PAUVRETE ET RICHESSE DANS LA BIBLE

st paulQuand on lit l’Ancien Testament, on est souvent frappé par la place et l’importance accordées à la richesse. Elle nous est présentée comme une bénédiction que Dieu donne volontiers à ses amis (Gn 13,2; 24,35; 26,13-14; 30,43… Dt 28, 3-12; Ps 1,1-3; Jb 42, 10-12…)
Dans cette même perspective, il est normal que la pauvreté apparaisse comme l’effet d’un jugement de Dieu et par là comme un châtiment (par ex. Dt 28, 15-46).

Pourtant, un jour, Jésus dira :”Heureux vous, les pauvres… malheur à vous, les riches…” (Lc 6,20.24). Comment en est-on arrivé à ce changement ? Par quel cheminement ? à travers quelles expériences la pensée biblique a-t-elle progressé pour dépasser le scandale de la pauvreté et découvrir en elle l’attitude idéale de l’homme devant Dieu ?

Il y a pauvreté et pauvreté, on s’en doute. Mais c’est en partant de la situation très concrète et nullement désirée du pauvre, de l’humble, de l’opprimé, que s’est peu à peu dégagée cette attitude que Jésus recommandera un jour à ceux qui veulent le suivre.

Différentes lignes de réflexion

Une étude complète du thème de la pauvreté dans la Bible demanderait une longue recherche sur plusieurs lignes :

la ligne sapientiale : les Sages voient souvent la pauvreté comme une conséquence de la paresse; cependant leur expérience les empêche de considérer la richesse comme un bien absolu. L’idéal pour eux sera bien exprimé en Pr 30, 8-9…

la ligne de la rétribution qui voit dans la richesse et la pauvreté un jugement de Dieu. Mais ce point de vue, souvent contredit par l’expérience, (le pauvre n’est pas toujours pécheur, ni le riche toujours l’ami de Dieu), conduira aux questions de Jérémie et de Job. La découverte, tardive dans la Bible, d’une rétribution dépassant le cadre de cette vie, permettra de poser des jalons qui rendent possible malgré tout la foi en la justice de Dieu.

Une autre ligne à étudier serait celle de la législation : paradoxalement pour un milieu où la pauvreté était ressentie comme une conséquence du péché, la législation biblique insiste souvent sur la protection que l’on doit accorder au faible et au pauvre. Dès les temps antiques, en Mésopotamie comme en Egypte, la défense de la veuve, de l’orphelin, de l’esclave est considérée comme un des devoirs du roi. Le Code de l’Alliance reprend ces prescriptions et les Prophètes les rappelleront le cas échéant. Par eux, la condition inférieure des pauvres est présentée comme une atteinte à la solidarité du peuple de Dieu. C’est donc au nom de l’Alliance qu’ils demanderont le respect des droits de pauvres. Leur influence se retrouve dans la législation du Deutéronome (Dt 12-26) et dans la Loi de Sainteté (spécialement Lv 19).

Chez les Prophètes

Ne pouvant étudier tous les aspects de la pauvreté dans l’Ancien Testament, nous avons choisi de concentrer notre étude sur quelques textes des Prophètes. Nous verrons donc comment ceux-ci ont dénoncé l’écart scandaleux qui s’était creusé de plus en plus au sein du peuple après la sédentarisation. Mais nous verrons aussi comment ils ont su découvrir le sens religieux de la pauvreté et voir dans l’ attitude quotidienne du pauvre le modèle de celle que l’homme, comme individu ou comme peuple, devrait toujours avoir devant Dieu.
Cette lecture des Prophètes nous préparera à accueillir le message du NT, dont nous reparlerons plus tard.

Sophonie : un tournant important

Pour notre recherche, nous partirons de la note-clé de BJ sur So 2,3 +. Sans prétendre suivre absolument le développement de la pensée d’ Israël sur la pauvreté, nous essaierons néanmoins de replacer les textes dans leur ordre chronologique le plus probable.
La législation ancienne d’Israël (par ex. le Code de l’Alliance) s’efforçait de protéger les faibles et la solidarité du clan permettait d’atténuer la situation difficile des pauvres. Mais à la suite de la sédentarisation et du développement économique, cette législation ancienne allait se révéler inadaptée pour lutter contre les abus. C’est pourquoi les prophètes, porte-parole de Dieu, prennent le relais des lois en attendant que ces exigences passent dans les textes législatifs postérieurs (par ex. dans le Dt et le Lv).

Amos n’est pas le premier prophète à réclamer la justice pour les faibles et les petits. Avant lui, Natân dénonçait sans ménagement l’injustice commise par David (2 S 12) et Elie, celle d’ Achab (1 R 21). Mais Amos est le premier des Prophètes “écrivains” ( = ceux dont les paroles ont été recueillies par des disciples et conservées dans un livre qui porte leur nom), dont la prédication nous soit parvenue. C’est donc par lui que nous commencerons ce parcours dans l’AT.

Une dernière remarque avant de commencer l’étude des textes eux-mêmes :

Dans nos langues modernes, la pauvreté signifie un manque de biens; elle est une notion économique. Ainsi en français, le mot vient du latin (pauper = celui qui a peu de bien).

L’hébreu voit davantage dans la pauvreté une situation de dépendance et de faiblesse. Ainsi pour la Bible, le pauvre est moins un indigent qu’un inférieur, un petit, un opprimé; la pauvreté est une notion sociale.
“C’est pour cela que lorsque les pauvres chercheront à spiritualiser leur condition, ils ne feront pas leur idéal du détachement des biens de ce monde, mais de la soumission volontaire et aimante à la volonté de Dieu.” (A. GEORGE)

1) Amos, le défenseur des pauvres

Le ministère prophétique d’Amos se situe à la fin du long règne de Jéroboam II (783-783). Au regard de l’historien, c’est une époque glorieuse et prospère pour le Royaume du Nord. Mais aux yeux de Dieu et de son prophète, cette brillante situation est jugée de manière bien différente. Si des riches profitent de cette prospérité et deviennent de plus en plus riches, d’autres en font les frais, s’endettent de plus en plus et sont exploités. La solidarité du peuple élu n’est plus qu’un mot. C’est ce mal qu’Amos va dénoncer. Cf aussi Introduction à Amos en BJ ou TOB.

