce » (v. 28 et note TOB)
  • Dans les deux cas, il s’agit d’une annonce de naissance imprévue : pour un couple âgée dont la femme est stérile, dans le 1er cas ; Marie, elle, est légalement mariée (v. 27 et notes TOB), mais elle ne cohabite pas encore avec son mari (v. 34).
  • Mais ce qui est dit des deux enfants à naître : on peut comparer v. 15-17 et 32-35 !

 

2)     – Lc 2, 22 – 40 : La présentation de Jésus au Temple

 L’annonce de la naissance de Jean-Baptiste avait eu lieu dans le Temple, mais jamais Luc ne nous le montrera dans le Temple. Au contraire l’Evangéliste nous donne un long récit de la Présentation de Jésus au Temple.

1)     Que contient cette page de l’Evangile de Lc ? Proposer une division.

2)     Comment Lc nous  présente-t-il cette rencontre avec Syméon et Anne ?

3)     Expliquer les v. 29 – 35.

Question 1

  • Lc nous montre ici les parents de Jésus accomplissant deux rites juifs : la purification de la mère après une naissance (v. 22 et notes BJ et TOB) et le rachat du premier-né (v. 23-24 et notes BJ et TOB).
  • L’Evangéliste note comment Marie et Joseph observent fidèlement les prescriptions de la Loi (v. 22. 27. et 39).
  • A cette occasion, deux vieillards rencontrent et accueillent Jésus ; Lc souligne que Syméon et Anne sont des Juifs fidèles (v. 23-24 et v. 39).
  • Dans cette  page de Lc, il y a la démarche des parents de Jésus (v. 22-24 et v. 39-40), la rencontre de Syméon (v. 25-27) et d’Anne (v. 36-38),  avec au centre le cantique de Syméon (v. 29-32) et un oracle (v. 34-35).

 

Question 2

  • Les deux personnages sont très âgés (Syméon : v. 29 et Anne : v. 36-37; ils attendent la Consolation d’Israël (v. 25 et note TOB ; en BJ la référence à Is 40, 1 +), la délivrance de Jérusalem (v. 38 et note TOB).
  • Pour Lc, Syméon et Anne représentent l’AT dans ce qu’il a de meilleur : fidélité à la Loi et attente de l’accomplissement des promesses de Dieu.
  • Noter l’image symbolique du nouveau-né dans les bras du vieillard (v. 28).
  • Lc note aussi la place de l’Esprit Saint dans leur démarche (v. 25-26  et note TOB ;  v. 36)

Question 3

  • Syméon bénit Dieu pour l’accomplissement des promesses (v. 30-32). Par l’entrée de Jésus dans le Temple, les temps messianiques s’ouvrent.
  • Pour Lc, c’est l’accomplissement de la prophétie des « 70 semaines » (cf. Dn 8, 16-17 et 9, 21-27) : les 15 mois (6 + 9) des grossesses d’Elisabeth et de Marie, à quoi s’ajoutent les 40 jours prévus par Lv 12, 1-8 pour le rite de purification, donnent un total de 490 ou 70 semaines.
  • Mais Syméon annonce aussi que le salut concerne toutes les nations (v. 30-32) ; Jésus est ainsi le Serviteur dont parlait Is 49, 6 ; cf. aussi note TOB sur v. 29. Cf. encore Ac 13, 46-47.
  • Dans les v. 34-35, Syméon exprime ce que sera le parcours de Jésus et de son message : accueil par les uns, refus par beaucoup en Israël (cf. notes TOB sur v. 34). A la fin des Actes, l’auteur reviendra sur ce refus (Ac 28, 24-29)
  • Sur le v. 35, voir les notes de TOB

 

3)     – Lc 5, 1-11 : Désormais ce sont des hommes que tu prendras …

La manière dont Luc nous raconte l’appel de Pierre et des premiers apôtres nous montre la liberté des Evangélistes et nous  invite à rechercher avec plus d’attention le message qu’ils ont voulu nous transmettre.

1)     Situer ce passage dans l’Evangile. De quoi nous parlent ces versets de Luc ?

2)     Suivre le parcours de Simon : qu’est-ce que Lc met ici en lumière ?

3)     Quel est le message que l’Evangéliste veut nous transmettre dans ce récit ?

Question 1

  • Contrairement à Mc 1 16-20 et à Mt 4, 18-22 Luc place l’appel des premiers disciples après un certain temps de  ministère de Jésus. Cf. note de BJ et TOB sur Lc 5, 1 (titre).
  • La composition de Lc réunit différents éléments : l’enseignement de Jésus au bord du lac (cf. Mc 4, 1-2, cité en marge dans BJ), l’appel des premiers disciples (Mc 1, 16-20 et Mt 4, 18-22).
  • Lc parle aussi d’une pêche miraculeuse : comparer avec Jn 21, 1-6 (en marge dans BJ ; cf. aussi les notes BJ et TOB sur  le titre.

Question 2

  • Selon Lc, Jésus a déjà rencontré Simon (4, 38 et note TOB) ; ici il le retrouve, avec ses compagnons, sur son lieu de travail.
  • La réponse de Simon à la demande de Jésus (v. 5) souligne sa docilité à la parole du Maitre (cf. note de TOB) et elle prépare la mise en lumière du miracle qui va suivre (v. 6-7).
  • Remarquer au v. 8  l’appellation Simon-Pierre (cf. note BJ et TOB).
  • La réaction de Simon est celle d’un homme découvrant la présence de Dieu : cf. note TOB et dans BJ la référence marginale à Ex 33, 20 + et à Lc 1, 12 +.
  • Au v. 10 pour l’appel, noter que seul Simon est mentionné.
  • Enfin Lc souligne le détachement (et quittant tout) de ceux qui sont appelés à suivre Jésus (v. 11 et note TOB ; en BJ, référence marginale à Lc 12, 33 +).