Lire Am 1,3 – 2,

1) A qui sont adressés ces différents oracles ? Que pouvez-vous en déduire ?
2) Noter la structure de ces oracles. Quels sont les crimes qu’Amos dénonce chez
les nations païennes (Am 1, 3 – 2,3) ?
3) Comment Amos souligne-t-il la gravité particulière des fautes d’Israël ?

Question 1

– Localiser sur une carte les différentes nations visées par les oracles d’Amos : le prophète regarde tout autour du peuple de Dieu; voir les notes de BJ ou de TOB sur Am 1,3 .
– Lire ce que contient l’Introduction à Am en BJ au sujet des oracles d’Am 1-2 ; quelle est la doctrine d’Amos au sujet de Dieu ?

Question 2

– Relever les formules stéréotypées de ces oracles : d’abord l’ annonce du jugement de Yahvé; sur la formule “pour 3 et pour 4”, voir les notes en BJ ou TOB; vient ensuite le motif “parce qu’ils ont fait…” ; puis la punition “je déchaînerai le feu…”
– Noter que pour Juda, il y a deux fois “parce que ”; et pour Israël, quatre fois !
– Au sujet des crimes dénoncés chez les voisins d’Israël, on pourrait parler de crimes contre le droit des gens, particulièrement graves (sur ces versets, voir les notes en BJ ou TOB) . Pour Juda et Israël, les manquements dénoncés sont directement liés à l’Alliance (cf. les notes en TOB sur Am 2,4 et 6).
– On peut aussi remarquer que le crime pour lequel Moab sera puni ne concerne en rien Israël ; cf. la note BJ sur Am 2,3.

Question 3

– Il le fait en citant Israël en dernier : voir la fin de la note BJ sur Am 1,3 et celle sur Am 2,6.
– Au sujet des crimes dénoncés : ils vendent le pauvre (2,6), voir la note BJ et comparer avec la Loi en Ex 23, 6-8 !. “Ils écrasent la tête des petites gens” : (2,7 et note BJ). “Père et fils vont à la même fille” (Am 2,7 et notes BJ et TOB). Les vêtements pris en gage et le culte : voir les notes BJ et TOB sur Am 2,8.
– Les fautes d’Israël sont aggravées par le fait de l’élection ( cf. Am 3,2) et des bienfaits dont il a été l’objet de la part de Dieu (Am 2,9-11 : “et moi j’avais fait…” cf. note TOB sur 2,9).
– A remarquer tout particulièrement le dernier don de Dieu mentionné ici (v.11) et refusé par le peuple :lire les références données en marge du v. 12.

2) Devant la Sainteté de Dieu Is 2,6-22

Quelques années après la prédication d’Amos, Isaïe dénonce à son tour, dans le Royaume du Sud, des fautes assez semblables à celles d’Israël.
Les circonstances qui ont entouré la rencontre d’Isaïe avec Dieu (cf. Is 6) ont profon-dément marqué le prophète et sa prédication. Pour Isaïe, Dieu est le Roi, le Seigneur Sabaôt, le Saint. Devant lui, le prophète a pris conscience de son péché et de celui de son peuple. La sainteté du Seigneur au milieu de son peuple est une exigence de justice et d’humble soumission. Seule une telle attitude peut apporter au peuple le salut et la paix. Voir encore les Introductions à Isaïe en BJ ou TOB.

Lire Is 1,1 à 5,30

1) Isaïe, comme Amos, dénonce les abus commis contre les pauvres et les petits :
relever quelques passages qui vous paraissent significatifs.
2) Lire plus spécialement Is 2,6-22 : à quoi s’attaque ici le prophète ? éclairer votre-
recherche par les notes et les références marginales.
3) Comment voyez-vous dans ce passage la conception qu’ Isaïe se fait de Dieu ?
Faites-en l’application à notre thème.

Question 1

– Voir l,17 et les notes de BJ sur 1,10 et 1,17.
– Sur Is 1,23, voir la note TOB.
– Lire encore sur Is 3,14-15 la note de TOB (v. 15 ) ainsi que les références indiquées.
– Le chant de la Vigne (5,1-7) : particulièrement le v. 7.
– Sur Is 5, 8-10, voir en BJ les références marginales, spécialement celles qui nous renvoient à Amos et à Michée; en TOB, la note sur la fin du v.8.

Question 2

– Voir sur ce texte les notes de BJ et de TOB; à noter le retour des mêmes formules (v. 9.11.17; v. 10. 19. 21).
– Sur les devins et les magiciens : voir Is 2, 6 + et Is 8,19 (cité dans la note).
– Noter les reprises aux v. 7-8 : “son pays est plein de…”; sur les chars et les chevaux, voir les références marginales,
– Lire les v. 12-16 : le v. 12 donne le thème; les v. 13-16 l’illustrent : cf. note TOB sur le v. 12.

Question 3

– Relire dans la BJ l’introduction à Isaïe; chercher ce qui est dit sur sa conception de Dieu. Si c’est possible, lire également en TOB (Le message du Prophète).
– Relever dans Is 2,6-22 tout ce qui est dit de Dieu, noter plus particulièrement les formules qui reviennent comme un leitmotiv.
– Isaïe est le prophète de la foi : c’est dans le Seigneur, et en lui seul, que l’homme doit de confier, et non dans les richesses, la puissance militaire, ou pire encore dans les idoles. Pour Isaïe, le péché est avant tout l’orgueil : cf. note TOB sur 2,12.
– Ainsi avec Isaïe, non seulement les faibles et les pauvres trouvent en Dieu un défenseur, mais on commence à deviner que la pauvreté-humilité est la seule attitude juste de l’homme devant Dieu.

3) La pauvreté de coeur : So 2,3

Pour Amos, le pauvre était avant tout l’opprimé, la victime de l’injustice dont le prophète se faisait le défenseur. Chez Isaïe, nous avons retrouvé cette approche, mais la conception qu’Isaïe se fait du Seigneur Sabaôt, lui faisait pressentir que souvent richesses et orgueil vont de pair. Avec Sophonie, nous faisons un pas de plus : nous passons du sociologique au religieux; la pauvreté devient chez lui une valeur positive, parce qu’elle est puissance d’accueil, ouverture, disponibilité à Dieu. Comment s’est fait cet approfondissement de la notion de pauvreté ?

Lire So 1,1 – 3,20

1) A partir de l’Introduction à Sophonie en BJ (ou en TOB), chercher à résumer le
cadre historique de la prédication du prophète ainsi que les principales idées de son
message.
2) Que signifie “Chercher le Seigneur” en So 2,3 ? Expliquer cela à partir de So
1,2 – 2,3 et des notes de votre Bible.
3) Lire So 3,11ss : comment Sophonie décrit-il ici la pauvreté ?

Question 1
– Pour le cadre historique : nous sommes au temps de Josias (So 1,1), donc entre 640 et 609; mais le ministère de So se place plutôt avant la réforme tentée par Josias à la suite de la découverte du Dt (en 622). So est donc un peu antérieur à Jérémie.
– Depuis 722, le Royaume du Nord est ruiné; en 701, Jérusalem a été sauvée de justesse (cf. 2 R 19,35-36), mais le Royaume du Sud est maintenant sérieusement diminué (2 R 18,13-16) et il est sous la domination assyrienne. Mais pour So, ce n’est pas l’Assyrie qu’il faut craindre (ni Babylone qui prendra bientôt la relève), mais le Seigneur dont le “Jour” est proche (So 1,4 +). Et si l’on veut échapper à la ruine, “il faut se faire ‘pauvre’ devant Dieu comme on l’est devant Assur.” (A. GELIN)
– Pour les idées principales, on pourrait relever les expressions qui reviennent plusieurs fois en So. Par ex. “le Jour du Seigneur” : So 1,7.8.10.14.15. 18… ; “ le reste de …” :So 2,7.9; 3,13; “le Seigneur au milieu de toi” : So 3,5.15.17. Voir encore en TOB, Introduction : Les grands thèmes du livre.

Question 2
– Au “jour du Seigneur” tout proche, le Seigneur va s’en prendre à tous ceux qui cherchent leur force en dehors de lui : voir les sous-titres de BJ pour So 1,4.8.10.12; cf. aussi en TOB la note sur So 2,3.
– Comparer So 1,6 et 2,3. Consulter les références marginales avec une + ; voir spécialement Os 4,3 +; Ex 3,16 +; Jr 5,12 +; Am 5,18 +.
– Sur So 2,3, voir en BJ So 2,1 + et 2, 3 + (qui est la note de départ de notre thème) : lire cette note et en tirer ce qui est — Comparer So 2,3 avec Am 5,4.-6 et 5, 14.15 et montrer ce que So apporte de nouveau.

Question 3
– So 3,11ss (cité dans la note de So 2,3) : on trouve ici la description de la “pauvreté”.
– Voir comment So oppose au peuple pécheur et détruit, le “reste” sauvé.
– Mettre en parallèle le v. 11 avec le v. 12 : “j’écarterai // je laisserai subsister; des orgueilleux triomphants // un peuple humble et modeste; tu cesseras de te pavaner // cherchera refuge…”.
– La BJ donne deux références marginales : quelles différences y a-t-il entre le “serviteur” d’Is 53,9 et le “reste” de So 3,13 ? (il n’a pas commis de violence / ils ne commettront plus…)
– Cf. Ap 14,5 : pour l’expression “langue trompeuse”; cf. note BJ sur ce verset.

4) Une communauté de pauvres : le Troisième Isaïe

Au retour de l’Exil, les Juifs qui reviennent au pays trouvent une situation difficile à bien des égards (cf. sur ce point les Introductions au Troisième Isaïe en BJ ou en TOB) : difficultés matérielles, découragement, relâchement au point d vue religieux. Ce n’est pas ce que l’on espérait après le message d’Is 40-55 ! Pourtant dans cette situation, des hommes cherchent à établir la communauté idéale annoncée par Sophonie. Trois textes sont particulièrement intéressants pour notre thème : Is 57, 15; 61,1-2 et 66, 1-2. Mais il vaudrait la peine de lire Is 56-66.

1) Is 66,1-2 : lire Is 65-66 et dresser la liste des actions et des attitudes conformes, selon
ce texte, à ce que Dieu attend de son peuple; puis expliquer plus particulièrement
Is 66,1-2.
2) Comparer Is 66,1-2. 5-16 avec Is 57, 14-21 et noter ce qui vous parait intéressant.
3) Lire Is 61, 1-21 et montrer comment la situation politique et économique (évoquée
dans l’introduction) se reflète dans ce passage.