Question 3

  • En comparant cette scène de Lc avec Mc 1, 16-20 et Mt 4, 18-22 on remarque comment Lc met ici en lumière l’appel de Simon (perspective ecclésiale). Sur l’anticipation du nom de Pierre, lire la note BJ sur v. 5.
  • Pourtant dans son Evangile, Lc rapportera le reniement de Pierre (cf. Lc 22, 33-34 et 56-62) : Jésus appelle des pécheurs à le suivre  (cf. Lc 22, 31-32).
  • Nous trouvons aussi ici la mention de Jacques et de Jean, qui forment avec Simon un « trio » dans deux autres scènes (Lc 8, 51 et note TOB ; 9, 28).
  • Lc a également modifié l’expression « pécheurs d’hommes » de Mc et Mt ; il faudrait traduire ici : désormais ce sont des hommes vivants que tu prendras.

4) – Lc 5, 27 – 39 : Un comportement qui dérange

Dans un groupe de controverses, la tradition évangélique a réuni plusieurs paroles et actions de Jésus qui ont étonné et même choqué certains de ses contemporains.

1)     Situer le  passage à étudier dans son contexte. Que contiennent ces versets ?

2)     Que nous apprend l’appel de Lévi ? Sur quoi l’Evangéliste insiste-t-il ?

3)     Quels liens voyez-vous entre les v.27-32 et 33-39 ? Que nous apprennent sur Jésus les v. 33-39 ?

Question 1

  • Notre passage appartient à un groupe de controverses que l’on trouve chez Mc 2, 1 – 3, 6 (cf. la note TOB sur Mc 2, 1) et en Mt 9, 9-17 et 12, 1-14. Notre étude porte sur la 2ème et 3ème controverse.
  • Dans Lc 5, 27-32 il s’agit de l’appel de Lévi et du repas que Jésus et les disciples partagent avec des publicains (ou collecteurs d’impôts : cf. note TOB sur Lc 3, 12) à cette occasion.
  • En 5, 33-39, Lc relie (plus directement que Mc et Mt) l’épisode de Lévi avec la question sur le jeûne (cf. v. 33 et note TOB).

Question 2

  • Jésus appelle un collecteur d’impôts à le suivre : remarquer que cet appel est rapporté comme l’appel des 4 premiers disciples : Jésus qui passe, voit un homme à son travail et l’appelle à le suivre ;  (encore plus net en Mc 2, 1 et note TOB).
  • Sur la réponse de Lévi à cet appel,  (immédiate et totale comme celle de Simon et des ses compagnons : 5, 11), voir v. 28 et note TOB.
  • Pour le repas qui suit l’appel, Lc précise plus clairement que c’est Lévi qui fait un grand festin pour marquer l’événement (cf. v. 29 et note TOB).
  • La remarque des Pharisiens est faite aux disciples, mais c’est Jésus qui répond. Sur le repas avec des publicains, cf. note TOB sur Mt 9, 11 ; en BJ note sur Mt 9, 10.
  • Jésus répond d’abord  par une parole de sagesse (v. 31 et note TOB), puis par une parole qui fait référence à sa mission (je suis venu pour…). Noter l’ajout de Lc à la fin du v. 32 et note TOB.

Question 3

  • Dans ces deux épisodes, le comportement de Jésus (et des disciples) heurte les Pharisiens et les disciples de Jean-Baptiste qui ont tendance à multiplier les pratiques dans la vie quotidienne. Sur la liberté de Jésus, cf. encore Lc 7, 33-35.
  • Dans sa réponse, Jésus annonce la nouveauté qu’il apporte et qu’il est ; il se présente comme l’Epoux : cf. en TOB la note sur Mt 9, 15.
  • Dans les deux petites paraboles qui suivent (v. 36-39), noter la répétition des mots  neuf et de vieux. Voir les notes TOB sur v. 36.
  • Sur la signification du v. 39, on peut lire les notes de BJ et TOB.

5)     –  Lc 6, 20-26 : « Heureux vous … malheureux vous … »

 On lit – on chante même – plus  volontiers les Béatitudes de l’Evangile de Matthieu que celles de Luc ! Pourtant ces paroles font aussi partie des Ecritures et du message de Jésus.

1)     Situer ces paroles dans l’Evangile de Lc : à qui Jésus s’adresse-t-il ? Que dit-il ?

2)     Comparer (rapidement) le texte de Lc avec le parallèle de Mt 5, 1-12 : quelles ressemblances voyez-vous ? Quelles différences ?

3)     Quel est le message de Jésus que Lc veut nous donner dans ces paroles ?

Question 1

  • Le passage de Lc 6, 12-49 forme un ensemble ; il commence par le choix des Douze (v. 12-16), suivi d’un sommaire sur l’activité de Jésus (v. 17-19) ; puis vient le Discours dans la plaine (cf. note TOB sur v. 20 – sur le titre) qui s’étend jusqu’au v. 49 (cf. Lc 7, 1). Les paroles : Heureux vous… malheureux vous… ouvrent le discours comme les Béatitudes au début du Sermon sur la montagne de Mt 5 – 7.
  • Jésus s’adresse à ses disciples (v. 20) ; lire aussi Lc 6, 13 et la note TOB.
  • Sur la signification de malheureux vous … : lire la note TOB sur v. 24 ; voir aussi Is 65, 13-14 (cité en marge dans BJ et TOB).

Question 2

  • La comparaison fait apparaitre : chez Mt un nombre plus grand de « béatitudes » que chez Lc ; mais celui-ci donne, en parallèle aux heureux vous… 4 malheureux vous
  • Sur les « béatitudes », voir la note de TOB sur Lc 6, 20 ; cf. aussi  BJ (sur le titre).
  • Par la forme de ces formules (cf. note TOB sur Mt 5, 3), on peut voir deux sortes de béatitudes : la pauvreté et le comportement de l’homme ; puis la persécution (heureux … lorsque …).  Toutes les béatitudes de Lc se trouvent aussi en Mt (Mt 5, 3.5.6.11), mais alors que Mt écrit Heureux ceux qui … ils, (sauf pour la dernière : Mt 5, 11), Lc a toujours Heureux vous

Question 3

  • En Lc  dans les trois premiers heureux – malheureux nous trouvons une opposition systématique entre deux groupes d’hommes : pauvres (qui ont faim, qui pleurent) et riches (rassasiés, rieurs) ; également entre maintenant (v.21 et 25) et une situation qui vient / viendra.
  • le 4ème couple est plus développé oppose ceux qui sont éprouvés mais qui sont dans la joie parce que comparés aux prophètes et ceux dont tous disent du bien comme on le faisait pour les faux prophètes.
  • Jésus annonce ici un renversement eschatologique (cf. Lc 1, 51-53 ; 16, 19-31), mais ce renversement a déjà commencé par la présence et l’action de Jésus (cf. Lc 6, 18-19) « c’est pourquoi Luc n’est probablement pas plus à l’aise que nous devant les Béatitudes du Seigneur ! Si le problème des richesses en Lc-Ac, c’est que, au sein de l’Eglise, il y a des indigents et des riches. » (H. COUSIN). Ne pas isoler ce texte de l’ensemble Lc-Ac. Lc nous montre ici une Eglise idéale. Mais Lc insiste sur ce rapport aux richesses : certains sont appelés à tout quitter (Lc 5, 11.28 ; 18, 18ss), mais le partage s’impose à tous les croyants (cf. Lc 3, 10-11 ; 19, 8).

6)     – Lc 7, 18 – 35 : Jésus et Jean-Baptiste

En lisant ce passage que nous rapportent Mt et Lc nous découvrons mieux combien le message et le comportement de Jésus dans son  ministère a pu poser question à des Juifs qui attendaient le salut de Dieu.

1)     Quelle place Lc donne-t-il à ce récit ? Que contient cette page d’Evangile ?

2)     Qu’est-ce que ce texte nous apprend sur Jésus ? et sur Jean-Baptiste ?

3)     Quel est le message des v. 29-35 ?

Question 1

  • Après le Discours dans la plaine (Lc 6, 20-49), l’Evangéliste a placé le récit de la guérison du serviteur du centurion (cf. 7, 1 et note TOB), puis celui d’une résurrection – qui lui est propre -(7, 11 et note TOB) : selon Lc ce sont ces deux miracles qui sont rapportés à Jean-Baptiste (7, 18). Après notre texte, Lc place un autre épisode – qui lui est propre – (7, 36-50 ; cf. note TOB sur v. 34 – titre).
  • Noter aussi le v. 21 de Lc : lire la note TOB.
  • Cette page de Lc comprend ainsi 3 parties : la question des envoyés et la réponde de Jésus (v. 20-27) ; les paroles de Jésus sur Jean-Baptiste (v. 24-28), puis celles sur les contemporains (v. 29-35).

Question 2

  • La question que Jean-Baptiste pose à Jésus nous montre combien Jésus se révèle différent du Messie attendu (cf. v. 19 et note TOB ; en BJ voir note sur Mt 11, 2).
  • Dans sa réponse, Jésus fait référence aux textes prophétiques (v. 22 et note TOB ; en BJ, voir les références marginales à Is)
  • Mais ici, comme en Lc 4, 18, Jésus fait de l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres le sommet de sa mission (v. 22 et note TOB ; en BJ, voir la note sur Mt 11, 5).
  • Pour la béatitude du v. 23, lire la note TOB ; en BJ, la référence marginale à Lc 2, 34 +.
  • Au sujet des paroles que Jésus dit sur Jean-Baptiste (v. 24-28), noter l’opposition entre les deux premières questions (v. 24-25) et la déclaration des v. 26-28 : lire les notes TOB ; en BJ, celles sur Mt 11, 5-15. Cf. aussi la référence marginale à Ml 3, 1.

Question 3

  • Le message de Jésus, comme déjà celui de Jean-Baptiste, trouve un meilleur accueil auprès du peuple et des collecteurs d’impôts (v. 29 et note TOB) qu’auprès des responsables  religieux (v. 30 et note TOB).
  • La parabole des enfants capricieux illustre l’attitude de ceux qui s’opposent aussi bien aux appels ascétiques de Jean-Baptiste qu’à la miséricorde révélée par Jésus (v. 34 et note TOB ; en BJ, note sur Mt 11, 19).
  • Sur v. 34, lire note TOB.