Question 1

– Etre attentif aux expressions qui disent ce que Dieu attend, mais aussi à celles qui dénoncent un certain comportement : “chercher le Seigneur “ (65, 1-10); “invoquer son nom” (65,1); “écouter… répondre” (65,12; 66,4); “trembler à sa parole” (66,2.5; cf. note TOB sur 66,2); “ne pas suivre une voie mauvaise”(65,2ss; 65,12; 66,3-4. 17); “ne pas abandonner le Seigneur pour d’autres dieux” (65,3.11…)
– Pour Is 66,1-2, voir les notes de BJ et de TOB. Voir aussi 1 R 8,27 (cité en marge de BJ) : lire 1 R 8, 16 et la note de BJ et faire le lien avec notre texte.

Question 2

– Pour Is 57, 14-21 et la note de BJ sur le titre; cf. aussi en TOB, la note sur Is 56,9 (titre), la troisième partie : C (qui traite d’ Is 57, 14-21).
– La comparaison avec Is 66 : la grandeur de Dieu (57,15 et 66,1); son attitude à l’égard des humbles (57,15b et 66,2); pardonnant, guérissant ((57,17-18), repeuplant Sion (66,7-9) et la comblant (66,10-13).
– Le salut de Dieu dépend aussi des hommes : 57, 20-21 et 66, 1P. 14b-16.

Question 3

– Qui est le prophète d’Is 61 ? Ce n’est pas Jésus, mais le prophète anonyme qui s’adresse aux exilés dont la situation est évoquée ici; voir spécialement 61,1-4. 7-9.
– Remarquer comment sont décrits les “pauvres” à qui cette bonne nouvelle est adressée et ce que Dieu leur promet.
– Comparer Is 61, 1-2 avec la citation de ce même texte en Lc 4, 18-19 : quelle différence pouvez-vous relever ? Voir la note TOB sur ce passage en Lc 4,19.

5) Le Messie humble : Za 9,9-10

La deuxième partie du livre de Zacharie (Za 9-14) est l’oeuvre d’un prophète anonyme, dont le ministère doit se situer au début de la période grecque. Depuis le retour de l’Exil (538), les Juifs ont pu rebâtir le Temple (515), puis les murs de Jérusalem et ils sont autorisés à vivre selon leur Loi. Mais la souveraineté politique n’est pas rétablie et l’espoir soulevé par les prophètes est déçu.
Or, avec la victoire d’Alexandre le Grand sur les Perses, les choses commencent à changer. Ne serait-il pas un nouveau “Cyrus” (cf. Is 45,1 +), envoyé providentiellement pour le bien d’ Israël ? Voyons ce qu’en pense le prophète que nous appelons le Deutéro-Zacharie.

Lire Za 9 – 14

1) Repérer dans ce texte les passages qui concernent plus directement le Messie attendu :
quelles images le prophète utilise-t-il pour en parler ?
2) Expliquer Za 9,9-10 par les notes de votre Bible.
3) Que nous apporte de neuf Za 9,9-10 par rapport à So 2,3 au sujet de notre thème ?

Question 1

– On peut partir de l’Introduction à Zacharie en BJ et surtout en TOB ; on y présente en particulier trois images du Roi Messie.
– Le Roi-Messie : Za 9,9-10 (cf. 2ème question).
– Le Berger : Za 11, 4-17 et 13, 7-9 : cf. les notes sur Za 11,4 + et sur Ez 34,1 +.
– Le “Serviteur” : voir Za 12, 9-14, cf. 12,10 + ; une image du Messie dans la ligne d’ Is 52-53.

Question 2

– Comparer Za 9,9 avec So 3,1 4 : joie de la présence du Messie.
– juste : Za 9,9 +; cf. Is 45,21-25; remarquer l’opposition entre les idoles incapables de sauver (45,20) et le Seigneur qui sauve .
– victorieux (litt. sauvé ), voir la note de TOB, c-à-d. sauvé par Dieu.
– humble (en héb. ‘ani) : cf So 2,3 +.
– monté sur un âne : Za 9,9; voir les références. Contrairement à l’âne, monture des Patriarches et des Juges, le cheval et le char sont souvent dénoncés par la Bible comme signes d’orgueil, de sécurité en soi : cf. Ps 20, 8-9.
– Ephraïm : Za 9,10 +; cf. Jr 3,18 +; Ephraïm désigne les tribus du Nord, comme Juda désigne celles du Sud. Le Messie régnera donc sur tout le royaume de David.
– La paix : Za 9,10; cf Is 11, 6 + (en marge); sur ce mot, voir encore Jr 6,14 +.
– Sa domination… : Za 9,10 + : le règne du Messie s’étendra sur les frontières idéales de la Palestine et même au-delà : voir la note TOB sur la fin du v. 10.

Question 3

– Reprendre la note de BJ sur So 2,3 + ; Za 9,9 applique au Messie lui-même l’ idéal de ”pauvreté” de Sophonie. Non seulement le Messie est envoyé aux pauvres (Is 61,1-2), mais il sera lui-même un pauvre (‘ani = humble) : Za 9,9 +.
– Noter les prolongements suggérés par les deux références de Mt (citées en marge) : sur Mt 21, 5, voir les notes de BJ et TOB; de même sur Mt 11,29 : notes BJ et TOB.

Pauvreté et richesse dans les Evangiles

Après avoir étudié les grandes ligne de l’évolution du thème “Pauvreté-Richesse” dans l’Ancien Testament, et plus exactement chez les Prophètes, voici maintenant quelques pistes de travail pour continuer l’étude dans les Evangiles.

Les textes choisis ne veulent pas – et ne peuvent pas – traiter ce problème de manière exhaustive, mais cette démarche devrait nous permettre de mieux prendre conscience de l’importance de la pauvreté dans le message de Jésus et de la place que Jésus lui reconnaît, non pour elle-même sans doute, mais comme ouverture aux valeurs du Royaume qu’il proclame.