7)   – Lc 9, 10- 22 :  A l’écart avec Jésus

Notre étude comprend deux épisodes que l’on retrouve ans les autres Evangiles. Mais Lc les réunit plus étroitement pour marquer la fin du ministère de Jésus en Galilée.

1)     Situer ce passage de Lc dans son contexte.

2)     Comment Lc nous raconte-t-il le miracle des pains  dans les v. 10-17 ?

3)     En Lc 9, 18-22 quel est le message de l’Evangéliste sur Jésus et sur le chemin qui sera le sien ?

Question 1

  • Comme chez Mc, le miracle des pains est placé au retour de la mission des Douze, mais Lc omet le récit du meurtre de Jean-Baptiste ; cf. la note de BJ sur Lc 9, 7 (titre).
  • Lc ne retient que le premier récit du miracle des pains (cf. note BJ sur v. 10 sur le titre), celui qui  pour Lc l’ouverture de la table aux païens se fera après Pâques (cf. les Ac 10, 1 – 11, 18 et note TOB sur Ac 11, 3).
  • Enfin chez Lc, ce miracle des pains  précède immédiatement la question posée aux Douze et la confession de Pierre.

Question 2

  • Sur le récit de Lc, lire la note de BJ sur le titre.
  • Jésus accueille les foules qui le cherchent en leur parlant du Royaume et en guérissant les malades : v. 11 et note TOB.
  • Au v. 12 comparer la mention du jour qui baisse avec Lc 24 29 !
  • Pour le récit du miracle, voir aussi en BJ les notes et références dans le texte parallèle de Mt 14, 13-21 ; cf. spécialement la référence à 2 R 4, 42.
  • Sur les dispositions précisées au v. 14 : lire les notes de TOB et les renvois aux notes sur Lc 7, 36 et à Mc 6, 40.
  • Voir aussi la note TOB sur v. 16. Comme dans les récits parallèles, à la fin du repas, il reste une corbeille pleine pour chacun des Douze (v. 17 ; cf. v. 13).

Question 3

  • Lc passe immédiatement du miracle des pains à cette scène, mais sans la situer comme Mc et Mt (cf. note TOB sur v. 18).
  • Sur l’importance de cette scène, cf. aussi la note BJ sur v. 18 (titre) ; de plus Lc souligne la prière de Jésus (cf. les notes  BJ  et TOB sur Lc 3, 21).
  • Pour la réponse de Pierre (v. 20), voir la note TOB ; ainsi Pierre est le premier des disciples à donner ce titre à Jésus ; mais ce titre doit rester caché pour le moment (v. 21) ; il le redonnera en Ac 2, 36 (v. 22 note TOB).
  • Lire aussi la note TOB sur la fin du  v. 22 ; en BJ : note sur v. 22 (titre).

8)   – Lc 9, 51 – 62 : La montée vers Jérusalem

Alors que Mc raconte en un chapitre (Mc 10) à la montée vers Jérusalem, Lc lui consacre plus de dix chapitres : Lc 9, 51 à 19, 28.  C’est dire l’importance que l’Evangéliste accorde à cette partie de son récit.

1)     Situer ce passage dans l’Evangile de Lc. Proposer une divisions de ces versets.

2)     Que nous dit Lc sur Jésus dans le v. 51 ?  Et dans les v. 52-56 ?

3)     Quelles sont les conditions pour suivre Jésus (v. 57-62) ?

Question 1

 

  • Ici commence en Lc la montée de Jésus vers Jérusalem. Pour Lc, être chrétien, c’est suivre Jésus sur le chemin de Jérusalem.
  • Sur ce passage de Lc, bien lire les notes de BJ et TOB (sur les titres) et repérer les informations données.
  • Pour une division de notre texte : après une introduction (v. 51), Lc raconte un incident en Samarie (v. 52-56), puis 3 paroles sur la « suite » de Jésus (v. 57-62).
  • Noter aussi le récit qui suit notre texte : l’envoi des 72 disciples : en TOB note sur Lc 10, 1 et 2 ; en BJ sur Lc 10, 1 (titre).

Question 2

  • Tous les mots du v. 51 sont importants : cf. les notes TOB.
  • Lc parle de l’accomplissement des jours (cf. note TOB) ; il marque par là une étape importante dans le plan de Dieu (même expression en Ac 2, 1). Les jours de son enlèvement : cf. note BJ et TOB et citation marginale à 2 R 2, 1. Jésus durcit sa face (v. 51 et note TOB), comme le Serviteur  de Dieu en Is 50, 7.  Le chemin de Jérusalem : pour Lc, Jérusalem (mort et Résurrection) domine toute la vie de Jésus ; son Evangile commence et se termine dans le Temple de Jérusalem (Lc 1, 5 et 24, 33.
  • Dans les v. 52-53, le refus des Samaritains, comme celui des gens de Nazareth au début du  ministère en Galilée (Lc 4, 16-30) ; sur les Samaritains (en TOB note sur v. 52 ; en BJ sur v. 53)
  • Jacques et Jean  seraient prêts à agir comme Elie (v. 54 et notes TOB et BJ),  mais Jésus les reprend vivement, car il pratique ce qu’il demandait aux Douze en Lc 9, 4-5.

Question 3

  • Sur le groupement (v. 57-62) : les deux premiers dialogues se lisent aussi en Mt ; le 3ème est propre à Lc ; cf. note TOB sur le titre.
  • Au premier qui se propose pour le suivre (v. 57), Jésus rappelle les exigences de ce choix.
  • Comparer ce que Jésus dit dans  le 2ème dialogue (59-60) avec Lc 14, 26 et 33 (cité en marge en BJ) ; en TOB   renvoi à  la note sur Mt 8, 22..
  • Sur le 3ème dialogue, cf.  1 R 19, 19-21 et note TOB : Jésus est plus exigeant qu’Elie.
  • Mais à noter que l’Evangéliste omet complètement les réponses des trois : il laisse ainsi le texte ouvert au lecteur.

9)  – Lc 12, 13 – 34 : Un enseignement sur les richesses

Comme le fait Mt dans le Sermon sur la Montagne, Lc regroupe dans la Montée vers Jérusalem,  par petits dossiers les enseignements de Jésus pour ses disciples ; des enseignements qu’il tire du fonds qu’il partage avec Mt (la Quelle) et de sa source propre.

1)     Situer ce texte de Lc. Quel est ici le thème de l’enseignement de Jésus ?

2)     Pourquoi Jésus refuse-t-il la demande qui lui est faite (v. 19) ? Quel éclairage donne la parabole (v. 16-21) ?

3)     Comparer les v 22-34 avec les parallèles de Mt : sur quoi Lc veut-il insister ?

Question 1

  • Nous sommes dans la Montée vers Jérusalem (cf. notes BJ et TOB sur Lc 9, 51) ; pour Lc, cette Montée est le temps de la formation des disciples.
  • Jésus donne ici un enseignement sur l’attitude à avoir face aux biens terrestres : cf. note TOB sur v. 13 (titre).
  • Ce passage comprend une demande au sujet d’un héritage (v. 13-15), puis une parabole (v. 16-21), suivie de paroles sur la confiance au Père (v. 22-32), et enfin une exhortation à l’aumône (v. 33-34).
  • Remarquer ce qui est propre à Lc et ce que nous trouvons aussi en Mt (dans le Sermon sur la montagne).

Question 2

  • Pour la demande faite à Jésus (cf. v. 13 et note TOB) ; dans la réponse de Jésus, il y a peut-être une allusion à Moïse (voir note TOB sur v. 14).
  • Le v. 15 conclut l’épisode (cf. note TOB) mais introduit aussi la parabole qui va suivre en dégageant déjà la leçon (v. 15b).
  • Sur la parabole, cf. note TOB sur le titre. Cet homme est insensé, dit Jésus, parce qu’il fait des projets comme si tout dépendait de lui seul (v. 20) ; cf. aussi Jc 4, 13-15 (en marge dans BJ) ; voir aussi Qo 2, 17-23 et 6, 1-2 (cités en marge de BJ ; lire la note BJ sur Qo 5, 5). Cf. encore sur notre thème Si 11, 19 : noter ces contacts avec la littérature sapientielle !

Question 3

 

  • Lc 13, 22-34 est très proche de Mt 6, 25-33 ; Jésus s’adresse aux disciples (v. 22) comme dans le Sermon sur la montagne. Lc ajoute quelques paroles de sa source propre.
  • Quelques particularités de Lc : il  parle des corbeaux (v. 24) cf. Ps 147, 9 ; Jb 38, 41).
  • Le v. 16 est propre à Lc (cf. note TOB) ; également le v. 32 (note TOB).
  • Pour la comparaison avec la richesse de Salomon : cf. 1 R 4ss. 21.23.
  • Les v 33-34 se lisent aussi en Mt 6, 19-21 (cf. note TOB sur Lc 13, 33), mais Lc insiste davantage sur l’aumône : en BJ lire la note Lc 33 (titre).

10)   – Lc 18, 1-8 et 9-14 : Comment faut-il prier ? 

 

Dans son récit, Luc nous montre souvent Jésus en prière. Ici il rapporte deux paraboles sur ce sujet que l’on ne trouve pas dans les autres Evangélistes.

1)   Qui sont les deux personnages face à face en Lc 18, 2-5 ? Pourquoi le juge cède-t-il ?  Quelle leçon Jésus en tire-t-il ? Comparer cette parabole avec Lc 11, 5-8.

2)   Lire Lc 18, 9-14 : que savons-nous de ces deux hommes qui montent au Temple ? Comment prient-ils ?  Que nous dit Jésus ?

3)   Quels enseignements sur la prière pouvons-nous tirer de ces paraboles ?

Question 1

  • Nous sommes ici dans la « montée vers Jérusalem » (cf. Lc 9, 51 +) ; signalée pour la 3ème fois (cf. Lc 17, 11). Dans notre passage, Lc donne deux paraboles sur la prière.
  • Pour Lc 18, 1-8, Lc introduit (v. 1), puis rapporte la parabole (v. 2-5), puis en tire une application (v. 6-7) ; sur le v. 8 voir la note TOB.
  • Se rappeler la place d’une veuve dans le monde de Palestine à l’époque biblique ; et cette femme se trouve face à un juge inique (v. 2) ; sa seule arme est  la persévérance (cf. v. 3-5).
  • En Lc 11, 5-8, on trouve une parabole parallèle (au masculin).