Ces quelques études sont choisies dans les trois premiers Evangiles, et plus parti-culièrement dans celui de Luc. Plusieurs sont des textes synoptiques; cependant par souci de simplicité, on n’a pas voulu ici utiliser d’une manière habituelle la comparaison entre les différents Evangiles. Mais il est évident qu’une telle démarche peut être faite avec fruit et qu’elle aidera à mettre davantage en relief la portée des textes étudiés.

L’ordre dans lequel les études sont proposées peut également être discuté. Il paraît cependant préférable de lire quelques textes sur le thème avant d’aborder les deux textes-clés que sont les Béatitudes selon Lc et Mt. Sur ce dernier point aussi , on peut hésiter, mais personnellement je partirai du texte de Lc pour aborder ensuite celui de Mt. De toute manière, ni Lc, ni Mt ne nous transmettent les béatitudes telles que Jésus a pu les dire; mais ils nous montrent tous deux comment les chrétiens de leur église respective ont compris cet appel de Jésus et quelle place importante ils donnaient à ce message dans leur catéchèse.

Pour les animateurs qui voudraient approfondir ces étapes, tout en se contentant d’un matériel simple, je conseillerai le Cahier Évangile No. 24 : “Le message des Béatitudes”, rédigé par le P. Jacques DUPONT, qui est un spécialiste de la question.

6) Le Messie pauvre : Lc 2

Dans sa réponse à Jean Baptiste, Jésus se présente comme le Messie des pauvres. Mais pour saint Luc, cela a commencé bien avant : dès sa naissance, celui qui est le Christ Seigneur (Lc 2,11) vient au monde dans la plus grande simplicité et seuls des bergers accourent vers lui.

Lire Lc 2, 1-21

1) Relever dans ce texte quelques aspects de la pauvreté de Jésus à sa naissance.
2) Lc présente la naissance de Jésus en parallèle avec celle de Jean Baptiste : com-
parer Lc 1,57-66 avec 2,1-21 : que découvrez-vous ?
3) Les bergers reçoivent un signe, comme Zacharie et Marie : que pensez-vous
du signe donné aux bergers ? (sur le mot “signe” , cf Mt 12,38 +).

Question 1

– La naissance a lieu au cours d’ un voyage (v.3-6); les circonstances de la naissance (v.7); cf. aussi la note TOB sur 2,7.
– Les visiteurs chez Lc sont des bergers : voir la note de TOB sur ce mot.
– Or il s’agit bien de la naissance du Sauveur, Christ Seigneur (v.11), qui reçoit le nom de Jésus; sur le sens de ces mots, voir les notes de BJ et de TOB.
– A noter l’opposition entre le pouvoir de César Auguste qui met en branle tout l’univers (v.1-3) et l’aspect simple et pauvre de la naissance de Jésus !

Question 2

– Le parallèle avec la naissance du Baptiste fait encore ressortir la pauvreté de celle de Jésus.
– Jean Baptiste naît dans la maison paternelle ; Jésus au cours d’un voyage dans un abri de fortune (cf. note BJ ou TOB sur le v.7).
– Elizabeth est entourée(1,58. 65.66); Marie est seule : c’est elle qui prend soin de l’enfant (2,7).
– Pour Jean Baptiste, il y a les voisins et les proches (1,58) au lieu des bergers (2,8) qui, pour Luc, annoncent les pauvres et les pécheurs qui plus tard iront vers Jésus.
– Et pourtant Jean Baptiste est le précurseur (1,76) alors que Jésus est le Christ Seigneur (2,11 et la note BJ ainsi que celle de TOB sur Lc 2,40.

Question 3

– Habituellement les signes sont des prodiges accordés par Dieu pour authentifier sa parole ( cf. Jg 6, 17.36ss); ici le signe est banal, quotidien.
– Comparer avec Is 9,5 + (cité en marge).
– C’est dans le dénuement de l’enfant de la crèche qu’apparaît, pour celui qui croit, le salut de Dieu.: cf. plus tard l’annonce du salut dans le Messie crucifié !
– C’est pourtant ce signe qui conduit les bergers à croire au message reçu (2,15-20).

Pour prolonger la réflexion, on pourrait rechercher en Lc 1-2 d’autres mentions de la pauvreté de Jésus, comme par ex. 1,22 + : Jésus se soumet à toutes les obligations de la Loi; voir aussi 2, 24 + ou encore 2,51 (vie cachée).

7) La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres : Lc 4, 16-30

Luc souligne que Jésus était rempli de l’Esprit Saint quand il commence son ministère : avec lui, c’est le temps de la grâce du Seigneur qui fait irruption. Jésus a un programme pour son ministère et il l’inaugure à Nazareth.

Lire Lc 4,16 –30

1) Que veut souligner Luc par cette scène inaugurale du ministère de Jésus ?
pourquoi en ce lieu ?
2) Comparer Lc 4,18-19 avec Is 61, 1-2 : que remarquez-vous ? quelle est la signifi-
cation de cette citation d’ Isaïe pour le ministère de Jésus ?
3) Quelle est la réaction de l’auditoire ? Pourquoi ? Quelle signification cela a-t-i
pour Lc ?

Question 1

– En Mt et en Mc, le début du ministère de Jésus est relié l’emprisonnement de Jean Baptiste, mais non en Lc.
– Jésus est à Nazareth (cf. Mt 4,13 +); pour Luc, c’est le premier discours de Jésus et il a lieu dans la synagogue : cf. Lc 4,15 et Ac 13, 14-41. 42-48; 17,2-9; 18,4).
– Jésus va à la synagogue “comme il en avait l’habitude”, comme tout Juif pieux et il participe à la prière commune.
– Jésus lit le passage d’Isaïe qu’il a trouvé ce passage est sa première proclamation : comparer avec Mc 1,14-15 et Mt 4,17 ; pour Lc, Jésus inaugure l’année de grâce du Seigneur.