Question 2

  • Sur la parabole de Lc 18, 9-14,  voir note de TOB en Lc 10, 30. Cf. aussi note TOB sur v. 9.
  • Noter que les deux montent au Temple pour prier. La prière du pharisien est  une action de grâce pour ce qu’il fait réellement (cf. note TOB sur v. 12).
  • La prière du publicain est une confession (note TOB sur v. 13)
  • Sur le v. 14a, voir note TOB et le renvoi à Ph 3, 9 ; cf. aussi la note sur 14b.
  • Comparer ce publicain avec Zachée : Lc 19, 8 ! Ici Jésus nous montre au pécheur accueilli pour avoir seulement fait retour à Dieu (cf. Lc 15, 1-2).

Question 3

 

  • Jésus nous demande de persévérer dans la prière : Lc 18, 1 et notes de BJ et TOB qui nous renvoient à l’enseignement de Paul.
  • La 2ème parabole insiste sur l’humilité ; mais elle nous redit aussi la gratuité totale du pardon de Dieu que Jésus annonce : Dieu ne nous pardonne pas parce que nous nous convertissons, mais pour que nous puissions nous convertir.

11)  –  Lc 19, 24 – 44 : La fin de la Montée vers Jérusalem

Ce texte  est la dernière étape de cette longue route vers Jérusalem (cf. Lc 9, 51 et notes BJ et TOB). Jésus est maintenant en vue de la ville et il va entrer dans le Temple (Lc 19, 45).

1)     Situer notre passage dans l’œuvre de Lc. Que contiennent ces versets ?

2)     Etudier les v. 29-38 en  les comparant aux textes parallèles.

3)     La partie finale (v. 39-44) est propre à Lc : sur quoi l’Evangéliste insiste-t-il ?

Question 1

  • Sur cette partie consacrée à la Montée vers Jérusalem, cf.  notes de BJ et TOB sur Lc 9, 51 ; ici Jésus franchit la dernière étape (v. 41) ; au. v. 45 il entrera dans le Temple.
  • Notre texte fait la transition entre ce long voyage et le temps du ministère de Jésus à Jérusalem (Lc 19, 45 – 21, 38).
  • La 1ère partie (v. 29-38) raconte l’entrée messianique (cf. aussi en Mc-Mt et Jn) ; dans  les v. 39-44 Lc nous parle de la réaction de certains Pharisiens et des pleurs de Jésus sur la ville.

Question 2

  • Comparer les v. 29-35 avec Lc 22, 8-13 : dans les deux cas, on trouve l’ordre de Jésus et les précisions qui mettent en lumière la connaissance de Jésus. Cf. aussi le lien avec Za 9, 9.
  • Sur la monture choisie (un ânon) : cf. la note TOB (titre) ; cf. aussi 1 R 1, 33. 38-40 et 2 R 9, 13. Cf. la précision : que personne n’a jamais monté : cf. 1 S 6, 7 et note BJ.
  • Sur la parole du v. 31 : cf. note TOB et le renvoi à Lc 7, 13.
  • Chez Lc ce sont les disciples (et ceux qui les accompagnent) qui expriment leur joie (v. 37) ; il n’y a pas de participation des gens de Jérusalem comme en Jn 12, 12-13.
  • Comparer l’acclamation avec Mc 11, 10 et note TOB ; Lc ne parle pas du règne de David : cf. Lc 19, 11 et note TOB. Cf. encore v. 38b et note TOB (spécialement la fin de cette note)

Question 3

  • Sur la réaction des Pharisiens (v. 39), lire la note TOB.
  • Pour les v. 41-44 : comparer avec Lc 13, 34ss ; sur la réponse de Jésus et le lien avec Ha 2, 11 cf. aussi note TOB.
  • Lc nous montre Jésus pleurant sur Jérusalem ; vient ensuite un oracle sur la ruine de la ville (v. 43-44) ; deux autres suivront : d’abord Lc 21, 20-24 et note TOB sur v. 20 ; puis Lc 23, 28-31.
  • Pour la signification de la visite  au v. 44 : cf. note BJ et TOB. Pour le thème de la visite de Dieu à son peuple, voir encore en BJ la note.sur Ex 3, 16.

12)  – Lc 20, 9 – 19 : La parabole des vignerons homicides

Les trois Synoptiques nous rapportent cette parabole et la placent dans les derniers entretiens que Jésus a eus à Jérusalem avec ses adversaires. C’est dire l’importance de ces paroles pour Jésus et pour les premières communautés.

1)     Dans quel contexte Lc place-t-il cette parabole de Jésus ?

2)     Etudier la parabole (v. 9-16) : qu’est-ce que Lc met particulièrement en lumière ? Quel message Jésus veut-il donner à ses adversaires ?

3)     Comment comprendre les v. 17-18 ? Qu’apportent-ils en plus ?

Question 1

  • Lc a mentionné  l’arrivée de Jésus à Jérusalem (19, 41), puis il nous montre Jésus entrant dans le Temple et chassant les marchands (19, 45 et note TOB).
  • Selon Lc, Jésus prend alors possession du Temple pour son enseignement (19, 47 et note TOB), ce qui provoque la réaction de ses adversaires (19, 47 et note TOB.
  • Vient alors la question concernant l’autorité de Jésus (Lc 20, 1-8) et la contre question de Jésus au sujet de Jean-Baptiste (cf. note TOB sur 20, 1 – titre). La parabole des Vignerons fait suite à ce débat (20, 9).

Question 2

  • Sur cette parabole, voir les notes de BJ et TOB sur le texte parallèle en Mt 21, 33.
  • Même si Lc raccourcit la citation (v. 9 et note TOB), le thème de la vigne nous renvoie à Is 5, 1-7 ; lire ce texte et voir les notes de vos Bibles.
  • Sur l’écriture de Lc, voir la note TOB sur v. 12 ; noter aussi que Lc met davantage en relief le rejet de plus en plus violent des envoyés du maitre (v. 10. 11. 12), puis su fils (v. 15).
  • Lire la note TOB sur le fils bien-aimé (v. 13). La parabole souligne bien l’importance de Jésus comparé aux autres envoyés de Dieu (le maitre de la vigne) qui l’avaient précédé.
  • Noter aussi que la parabole est dite au peuple (v. 9), même si elle s’adresse plus directement aux responsables du peuple (v. 19)

Question 3

  • Sur la citation du Ps 118, 22, voir note TOB sur v. 17. En BJ, cf. les références marginales données en Mt 21, 42. Lire  particulièrement 1 P 2, 4-8 (et la note BJ sur v. 4).
  • Ici, Lc, comme les premiers chrétiens réunit  différents textes sur le thème du rocher : Ps 118, 22 ; Is 8, 14.15 ; Dn 2, 44 ; cf. note TOB sur Lc 20, 18.
  • En ajoutant à la parabole ce texte sur la pierre angulaire / pierre de faite, la tradition évangélique proclame la Résurrection qui a suivi la mort du Fils.

13)  – Lc 22, 14 – 38 : Le dernier repas avec les disciples

Tout en suivant la tradition évangélique, dans ce récit du dernier repas de Jésus avec les disciples, Luc nous donne plusieurs notations intéressantes qui lui sont propres.

1)     Comment est construit ce passage de Luc ? Que contient-il de particulier ?

2)     Etudier plus précisément l’institution de l’Eucharistie : quel est l’apport de Lc ?

3)     Relever les points  les plus importants du Discours après la Cène.

Question 1

  • Remarquer comment Lc situe ce passage par rapport à la Pâque juive (22, 1) ; alors que Judas et les chefs religieux préparent l’arrestation de Jésus (22, 2-6), c’est Jésus qui prend l’initiative de célébrer la Pâque (22, 8 et note TOB). Cf. encore la parole de Jésus en 22, 15.
  • Sur la composition de Lc qui juxtapose la Pâque juive (v. 15-18) et le rite nouveau (v. 19-20), voir les note de BJ sur Lc 22, 16 et 17 ; en TOB, cf. note sur le titre (22, 14).
  • Lc place l’annonce de la trahison de Judas après l’institution de l’Eucharistie (v. 21 et note TOB). Sur la référence à la mort de Jésus, lire la note de TOB sur la fin du v. 15.

Question 2

  • Sur le lien entre Pâque juive et la Pâque chrétienne, cf. 22, 16 et note TOB. A la fin du repas pascal (v. 14-16), Jésus reçoit la coupe de bénédiction qui le clôturait (v. 17-18).
  • Dans le récit de l’institution de l’Eucharistie, Lc se rapproche de Paul (1 Co 11, 23-27) ; comparer spécialement la parole sur la coupe qui, en Mc-Mt renvoie à Ex 24, 8, alors que Paul et Lc citent Jr 31, 33-34 : cf. note TOB sur 22, 20 ;  en BJ voir la note sur Mt 26, 28 + (cité en marge).
  • Sur la différence concernant la parole sur le pain (pour vous, au v. 19), cf. note TOB.
  • Noter au v. 19 (formule de réitération) : célébrer l’Eucharistie, c’est faire mémoire du salut accompli par Dieu en Jésus comme les Juifs faisaient / font mémoire du salut de la délivrance d’Egypte. Voir note TOB sur v. 19 ; lire aussi Ex 12, 14.

Question 3

  • Comme les autres Evangélistes, Lc donne dans le cadre de l’institution eucharistique l’annonce de la trahison de Judas et du reniement de Pierre (v. 34).
  • Et comme Jn, Lc place ici un Discours d’adieux : voir les notes de BJ et  TOB sur le titre : 22, 24. Comparer Lc 22, 24ss avec Mc 9, 34 ; 10, 42-45 et Mt 18, 1 ; 20, 25-27.
  • Sur les paroles concernant Pierre (v. 31-32, comparer avec Mt 16, 15-19 et Jn 21, 15-17) ; voir encore les notes TOB sur v. 32.
  • Dans la finale (v. 35-38), Jésus annonce un changement de situation (v. 36 et note TOB ; cf. aussi v. 37 et note TOB), mais les disciples ne comprennent  pas (v. 38)

14)  – Lc 24, 13 – 35 : Le chemin d’Emmaüs

Qui ne connait pas ce merveilleux récit de Luc ? Mais chaque fois que l’on prend le temps de le relire, on découvre des aspects nouveaux de cette page d’Evangile.

1)     Situer notre texte. Diviser ce récit et proposer des sous-titres.

2)     Suivre le parcours de Jérusalem à Emmaüs : que nous apprend ce parcours ?

3)     Quelle signification Lc donne-t-il à la fraction du pain et au retour vers Jérusalem ?