Question 2

– Luc cite le texte d’ Isaïe selon la traduction grecque (LXX); c’est une citation libre qui mélange Is 61 avec Is 58,6.
– Jésus omet la finale du dernier verset cité (“ et un jour de vengeance pour notre Dieu”.) Sa citation se termine ainsi sur l’annonce de l’année de grâce : cf. Lv 25, 10-13. On pense à la remarque de Dante : Luc est le scribe de la mansuétude de Dieu.
– Le texte d’Isaïe n’est pas simplement cité; Jésus le déclare accompli, et cela aujourd’hui et par lui.
– Comparer ce texte avec Is 42,1-2 : Jésus est le Serviteur du Seigneur envoyé à Israël pour annoncer pardon, guérison, libération.

Question 3

– Sur la réaction de l’auditoire, voir Lc 4,16 +; selon Mc et Mt, le rejet de Jésus à Nazareth se place à la fin du ministère galiléen.
– Luc nous donne ici un résumé de ce que sera la vie publique de Jésus (v.22) : sa proclamation de l’ âge messianique est d’abord accueillie avec attention, puis mise en doute (v.23) : “c’est le fils de Joseph”; enfin, elle est refusée avec hostilité. Cf. la note TOB sur 4,16 (titre).
– V. 25-27 : lire 1 R 17,9 et 2 R 5, 14 : Noter l’opposition entre Israël (4, 25.27) et les païens, ici Sidon et la Syrie : cf. Ac 13, 46.
– V. 28-29: Jésus est rejeté “hors de la ville” : l’annonce de ce qui se passera à Jérusalem : cf. Lc 20,15 et Ac 28, 25-28.
– Sur le v. 30, voir Jn 8,59 (cité en marge).

8) Les richesses et le Royaume : Lc 18, 18 – 30

Si Jésus est le Messie des pauvres, celui qui veut marcher à sa suite doit être prêt à renoncer à tout : telle est la réponse de Jésus à l’homme riche qui vient vers lui.
Comme chez Mt et Mc, cet épisode fait suite à la parole de Jésus sur les enfants : les deux paroles soulignent bien les conditions pour entrer dans le Royaume.

Lire Lc 18, 18

1) La BJ a divisé ce passage en trois sections : forment-elles un tout ? Qu’est-ce qui
fait le lien entre eux ?
2) Lire Lc 18, 18-23 : que signifie la question de l’homme riche ? Quelle est la ré-
ponse de Jésus ?
3) Comment les v. 24-30 sont-ils reliés à l’histoire de l’homme riche ?

Question 1

– Ces trois sections parlent des richesses et l’obstacle qu’elles représentent pour le Royaume; remarquer les trois scènes et les personnages : Jésus et le notable (18-23); Jésus et ceux qui écoutent (24-27); Jésus et Pierre (28-30). A noter l’inclusion avec les mots “vie éternelle” au v. 18 et au v.30.
– On peut noter aussi le contexte plus large (18,15-34) : les deux péricopes parlent des conditions pour entrer dans le Royaume et la troisième annonce de la passion (qui suit immédiatement) peut être considérée comme la réponse à la question du v. 18 : la crucifixion est le miracle de grâce par lequel Dieu rend possible pour les hommes l’entrée dans le Royaume. Mais cela doit être reçu, comme seuls les enfants savent le faire; pour le moment ( = avant Pâques), les Douze sont incapables de comprendre (v.34).

Question 2

– Voir la même question en Lc 10,25 et la réponse de Jésus (cf. la note TOB sur ce verset).
– “hériter la vie éternelle” : fréquent dans le judaïsme tardif; cf. aussi Mt 5,4 ; 15,34; 1 Co 6,9…
– Le chemin qui conduit à la vie : pratiquer les commandements (la Parole de Dieu), car Dieu seul est bon (v. 19).
– La réponse de Jésus souligne que la volonté de Dieu n’est pas seulement négative (“ne fais pas ceci ou cela”), mais encore positive (v.22) : “distribue aux pauvres…”
– Noter les particularités de Luc : tout ce que tu as… : cf. Lc 5,11.28; voir aussi Lc 12,33 + (cité en marge dans BJ).

Question 3

– Luc ne mentionne pas le départ du riche (à la différence de Mc et Mt) : comparer Lc 18, 23-24 avec Mc10, 22-23. Ainsi la parole de Jésus s’adresse directement au riche.
– Chez Luc, ces paroles de Jésus ne sont pas seulement données aux disciples, mais “ à ceux qui écoutent” (v.26).
– Comparer encore Lc 18,27 avec Mc 10,27 : Luc omet ici “tout est possible à Dieu”.
– On pourrait également comparer Lc 18, 18-23 avec Lc 19,1-10 : les ressemblances et les contrastes entre ces deux scènes !

9) La parabole du riche insensé : Lc 12, 13 – 21

Bien souvent, il nous arrive de juger un homme sur sa fortune, sur ce qu’il gagne. La parabole de Jésus que Luc nous rapporte nous invite à remettre de l’ordre dans notre échelle de valeur. Face à la mort, les biens matériels, si grands soient-ils, apparaissent singulièrement fragiles.

Lire Lc 12, 13 – 21

1) Rechercher les différents enseignements sur la richesse que Luc a réunis ici autour
de cette parabole : 12, 13 – 34.
2) Sur Lc 12, 16-21 : en quoi cet homme est-il un insensé ? qu’aurait-il dû faire ?
3) La BJ donne en marge les citations de Si 11,19 et de 1 Co 15,32 : quel éclairage
ces textes nous apportent-ils ?

Question 1

– Sur ce groupement fait par Luc, voir la note TOB sur Lc 12,13 (titre).
– Noter le lien entre le refus de Jésus d’arbitrer la question d’héritage et notre parabole : cf. le v. 15.
– Remarquer la mise en garde contre la cupidité-avarice (pléonexia = avoir toujours davantage); voir sur ce point, ce que Paul écrit en Col 3,5.
– Aux v.22-32, Luc ajoute une mise en garde contre l’inquiétude pour les biens quotidiens, et aux v. 33-34 un conseil sur le véritable trésor : cf. BJ 12,33 + et en TOB note sur Lc 12,33.
– L’importance que Luc attribue à ce sujet est mise en relief par l’exemple de Jésus, la parabole et les paroles de Jésus qui en sont un commentaire.

Question 2

– Cet homme surestime la valeur des richesses, qui pourtant ne sont d’aucune utilité devant la mort (v.15.
– Il planifie son avenir, comme si tout dépendait de lui seul et de ses biens; ainsi il oublie Dieu “qui fait mourir et vivre” : comparer avec Ps 39, 6-7; 49, 8-9.
– Dans le contexte de Luc, le riche s’inquiète de la nourriture et du vêtement (v.22-32) comme le font les païens, au lieu d’utiliser ses biens pour “s’enrichir en vue de Dieu” : 12, 33-34 cf. la note TOB sur Lc 12,16 (titre).

Question 3

– Sur Si 11,19, voir la note en BJ.
– Comparer Si 11, 18 et Lc 12,16 : quelle est la faute du riche en Si ? Luc ne va-t-il pas plus loin ?
– Sur 1 Co 15,32 : le riche ne fait preuve d’aucune espérance (Lc 12,19) au-delà de cette vie; or pour Paul, la Résurrection du Christ et la vie qu’elle ouvre aux croyants doit être au centre de leur foi et de leur vie : cf. 1 Co 15,1 +.

Lire le Ps 49 (48) et le prier.

10 ) Les Béatitudes en Mt et Lc

Luc et Matthieu nous transmettent ces paroles de Jésus. Mais les différences entre les deux Evangiles apparaissent à la première lecture. C’est une invitation pour nous à découvrir l’enseignement de Jésus tel que l’ont compris et exprimé deux communautés chrétiennes du premier siècle.
Lire Mt 5, 1-12 et Lc 6, 20-26

1) Que nous apporte la comparaison des deux textes ? Où sont-ils placés ? A qui
ces paroles sont-elles adressées ? Quelles formes ont-elles ? Quelles sont les dif-
férences les plus marquantes ? etc…
2) A qui Jésus s’adresse-t-il en Lc ? La situation des gens est-elle heureuse ou
doivent-ils attendre quelque chose ? Quand seront-ils comblés ?
3) Comparer les béatitudes de Lc avec celles de Mt 5,3.6.11 : comment comprenez-
vous les différences de Mt ? La même tendance se retrouve-t-elle dans les autres
béatitudes selon Mt
4) Deux ‘ sortes’ de béatitudes : laquelle préférez-vous ? y a-t-il un risque à choi–
sir l’une des deux formes ?

Question 1

– Les Béatitudes sont placées au début d’un discours de Jésus (Mt 5,1 et Lc 6,17); chez Mt, Jésus s’adresse aux disciples; chez Lc, l’auditoire semble plus large (cf. 6,17s).
– Pour la forme : “heureux ceux qui…(Mt); heureux vous (Lc); mais chez les deux, nous trouvons de la même manière d’abord des formules brèves, au présent, puis à la fin, une formule plus longue, au futur.
– Sur le sens de “Heureux… Malheureux…”, voir les notes BJ et TOB sur Mt 5,3 +.

Question 2

– Jésus s’adresse à la foule des disciples venus pour l’entendre (6,17s); il s’adresse à des gens qui sont pauvres, qui ont faim maintenant, qui pleurent maintenant, qui sont persécutés ( cf. “en ce jour.là”.
– Il annonce un changement à venir : le Royaume apparaît comme le renversement des situations présentes : le “maintenant” est le temps de l’épreuve, de l’expérience chrétienne; cf. aussi Ac 14,22.
– Le renversement coïncide avec la mort du disciple : comparer avec Lc 16,19ss.

Question 3

– Dans les Béatitudes communes à Mt et à Lc, les ajouts de Mt vont dans le sens d’une spiritualisation (pauvres en esprit; affamés de justice; quand on dit faussement du mal) : Mt vise ainsi une attitude, des dispositions de coeur.
– Même tendance à spiritualiser dans les béatitudes qui lui sont propres.
– Comparer le texte de Mt avec Mt 11,25-30; 12, 15-21; 21,4 : n’est-ce pas l’image de Jésus que Mt a voulu Donner dans les Béatitudes ?
– Sur les miséricordieux : voir Mt 18,21-35 et 6, 14.15; sur le mot justice, cf. TOB sur Mt 5,6 et 5,20.

Question 4

– Les textes de Mt et de Lc nous invitent à reconnaître le travail des communautés entre Jésus et les Evangiles : tradition commune, mais aussi sensibilité et besoins différents.
– Mais l’enseignement de Jésus , c’est à la fois le texte de Mt et celui de Lc.

11 ) Heureux, vous les pauvres : Lc 6, 20-26

Les Béatitudes nous sont rapportées par Mt et par Lc avec des différences assez notables, mais dans les deux Evangiles ces paroles de Jésus forment l’ouverture de son ensei-gnement. Ce qui montre bien l’importance que leur donnent la tradition et les auteurs des Evangiles. Nous lirons d’abord celles de Luc, qui nous donne 4 Béatitudes, suivies de 4 antithèses.