Question 1

  • Lc 24 nous donne 3 récits du premier jour de la semaine ; le 1er et le 3ème nous racontent des épisodes que nous trouvons aussi chez les autres Evangélistes (Mt-Mc et Jn : pour le 1er ; Jn 20, 19ss pour le 2ème) ; au contraire le récit d’Emmaüs est propre à Lc.
  • La moitié de l’Evangile de Lc était une montée vers Jérusalem (cf. Lc 9, 51 et notes BJ et TOB), ici deux disciples tournent le dos à la ville et au groupe des disciples de Jésus. Cf. aussi note TOB sur 24, 13.
  • Présentation des personnages (v. 13-16) ; le récit des deux disciples sur les derniers événements (v. 17-24) ; leur signification dans les paroles de Jésus (v. 25-27). La reconnaissance (v. 31) et le retour vers Jérusalem et la communauté (v. 28-35).

Question 2

  • Deux disciples, dont l’un est nommé (Cléophas) ; le nom de l’autre reste libre (pour le lecteur !). Ils partagent leur déception (v. 14-15 et 17) ; rejoints  par Jésus, ils sont empêchés de le reconnaitre (v. 16 : le verbe au passif ; cf. note TOB ; cf. aussi note BJ).
  • Les v. 18-24 : tout ce qu’ils savent concernant Jésus (v. 19), sa mort (v. 20) et leur espérance déçue (v. 21 et note TOB ; en BJ les références marginales à Lc 1, 54. 68 ; 2, 38). Ils connaissent aussi la démarche des femmes et le message (v. 22-23), ainsi que celle des hommes (v. 24). Noter le passage du v. 24 à 25 : …  mais lui, ils ne l’ont pas vu. Et lui leur dit …
  • Sur les paroles de Jésus (v. 25-27) : pour v. 26 voir Lc 9, 22 mais aussi Lc 24, 7. 44 ; comparer aussi avec les discours des Actes cités dans la note TOB sur v. 27 ; en BJ : les références marginales sur v. 26-27.

Question 3

  • Sur l’attitude de Jésus (v. 28) : il ne s’impose pas, mais, invité, il entre pour rester avec… (v. 29 : 2x). A table, il prend la place du maitre du repas ; remarquer les paroles (v. 30 et note TOB). Comparer les v. 16 et 31 (les yeux) et v. 25 et 32 (le cœur).
  • La rapidité du retour (33a) vers la communauté (v. 33b) les Onze et leurs compagnons réunis… Noter la priorité donnée au témoignage apostolique de Simon (v. 34 et note TOB). Préparée par l’Ecriture la fraction du pain : le lieu de la présence du Ressuscité.

15)   – Lc 24, 36 – 53 : C’est vous qui en êtes les témoins.

Les apparitions du Seigneur Ressuscité font partie  de la tradition pascale, mais chacun des Evangélistes a sa manière de nous raconter cette rencontre et son importance.

1)     Quelle place prend ce récit dans l’œuvre de Luc (Lc-Ac) ?  Que contient cette page ?

2)     Qu’est-ce que Lc veut mettre en lumière dans cette rencontre avec le Ressuscité ?

3)     Que retenir des v. 46-53 qui concluent cette  page et tout l’Evangile ?

Question 1

  • C’est le troisième épisode du premier jour de la semaine :  après le message aux femmes (v. 1-12), puis celui des disciples en route vers Emmaüs (v. 13-35). Mais c’est également la conclusion du 1er livre de Lc (cf. Ac 1, 1-2).
  • Selon Lc, – contrairement à Mc – Mt et Jn 21 – tout se passe à Jérusalem : l’Evangile se termine là où il avait commencé (cf. Lc 1, 5). C’est ici que le Ressuscité rencontre les Onze (et leurs compagnons : cf. Lc 24, 33-36).
  • Sur le contenu de ce passage, cf. note TOB sur le v. 36. Noter la différence d’attitude entre 24, 34 et la situation évoquée dans les v. 37-43.

Question 2

  • Les v. 36-45 se rapprochent de Jn 20, 19ss (cf. la note TOB sur Lc 24, 36). Notre texte se comprendrait bien comme la suite de Lc 24, 12.
  • Remarquer l’insistance de Lc sur la résurrection corporelle : cf. note BJ sur Lc 24, 40 ; en TOB sur v. 43.
  • Dans les v. 44-49 Jésus renvoie les disciples aux Ecritures (cf. 24, 7 et 25-27) ; à noter ici la mention des Psaumes (cf. note TOB sur le v. 44).
  • Dans les v. 46-48 (cf. note TOB), Lc souligne la place de Jérusalem (v. 47 et Ac 1, 8) et le rôle de l’Esprit (v. 48-49 et notes TOB).

Question 3

  • On peut comparer les v. 50-53 avec Ac 1, 2-11 : l’auteur se contente pas d’un récit anecdotique,  ni dans l’Evangile, ni dans les Actes ! Cf. note BJ sur Lc 24, 44. Dans notre texte, la scène se passe le jour de Pâques, dans les Actes, 40 jours plus tard ; en Lc 24, 52-53 les disciples retournent à Jérusalem et au Temple ; en Actes, ils se rassemblent dans la chambre haute (Ac 1, 13) ; dans les Actes, la mission est davantage précisée (Ac 1, 8) et elle est destinée à toutes les nations (v.47).
  • Jésus bénit les disciples (v. 50) comme le grand-prêtre de Si 50, 20-23 ; ce que Zacharie ne pouvait faire en Lc 1, 21-22, Jésus ressuscité le réalise pleinement.
  • Sur ces v. 50-53 : lire la note TOB sur 24, 50 ; en BJ lire les références marginales à Lv 9, 22 ; Si 50, 20 ; cf. aussi Lc 1, 14 + et 2, 20 +.