Lire Lc 6, 20 –26

1) Que signifie “Heureux… Malheureux…” ?
2) A qui Jésus s’adresse-t-il ? qui sont ceux qu’il déclare “heureux” ? et ceux
qu’il appelle “malheureux” ?
3) Comment comprenez-vous le “maintenant” des v. 21 et 23 ? Quand commencera
l’avenir promis par les verbes au futur ?

Question 1

– Voir surtout la note TOB sur Lc 6, 20 : dans la Bible, les Béatitudes sont de formules pour exprimer soit l’annonce prophétique d’une joie future, soit une action de grâce pour une joie présente, soit la promesse d’une récompense. Mais toujours, il s’agit d’une joie accordée par Dieu.
– Voir les autres béatitudes que l’on rencontre dans les Evangiles : Mt 13,16; 16,17; Lc 11,28; 12,.37.38.43; 14,14; Jn 13,17 et 20,29.
– “malheureux” ne signifie pas malédiction ni condamnation irrévocable; c’est une plainte, une menace, un appel vigoureux à la conversion : cf. Lc 10,13; 11,42-52… ; cf. aussi la note TOB sur Lc 6, 24.
– Noter la construction différente des 3 premiers “heureux” et “malheureux” et du dernier “heureux êtes vous…” et “malheureux êtes-vous…”

Question 2

– Sur les auditeurs de Jésus pour ces paroles, voir Lc 6,13 et 17 : il y a les Douze, mais aussi une grande foule de disciples, et beaucoup venus pour l’entendre (v.18).
– Dans l’esprit de Lc, Jésus n’adresse pas les menaces aux disciples : (noter l’opposition : “mais malheureux vous…” ainsi que la reprise du discours aux disciples : v. 27 (voir note TOB).
– Sur les destinataires, voir TOB sur 6,20 (pauvres). A noter l’opposition entre “pauvres-affamés- pleurs” et “riches-repus-rire”.
– Les pauvres sont ceux qui ont faim maintenant, mais que Dieu rassasiera, ceux qui pleurent, mais que Dieu consolera (notes TOB sur le v. 21); Au contraire, les riches ont déjà leur consolation (6,24).

Question 3

– Le Royaume apparaît comme le renversement des situations présentes; cf Lc 1,51-53; 16, 19-26. Mais pour Luc, le “maintenant” est le temps de l’épreuve, le temps de l’existence chrétienne où le disciple pauvre, misérable, persécuté suit le chemin de Jésus.
– Le renversement coïncide pour lui avec la mort du disciple : comparer avec Ac 14,22 (“il faut…”, comme pour Jésus : Lc 24,26).

Lire 1 P 4, 12-16 et comparer avec la 4ème béatitude de Luc

12 ) Les pauvres de coeur : Mt 5, 1-12

Les Béatitudes, telle que nous les lisons en Mt nous sont bien connues. Ce qui ne signifie pas encore que leur message nous soit familier.
Après avoir réfléchi sur les Béatitudes de Lc, nous chercherons à découvrir le message de celles de Mt.

Lire Mt 5, 1-12

1) Quelles différences vous apparaissent d’abord entre les Béatitudes de Luc et celles
de Mt ?
2) Comment pourrait-on diviser les Béatitudes de Mt en différents groupes ?
3) Sur quoi Mt, a-t-il mis l’accent dans les Béatitudes ? Pourquoi ?

Question 1

– Mt a 9 Béatitudes contre 4 seulement chez Lc.
– Les 8 premières de Mt sont à la 3ème personne; chez Lc, à la 2ème personne, comme la 9ème de Mt. Quelle différence voyez-vous dans ces formulations ?
– Les 1ère, 4ème et 9ème de Mt se lisent aussi chez Lc (avec des différences) ; au contraire, les autres sont propres à Mt.

Question 2

– D’après le contenu : Mt 5,3-9 parle de la pauvreté et du comportement de l’ homme; Mt 5,10-12 parle de la persécution possible : voir note TOB sur Mt 5,3 (heureux).
– D’après leur forme : heureux les… ils… : pour les 8 premières qui forment un tout, marqué par l’inclusion (la même récompense pour la première et la huitième). Au contraire, en Mt 5, 10-12, nous avons “heureux vous … lorsque…”; et cette dernière béatitude est plus développée; cf. note TOB sur 5,12.

Question 3

– Sur les Béatitudes de Mt, voir la note de BJ sur Mt 5,3 +.
– Noter les différences entre Mt et Lc sur les béatitudes qui leur sont communes : en 5,3 pauvres en esprit voir Mt 5,3 + et la note de TOB; en Mt 5,6 affamés et assoiffés de justice: voir la note TOB sur ce passage; cf. aussi Mt 5,20 et note TOB..
– En Mt 5,11-12 : la persécution qui vaut d’être appelés heureux est celle endurée pour la justice et basée sur des accusations mensongères : cf. 1 P 2,20; 3,14.17; 4,14.
– Pour les Béatitudes qui sont propres à Mt : Mt 5,4 “les doux”; cf. les notes BJ et TOB. Mt 5,5 “ceux qui pleurent “: voir note TOB; les “miséricordieux” : Mt 5,5 ; cf. par contraste Jc 2,13; Mt 5,8 les “purs de coeur” : cf. Ps 24, 3-4; sur “voir Dieu” = entrer dans l’intimité de Dieu. Sur Mt 5,9 “ les artisans de paix” (non pas les “pacifiques “ et encore moins les “pacifistes”) mais ceux qui s’efforcent de ramener la paix, de réconcilier les gens autour d’eux.
– Pour Mt “pauvre en esprit” condense toutes les autres désignations qui suivent (pauvreté au sens biblique); de même la récompense : “le Royaume est à eux”), contient toutes celles qui suivent.

Pour prolonger la réflexion : cette page de Mt trace une image de Jésus de Nazareth : chercher dans l’Evangile des épisodes qui illustrent les différentes béatitudes.